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Lettre de M. Necker a M. Mallet-du-Pan

OS Coasidératioiis sur la nature delà Révolutîo Française , mon cher Du Pan , ont pénétré mo ame dun sentiment déücieux et profond. C'est Fiatdoyer victorieux en faveur de notre systêm.

n voit bien que vous y avez mis toute votre fore, Que ae grâces n’ai - je pas à vous rendre, d'avo' ai bien prouvé qu’il falloir être révolutionnaire e monarchien ? Avec quel ait vous avez promené L fi de vos raisonnemcns à traverser les décombre; de la France et dans le labyrinthe de l'àrnarchie pour arriver à cette conclusion lumineuse : qjf fautmettre le gouvernement français e» arbitrage

faire un traite circonstanciel: et qu'il est absurde d\ parler de principes , là où

circonstances!

Cest amsî que, par d’heureux détours, vous ïarnenez les opinions à mon résultat du conseil, â mes assemblées périodiques , à la prépondérance du tiers-étal, à la liberté de la presse, à tous les ^lemens de la révolution. Il étoit essentiel de bien établir qu il ne faut plus parler de principes c^àt ces royalistes purs viennent toujours nous opposer la barrière de leur ancienne constitution , qui andpatisc avec notre système.

Il netoit pas moins important que vous prissiei le titre de royaliste: masque iin])osant et respectable, propre à couvrir la couleur équivoque des métis. Je voudrois seulement que vous eussiez donné d autres preuves de votre royalisme que vos tribulations. Unis d’opinions , nous Je sommes encore par nos disgrâces; mais les miermes ont porté un grand caractère qui les distingue. L une a été marquée par la révolte de la France , que j’avois préparée ; la seconde fut accompagnée de la subversion de la France , que j’avois causée innocemment. on eut dit que la destinée de ce royaume «toit attachée à la mienne , et que je portois avec moi la France et sa fortune.

Vos disgrâces , mon cher Du Pan . n’qnt pas eu le même éclat. Vous êtes assurément compté ParmUes martyrs des jacobins; pendant quatre comme vous le diter, vous vous êtes couché sans être assuré de vous réveiller vivant. Mais n i et péril ni vos trois décrets, ni vos cent-quinze

aenondatîons^ , ni vos trois assauts , ni vos dcu^ scelles, ni la confiscation de toutes vos proprie'tés , c’est-à-dire de votre Mercure . ne vous décernent le titre (de royalhk -, parce que Barnave , LanîetH . Montesquieu , Danton, Brissot, Marat, vingt-deux autres scélérats de la Convention , ont été persécutés aussi , et jpourroient au même titre se dire royalistes; Custine , qui vient de vomir sur l’échafaud son ame de boue, seroit un royaliste par excellence. la noblesse française, qui professe un autre royalisme, proteste contre le vôtre, loin de vous avouer pour prgane. Vous avez oubliez vos anciens sarcasmes contre les émigrés. Ils ne vous passeront ni votre titre , ni vos preuves ; et je vous conseille de né pas insister sur celles-ci , à cause des comparaisons. Mais j’aime à vous entendre , lorsque tonnan à l’oreille des souverains, pour les intimider, vous couvrez 1 avenir de nuages sinistres et d’une obscurité effrayante ; lorsque vous leur montrez , comme in= vitjcible par ses iinmenses ressources , une natioa qui dévore toutes ses ressources; que vous exagères la vigueur de ce colosse qui vient de s’ouvrir fes quatre veines pour alimenter la révolution ; que vous supposez des plans réfléchis à des factieux qui n en ont jamais eu , une opinion nationale i un peuple qui a changé trois fois de gouvernemens en trois années , et qui se divise aujourd’hui ea

quatre ou cinq sectes dont le résultat est l’arnarchk et la

Uïseâ kabliement en opinion générale dont la force' est irrésistible ; et en supposant que la crainte de i’ancien régime est la cause de la résistance , vous conduisez adroitement tes Puissances coalisées à désespérer du rétabiisEement de l’ancienne constituiion , à recevoir avidement et à exécuter le projet de notre raonarebi^me , que nous tenons tout prêt pü»r la présenter à la signature.

Je crains seulement qu’en supposant des plans aux factieux , vous ne leur en ayez donné un ; qu’en devinant ce qu’ils feront , vous ne leur ayer indiqué ce qu’ils doivent faire pour résister plus lo'ng-tems ; car vous mettez au plus grand jour toutes leurs ressources , et vous leur apprenez même le meilleur usage des biens des émigrés , pour se consolider et sc défendre. ^

Nous savons , il est vrai , que dans ce moment il faudroit peu de forces pour s’emparer de la capitale , et que toutes les villes de France saroient prises sur la place de Louis XY ; que trente mille Autrichiens , dix mille Anglois , et dix mille émigrés, auroient bientôt fait cette conquête ; que i’abui monstrueux et barbare que le parti anarchique fait de sas moyens, soulevé les esprits, met les citoyens au désespoir , et dans la nécessité de combattre scs tyrans. Ils dépensent les hommes comme les assignats, et par le même calcul: pour qu’il en coûte ÊreoÇg mille hommes et trente millions aux aile- £6 parti sacrifie généreusement ua railliarai

trois €ênt mille Îîommes. II force tout ïe monds à combattre et s’empare de tomes les fortunes. Ceue contribution patriotique de propriétés et de sang burnain commence à désoler les contribuables. Tei yeut bien crier et piller qui ne vent ni sc ruiner ni se battre : un factieux et un brave ne sont pas lâ meme chose. Les insurrections deviennent générales. Dans CCS mesures violentes du parti dominant , si effrayantes au premier conp-d’œil , je ne vois que îa force d’un corps vigoureux qui expire , épuisé par les transports d^une fièvre ardente. C’est 1 agonie d Hercule , dévoré par la robe brûlante dont il s’est revêtu , qui dans sa fureur arrache les arbres et les rochers , et du haut du mont Oeta , les lance tantôt contre la terre, tantôt contre le ciel, éjeve luimême son bûcher, l’cnflainmc , et s-’y consacas. Dans est état de la France , qu’elle crainte-peut-elJc inspirer a 1 iî^urope , pour le présent et pour l’avenir? Il faudra cinquante ans a sa convalescence ; il en faudia cent pour qu elle reprenne un rang dans 1 équilibre général.

Msiis l essentiel , mon cher monarchies , est que ce soit nous qui la régénérions. Il faut que les puissances craignent assez pour composer; qu’elles osent assez pour y forcer nos adversaires, C’est à cc point que nous devons les amener , et que vous les cüîî*-duisez admirablement*

Que je vous sais gré, mon cher voirt

haine poar ecs émigré», ce» *nasai».ê»:m»!i d's ia té'

Ÿoîülion , ont levé Tétendart de Fopposition aux yeux de i’Europe , éveidé les souverains, donné un, p©int d’appui aux aristoeraiçs du royaume, sauvé le clergé et la n®blesse du massacre général p Jeté depuis Î7B9; cpai m’ont dépeint comme empirique empoisonneur, tandis quils usurpoi i’admiratiofî de teus les peuples. Vous les ave^ toujours détestés, ainsi que les princes qui partagent leurs infortunes et leur gloire : votre Mercure en lait foi. Là , vous faisiez preuve de votre dévouement à mes principes ; vous intéressiez tour-à-tour deux partis dont vous preniez quelque chose; et vous teniez à un troisième, qui étou le mien. Par-la vos souscripteurs se multipUoiênt , et vous faisiez concorder vos moyens de vivre avec l’intérêt dç îa ckose publique.

Ce qui doit nous consoler un peu du mal que les émigrés nous ont fait , c’est qu’emportés par leur séle , ils ont abandonne leur fortune. Grâce à dieu je n’ai pas à me reprocher un pareil emporte menn Pour accréditer mes apérations et mon civisme», j’avois placé 2 millions sur le trésor royal; je les donmai fièrement pour hypothèque d’une administration de plusieurs milliards : mais j’eus la prudence du serpent., qui en se dépouillant de sa vieille peau » mit bien en prendre une nouvglie. J’ima|i3ie aussi que yoMs aviez des avances, tt que quelques puissams monarchiens vous biê.a payé vos €om-;

fidéraUor4S îsspavabics.

Je vous remercie de votre petite exagération tn faveur de Dumouriez . quoique général des régkideSo Vous avez mis dens scs mains le sort de l’Europe; c’est-à-dire, le sort d’une campagne , avec le pillage de la Hollande , qui n’inHucroit guères sur l’état de FEurope. Mais Dumouriez, de bonne foi ou non, s’est " déclaré pour nos principes. Capable de bien tramer une perfidie et d’exécuter un coup de main , il noui a été fort utile. Sans lui , nos adversaires seroient peut-être déjà maîtres de la France , et l’ancienne constitution seroit rétablie. Il vaudroît mieux pour tious , vous en conviendrez , que la France restât livrée à ceux qui l’égorgent. Il vouloit faire mas» çaerer dans Mastiicht et dans Wiiîemstadî ces émigrés qui les défendoiept : il faut donc le mettre aa: rang des grands généraux.

Scs lettres dont vous parlez, sur îa république sur l’ancien et le nouveau régime , le peiginent assez bien. Je les ai lues ; bien des choses m’y auroient fait plaisir , si à chaque page fauteur n'y blasphêmoit pas la révolution. C’est avec raison que vo«s vous^ctes armé contre lui d’une sainte colère. Votre manière de le réfuter est disne adresse infinie. D abord vous prenez le sage parti de le calomnier, ea lui faisant dire ce qu’il ne dit' pas^ Vous crics ais despotisme , vous sonnez l’aliarrne sur la Uberté.^Ce jargon de tous les révolutionnaires fut le mien je îe mis à la mode il ne doit point s’user , c’est »«tri îociin, Q^uoique l’apologiste de üaaden fégime d»»"

. «e des contre - poids à l’autorité, vons ie déclarer .apôtre du pouvoir arbitraire; quoiqu’il ait soin de her toujours l’intérêt du prince et celui du peuple. ..vous 1 accusez de les séparer : la calomaie . mon cher ^ U pan . la calomnie ; je vous la recommande ; eussions-nous fait la révolution sans elle ? On ne pon- -you répondre plus habilement que vous ne l’avez fait

a un argument eriibarrassam que par notre aristocrate

a resse à la natioa. Pour juger la révolution , lui •du-d, voyez le cadavre de la France; pour juger iancien régime, rappeliez-vous la prospérité de la .France. A cette apostrophe il ajoute une expo-

.«tion des principes de l’ancienne constitution française, conforme à la doctrine de ce Montesquieu , qui a encore quelque réputation. Cela est dangereux.^ Pour vous tirer de-U . vous avez évite la discussion, et par un élan oratoire . vous avez plané sur la difficulté. Vous vous êtes souvenu que ce que nous avions dit et fait de plus absurde pour ypouvanter, soulever, énivrer le peuple , étoit toujours ce qm nous avoit le mieux réussi; et vous avez du a la nation: rien ne peut vous arriver de P're que le rétablissement de l’ancien régime ; il vaut mieux être même ce que vous êtes aujo’urm que ce que vous étiez avant 17S9; il vaut inieux etre égorgé dans ses foyers ou sur les fronpere». être emprisonné â volonté, n’avoir ni sûfete. m propriété , ni religion, ni loi*, ni gou- ^ WBiÇHt, payer J?s pçnf disièiti.es d.e son r.eyeni^

cet trembler pour le reste, que de payer les vîn^tièmes , la gabelle et la clixme ; que de n’avoir point .d’assemblées et de factions; que de ne'pouvoir écrire librement contre le roi, les ministres et la religion. Le peuple est perdu, si Ton relève la bastille, qui dtoit la prison des gentilshommes : le peuple est perdu , si on rétablit des impôts qu’on a remplacés par la ruine de tout le monde: les honnêtes gens sont perdus , s’il arrive un Roi assez absolu , assez puissant pour réprimer les séditieux, dépouiller les spoliateurs , faire disparoitte un papier fièsastreux et faire rentrer et circuler le numéraire: il faut à la France un Roi qui lui accorde au moins tout ce que lui avoit accordé Louis quoique ces

concessions et sa bonté fayent conduit à i’écba*faud. Voilà , entre nous , le raisonnement que voujs avez fait, et dont sûremes^t vous avez ri vousmême^ Mais il vous réussira: vous avez employé la logique du tems , une logique de tircomiance, Que vous connoissez bien le peuple et la manière de le persuader ! que ne lui avons -nous pas dit d’extravagant, et que n’a-t-il pas cru! je iûchaï d’abord les écrivains pour déclamer contre i’ancien régime : j’étois Eole qui ouvroit la caverne des vents. Déchaînés sur le royaume et sur l’Europe, ils remuèrent le fonds de cet océan de peupiesi et eurent bientôt ravagé les anciens principes. Four général je leur donnai l’abbé Seyès, dont la physionomie m’annonçoit une ame de conjuré. Il pu-'

bila pônt^aeuf politique, intitulé: q%esî ceqtu k tien-état'^ Le tîers-état est tout, répondoit~iî, ^cs autres ordres, les grands propriétaires, les chefs de la îiaiion ne sont rien 9?, Il prouva cela aussi clairement qu’on prouveroit que dans une forêt la broussaille est toux, et les arbres rien. Et c’est pour cela que son écrit eût le plus grand succès. A l’aide de Mirabeau, de là Fayette, de Mounier, de Chapelier, de Laly , de Seyès et de tout le petit comité de Versailles, laous assurâmes le peuple que le meilleur des Rois voulcit faire sauter Faris par des mines, faire pleuvoir sur lui la Seine ou qu’oa îe bombarderoit secrètement : et les bourgeois de Paris le crurent; et l’académicien Dussaulx n’en douta pas plus que sa cuisinière. Nous fîmes dire â tous les cantons du royaume que des troupes de brigands alloient tomber des nues ' pour tout ravager; quil éteit pressant de prendre les armes,, et par-tout les armes lurent prises. Je lançai le soplnste Cérutti pour dire au peuple que Cromwei étant gentilhomme , tous les gentilshommes étoient des assassins de rois ; et le peuple le crut, Cérutti Jiiventa qu’au dix-septième siècle un abbé de Beauiremont tuoit les paysans à la chasse, au défaut d’autre gibier; il en conclut qu’il faîloit brûler ieâ châteaux du dis-huidènrie siècle ; nos émissaires ap“^ puyérsnt ceiîc motion, en publiant que c’Jtoit la volonté du roi: le peuple lecrat^ et les cbâteauiÊ feint brûlée, Noai iiL-u dîmes êj3.i fe?

Socrates mettoient le feu par malice dans teaux pour en accuser leurs adversaires ; ïi’en douta point. Nous lui apprîmes et la noblesse étoient composés ^anst^cratts ; ilna jamais su ce que ce mot signifioit; mais il y trou\i quelque chose de vtnimeux , et ce mot devint uîil cri de proscription. Pour établir la tolérance, n lui prouvâmes que, quoiqu’il n’y eût qu’une religion véritable, Î3ieu scroit bien aise qu on les admit toutes en France, excepté la sienne , et le peuple catholique insulta, massacra et chassa les pretres catholiques. Nous lui promîmes que le pillage des biens du clergé l’enrichiroit à jamais , et qu’il ne payeroit plus ries ; ^t il le crut, même en payant trois fois davantage. Toujours il ressemble à ces paysans de la basse Bretagne, révoltés autrefois contre la gabelle , sans savoir ce que c’étoit. On apporta une pendule a leur curé; ils la prirent pour la gabelle: elle alloit être pidée ; le pasteur les assura que c étoit le jubilé St.-Père, et la pendule fut sauvée. Enfin on a dit au peuple qu’il falloic me rappeller, et il ma en triomphe; oh lui a dit qu’il faüoic inc c avec ignominie , et il m’a insulté dans ma fuite. Voilà le peuple , mon cher Du Fan ; connpît , on tire un grand parti de sa L’homme supérieur, çommç nous, s’en sert cî s’cfô moque. ^

J’en avois fait un instrument lévoludon» ic succès couronnoit mon espérance |

mais mes agens etoîent des frlppons , qui aprfj i sêtte moqués du peuple, se moquèrent de moi | lis élevèrent sur mes principes , et par mes moyens, toutes les superfétations de la constitution nou-ls ■velle. Ma spéculation avoit été sublime et sim-^ pie. Je métois dis: pour féconder la terre , il faut î la bouleverser, la couvrir, la saturer d* fumier,’ €t cette Saturation produit la régénération. J’appliquai ce principe à la France et aux états-gé-j Béraux, Il est vrai , je 1 avoue , que je pesai trop ' sor le soc ; que j amenai le tuff au dessus ; que mon ' fumier mal choisi fut trop abondant, et qu’il! brûla ma terre. Four me rendre maître dm! royaume . et le travailler de main de maître ; jcj voulus imiter Philippe ^ le - Bel , qui tira le tiers- * état de sa sphère pour l’opposer au clergé et à la i| noblesse; mais je ne pris pas garde que sous Philippe-Ie^Beî il ny avoit ni avocats ni philosophes.

J avois réchauffé ceux-ci dans mon sein ; les ingrats me mordirent. Je fus traité comme un pédant de | collège , et mon livre sur les opinions religieuses | comme une capucinade. Hélas ! j’eus le sort de fin- jl ventcur de la poudre, qu’elle fit sauter le premier, j;

C’etoit à moi cependant qu^on devoit la révo- f lotion. J’avois aîlimeles fourneaux de cette chymie I politique qui devoit transformer le royaume, chan- ! ger en or le fer , 1 airain et le plomb. Gomme tous îcs alchymistes , j ai dépensé de For et je n’en ai ! point fait. Il est vrai que je îj’ai pas dépensé i«.

îaien; c’êtcit a l’état à payer son bonheur. Sa pre-» micre mise fut de 5o müiions , que j’imputai sur les 8o millions de mon compte des bleds. Ce furet de Galonné révéla mon secret : il ne trouva que ; trente millions employés pour les grains , et conclut malignement, qutine révolution (U une chose bien chere» Mais cette effusion d’argent n’étoit-ellc pas in-* dispcnsable ? n’avoit-il pas fallu payer vingt mille couriers pour propager la prise d’armes , soudoyer mes écrivains , mes philosophes , mes députés, mes galeries, les Gardes-Françaises, les attroupemens , CS famines , mes émissaires et leurs agens, et Isf Bgens encore de ceux-ci. J’avois payé en promesses et en espérances les ambitieux déserteurs de leur ordre. J’avois fait entrevoir des évêchés , des bénéfices , des ambassades , des emplois militaires ; par CCS moyens , j’etois parvenu à la confusion des ordres , etjavois fait reculer le roi devant la chambre des communes. Après avoir eu l’adresse de faire adopter dans les cahiers et parles parlcmens , des articles opposés à l’ancienne constitution, et que es aristocrates ont rejette depuis. J’avois fait tiire pour députés, non des propriétaires, mais des hommes intéresses à une révolution , et factieux par caractère. Je voulüis déshabiller doucemerit le roi , mais mes agens lui ont arrache et déchiré ses habits.Je voulois régénérer le royaume à ma manière , et ils m’ont jette loin d’eux, après avoir exprimé le suc vital de mes conceptions , doni ils ont F' ’

côtrosîfse Aujourd’hui, c’est k moi que toüs îeii malheurs sont imputés. On dit que du Donjon dt' gon chateau, le baron de Copct contemple Tinccndie de la France , comme Néron contemploit i’incendièi de Rome qu’il avoit allumé. Nos ennemis répètent; sans cesse ce raisonnement : Necker à fait la révo-ï iutîon , qui a fait les constitutionnaires, qui ont fait les Jacobins, qui ont engendré les républicains! et les régicides ; donc Nécker et les premiers ré^ volutionnaires sont les premiers destructeurs du; royaume et les premiers régicides. ;

Que CCS paroles sont dures à entendre, mon chet' Du Pan ! que d’amertumes elles font couler dans mon ame sensible ! J’aimeis sincèVement ce royaume, où j’espérois tenir le second rang* J aimois cet excellent roi qui faisoit toutes mes roiontés ; ce ■ roi dont la boaté facile étoit nécessaire à mes éla-^ ’boratioDS ; ce roi qui me rappelleroit encore s’il étoit sur son trône» Pour la quatrième fois on rae verroit prendre le timon des affaires , et joindre quatre triomphes à trois disgrâces ; singularité qui me rendrait plus remarquable. On diroit : Necker est de la nature des astres ; il s’éclipse , il tombe sous rhorison , mais il faut toujours qu’il reparoisse,

Âh! mon cher Du Pan , nos monarchiens ont de grands reproches à se faire. Dans la craint® , que le roi ne reçût ailleurs d’autres impressions , Ih ont mis des obstacles à sa fuite, dénoncé mém« ies proiets et ses mesures ; de concert avec les cons'

titutionnaîrcs , ils l’ont jette dans ces commcragés diplomatiques qui ont donné le teras aux destructions de saccumuler ; iis l’ont conduit à déclarer publiquenient la guerre aux jacobins, comme à se$ seuls ennemis ; dès ce moment , ceux-ci jurèrent sa pene , et dressèrent son échafaud. Les Jacobins , qui ont la franchise de l’impudence, ne désavoue-» lont pas ce fait.

je reviens à vos considérations , oh vous entrer si bien dans toutes mes vues. Jy lis avec plaisir que les cahiers avoient demandé la suppression de* intendans, ce qui n’est pas vrai, mais ce qui csE fort utile à faire croire. Il faut prévenir le retour de ces homm es qui m’ont traité d’administrateur ignorant. J’ai fait de vaincs recherches pour faire le procès à quelques-uns d’entre eux : ces gens avüi^t le talent de rendre leurs prévarications invi*» sibles. Il a fallu me contenter de livrer à mon pré-* vôt la Fayette, l’intendant Berthier, coupable de l'inexécution de l’ordre que je lui avois donné de faire couper les bleds en herbe , pour exciter un® petite sédition de famine dont j’avois besoin , tandis que j’affamois les troupes qui venoient au secours du roi. Je livrai en même-tems Foulon , son beaupefe , octogénaire , qui avoit osé me disputer les finances.

En réveillant la crainte des intendans , vous avez réveillé celle de la main - morte pour la Franche- Comté : cela fera effet «ur les Parisiens qui ne çonnoissent pas mieux la Jtïiain-morte que vous*

Etant nîînîstré des finances , je déconvrîs avec' surprise que les terres soumises à ce régime étoienc les f)Ius peuplées et les plus riches , par les loix mêmes de la main-morte , qui obligent les families à rester réunies et à conserver la proprié* té de leurs fonds , que les babitans des villes ne veulent pas acheter. Je sçus aussi que par cette raison , beaucoup de villages avoient refusé d’etre affranchis. Mais comme je voulois applanir le royaume , il entToit dans mon plan de détruire la main-morte. J’envoyai une déclaration au parlement de Franche-Comté pour supprimer la mainmorte personnelle , et faciliter les affranchissemens. Ces deux points principaux ne souffrirent aucune difficulté ; le clergé , la noblesse , le parlement y souscrivoient ; mais le parlement s’avisa de trouver des brévues dans ma déclaration , et ane la renvoya pour la rectifier. Dans ma colère , je la gardai, et je jurai de faire pis. Il nous importe beaucoup que l’on croye qu’il y àvoit des esclaves sous l’ancien régime ; c’est un moyen de l’attaquer : c’est pourquoi il faut toujours crier contre la rsain-morte , bonne ou mauvaise. Heureusement le divin Voltaire l’avoit traitée d’esclavage. Un mot d’un grand homme est un poidsqui tombe de haut, et qui creuse profondément.

Quant au parlement de Besançon , j’en fis justice. Je ramassai dans mes antichambres deux gentils-hommes Comtois , dont l’un vefioit de

detre décrété comme factieu.w lis appuyèrent à grands cris , clans rassemblcc , une calomnie absurde inventée contre ini membre du parlcmenî; iis conclurent qu’ii falloit les supprimer tous ; et iis le furent. îi ne faut point les rétablir. Ces geus-là, toujours réclamant les loix du royaume, îie serviroient qu’à nous traverser*

Ne percions pas courage, mon cher Monarebien 5 sortons victorieux de la tempête qui nous agite* Si je reprends le gouvernail , letat est sauvé* J’espère encore gouverner ce peuple français quü je porte dans mes entrailles , malgré 'ses i des ; vous savez qu’on s’attache par ses bie J’ai consacré ma retraite à l’éclairer par mes Les Ethiopiens lancent des imprécations cc le soleil; mais le Dieu du jour y répond par des de lumière : j’imite cet astre régénérateur. Je soutenir la révolution ; elle est ma fille, mon cœur elle balance ma vertueuse épouse , et dame de Stall. Que dis-je , mon cher Du s’il falloit immoler celle-ci au bonheur France , on me verroit , nouvel Agameninon , livrer mon Iplilgénie aux Calchas Fpcheî , Gobet , Gr goire , grands sacrificateurs de la révolution , je ne voilcrois pas même ma face. Ma générers ülle se dévoueroit avec joie , elle qui a tant pour la cause publique : elle qui entourée de |)utcs f comme Pénélope de

enoit rien pour les capiiver ei les adoucir ; elfe fin qui s’est donnée^ pour le bien de l'Eiat, tant de- Eîüuveirtens patrusUques.

Travablons sans relâche, mon cher coopéraîeur ; faisons triompher mon résultat du conseil’ de l’ancienHe ccnstiiulion qu’il renverse. 11 nous faut un gouveriicment MonarchicQ-Rcpré^cntaiif ; des assemblées périodiques et décrétantes ; des*^* opinions par têtes , ou deux cimmbres Anglicanes si xelâ convient; la liberté d'écrire, source de tôute révolution , et un Roi constitutionnel et înallèable qui aime et autorise tout cela. Ah / si le jeune cœur de Louis XVII êtoit entre mes / mains , les belles formes que je don-neroîs à ccîte argille auguste/ je lui apprendrois, comme vous î’appreoez à l’Europe , que la France avoit une mauvaise Cemstitution sous Ghaiieraagne , Louis ÎX , Louis Xîî , Henri IV , et Louis XIV. Si la Nation , revenue de ses erreurs , me rappeloit su ministère, je vous consnberois , mon cher Du Pan ; car j’ci entrevu que vous couviez une Constitution , circdiistaucielh tt sans principe. Vous me lu révclcriez ; nous amafgarnerions nos grandes' pensées; nous les lerions adopter aux souverains, qu’il faut mettre dans nos filets ; et lorsque nous aurions consolidé notre ouvrage par leur inter» vention, il faudruit qu’ils eussent leur tour, et que leurspeuples devinssent révoliulQiînaires monarebiens.

Mitis pour cela , il est kidispeiisablc de ram@«-

fier à noos l’ophiîon , cens souveraine dn mon-' de. Malgré l’assertion hardie que vous' faites trèsÿoütiquemcnt , que ropinion générale en France rejette l’anciènne constrtation , il faut avuuci' qua la -nation na point de volonté generale et fixe.’ La nation qüi a voulu mon résultat du conseil, a voulu ensuite h constirution ,, puis la répu- Llique: la nation qui a voulu un Rot en 17^2 l’a tué en 1 79S : la nation du clergé et de noblesse veut l’ancienne constitution ; la nanott qui a fait la nouvelle ve-ut h sienne ; la natioa inonarchienne veut l’apparence de la première et toutes les bases de la seconde : dans la convention même , on distingue la nation de la montagne et la nation de la p'ame : aujourd ÿfatton deToulon et de i.yon n est pas la Ff de Paris : tout ce qui se soulève contre la con ventlon n'est pas Î3. nütion cui la nation qui nage -dans le vague , et qur elle qu’à sc sauver de la tyrannie , n est pas qui 'il une opinion positive : la nation q»J opinion n’est pas celle qui croit en la nation militaire des troupes de lig k même esprit que la nation des milices gecises : enfin c’est au nom du pc inée révolutionnaire va parcourir le égorger le peuple ; or cette naiioa qui ne pense pas comme la nation qui sera toilà , mon cher Du Pan , bien des n-aUQus

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réunir ; et quand nous citons l’opinion national , vous sommes aussi effrontément absurdes qu'eJ prenant le titre de royalistes. Nous mentons avec m^pudence; mais n’importe , mentons toujours.inentons à la France, à l’Europe, à l’Univers i c’est à force de mensonges que nous amènerons le régné de la vérité.

Si vous êtes assez heureux pour rencontrer not« fidele ami Lally-Tollendal , dites-lui combien jaime a je voir persévérer dans ses sentiinens pour moi. Le vertueux Malouet a un peu dérivé ; mais c est un allié qu’il faut ménager : Embrassez-lede ma part, et continuez de m’aimer comme je vous aime. — Adieu.

•f’.iî. Je suis désolé, mon cher Du Fan; une lettre de France m’apprend que mes craintes sont réalisées ; que vos considérations répandues à Paris y ont occasionné les derniers décrets ; que la convention a suivi vos conseils et saisi les moyens avez luprudemraent indiqués ; que violentes qu’elle vient de prendre pour trois mois , la réquisition des biens et des personsses, l’arrestation décrétée ’ de , tous les étrangers , l’armée révolutionnaire , les quatre tribunaux révolutionnaires etc. sont votre otivra- : et que l’on dit tout haut que vous êtes non monarchien , non constitutionnairc , mais républicain-conventionnel et de la montagne. Gela est

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