Lettre de la Société des amis des noirs
Travailler à détruire la traite et à adoucir le sort des Noirs dans les Colonies , fut Tunique but de Tassociation qui se forma , meme avant la révolution , sous le nom de Société des Amis des No rs. Des événemens qu’on n’avait pu ni prévoir , ni calculer , précipitèrent la marche de la révolution , et les Noirs devinrent entièrement libres au moment où Ton osait à peine espérer de voir diminuer le poids de leur chaîne.
Mais la tâche des amis de Thumanité iTest pas encore remplie ; chez eux les Africains ignorent tout le parti qu’ils pourraient tirer de leur sol et de leur climat pour leurs propres jouissances et celles des antres ; ils sont sans instruction et sans connaissance des arts utiles , et leurs semblables , actuellement libres dans nos colonies , devenus nos concit '.yens et nos frères , ne sont iis ])as livrés à une grande ignorance ? N’ontdis pas un besoin urgent d’instructions morales et physiques ? Avec une aussi grande aptitude pour tous les Arts, ne faut -il pas leur en apprendre les élémens , la marche et la pratique ? avec un sol qu’ils ne cultivaient , autrefois qu’eu y trainant des chaînes , et en l’arrosant de leur sueur
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et de leurs larmes , ne faut -il pas leur donne* tous le J moyens de le rendre^infiniment productif, en substituant à un trop grand abus de leurs , forces , le secours de toutes les machines qu’a inventées la mécanique , et de toutes les découvertes qui tiennent à l’Agriculture , et qu’a perfectionnées la Chimie? Le Gouvernement luiméme n’a-t-il pas besoin d’être secondé dans ses bonnes intentions sur ramélioration des Colonies et du sort des Colons , par les recherches , les méditations , les observations , les mémoires des patriotes qui, à des connaissances déjà acquises sur les Col..>nies , voudront joindre des travaux qui puissent les augmenter et procurer les moyens de les mettre en pratique?
Tels sont, Citoyens, les motifs louables qui ont réuni quelques-uns des anciens membres de la Société des Amis dey Noirs à des députés des Colonies, à des Noirs, et à d’autres philantropes instruits et zélés républicains.
Un des premiers objets de leur attention a éti l’amélioration de la culture des cannes à sucre par des hommes libres. A ce sujet un des membres a lu à la réunion quelques détails sur la manière dont la canne à sucre est cultivée à Batavia, avec quelques réflexions sur l’importance de faire dans nos Colonies des essais du même genre. Ces détails sont extraits de V^ssay 07i Colonisa * tion^ etc. Essai sur la Colonisation du C. AVadstrom , ouvrage précieux et intéressant dans les circonstances actuelles , qu’il serait à désirer qu’il fut traduit en français.
Mémoire sur la culture des Cannes à sucre à Batavia , ai^ec quelques observations sur V amélioration dont cette culture est susceptible dans nos Colonies,
On apprendra sans doute avec intérêt que les cannes H sucre sont cultivées dans les Indes orientales par des personnes libres et que cette production y est d'une
qualité supérieure et à beaucoup meilleur m'irché que dans les îles du golplie du Mexique. 11 en est de meme du rum (i).
La Chine, la Cocliînchine , le Bengale et la cote du Malabar produisent une grande ([uantité de sucre ; mais comme ce genre de culture est beaucoup plus considérable à Batavia , nous nous arrêterons à donner des détails sur la 'manière dont elle est j)ratiquée dans cette île.
Un propriétaire riche, divise en général ses plantations en 3oo arpens ; sur chacune des divisions il lait construire des bâtimens solides. 11 loue ensuite cliacune de ces divisions à des C[iinoi> qui les habitent sous le litre de le riniers , et les sous-afferment à des personnes libres par parties de 6o arpens , sous h coiiditijii de les planter en cannes à sucre , et sous la redevance de tant par chaque pécule (2) de sucre de produit.
Le principal fermier fait ensuite venir , pour faire la récolte , des ouvriers des villages qui avoisinent sa ferme. Aux uns il confie la coupe des cannes et leur transport au moulin ; les autres sont chargés de faire bouillir le jus qui en provient; les troisièmes l’enduisent d’argile (5) et en remplissent des paniers (4) prêts à vendre.
Ces dilférens ouvriers sont payés à tant par pécule. Chaque fermier peut calculer ce qu’il lui eu contera par pécule , et par conséquent combien il lui reviendra. U ne fait que les dépenses indispensables.
Dès que la récolte est finie , les différens ouvriers qui y -Ont été employés s’en retournent chez eux pour
(i) C’est la liqueur qui provient de la distillation des mêlasses et des écumes.
(3) I.a pécule pèse i33 livres et demie.
(5) Enduire d’argile , c’est couvrir le suc qui provient de la cnnne^ d’une terre très-fine qui sert à blanchir le sucre et à procurer le sucre terré.
(4) Ces paniers sont des formes où l’on renferme le suc pour le
terrer.
sept mois, 0t il no rosto sur lo torrnin c|uo los sous-*
fermiers ou planteurs qui le préparent pour la récolte procîiaine.
L’ouvrage ainsi divisé est mieux fait et à meilleur marclié. Ce n’est qu’à Batavia mie fou fait du sucre terré, mais il est égal en qualiie au uieilleur sucre des îles occidentales, et n’est vendu que 12 livres la pécule, un peu plus de sept liards la livre.
Le prix commun d une journée est de 18 à 20 sous, il n y a aucune distillation sur les plantations à sucre : les écumes et les mêlasses (i) sont vendues au marché où un disdilateur peut acheter le produit pour la distillation de cent plant ;tions pu de 3o,ooo arpens.
Cette méthode est prétérable et plus lucrative que celle des îles occidentales où chaque plantation a sa raffinerie.
Le ruiii est vendu à Batavia, 4 sous par gallon , (2) à cinq dixième à-peu-près de force.
Culture des Cannes.
Tandis que dans les îles la houe (3) est presque le seul ustensile connu pour cidtiver la canne à sucre , on se sert à Batavia avec un grand succès d’une charrue légère , traînée par un seul bufiie , après laquelle ou fait passer un cylindre.
Une personne avec deux paniers suspendus à chacun des bouts d’ua bâton porté sur l’épaule d’une autre personne , fait tomber alternativement de chaque panier une plante de' canne dans des trous fiits exprès, et à. la même distance que se trouvent les deux paniers ; la même personne pousse avec son pied de la terre pour couvrir
(i) Les mêlasses sont les résidus graisseux des sucres raffinés qui ne peuvent prendre de consistance plus solide que celle de sirop.
Le gallon contient quatre pintes de Paris.
(3) La houe est un instrument de fer large et recourbé , qui a un manche de bois , et avec lequel on retire la terre à soi ^ pour lui donner une sort© de labour.
îa plante de la canne , après qu'elle a ('té jetée dans chaque trou.
i-es jeunes cannes sont souvent sarclées (i) parla cliar-
rue ; seulement on se sei t de la lioue quand il s’agit de biner (2) autour des plantes encore très - jeunes ,
opération peu nécessaire quand la terre a été iden labourrée.
^ Quand les cannes sont prèles à être terrées on laboure a une certaine profondeur les espaces ([ui sont entre les lignes des cannes : les bouts de celles-ci étant liés , ensuite une personne tenant en main une espèce de liinrclie a plusieurs dents, la pousse dans la terre labourée, tandis qu’une autre placée vis-à-vis la plante , la tiiant
par le bout d’une corde , lève toute la terre que la charrue a démêlée.
Par ce moyen deux personnes peuvent terrer plus de cannes dans un jour que dix nègres avec des boues.
Dans les Indes orientales on terre les cannes plus haut que dans les lies.
Dans les terrains luiinides ou les terre facilement à la hauteur du genou , en fesant une couche sèche pour les Ctinnes et une trànchée pour l’eau.
Façon du Sucre.
On prend autant de soin à Batavia à réduire la caiins en sucre qu’a la cultiver.
L’évaporation étant en proportion de la surface des
vases , les bouilloires ont la plus grande surface poJisible.
Le jus des cannes est d’abord tempéré et bouilli à consistance de sirop. Il est versé ensuite dans des cuves et
arrosé avec de 1 eau pour précipiter les mauvaises parties.
Après avoir resté six heures tranquille on le fait couler par trois trous laits à dillérentes hauteurs : d'abord par le
(i) Sarcler c ,est arrsclier les mauvaises herbes d’un champ.
(3) Biner , c est donner une nouvelle façon aux terres.
premier trou dfoisune bouilloire de cuivre , placée sur î« feu , où le suc est encore tempéré une fois , et réduit eu sucre avec un feu modéré.
]i se met en grain ; alors Touvrier plonge une petite baguette dans, la bouilloire , et lorsqu'il l’en retire , il fait tomber goutte à goutte le sucre qui s y est attaché , dans un vase plein d’eau , d’où en le retirant avec fongle du pouce, il juge quand le sucre est suffisamment bouilli.
Les cuves dont il a été fait mention sont toutes placées à la gauche des bouilloires en cuivre. Après y avoir fait couler tout ce qui est clair par le premier trou , on passe le reste ; ce qui se trouve clair tiré par le second trou , est jeté dans la bouilloire ; le reste , ouïes lies , tiré par le troisième trou , est destiné h la distillation.
On enduit ensuite le sucre d’argile dans fOrierit comme dans 1 Occident. *’
Observations.
J Les cannes ne sont pas placées dans 1 Orient comme dans les îles , sous des hangards ( i ) , où elles perdent beaucoup de leur qualité et de leur force avant qu’on s’en serve ; mais elles sont répandues tout de suite , pour être séchées , sur 1 emplacement où elles ont été coupées et après mises en fagots , placées en meules , et employées sitôt qu’elles sont sèches ; par ce moyen leur force au feu est beaucoup plus grande , et on épargne le transport d’une maison à 1 autre.
La culture des cannes est , comme on voit , encore dans son enfance aux îles du golphe du Mexique.
La houe dont on se sert pour ouvrir la terre est trop légère ; et tandis que dans l'Orient la charrue fait sortir facilement les ^racines pour la replantatiou , le nègre dans l'Occident est obligé de faire un grand emploi de ses forces , pour arriver au même but , d’ou il
f îj Ces hangards s’appellent friperies.
CSU e dune part la ru^cessité d’employer un snnd-
de 1 aiure des résultats souvent très-mauvais , d’aprèl 1 . I imperfectmn des J, eues ; a», l’inégalité de la force
des ouvriers; 3°. et nétessairemeut leur nfos ou
bonne volonté. ^
Il serait donc infiniment essentiel pour les lies dans les Indes occidentales ,
De donner plus de travail aux animaux , et beau, coup moins aux hommes ;
a“. D’employer une plus grande partie des terrains en pâturages ou en prairies artificielles ;
3». De faire exécuter tous les transports au moulin ou aileurs surdes charriots plutôt qu’à dos d’hommes-
4 ■ De ne plus avoir des distilatoires dans chague babuation . mais de livrer , comme dans l’Orient ce ! pajie à des distilateurs occupés uniquement de cet lliiet