A LA CONVENTION NATIONALE
Fideles Représentans .dü Peuple ^
La faction des hommes dVtat, cette horde criminelle qne j’ai eu la bonhommie de ménager comme simplement égarée, et qui est profondément scélérate : cette horde royaliste qui a yoté î’appel au peuple et la réclusion de Louis Capet , pour aHunier la guerre civile dans l’espoir de sauver le tyran : cette horde traîtresse , que Dumourier avoue pour ses complices : cette horde couspiralxice qne j’ai forcée à se déclarer du parti des Capet émigrés rébclles , eu la pressant tant de fois
Az
de metfre leurs iêtes à prk ; ee qu’elle a cous*tamraenf: refusé : cette horde déhontée qui me punit lâchement aujourd’hui de ce que je l’ai dém casquée et couverte d’opprobre aux yeux de la France entière : cette horde , dis- je , vient de me frapper d’un decret d’accusation.
Quoiqu’elle se soit engagée , sur votre de« mande à présenter dans les 24 heures l’acte énonciafif des chefs d’accusation qu’elle m’oppose: Déjà six jours se sont écoulés sans que cet acte ait été produit : se^ flatteroit-elle donc de tirer l'affaire en longueur , pour m’écarter de la sorte de la tribune , d’où je la foudroyois chaque jour ? Espère- t-elle par ses retards m’excéder d’ennui et de dégoûts , épuiser ma patience , exaspérer mon încfgnatioii et me pousser à des démarches indiscrètes ? AllendroiNelle les événcmens pour supprimer le Tribunal révolutionnaire, me laisser sous l’accusation , et faire croire à !a nation que je suis coupable ? ou bien se berec-t-elle du fol espoir que je balancerai un instant à me présenter à mes jiïges ? qu’elle se, dé!TO]ripe : je paroîtrai devant eux , non , comme un criminel , mais comme un homme de bien, indignement calomnié, et tonjours prêt à rendre compte de ses actions , to.ujoiu’s prêt à mettre sa conduite en évi- '"deiice pOTir confondre ses lacnes délateurs.
Je soiiuTie donc ici mes alroces ennenns qui
composent le comîfê de législation de présenter cet acte dans le jour. Je sens trop combien ils sont embarrassés de le rédiger, de maiiicre à ne pas paroître d’imbéçiles calomniateurs ou de perfides faussaires. Qu’ils s’en tirent comme ils le pourront, mais qu’ils le présentent sans délai, sous peine d’encourir la vengeance du peuple souverain , car je suis déterminé à m’adresser à lui, pour obtenir enfin Justice de tant de scélérats qui cherchent à me tenir en captivité, afin de pouvoir sans obstacle livrer la France aux armées ennemies qui marchent contre nous pour rétablir la royauté.
Mes chers collègues, quoique sous l’anathême de la horde royaliste , je n’en suis pas moins un fidèle représentant du Peuple; un membre intact de la Convention , or : en vertu des pouvoirs qui m’ont été délégués , pour travailler à une constitution libre et au salut public : je m’oppose formellement à ce qu’aucun article constitutionnel soit décrété avant le retour de nos commissaires patriotes qui ont été envoyés dans lès départeranns. Ma grande raison , c’est que les hommes d’état forment actuellement la majorité de la convention ,'et que ce n’est pas à ces complices de Diimoiirier , à ces suppôts des Capet rebelles , à ces royalistes gangrenés , a ces traîtres , à ces conspirateurs , à ces
contre - révolutionnaires , à donner une constitution à la France libre , aux amis de la Patrie.
C’est par cette raison pareillement que je regarde les décrets d’arrestation et d’accusation lancés contre moi , comme des actes de tyrannie. C’est par cette raison encore que je regarde tous les décrets de la convention , qui n’ont pas été proposés par le parti par-^ triotique , depuis le départ de nos commissaires , comme des actes nuis et de nul effet, à moins qu’ils ne tendent évidemment au bien public : car dans la crise alarmante où nous nous trouvons , le salut du peuple est ma loi suprême.
Et qu’on ne dise pas que je cbercbe à prêcher la désobéissance aux loix et à dissoudre la convention : puisqu’il est évident que je ne veux que réprimer des actes arbitraires et désastreux , que purger le sénat des machinateurs qui le souillent ; car des traîtres et des macîiiiiateurs ne peuvent jamais représenter le peuple , ni statuer sur ses droits et ses intérêts.
Que la faction maudite des hommes d’Etat soit anéantie : la convention , composée des seuls membres patriotes , n’en sera pas moins la conveiiiion nationale : les choses n’en iront que mieux: iis assureront la liber! é
et sauveront la patrie , en .attendant que les traîtres soient remplacés.
Déjà ils commencent à être démasqués dans les départemens : que les journalistes aristocrates et royalistes des loges de la éalle soient expulsés : que Clavière ne dispose plus de rinspection des postes , qu’il soit lui-même destitué : bient^ l’opinion sera éclairée dans tous les points de la république , et bientôt les" hommes d’Etat seront par-tout en horreur.
Mes chers collègues , aujourd’hui l’acte d’accusation , et demain l’inserlion de ma lettre au Bulletin : voilà deux objets que je remets à votre sollicitude patriotique.
Paris, ce i5 avril 1798.
MARAT , député à la C onventlon,
' ■-Jiuasa.»*» — ■
La Société a arrêté , dans sa séance du ig Avril Tan 2""^. de la République , que Tadresse ci-dessus sera imprimée et affichée. Signés , Dubuisson , Vice-Président ; Jay , DuquESNOY , députés; Coindre^ Chamber- TOI s , Prieur , Sécrétaires,
De l’imprimerie patriotique et républicaine , ' rue Saint-Honoré , n®. 355, vis-à-vis rAssüinption. lygS.