‹ Lettre [de De Sellon, Charles Lucas, Alexandre Vinet] et un extrait d'un discours [de De SellonChapitre 14 sur 45 · POINT DU PROGRAMME · texte numérisé non relu

POINT DU PROGRAMME

Les Concurrens n'ont pas pu garantir la certitude que la peine de mort une fois abolie , elle ne serait jamais rétablie ; mais ils ont dit qu'une telle innovation n'était pas si facile , qu'elle mettait trop la violence à découvert , qu'elle sonnait le tocsin d'alarme. Bentham, cité par eux, dit que la tyrannie est bien plus à son aise quand elle peut s'exercer sous le voile des lois » quand elle parait suivre le cours ordinaire de la Justice , et qu'elle trouve déjà les esprits accoutumés à ce genre de peine. Le duc d'Albe , dit-il , tout féroce qu'il était , n'eût jamais osé immoler tant de milliers de victimes dans les Pays-Bas, si la loi n'avait pas prononcé que Xhèrésie était un délit punissable de mort. Voilà une assertion qu'on peut combattre ; mais un homme digne de foi , m'a assuré que quand la Toscane fut envahie par l'armée française , un grenadier ayant volé à main armée dans une boutique de Florence, fut condamné à mort par un conseil de guerre , et que le peuple s'insurgea, ne pouvant supporter de voir une exécution après avoir perdu l'habitude des supplices pendant le règne de Léopold. La douceur des mœurs et la civilisation toujours croissante, est aux yeux des Concurrens le plus siir garant que la- peine de mort ne serait pas remplacée par des peines corporelles ; le courrier anglais , qui est l'un des organes de l'opinion en Angleterre, s'est prononcé en faveur de ma proposition et de celle de M. Gosse , qui réclamait

raboliiîon de la marque. (Voyez p. 36i , Lucas. ) (i). M. Lucas ciie cet article dans son ouvrage, comme un indice de l'esprit du 19.™^ siècle. La St. Barthélemi^, les auto^da-fè de TEspagne , les sévëritës exercées contre les Catholiques en Ecosse, en Irlande, en Angleterre, en disent assez contre la peine de mort en matière religieuse , pour avoir fourni de nombreux matériaux aux Concurrens , et la discussion de la loi du sacrilège leur a donné l'occasion de citer des passages des nobles discours de M. Royer-Collart et du Duc de Broglie contre cette loi si dangereuse dans un pays où des religions diQérenles (2) sont non-seulement protégées, mais garanties par la Charte. Cette loi le serait partout où il y aurait plus d'une religion à la fois sur le même sol. Je ne vous affligerai pas, Monsieur et cher collègue, en entrant dans le détail des attentats commis au nom de la loi dans cette belle France qui nous avolsine; les Concurrens n'ont eu qu'à puiser dans le Moniteur pour regretter que Louis XVI n'ait pas aboli la peine de mort en même temps que la torture (3) , car alors Robespierre lui-même n'eût peut-être pas osé la rétablir, par les mêmes raisons qui auraient arrêté le Duc d'Albe^ et le peuple français aurait fait peut-être la même résistance aux exécutions que le peuple florentin : telle est au moins l'opinion de la plupart des Concurrens.

Ils ont répondu au dernier paragraphe de ce point du Programme par le Moniteur. Ils auraient pu citer un fuit récent si le Concours avait été prolongé ; c'est la purification de plusieurs personnes condamnées à mort en

(i) Quand l'empereur Napol(^oa consulta les cours impériales sur la peine de mort et sur la marque^ plusieurs se prononcèrent contre ces deux peines irréparables et indélé^ hiles,

(2) M. Lucas, dans une note bien intéressante de la page 55 1 , fait des observations profondes sur l'esprit du Christianisme, et il rajtpelle cette maxime ; Ecclesia abhorret a sanguine.

(5) Les masses sont assez disposées â considérer comme des martyrs les hommes qui périssent victimes d'une opinion. C'est ce qui est arrivé quand Sand , meurtrier de Kotsbue, fut exécuté à Mauheim. Des étudiaos trempaient leurs mouchoirs dans son saug et se iisputaieut sti vêtomens camme des relique»»

Espagne , qu^on ne pouvait rappeler à la vie ; la Gazelle des Tribunaux en a fait mention , ainsi que le Journal des Débats.

Les Concurrens s'appuient encore sur l'ouvrage de M. le Marquis de Pas-^ toret , pour combattre la peine de mon en matière politique , parce gue ce noble Pair a réfuté victorieusement dans sa législation pénale , tous les auteurs célèbres qui voulaient la mainteiiir , encore pour ce fait seulement. Us ne pouvaient choisir une autorité plus imposante et plus facile à consulter , puisque son livre est connu et que son auteur est vivant. M. Guizot a traité d'une manière distinguée le même sujet (i).

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