‹ Lettre de Stanislas Girardin, à m. Musset-Pathay, auteur de l'ouvrage intitulé: Histoire de la vie et des ouvrages de J.J. RousseauChapitre 9 sur 10 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

d'une notice sur les derniers jours de J. J. ROUSSEAU, PAR SON AMI M. LE BEGUE DE PRKSLE, ET IMPRIMEE A PARIS EN 1778.

« M. Rousseau, pendant son séjour à Erme- « nonville , passait une grande partie de la journée « à la recherche des plantes, et aux soins qu'elles « exigent pour être mises en herbier.

« Le 26 juin 1778, dit M. de Presle, il me de- « manda de lui envoyer des papiers pour continuer « son herbier, et de lui apporter dans le mois de « septembre, des livres de voyages pour amuser sa « femme et sa servante, pendant les longues soirées « d'hiver ; et de lui aj)porter aussi plusieurs ouvrages « de botanique sur les chiendents, les champignons

3o IMÙCI s JUSTIFICATIVES.

« et les mousses. 11 m'annonça même qu'il pourrait « se remettre à quelques ouvrages commencés, tels « que l'opéra de Daphnis et de la suite d' Emile.

« Tous c(\s projets démontrent assez que M. Jious- « seau jouissait encore, dans les derniers jours de « juin , peu de temps avant sa mort, de la santé et « de la tranquillité nécessaires pour les former et « les goûter, et qu'il avait l'espérance tle vivre ente core quelques années dans sa retraite.

« Le suicide, ajoute M. de Presle, était contre « les principes de Rousseau, et je me suis assuré, « par l'examen le })lus scrupuleux de toutes les cir- « constances qui ont accompagné, précédé ou suivi « sa mort , ([u'elle a été naturelle et non provoquée. »

L'on trouve, dans une addition faite par M. Magellan, savant Portugais, à la notice de M. de Presle , le portrait suivant de Jean-Jacques, fait dans le mois de juin 1778 :

(c Rousseau n'avait rien dans sa physionomie qui « l'annonçât, si ce n'est la vivacité de ses yeux. Son « air simple et modeste , sans afficher aucune préce tention , ni laisser échapper aucun signe de l'élé- « vation de son esprit, ne l'aurait jamais fait prendre « pour ce qu'il était. La tranquillité de son ame et « le contentement de son cœur se produisaient « sur son visage et dans ses discours; il entrait sans « difficulté dans les sujets et les propos les plus in- « différents de la conversation : lorsque l'on s'adres- « sait à lui, ou que son tour venait pour la soute- « nir , il s'exprimait avec une naïveté charmante « qui annonçait la candeur de son ame. Il avait ce-

« pendant de temps en temps des expressions qui « décelaient un Rousseau. C'était un laconisme éner- « giqiie et plein de sentiment. Il m'échappa de dire «devant lui, je ne sais à quel propos, que les « hommes étaient méchants. Les hommes, oui, ré- « pliqua ^I. Rousseau, mais î homme est bon. »

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