‹ Lettre de Stanislas Girardin, à m. Musset-Pathay, auteur de l'ouvrage intitulé: Histoire de la vie et des ouvrages de J.J. RousseauChapitre 4 sur 10 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

DE MADAME LA COMTESSE ALEXANDRE DE VASSY , A MADAME LA BARONNE DE STAF.L, SUR LE LIVRE INTITULÉ : LETTRES SUR LES OUVRAGES ET LE CARACTÈRE DE J. J. ROUSSEAU.

Rousseau , en mourant , a laissé , madame , à ceux qui l'entouraient le souvenir de ses vertus et l'amour de sa gloire : voilà mes titres pour vous parler des lettres que vous avez écrites sur lui; cet ouvrage, fait pour être distingué, excitera vivement la curiosité du public et la satisfera. Malheur à celui qui, après la lecture de ce livre, n'éprouvera pas pour l'auteur le sentiment dont vous êtes pénétrée pour Rousseau. Mais , madame , on vous a trompée en vous disant qu'il s'est donné la mort; et cette erreur que vous accréditez peut avoir des conséquences si dangereuses par leur effet, si fâcheuses pour la mémoire de Rousseau , que je crois remplir un devoir sacré eh me hâtant de la détruire. Un homme tel que lui appartient à l'univers, ses préceptes persuadent, ses exemples entraînent.

La mort de Rousseau est si touchante , si belle , si sublime, c'est une si grande leçon qu'un grand homme aux prises avec la douleur, recevant avec reconnaissance les soins qu'on lui rend, et voyant arriver sans effroi le moment prescrit pour sa

destruction : cet exemple est si frappant pour moi , qui en ai été presque témoin, que je ne puis voir sans douleur accuser Rousseau d'une action qui était loin de son cœur, et en contradiction avec ses principes.

Non, madame, Piousseau n'a point terminé volontairement sa vie; le détail que vous rapportez des circonstances qui précédèrent ses derniers moments n'est point exact; Rousseau ne pouvait être instruit de l'infidélité de sa femme , ou du moins de la personne à laquelle il avait accordé la grâce d'en porter le nom ; puisque ce n'est que plus d'un an après la mort de Rousseau qu'elle a eu des torts assez graves pour ne pouvoir plus rester à Ermenonville.

Les preuves que je m'offre à vous donner , madame , sont la copie du procès verbal fait par les chirurgiens , le témoignage de mon père , celui de M. Le Bègue de Presle , ami intime de Rousseau , et qui était à Ermenonville à cette fatale époque ; enfin une relation qui contient les détails les plus circonstanciés de ce malheureux événement.

Votre attachement pour la mémoire de Rousseau vous rend digne d'entendre la vérité ; le mien m'impose la loi de la dire. Je ne vous demande donc point d'excuses pour ime lettre que son motif justifie

J'ai l'honneur d'être, madame, votre très-humble, très-obéissante servante ,

DE GiRARDiN, comtessc Alexandre de Vassy.

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