LS EPISTOLA
bilem. Sunt enim gentes ille amabiles admodum et beniygne eo quod rex predictus me fratrem suum dici gloriabatur ; et si animum revocarent et is qui in arce manserunt nocere relint, nequeunt, quod armis carent, nudi incedunt et nimium timidi. Ideo dictam arcem tenentes duntarat poterunt totam eam insulan nullo sibi imminente discrimine populari dummodo leges quus dedimus ac regimen non ercedant facile detinere. In omnibus iis insulis, ut intellexi, quisque uni tantum coniügi «cquiescit, preter principes «ut re( 8 : quibus vrigenti habere licet. Femine imagis quam vuri laborare videntur. Nec bene potui intelligere an habeant bona propria, ridi entn quod unus habebat alijs tmpartiri presertint dapes, obsonit et hujusmodi. Nullum apud eos monstrum reperi, ot plerique eristimabant, sed homines magne reverentie atque benignos. Nec sunt nigri velut Ethiopes. Habent crines planos ac demissos. Non degunt vhi radiorum solaris emicat calor, permagna namque hic est solis vehementia; propterea quod «ab equinoctiali linea distar. Ubividentur gradus sex et riginti et ex montium cacuminibus maximum quoque viget friqus. Sed ul quidem moderantur Indi. Inde tum loci consuetudine tum rerum calidissimarum quibus frequenter ac lururiosa vescuntur presidio. Itaique monstra aliqua non vid neque eorum alicubi habni cognitionem ; e.rcepta quadan insula Charis nuncupata : que secundt ex Hispuna in Indium Q'ansfretentibus eristit quam gens quedam « finitimis habita ferovior sveolit. Hi carne humana rescuntur. Habent predicti biremiumn gener« plurima quibus in omnes Indicas insulas traijciunt, depredant, surripiunt, quecumque possunt. Nichil ab alijs differunt nisi quod gerunt more femineo longos crines, vluntur arcubus et spiculis arundineis firis rt diximus, dn grossiori parte attenuatis hastilibus, ideoque habentur feraces quare ceteri Indi irexausto metu plectuntur; sed hos ego nichili facio plus quam alios.
Hi sunt qui cocunt cui quibusdam feminis que sole insu- Lam Mateunin primum er Hispand in Padian traïjeci entibus habitant. He «utem femine nulhun sui serus opus exercent : ctuntur enim areubus et speulis sienti de enr coninngibus
TS
ere Gomme re
CHRISTOFORE COLOM., 19
dixit. Munuint sese luminis eneis quarum marima 4pud eas copia existit.
Aliam miché sultan affirmant supradicta Hispana maiorem. Eins incole carent pilis auroque inter alias potissimum ecuberat. Huius insule et aliarum quas vidi homines mecum porto qui horum que dirt, testimonium perhibebunt.
Denique vt nostridiscessus et celeris rerersionis compendium ac emolumentum brecibus astrinyam, hoc polliceor me nostris Regibus invictissinis, parvo eorum fultum auvilio, tantum um dater. quantum eis fuerit opus, tantum rero «romutum, bombicis, masticis que apud Chium, duntaxat inuenitur: tantumque lignum aloes, tantum servorum hydrophilatorum quantum eorum Maivstaus voluerit erigere, item reubarbarun et alia aromalum yenera que tj quos in dicta arce reliqui in inuenisse atque tnuenturos existimo. Quandoquidem ego nullibi magis sum moratus nisi quantum me coeyerunt venti. Preterquan in villa Nutiritatis dun arcem condere et tula omnia esse prouidi. Que etsi maxima et inaudita sunt, multa tamen maiora forent sinares michi, rtratio exigit, subuenisset, verium multu:n ac mirabile hoc, nec nostris merilis correspondens, sed sancte Christiane filei nostrorumque Regum pietati ue religiont; quit quod humanus consequi non poterat intellectus, id humanis concessit dirinus. Solet enim Deus pueros (alias servos)suos quique sua precepta diliqunt etiam in impossibilitatibus eraudire, vt nobis in presentia contigit qui in en consecuti sumus que hactenns mortalium vires minime atligeant. Nam st harum insularun quipiam aliquid seripserunt aut locuti sunt, omnes per «mbayes et coniecturas nemo se eas vidisse asserit verum prope videbatur fabula.lgitur Rex et Regina principesque ac eorum regnu felicissima cuncteque «lie christiunorum provincie Saluatori Domino nostro Jhesu Christo agumas gratias qui tanta nos victorit munereque donarit. Celebrentur processionnes, peragantur solennit sacra, festaque fronde vellentur delubra, exultet Christus in terris quemadmoum in celis exultat quon tot populorum perditas antehac animas saluatem àri preuidet. Letemur et nos tum propter exulta-
SU he le ve us ED LEE
20 EPISTOLA CHRISTOFORI COLOM
tionem nostre fidei, tum propter rerum temporalium incrementa quorum non solum Hispania sed vniversa Christianitas est futura particeps. Hec ut gesta sunt sic breviter enarrata. Vale.
Ulisbonne, pridie ydius marcij.
CHRISTOFORUS COLOM,
Occane classi Prefectus,
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Lettre de Christophe Colomb auquel notre siècle doit beaucoup, à L'occasion des iles de l'Inde! tronvées récemment au delà du ange ? et pour La recherche desquelles il avait été envoué huit mois auparavant sous Les auspices et que frais de Ferdinand, voi invincible des Œspagnes, laquelle Lettre a été adressée au magnifique seigneur Raphaël Sanris, trésorier du dit voi très-sérénissime et que Le noble et Lettré Aliander de Cosco a traduite de l'espagnol ex Latin, Le 3° des calendes de mai 1493 et La première année du pontificat d' Alerandre VI.
Comme je sais que cela doit vous être agréable, j'ai résolu d'écrire le récit de la conquête, afin que vous connaissiez
1 Christophe Colomb, parti de Cadix avec cent vingt hommes et trois caravelles qu'il équipa à Palos, n’alla point dans l'Atlantique qu'il appelle la mer des Indes pour découvrir l'Amérique, mais pour rechercher les Indes Orientales, la côte orientale* de l'Asie, ou, si l’on veut, la route occidentale au pays des épices; et pendant toute sa vie, objet d’une singulière hallucination, il fut dans la conviction que telle avait été sa découverte; mais ce qui est non moins singulier, c’est que la postérité qui a été désabusée a néanmoins conservé le nom d'Indes Occidentales au Nouveau-Monde, Colomb n'avait pour guide que l’Imago Mundi, compilation que Pierre d'Ailly écrivit en 1410. L’exemplaire qui lui servit, semble être celui qui est conservé à la bibliothèque de Séville : il est surchargé d'annotations manuscrites paraissant avoir été faites par Colomb lui-même, Celui-ci avait aussi dans les mains la carte marine de Toscanelli qui l'encouragea dans ses projets et lui dit : Soyez certain qu’en suivant la direction que je vous indique, vous trouverez de riches provinces et des cités grandes et bien peuplées. Enfin il avait
22 LETTRE les détails de notre voyage, de nos exploits et de nos découvertes !. Trente-trois jours après avoir quitté Cadix, je suis entré dans la mer des Indes où j'ai trouvé plusieurs îles remplies d'habitants, Après y avoir fait faire une proclamation solennelle, et y avoir déployé nos drapeaux, j'en ai pris possession au nom de notre roi très-heureux sans que personne ne Sy soit opposé ?, J'ai donné à la première
aussi les œuvres de Marco Polo, qui ne laissérent pas de l'entretenir dans ses illusions et de le fourvoyer dans son expédition, si remarquable d'ailleurs par ses résultats, fndépendamment de ces mauvais guides, il s'était fait une carte routière qui n'a pas été conservée, On croit que le planisphère de Béhaïm, terminé en 1492, doit en donner une idée et qu'il a dû y recourir pour la tracer,
2 Colomb, trompé et égaré par des récits fabuleux, jouet d'idées aussi peu fondées, se croyant en Asie, dans l'Inde proprement dite, on comprend pour lors la présence des mots supra Gangem sur ce titre, Ils ont disparu dans plusieurs éditions postérieures à celle que je reproduis ici et qui doit être considérée comme la première, ou plutôt comme ayant paru simultanément avec celles qui furent publiées au retour du premier voyage de ce célèbre navigateur,
UC, Colomb fait allusion moins à la lettre que je réédite ici, qu'à son journal qui nous à été conservé en partie par Bernaldez, curé de Los Palacios, son ami, dans l'Historia de los reyes Catholicos qui n'a point été imprimée, et dans un manuscrit de son contemporain, Las Casas, évèque de Chiapa ; postéricurement dans la Collection des voyages espagnols de M. F, de Navarelte (tome 1%), et dans le Codex diplomaticus publié à Genève en 1823 par J, B. Spotorno. C'est à l'aide de ce journal si curieux que le pionnier de l'Amérique devait écrire la relation de ses découvertes sur Ie modèle des Commentaires de Jules César, et que Fernand Colomb, son fils naturef, nous à donné une relation de sa vie imprimée en italien,
2 La prise de possession des îles dont il est ici quétion, est aux yeux du philosophe un singulier procédé comme base de propriété. Il consiste, de la part de C. Colomb, à prendre la bannière royale, tandis que deux des capitaines aventuriers de sa suite prirent chacun une bannière de Ta croix verte qui décorait les caravelles
DE CIRISTOPHE COLOMR, 23
de ces îles le nom de Saint-Sauveur (San Salvador), en reconnaissance du secours que le Sauveur m'avait fourni, tant pour cette île que pour les autres où nous sommes entrés, Les Indiens appellent cette première Guanahani”.
J'ai donné aussi à chacune des autres un nouveau nom : à l'une ?, celui de la conception de Sainte-Marie, à une autre celui de Ferdinanda *, à une troisième celui d'Isa-
de l'expédition : elles étaient ornées d'un F (Fernando) et d'un Y (Ysabella), surmontés chacun d'une couronne, Ces deux iniliales étaient séparées d’une +, Colomb fit venir ses deux capitaines ainsi que Rodrigo Descoredo, tabellion de la petite flotte, ct RodrigoSanchez, de Ségovie, et leur dit qu'il les prenait à témoin, avec les protestations plus amplement consiguées dans un écrit dressé à ce sujet.
{ Cette ile fait partie du groupe des iles Lucayes, voisines de la côte septentrionale de Cuba, Je ne peux la désigner avec certitude. Peut-être est-ce celle que les Anglais nomment Cat-islant; peutêtre l'ile d’Elgram située au 21° 30 de latitude? Navarette (p. civ de son Introduction) dit que c'est cette île que les cartes nomment San Salvador, grande ile située entre les parallèles de 24° et de 25°, On a cru que c’est la première que découvrit Colomb le 12 -octobre; mais en examinant son journal, on doit se convaincre que c’est l’île du Gran Turco, la plus septentrionale des iles turques. Le traducteur de Navarette lui conteste cependant cette désignation et lui en assigne une autre.
2 Santa Marie de lu Concepeiun, Cest celle qu'on nomme aujourd'hui Caicos, l'une de: îles Lucayes dans l'Amérique septentrionale. Colomb y aborda le 15 octobre et y chercha vainement l'or que les indigènes de Guanahani lui avaient indiqué par leurs gestes,
3 La Fernandina, M a visita le 47 octobre, C'est la petite Inague, celle qu'on nomme aujourd'hui Erumu. Les naturels de Ferdinanda, dit-il dans son journal, ont le même langage, les mêmes mœurs que ceux des autres iles que j'ai découvertes, mais ils m'ont
paru plus civitisés, plus rusés parce qu'ils apportèrent à titre d'échange, sur mon vaisseau, du coton et d'autres petites choses pour lesquels ils savaient mieux débattre leurs intérêts, I vit dans celte île des morceaux de toile de coton ressemblant à des man-
Es
ages
CS means en Dao
24 LETTRE bella‘, à une quatrième celui de Johanna’, et ainsi desautres.
Après avoir débarqué à cette dite île Johanna, je me suis avancé quelque peu sur sa côte occidentale, et l'ai trouvée si grande, qu'il me semb!sit qu'elle n'avait point de limite. Aussi je ne la considérai pas comme une île, mais comme la province continentale de Chatai *. Cependant je ne vis aucune ville, aucun village situé sur les frontières maritimes,
tilles. Les femmes y portaient sur le devant üne petite piccè de coton qui couvrait à peine leur nudité,
{ Isabella, la quatrième ile découverte par Colomb et que les naturels nommaient Suometo, est celle qu'on connait aujourd’hui, dit Navarette, sous le nom d'Inagua grande, Notre navigateur en fait un tableau enchanteur.
2 Johanna ou l'ile de Cuba, qu'il découvrit le 28 octobre.
3 Marco Polo nous a laissé une Description del gran reino de Cathay, où Christophe Colomb se croyait transporté; de sorte qu'il se pensait en Asie, en Chine, en Tartarie ou au sapon. Il était persuadé qu'en naviguant des côtes de l'Espagne vers l'Occident, il devait arriver dans ce royaume. Sous la date du 21 octobre, il dit dans son journal : « Quant à présent ma résolution est d'aller à la terre ferme, à la ville de Guisay (Quinsay) et de remettre les lettres de Votre Allesse au grand Khan, de lui demander sa réponse et de m'en revenir.» À la date du 23 octobre, il ajoute : «Je voulais partir aujourd'hui pour l'ile de Cuba qui, d'après les renseignements qui m'ont été donnés par les naturels, sur son étendue, sur ses richesses, doit être Cipango. »
«Pour aller à Cuba, mes Indiens me dirent à San Salvador que je m'y rendrais en suivant le rumb ouest-sud-ouest. Si je m'en rapporte aux signes qu'ils m'ont faits à ce sujet, car je n’entends pas leur langage, ce doit être effectivement l'ile de Cipange dont un compte des choses si merveilleuses et qui figure sur les sphères et sur les mappemonñes que j'ai vues : elle est située dans les environs.» — Ainsi ilcroyait que sur cette portion du territoire devait se trouver la fameuse ville de Quinsay, l'une des résidences du grand Khan, et il nous apprend qu'avant son départ d'Espagne, on lui avait assuré que c'était un souverain fort puissant, On sait qu'il s'at-
mais seulement quelques chaumières rustiques dont les habitants fuyaient ! aussitôt qu’ils nous aperçurent ; de sorte que je ne pouvais leur parler.
Je pénétrai plus avant, dans l'espérance de rencontrer une ville ou quelques villages. Enfin voyant que je m'étais avancé dans l’intérieur, que rien de nouveau ne paraissait sur l'horizon et que cette route me portait au nord, je me sentis disposé moi-même à fuir, car des brouillards régnaient dans cette direction, d'autant plus que j'avais le désir de me diriger vers le midi, et que les vents m'étaient contraires. Je pris donc la résolution de ne pas prolonger ces recherches et je rétrogradai afin de gagner un port que j'avais observé. De ce point, je détachai deux hommes de
tendait, d'après les dires de Toscanelli, à y voir des palais, des villes magnifiques, des édifices en marbre, etc, etc.
Colomb était donc à la fois sous les hallucinations qui l’accompagnaient et sous celles que les Indiens, qu'il n'avait pas bien compris, continuaient à entretenir dans son esprit.
{ La terreur des indigènes de Cuba, en le voyant, provenait de ce qu'ils étaient en guerre avec les Caraïbes, et ils croyaient à une invasion de leurs ennemis, Aussi l'amiral, sous la date de 4° novembre, dit: « Je crois c'e tous ces pays ne sont que des îles dont les habitants sont en guerre avec le grand Khan qu'ils appellent Cavela. Ts donnent à sen royaume le nom de Bafun. »
Toujours dans cette erreur, le 2 novembre, Colomb résolut d’envoyer à terre deux espagnols dont l’un, Louis de Torres, avait vécu avec le gouverne r de Murcie, savait l'hébreu, le chaldéen et même un peu d’arabe... {1 leur rerait des échantillons d'épiceries pour qu'ils en recherchassent; il leur remit en outre des instructions sur ce qu'ils devaient faire pour obtenir des informations sur le roi de ce pays, sur ce qu'ils devaient lui dire de la part du roi et de la reine de Castille, et les chargea de l'informer qu'ils lui envoyaient l'amiral pour lui porter un message et un présent, C'était le moven de connaître l’état de son empire, l'étendue de sa puissance, et enfin de contracter avec lui des liens d'amitié.
26 LETTRE mon équipage pour aller aux explorations, afin de rechercher s'ils trouveraient sur cette terre un roi où quelques villes. Ils parcoururent le pays pendant trois jours et y trouvèrent de nombreuses populations, de petites habitations, mais nulle part un gouvernement quelconque, C'est ce qui les détermina à revenir. De mon côté, j'appris de quelques Indiens que j'avais rencontrés, que cette province était une île; et en conséquence je me dirigeai vers lorient en côtoyant toujours le rivage, et m'avançai ainsi à une distance de trois cent vingt-deux milles, c'est-à-dire jusque sur la dernière limite de cette île. Je vis de ce lieu une autre île située à l’orient et à une distance de cinquante-quatre | milles ‘de Johanna. Je donnai aussitôt à cette îlu le nom d'Hespañuola ‘, Pour la visiter, Je dirigeai ma course vers le nord, comme je lavais fait vers rorient dans l'ile de Johanna pendant cinq cent soixante-quatre milles, Cette Johanna ettoutes les îles du même groupe sontextrômement fertiles. Johanna est entourée d’un grand nombre de ports d excellents et étendus. Je n’en vis Jamais que je puisse
leur comparer. Beaucoup de rivières très-grandes et très salubres la traversent, On v trouve aussi beaucoup de hautes montagnes. Toutes ces îles en un mot sont trésbelles, d'un aspect différent, commodes aux voyageurs. Elles sont remplies d'arbres très-variés et s'élevant trèshaut dans l’espace, Je crois qu'ils ne sont jamais dépouillés de leurs feuilles; car je les ai vus verts et beaux comme le seraient au mois de mai, en Espagne, les arbres de notre
t L'Hespanuolu, le Bohio des indigènes où Pile d'Heuté connue : aujourd hui sous Le nom de Saint-Domtague, Colomb le déconvritte : 5 décembre. HE trouva le pays si beau qu'il appela lance de ges î parties el Paraiso (le paradis), Là encore, en voyant Les Espagnols, les habitants prirent la fuite. croyant à une invasion de Caraibes.
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pays. Les uns donnent des fleurs, les autres des fruits, et tous déploient leurs avantages particuliers. Le rossignol ! et d’autres passereaux de plumage différent et en nombre prodigieux, font entendre leur ramage. Tel est le spectacle dont j'ai joui au mois de novembre dans cette excursion. Dans la dite île Johanna, j'ai remarqué aussi sept à huit espèces de palmiers, dont la majesté et la beauté, ainsi que tous les autres arbres, les plantes et les fruits ?, surpassent facilement les nôtres. Des pins admirables, de vastes prairies, des champs non moins vastes, différents oiseaux, des fruits ou miels différents (varia mella), des métaux différents, à l'exception du fer, font la richesse de cette île, Dans l’île que j'ai nommée Hespañuola (Saint-Domingue) et dont j'ai parlé ci-dessus, on trouve beaucoup de belles montagnes ; les champs, les fürèts y sont vastes, les terres fertiles, soit pour la culture, soit pour les pâturages, et sont excellentes pour la construction *, La commodité des ports de cette île,
! Le docteur Martin de Moussy m'écrit que . l'Amérique à peu d'oiseaux chanteurs proprement dits, que le seul oiseau chanteur qui y abonde, ressemble beaucoup au serin pour la grosseur ct le chant. Il est vert et jaune; c'est le Hilguero, petit oiseau qui appartient au genre fringillas au reste le rossignol dont il est question ne ressemble guère au nôtre par la figure et le chant. I doit son nom au plaisir seul que ressentit Cristophe Colomb, en lentendant chanter au mois de décembre ; mais on trouve à Saint-Domingue une espèce de linolte, dont Ie ramage a quelque chose de fort agréable, Cet oiseau est très-rare, et en général, dit Charlevoix, p. #0, le gazouillement des ‘oiseaux ne fait pas dans ces pays-là un des agréments des bois et des campagnes, S'ils charment les veux plus que les nôtres, ils flattent beaucoup moins les oreilles,
Il y a en Amérique des abeilles sauvages dont le miel est excellent. Voy, le P. Labat,
? Voyez la Flore de Cuba, par Ramon de la Sagra,
% Le texte en cet endroit a été corrompu. Je n'affirme donc pas
avoir bien saisi la pensée de Christophe Colomb,
la majesté de ces fleuves !‘ rombreux auxquels elle doit sa salubrité, tout enfin surpasse la croyance, à moins qu'on en ait été le témoin. Les arbres, les pâturages et les fruits de cette île diffèrent beaucoup de ceux de Johanna. En outre, cette dite île Hespañuola abonde en différentes espèces d'aromates”?, en or eten métaux *; les habitants des deux sexes de cette île, comme ceux des autres îles que j'ai visitées ou dont j'ai entendu parler, sont toujours nus et tels qu'ils sont venus au monde. Quelques femmes cependant couvrent leur nudité d’une feuille ou de quelque feuillage, on d’un voile de coton ‘ qu’elles ont préparé por cet usage. Tous man-
1 Les six principaux fleuves de Saint-Domingue sont : l'O:ama, la Neyva, le Macoris, l'Usague dite aussi Monte-Christo, l'Yuna et l'Artibonite, le plus étendu, le plus large de tous et coulant dans la partie occidentale de l’île d’où il se jette dans la mer.
2 On y trouve des cannes à sucre, du meis, des cacaoyers, de la vanille, du gingembre, du tabac, Dom Pédro Martyri dans Ramusto, t. IL, p. 2? verso, nous donne sur les productions de Saint-Domingue ou de l'Hespañola, de curieux renseignements; entre autres, il nous apprend que es Aborigènes de cette ile, au lieu de pain font usage de certaines racines de la grandeur et de la forme des navets ou des carottes assez douces, semblables à la châtaiene fraiche. On les nomme dans le pays agies. On reconnait à cetie description la solanée que Parmentier popularisa en détruisaat les préjugés qu'on avait contre cette précieuse importation. Les habitantsde l’île Spanuola, continue Pédro Martyri, ont encore une autre racine que les Indiens nomment Zuca dont ils font du pain (cazabi): elle est succulente ; mais ce qui est merveilieux, ajoute-t-il, c'est que celui qui boit son suc, meurt sübitement, tandis que le pain que l'on en fait est sain ctsavoureux,
3 On y trouve des mines de cuivre, de fer,
4 Le mot bombicano du texte se dit de la soie, mais désigpait aussi le coton. C'est de là qu'est venu le mot bambagia des Italiens pour désigner cette dernière production. Aussi Pedro Martyri, dans Ramusio (p. 5, verso), parlant de l'Amérique, dit : « Benche Habbino li boschi
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quent de fer comme je l'ai dit : ils manquent aussi d'armes; elles leur sont inconnues pour ainsi dire ; et d'ailleurs ils ne sont point aptes à en faire usage, non par la difformité de leur corps, car ils sunt bien faits, mais parce qu'ils sont timides et craintifs ‘. Au lieu d’armes, ils portent des roseaux durcis au soleil, et aux racines desquels ils adaptent une espèce de lame de bois sec, terminée en pointe. [ls n'osent même s’en servir, car il arriva souvent que députant deux ou trois hommes vers quelques-unes de leurs bourgades afin de conférer avec eux, une foule d’Indiens sortaient, et dès qu’ils voyaient que les nôtres s'approchaient d’eux, ils prenaient promptement la fuite, au point que les pères abandonnaient leurs enfants, et réciproquement, quoiqu'on ne leur fit aucun mal*. Ce-
pieni di bambagia non dimeno non sano farsene vestimentiil che non accada a quelli che habitano alla pianura, » et page 10, verso, cet auleur ajoute que les indigènes faisaient des étolfes de coton; c’est ce que tous les Américanistes savent fort bien.
1 La douceur des indigènes, leur bonté, leur hospitalité, ne tardèrent pas à contraster avec la férocité des Espagnols, comme on le voit notamment dans Las Casas, qui réclama inutilement en leur faveur.
A la date du {1 octobre, Colomb, dans son journal, dit en parlant des naturels, qu'ils sont très-bien faits, ont de belles figures, que leurs cheveux sont presque aussi gros que du crin, courts et tombant jusque sur leurs sourcils; qu'ils en laissent par derrière une longue inèche qu'ils ne coupent jamais. Sous la date du 13 du même mois, il ajoute qu'ils ont tous le front et la tête beaucoup plus larges qu'aucune des races qu’il ait encore vues,
2 Cette frayeur des Indieus déjà signalée peut avoir eu plusieurs causes. L'une est assez curieuse, Charlevoix dit, par exemple, p. 112 et 113, Ier, que les sauvages, en voyant Colomb prendre possession de San Salvador, s'imaginèrent qu'on jetait un sort sur eux et s’enfuirent à toutes jambes : c'était effectivement un triste sort quiles
30 LETTRE pendant ceux que J'ai pu aborder, et avec lesquels j'ai pu échanger quelques paroles, je leur donnais des étoftes ou beaucoup d’autres choses sans qu'ils me donnassent autre chose en échange ‘; mais, je le répète, ils sont uaturellement craintifs et timides. Toutefois, quand ils se croient en sûreté, quand la crainte à disparu, alors ils se montrent simples, de bonne foi, et très-généreux dans ce qu'ils ont. Aucun d’eux ne refuse ce qu'il possède à celui qui le lui demande. Bien plus, ils nous invitaient à leur demander. Îls ont pour tous une grande affection, se plaisent à donner beaucoup pour recevoir peu, 5e contentent de la moindre bagatelle et même de rien du tout. J'ai défendu qu'on leur donnât des objets d’une trop mince valeur, ou tout à fait insignifiants, comme des fragments de plat, d'assiette, de verre; ceux qui recevaient des clous, des lanières pensaient être en possession des plus beaux bijoux du monde. Il arriva à l’un des matelots de recevoir pour une lanière autant d’or qu'il en faudrait pour faire trois sous d'or. D’autres hommes de l'équipage dans leurs échanges ont été traités aussi favorablement ; pour de nouveaux blancas ?, pour quelques écus d’or, ces Indiens don-
attendait, et leur pressentiment malheureusement ne fut que trop réel.
1 Dans quelques exemplaires primitifs de la lettre de Christophe Colomb, au lieu de habebum on trouve habebant, tel est l'exemplaire parisien que je reproduis, Dans ce dernier cas, il semblerait que la générosité dont ilest ici question devrait être attribuée aux Indiens, et alors il faudrait peut-être traduire ce passage ainsi : Ceux que j'ai pu aborder et avec lesquels j'ai pu conférer, me comblaient de présents sans que je leur donnasse rien en retour. Mais il y a probablement altération dans l'un ou l'autre texte, S'il faut lire habebam, il s'ensuivrait que Colomb se répéterait un peu plus loin.
? Les hlancus où blancs, petites pièces d'argent ou d'alliage.
uaient tout ce qu'on voulait, Ainsi, par exemple, une ou deux onces d’or pour une pièce de monnaie d'or qui n’en valait pas la moitié, ou trente à quarante livres de coton dont ces matelots connaissaient déjà la valeur '. Enfin pour des fragments d'arc, de vase, de carafe, de poterie réfrigérante, ils donnaient du coton ou de l'or dont ils se chargeaient comme des bêtes de somme. Mais comme ces échanges étaient contraires à l'équité, je les défendis et je donnais gratuitement à ces bons Indiens beaucoup d'objets beaux et agréables que j'avais apportés avec moi, afin de me les attacher plus facilement, qu'ils se fissent chrétiens et qu'ils fussent plus portés à aimer notre roi, notre reine, nos princes, toutes les populations de l'Espagne ; afin de les engager à rechercher, à amasser et à nous livrer les biens dont ils abondent et dont nous manquons totalement ?. Ces populations ne sont point idolâtres;
‘ Le coton était connu, mais rare en Europe avant la conquète de l'Amérique. Les Grecs, au temps de Théophraste, ne le connaissaient que par les relations des voyageurs; mais il était en usage dans la Haute-Égypte où il croit naturellement. Hérodote, parlant des embaumements, lui donne le nom de Byssus. Les Romains entendirent à peine parler de la plante qui le produit. Les Arabes le répandirent dans la Barbarie, la Syrie, dans le Levant; et Les Espagnols, après avoir pris possession de Grenade, apprirent surtout à l’apprécier, Is le trouvèrent naturalisé en Amérique où il avait sans doute été importé.
2? Le journal de Colomb, à la date du 11 octobre, dit : « Pour nous concilier leur amitié ct leur confiance et pour qu'ils se convertissent à notre sainte foi plus facilement, je crus devoir user à leur égard de douceur, et de les prendre plutôt par la persuasion que par la violence, Je donnais, en conséquence, à quelques-uns
d'entre eux des bonnets de couleur, des perles de verre qu'ils met- {aient à leur cou, et beaucoup d'autres choses de peu de valeur; ce
loin de là‘, ils croient que toute force, toute puissance, tous les biens se trouvent dans le ciel; ils croient même que j'en suis descendu avec mes vaisseaux et mes matelots ?; et c’est ainsi qu'après avoir banni toute frayeur, nous avons été les bien venus parmi eux. [ls ne sont ni paresseux ni grossiers, ils sont au contraire spirituels et intelligents. Ceux qui naviguent sur cette mer font des récits de tout ce qui a excité leur étonnement, mais ils n'avaient jamais vu des peuples vêtus comme nous, ni des vaisseaux comme les nôtres. Aussitôt que j'eus abordé dans la première île que je rencontrai dans cette mer, Je fis saisir comme prisonniers quelques Indiens, afin qu'ils nous apprissent ce qu'ils savaient de ces îles et nous aidassent à les connaître. Ce procédé réussit parfaitement, car. bientôt nous nous comprîmes par gestes, par signes, et enfin par les paroles : ce qui nous
qui leur fit grand plaisir et nous procura leur affection. Ils venaient ensuite à la nage aux embarcations des navires dans lesquels nous étions, et nous apportaient des perroquets, du fil de coton, des zagaies, et les échangeaient avec nous.
! L'idolâtrie des indigènes a depuis été reconnue. Quel peuple d'ailleurs n'est ou n'a pas été idolâtre ? Aussi C, Colomb dit dans son journal que les naturels prient devant leurs images comme nous prions devant les nôtres.
2 L'amiral parle souvent de l'illusion des indigènes qui croyaient, en le voyant, se trouver devant des hommes célestes. « Je ne tardai pas, dit-il dans son journal, à voir deux ou trois peuplades dont les habitants venaient tous à la plage : les uns apportaient de l’eau, les autres des comestibles; d'autres, voyant que je ne me disposais pas à aller à terre, se jetaient à la mer et venaient nous trouver. Nous comprimes qu'ils nous demandaient si nous n’étions pas descendus du ciel? D’autres appelaient à grands cris tous les habitants, hommes et femmes. — « Venez voir, leur disaient-ils, des hommes qui sont descendus du ciel, Apportez-leur à manger. »
fut de la plus grande utilité. [ls viennent avec moi, et quoique déjà depuis longtemps ils ne nous quittent pas,'ils continuent à croire que je suis descendu du ciel, et ils sont les premiers, partout où nous abordons, à dire aux autres à haute voix : « Venez, venez, vous verrez des habitants du ciel. » Aussi les femmes comme les hommes, les enfants, comme les adultes, les jeunes gens comme les vieillards, après s'être remis de la frayeur qu’ils avaient d'abord éprouvée, accouraient à l’envi pour nous contempler. Une grande foule se formait ainsi, dans laquelle les uns nous apportaient à manger, les autres à boire, et cet empressement était empreint d’un amour ct d’une bienveillance incroyables.
Chacune de ces îles possède beaucoup de bateaux creusés dans des troncs d'arbre ; quoique plus étroits que nos birèmes ; ils y ressemblent par leur longueur et par leur forme, mais ils les surpassent en vitesse ; tous sont dirigés seulement par des rameurs. Il y en a de grands, de moyens, de petits, et l’on en voit quelquefois de plus grands! que les birèmes que conduisent dix-huit de nos rameurs. C’est avec ces pirogues que les indigènes visitent toutes ces îles qui sont innombrables ; qu’ils font leur commerce et leurs échanges. J'en ai vu quelques-unes aui contenaient soixante-dix ou quatre-vingts rameurs. Parmi les habitants
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! GC. Colomb, dans son journal à la date du 13 octobre, parlant des indigènes de l'ile de Guanahani, dit : « Ils vinrent à mon vaisseau dans des pirogues faites de tronc d’arbre, comme de longs canots et tout d'une pièce, travaillées merveilleusement pour ce pays : les unes sont assez grandes et portaient jusqu’à quarantecinq hommes, d’autres sont plus petites : il y en avait même qui ne pouvaient contenir qu’un seul homme. Ils ramaient avec une espèce de pelle à four, au moyen de laquelle ils donnent à leurs barques une merveilleuse vitesse,
‘ de ces îles, aucune différence dans la physionomie, dans les mœurs, dans le langage‘. Ils se comprennent tous, Cette identité est fort importante pour la réussite du projet de notre roi Sérénissime, qui, je le crois, désire convertir ces populations à la foi chrétienne; et elles y sont bien disposées, du moins autant que j'ai pu le comprendre.
| J'ai raconté plus haut comment je suis entré dans l’île de Johana (Cuba), en suivant dans ma route une ligne droite du couchant à lorient, pendant un trajet de trois cent vingtdeux milles. Cette course m'a convaincu et me fait dire ici ë que cette Johana est plus grande que l'Angleterre et l'Écosse ensemble, car après avoir tranchi ces trois cent vingt-deux milles, on aperçoit dans la partie occidentale deux provinces que je n'ai point visitées, et dont l’une est appelée
: t A Saint-Domingue, dit Charlevoix, t. I, p. 69, le langage n'él tait pas entièrement uniforme dans ‘toute l'ile : chaque province avait son dialecte particulier, mais on s'entendait partout. La langue qu'on parlait dans le milieu de l'ile était la plus estimée : on la regardait même comme une langue sacrée, et elle avait cours dans les autres provinces. Elle n'avait rien de barbare et s'apprenait facilement, + Le docteur Martin de Moussy, relativement à ce passage de Colomb, lu m'écrit que «la langue qui se parlait alors dans cette partie de l’Amé- À rique était sans nul doute le Guarani; que cet idiome était celui des Caraïbes ; qu'il était, et est encore aujourd’hui celui de la plupart des Indiens de la Terre-ferme, des Guyanes et du Brésil; qu'avec ses différents dialectes, les Indiens le parlaient du golfe du Mexique à la Plata, de l’Océan aux Andes, c'est-à-dire | sur uné étendue de 50° en latitude, et de 20° en longitude; que | les Portugais furent tellement frappés de ce phénomène qu'ils le
\ désignèrent sous le nom de léngoa geral, la langue générale ; qu'a- | : près le Guarani, l'idiome le plus répandu dans l'Amérique du Sud
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était le Quichua qui se parlait et se parle encore sur tous les plateaux des Andes et qui était la langue nationale de l'empire des Li Incas, »
DE CHRISTOPHE COLOMB. d5
Anan‘ par les Indiens, Les habitants y naissent avec une queue *. Ces deux provinces ont cent quatre-vingt milles détendue, d’après le dire des Indiens que j'emmène avec moi, et qui les nomment toutes des îles, Le circuit de l'Hespañuola (Saint-Domingue) est plus vaste que celui de toute l'Espagne, depuis Cologne jusqu'à Fontarabie. Cela s'explique facilement, puisque l’un des quätre côtés que j'ai parcourus en ligne droite d'occident en orient, mesure cinq cent quarante milles. Cette île importante, qui mérite d’être appréciée, j'en ai pris solennellement possession comme de toutes les autres, pour notre roi invincible. Ledit roi, dès à présent, y est reconnu comme souverain. J'y ai ordonné la construction d'une grande ville, dans le lieu le plus favorable pour notre avantage-et notre commerce. Je lui ai donné le nom de la Nativité du Seigneur * eten ai pris particulièrement possession, La citadelle doit être achevée en ce moment, En tout cas j'y ai mis le nombre d'hommes nécessaires, avec des armes de toutes espèces et des vivres pour plus d'une année. J'y ai aussi laissé
{ Anan. Ne serait-ce pas Amanas où quelques-unes des iles Turques au nord de Saint-Domingue ?
# Les hommes à queue dont il est ici question ne sont assurément que des singes. Je crois avoir vu dans Hérodote où dans Pline la mention d'une race humaine également remarquable par cet uppendice. Des voyageurs anciens, notamment Paul Lucas et Monconys, parlent aus:i d'hommes à queuc comme nous parlerions d'homme des boïs ou Orang-Outan.
3 Don Pedro Martyri (p. 5) dit que l'amiral, à cet effet, choisit un lieu élevé à proximité d’un bon port; qu'il y fit élever une cité, des habitations et une église dans laquelle, le jour de l'Épiphanie, il fit solenneïlement chanter une messe par treize prêtres, ct que ce futlapremière qu'on y célébra dans le Nouveau-Monde en : honneur de Dieu, notre Seigneur.
une caravelle pour en construire d’autres, ainsi que des hommes experts dans ce genre de ‘ravail, Je leur ai laissé en outre la bienveillance et l'amitié du roi‘ de cette île à notre égard. Ces insulaires sont très-aimables, très-bons, au point que ledit roi se fait gloire de me nommer son lrère. Si ces indigènes s’avisaient de changer de sentiment, de vouloir inquiéter ceux qui sont restés dans la citadelle, ils ne le pourraient pas, parce qu'ils manquent d'armes, qu'ils sont nus et très-craintifs. Ainsi les gens occupant cette citadelle peuvent tenir cette île en leur pouvoir sans aucun danger, pourvu qu'ils ne manquent point aux lois et au gouvernement que j'ai établis ?. Dans toutes ces îles, d'après ce que J'ai remarqué, chaque habitant n’a qu'une femme, à l'exception des princes ou rois, qui peuvent en avoir vingt *. Les femmes paraissent travailler plus que les
1‘ Le Cacique Guacanagari.
2 Ch. Colomb était naturellement bon et ne se doutait pas que son ami Las Casas aurait bientôt à gémir sur le sort de ces trop confiants et trop hospitaliers indigènes. « 11 semble, dit ce dernier, que Dieu ait inspiré à ces peuples une douceur semblable à celle des agneaux et que les Espagnols, qui sont venus troubler leur tranquillité, ressemblaient à des loups, à des lions pressés par la faim, à des tigres féroces Pendant quarante ans, ils ne se sont appliqués à autre chose qu'à massacrer ce “auvres insulaires en leur faisant souffrir toutes sortes de tourments ei de supplices, En telle sorte que cette île, qui contenait environ trois millions de naturels avant l’arrivée des Européens, n’en contient pas maintenant trois cents, »
3 Oviedo, dans Ramusio, page 51, dit que les Caciques et seigoeurs ont autant de femmes qu'ils veulent en prendre. — Behechio, roi de Xaragua, dont la domination s'étendait sur toute la côte occidentale et sur une partie de la côte méridionale de Saint- Domingue, voulait bien se contenter de trente-deux femmes. La polygamie, ajoute le D' Martin de Moussy, existait che toutes