‹ Lettre de B. Holmes, écr., aux membres de l'Hon. Assemblée législative [microforme]Chapitre 3 sur 3 · A SR À DUT · texte numérisé non relu

A SR À DUT

Ces faits expliqueront le grand intérêt que ces messieurs ont dans la compagnie et aussi la position que M. Brassey a prise dans ses lettres “ comme actionnaire et comme entrepreneur.” Et l’on verra ainsi que les entrepreneurs n’ont manqué dans aucun cas à remplir leurs obligations envers la compagnie. Dans la vue aussi, après l’octroi des Æ£900,000, de faire achever plus tôt l’ouvrage, ils (MM. Peto et cie.) ont même consenti à modifier leur contrat originaire, et cela dans un temps, il faut se rappeler, où les actions de la compagnie étaient à un escompte considérable ; et par un contrat supplémentaire qui fut ratifié à Québec, à l’assemblée générale annuelle des actionnaires, le 5 de septembre dernier, il a été stipulé que le paiement des travaux encore inachevés entre St, Thomas et Toronto serait fait moitié seulement comptant et l’autre moitié en débentures de la classe B. et en actions, par proportions égales, et que le total du résidu du coût du pont Victoria serait payé pareillement en débentures de la classe B. et en actions, tandis que le total de ces derniers travaux était auparavant payable en comptant.

On se souviendra que la garantie originaire de £1,811,500 devait être remise à la compagnie à raison de 40 pour cent sur l’ouvrage fait—ce qui a été changé plus tard en 50 pour.cent sur les travaux que l’on se proposait de presser avec plus de diligence, savoir : entre St. Thomas et Stratford ; et lorsque le dernier acte de garantie fut passé, pour faire toucher à la compagnie toute l’aide que le gouvernement avait à sa disposition, il a été arrêté qu’aussitôt que les “ habiles ingénieurs ” nommés par le gouvernement auraient fait rapport sur l’état des travaux, 75 pour cent des £900,000 seraient immédiatement avancés à la compagnie sur la production des certificats nécessaires des ingénieurs, —mais, soit en conséquence de quelque fausse interprétation des termes de l’acte,ou pour d’autres causes dont l’explication n’est pas encore donnée, le gouvernement malgré les nombreuses et pressantes sollicitations de la compagnie pour se faire remettre les débentures, a retenu une somme qui se montait en Décembre dernier à plusde £600,000, et cela jusqu’à cette époque ; il était bien connu du gouvernement, cependant, que ces délais mettaient la compagnie dans une grande gêne, et que pas un seul denier des £900,000, votés dans le mois de mai précédent, ne lui avait été payé. Ces faits étonnants, je n’ai que füuire de le dire, n’ont pas peu contribué à jeter la compagnie dans l’état d’embarras où elle se trouve actuellement.

Je ne m’arréêterai pas plus longtemps sur les motifs qui ont pu dicter au gouvernement une telle conduite à l’égard de la compagnie ; les “ habiles ingénieurs ” qui, si l'intention du gouvernement eut été d’aider la compagnie, auraient dû être nommés dans le mois de mai dernier, ne l’ont été que depuis une couple de mois, et encore, lorsque fut soumis leur rapport qui montrait qu’un montant de débentures provinciales était dans le temps dû à la compagnie, pour plus de £310,000, (y ayant eu des remises de faites alors pour un montant de £465,000,) £110,000 seulement furent avancés—et ce n’est qu'après un second rapport de MM. Benedict et Street, les ingénieurs nommés, qu’une autre avance de Æ£120,000 fut faite. De tels faits parlent pour eux-mêmes, et ils n’ont besoin d’être commentés ; mais je le demande, faut-il s’étonner que la compagnie soit dans des embarras monétaires quand les deniers qui lui sont dus par la province ont été retenus par le gouvernement même? Les rapports qu'ont faits MM. Street et Benedict montrent qu’il ne faut pour compléter le chemin entre Brockville et Toronto qu’une balance d’environ Æ£350,000, pour laquelle on a retenu le montant total de la garantie. Ces messieurs disent que lorsqu'il sera complété, ce chemin sera le mieux fini du continent; et je puis mentionner ici, comme preuve de la détermination des entrepreneurs anglais d’aider la compagnie par tous les moyens en leur pouvoir, qu’ils ont pris depuis longtemps des mesures pour achever la section de Brockville à Toronto au commencement de l’automne prochain—ce qui sera un an avant le temps spécifié au contrat.

Je ne dois pas non-plus (car il s’est élevé des doutes sur ce point) omettre de mentionner le fait, que la compagnie dont l’objet principal, dans sa lutte actuelle, a été de maintenir le crédit de la province, « emprunté des banquiers de Londres le montant de l’intérêt dû sur les débentures de la province en Janvier,—se berçant, dans ce temps, de l’espoir qu’en représentant sa position au gouvernement, la garantie additionnelle lui serait accordée sans hésitation pour l’extension de la ligne à l’ouest de Stratford, avec de plus une aide sensible pour le pont Victoria, —laquelle aide additionnelle aurait sauvé la compagnie de toutes ses difficultés du moment et l’aurait mise en état de rencontrer toutes ses obligations, sans qu’il en coutât un seul denier à la province.

Le 10 d'avril, cependant, lorsque le bureau des directeurs apprit que le gouvernement n’avait pas l’intention d’accorder la demande

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du mémorial de la compagnie au sujet de l’émission de débentures pour complêter le chemin jusqu’à London et Sarnia, et pour l’achèvement du pont Victoria, la résolution suivante fut adoptée comme le seul moyen qui restait pour empêcher d’arrêter immédiatement les travaux :

Résolu, —“ Qu'en autant que l’état embarrassé desaffuires financières de la compaguie a nécessité, le premier janvier dernier, une demande d’avances des banquiers de Londres pour maintenir le crédit de la province et celui de la compagnie, en payant sans délai l'intérêt dû sur les débentures provinciales, et considérant qu’elle est incapable de rencontrer ces paiements à l’avenir tant que toute la ligne ne sera pas complète, y compris le pont Victoria, il est ordonné au vice-président de s’adresser à l’honorable inspecteur général pour le prier d’envoyer des instructions aux agents de la province à Londres pour qu’ils voient à faire face à l’intérêt du semestre échu le premier janvier dernier et pour le semestre courant qui deviendra échu en juillet prochain, sur les débentures émises par la province en faveur de cette compagnie, se montant en tout à £3,111,500.”

Il faut espérer que malgré tout, cette demande sera accordée. Je voudrais qu’il fut compris cependant que le simple paiement de l'intérêt n’est pas ce qui est exigé. Ce que la compagnie veut, c’est qu’il lui soit avancé un autre montant de débentures pour assurer la section de Sarnia et le pont Victoria, afin de hâter l’achèvement de tout le chemin, ce qui mettra la compagnie du grand tronc en état de rencontrer, quoiqu’il arrive, l’obligation de payer l’intérêt des débentures de la province, tout en sauvant à la province la nécessité de débourser un seul denier pour la compagnie.

Les avantages immenses que retirerait le pays d’un système complet de chemins de fer qui embrasserait non-seulement la ligne principale de l’est à l’ouest, mais encore les branches latérales nécessaires au plein développement des ressources de la province, doivent être évidents et le sont à l’esprit de tout canadien. Un tel système ouvrirait, pour ainsi dire, un marché à la porte de chaque cultivateur, en toutes saisons de l’année,—il ferait du Canada le grand chemin de l’Europe aux états de l’ouest, —il hausserait la valeur de la propriété, —il ferait établir les terres incultes,—et contribuerait plus à élever le Canada à une position honorable parmi les nations de la terre, que ne pourrait faire tout autre moyen possible ; ce sont là des arguments sans réplique qui doivent assurer

à la compagnie le plus grand montant d’aide provinciale possible. Le plan que propose l’honorable inspecteur général d’élever des droits de 25 pour cent sur les importations pour rencontrer les £200,000 d'intérêt que le gouvernement est appelé à payer sur ses propres débentures, ne semble pas rencontrer l’approbation du pays ; je prendrai donc alors la liberté de suggérer moi-même, avec toute ln déférence et le respect possible, un plan qui, dans mon opinion, fera face à toutes les exigences de la situation ; c’est de doter le Canada d’un parfait système de chemins de fer, et d’encourir par là le moins de responsabilité possible.

Vous savez déjà que le montant actuel des débentures provinciales octroyées en faveur des différentes compagnies de chemin de fer de la province, s’élève à près de £5,000,000, portant un intérèt de 6 pour cent par année dont le gouvernement est en tout temps responsable, et qu’à certaines époques à venir il pourra être appelé à payer, comme c’est le cas aujourd’hui. Je suggère donc, qu’au lieu d’adopter le système de l’inspecteur général d’élever les droits, que la province emprunte Æ£5,000,000 sterling avec la garantie impériale. Cette somme pourrait être prélevée à 3 par cent, car, si vous vous rappelez, qu'avant la guerre avec la Russie l’argent surabondait en Angleterre à ce taux et même à un taux plus bas d'intérêt, il ne peut y avoir de doute que le retour de la paix ne réduise la valeur monétaire au même taux sur les marchés anglais.

Avec les £5,000,000 ainsi prélevés, et personne ne peut craindre un instant qu’il serait difficile de les réaliser, je recommanderais au gouvernement d’acquitter les débentures de chemins de fer qui existent à 6 pour cent, d’éteindre les dettes de chemins de fer et offrir aux différentes compagnies le montant des débentures qu’elles auront déjà reçues, à condition que chaque chemin de fer, ainsi déchargé de son ancienne dette envers la province, émettra des actions privilégiées au montant de la moitié de la somme qu’il aura alors reçue de la province en pur don, et qu’il s’oblige avec cette somme ainsi prélevée de finir le plus tôt possible les différentes lignes latérales qui sont en projet ou qui pourront être considérées nécessaires et qui pourraient devenir rémunératives. C’est ainsi que pour une charge annuelle de £150,000 seulement la province obtiendrait un système parfait de chemins de fer, ouvrirait ses terres de l’intérieur, et s’assurait encore les avantages incalculables auxquels il a été fait allusion plus haut. Ce plan offrirait de plus aux actionnaires anglais, qui ont placé leurs

millions dans ces entreprises publiques, une chance de pouvoir les retirer plus tôt. Ils ont droit à la plus grande considération, malgré tout ce qui peut avoir été dit au contraire, et je suis convaincu, connaissant comme je connais la libéralité avec laquelle la province agit généralement dans les cas où l’équité prend la place de la loi absolue, que les actionnaires anglais n’ont besoin de rien appréhender en vous confiant les intérêts de leur position présente.

# Chacun a fait son devoir, actionnaires, entrepreneurs ainsi que la province, oui, plus que son devoir, mais de malheureuses circonstances qu’il n’a pas été possible de prévoir ont littéralement paralysé la.compagnie, de telle sorte qu’elle est incapable de continuer ; et elle.vient aujourd’hui demander une aide suffisante pour la mettre en état de finir ses travaux et d’assurer par là le succès futur de toute l’entreprise.

Le haut intérêt que chacun prend à l’heureux achèvement de œætte entreprise nationale, est l’excuse que j'ai à alléguer pour avoir occupé vétre attention si longtemps.

Permettez-moi, Messieurs,

De me souscrire

Votre fidèle serviteur,

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