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hommes. Je ne puis affirmer que la propriété! ne soit établie dans ieurs mœurs, car j'ai vu que celui qui a partage avec les autres, et surtout les provisions, les vivres et objets de consommation. Je n'ai vu chez eux aucun monstre, comme on se l'était imaginé ?, mais des hommes remplis d'égards et de bienveillance. Ils re sont point noirs comme les Éthiopiens; leurs cheveux sont plats et tombants, Ils ne font point leurs demeures dans les lieux exposés à la chaleur directe du soleil, car elle est très-forte, parce que cette tle n’est éloignée, je pense, de la ligne équinoxiale que de vingt-six degrés. Sur le sommet des montagnes le froid est très-rigoureux, mais les habitants savent s’en garantir en se nourrissant d'aliments très-chauds. Je n’ai donc point vu de monstres parmi eux, et je n’ai point appris qu'il en existât ailleurs, excepté dans l’île Caraï #, qui est la seconde
les nations américaines réunies en société. Elle existe encore aujourd'hui chez les, Indiens non chrétiens; par exemple, les Chiriguanos, les Araucans, etc.
1 Les naturels ne connaissaient pas la propriété telle qu’elle a été organisée parmi nous; ils ne connaissaient pas non plus la misère, le paupérisme, le vol, le brigandage, Tous vivaient simplement et se contentaient de peu. Las Casas, parlant d'eux à l’occasion de l’île Hespañuola, dit que les enfants des princes et des grands seigneurs y vivaient aussi frugalement que les enfants du plus obscur des Indiens.
2 D'après les récits de Marco Polo, Le mot monstrum semble désigner ici un homme cruel,
3 C, Colomb parle ici du cap Cabron (cap del Enamorado), qu'il découvrit le 9 janvier, Les naturels étaient bien différents des Indiens qu'il avait observés jusqu'alors : ils avaient l'aspect farouche et étaient peints d'une manière hideuse, portant leurs cheveux longs et noués par derrière et ornés de plumes de perroquet. L'un d'eux visita la caravelle de Colomb et lui parla d’une île Mantitino ou Matityna, habitée seulement par des femmes, qui reccvaient les
qui se présente aux regards de ceux qui vont de l'île Hespañuola dans l'Inde. Les habitants de Caraï se nourrissent de chair humaine. Ils ont différentes sortes de bateaux, avec lesquels ils abordent dans toutes les îles indiennes, dévastent, pillent tout ce qui tombe sous leurs mains, Ils ressemblent, du reste, aux autres insuiaires; mais ils ont les cheveux longs, à la manière des femmes, et se servent d'arcs et de flèches en forme de javeline. Ces projectiles sont faits de roseaux auxquels ils adaptent, à la partie la plus grosse, une pointe dure. C’est pour cela qu’ils sont considérés comme plus cruels que les autres, aussileurs voisins sont-ils à leur égard dans une terreur continuelle; mais je ne les crains pas plus que les autres. Ils fréquentent les femmes qui habitent l'ile de Mateunin, la première que l’on rencontre en partant de l’île Iespañuola pour se diriger
Caraïbes parmi elles une fois par an à l'effet de perpétuer la population. Elles gardent les filles provenant de ces unions et envoient à leurs pères les enfants mâles qu'elles en ont eu. Les femmes caraïbes accouchent sans peine, et dès le lendemain elles reprennent leurs travaux, tandis que les maris se mettent au lit. C’est ce que raconte Pedro Martyri auquel on peut recourir. Il n’en fallut pas davantage pour que l'amiral crûl y reconnaitre l'ile des Amazones, Ce fut une de ses illusions provenant de la lecture de Marco Polo.
Les Caraïbes ou Cannibales habitent encore une partie des Antilles, mais ils ont été presque entièrement détruits. Cependant ils sont assez nombreux dans l'ile Saint-Vincent. La férocité des Caraïbes est mentionnée par Garcilasso de la Vega, par Lopez de Gomara, par Las Casas, par Oviedo, ete, Quoique leurs mœurs soient fort changées depuis leur contact avec les Européens, il n'en reste pas moins à rechercher les causes de la douceur des indigènes des Petites-Antilles; pourquoi, enfin, les Cannibales que les premiers avaient au sud pour voisins et les Floridiens qu'ils avaient au nord, étaient également anthropophages? ,
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dans l'Inde. Ces femmes ne s’adonnent à aucun des travaux de leur sexe, mais se servent d’arcs et de zaguaies, comme leurs maris, dont j'ai parlé. Elles se couvrent aussi de feuilles de cuivre, métal qui abonde chez elles.
On m'’assure qu’il existe encore une île plus grande que l'Hespañuola, dont les habitants n’ont point de poils, et qu'on y trouve beaucoup plus d’or que dans les autres. Les insulaires de Cuba et les Indiens que j'emmène avec moi confirmeront tout ce que je dis dans cette lettre {.
Enfin, pour abréger le récit de mes découvertes depuis mon départ et mon retour, je promets à nos rois invincibles, qui m'ont accordé un petit secours, que je leur donnerai autant d’or qu'ils en auront besoin, autant d’aromates qu'ils le désireront, ainsi que du coton et de la gomme, qu'on n’a trouvés seulement que dans la Chine; je leur fournirai, en outre, autant de bois d’aloès ?, autant d’esclaves ?......, qu'ils en exigeront; enfin de la rhubarbe et
{ C. Colomb revint à Barcelone avec six Indiens au mois ds mars 1493. I] y apporta des curiosités et des productions diverses.
2 Ch. Colomb, dans son journal à la date du 21 octobre, en parlant de San Salvador, dit qu’il vient d'apprendre à connaître Île bois d’aloës (lika loe) et qu'il est déterminé à en faire porter dix quintaux à son navire parce qu'on lui à dit qu’il est d’un grand prix. Ce bois d’aloès (agollochum) est un grand arbre de la famille des Euphorbes dont le bois brûle avec une odeur agréable,
3 Le texte où l’on trouve les mots servorum hydrophilatorum aliàs hydolatrorum paraît être encore corrompu dans ce passage. Colomb ayant dit que les Indiens ne sont pas idolâtres, se contredirait en employant ici ce dernier mot, et celui d'hydrophilatorum n'est point latin, Je crois, sauf meilleur avis, qu'il faut lire soit tndigenetum, soit indigenarum, soit incolarum; mais comme il est toujours dangereux d'opérer une substitution en pareil cas, je conserverai le mot hydrophylatorum, que je considérerai comme forgé du grec, et je lui donnerai le sens d'amis des eaux, de navigateurs. Effectivement
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autres espèces d'aromates!, qu'on a trouvées où que poutront trouver par la suite les hommes que j'ai laissés dans la citadelle, car, après être resté dans la ville de la Nativité pour diriger sa fondation, celle de la forteresse et mettre tout en sûreté, je n'ai différé mon retour en Espagne qu'autant que les vents m’y ont forcé. Bien que toute cette expédition soit importante, et presque incroyable, elle eût été bien plus merveilleuse encore, si j'avais eu le nombre de vaisseaux nécessaires. Quoi qu'il en soit, elle tient du prodige et est bien au-dessus de mon mérite, mais elle a été la récompense de notre foi catholique ? et celle de la piété de nos rois, puisque ce que l'intelligence humaine ne pourrait exécuter, l'intelligence divine le fait en donnant aux hommes une puissance surnaturelle. C’est ainsi que Dieu exauce les vœux de ses serviteurs et de ceux qui observent ses commandements, en les faisant triompher de ce qui semble impossible. C’est ce qui nous est arrivé dans une entre-
C. Colomb a fait remarquer plus haut que ces Indiens n'étaient pas sans une certaine habileté sur mer, et il était alors bien naturel qu'il eût l'idée de les voir un jour employés comme matelots dans la marine espagnole. Ce parti eût été bieu plus judicieux que celui d’anéantir ces malheureuses populations qui avaient tant de qualités aimables,
‘ Le mot aromate qu'emploie C. Colomb, et qui se représente encore ici, mérite quelque attention de la part du lecteur, Il ne désigne pas proprement ce que nous entendons pur le mot épice, mais des drogues pharmaceutiques : aussi Ja rhubarbe déjà mentionnée rentre dans cette catégorie, Cela est si vrai que l'aromatorius était ce que nous appelons aujourd'hui pharmacien, et ce mot est encore employé d. 1s ce sens dans un concile qui fut tenu en Espagne en 1585.
2 L'esprit de prosélysisme dominait Colomb lui-même, comme il dominait l'Espagne et le Portugal à cette époque,
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prise que les forces des mortels n'avaient pu exécuter jusqu’à présent; car, si quelqu'un a parlé des îles que J'ai visitées, ce n’a été qu'avec doute, d’une manière obscure ; aussi personne n’a encore assuré les avoir vues !. Aussi ce qu'on avait pu en dire ressemblait à une fable. Que le roi, la reine, les princes, leurs sujets et toute la chrétienté rendent avec moi des actions de grâce à notre sauveur Jésus-Christ, qui nous & favorisés, en nous mettant à même de remporter une victoire si grande, et d’en recueillir les fruits. Que des processions, que des sacrifices solennels soient faits; que les églises se décorent de feuillages ; que Jésus-Christ tressaille de joie sur la terre comme dans les cieux, puisque tant de peuples, auparavant damnés, vont être sauvés. Réjouissons-nous aussi du triomphe de la foi catholique ? et de l’accroissement des biens temporels auxquels l'Espagne et toute la chrétienté vont prendre part, Tel est le récit sommaire que je vous adresse. Adieu.
, Christophe Colorib,
amiral de la Flotte océanique.
Lisbonne, la première des Ides de Mars.
{ On croirait, en lisant ces mots, sans y bien réfléchir, que Colomb parle ici de l'Amérique ou, pour mieux m'exprimer, du monde transatlantique dont il est question dans Platon et ailleurs, notamment dans la Revue américaine, t, 1; mais ce n’est pas à cela qu'il fait allusion, car il croyait enccre qu'il avait été dans les Indes-Orientales, dans le pays des épices et des perles.
? Les indigènes sont ce qu'ils étaient, et malgré les persécutions religieuses qu'ils ont subies, ils n’ont guère changé que le nom de leur religion, du moins dans tous les États-Unis. Voyez H. Schoolcraft.