‹ Lettre du chev. Antonio CanovaChapitre 15 sur 17 · NON · texte numérisé non relu

NON

TONAEnOTEIAAIASAMfcirmASE l AXON Toi/ Je Y1ot&$xhx.ç &[j.<pi 7ruÀaç iXa.yov.

Comme de ce dernier mot EAAXON les deux premiers élémens existent, la restitution m'en parait certaine.

Le supplément du mot 'Tttvov peut être sujet à discussion. Il faut cependant convenir, 1°, qu'après le mot 2X2MATA, que je crois certain par le sens, la particule AE étoit nécessairement à suppléer pour la correspondance avec le MEN qui précède dans le même sens ; 2°, que cette particule devoit avoir une apostrophe, car l'hexamètre demande une syllabe longue pour le spondée qui le termine; 3°, que le dernier mot du vers étoit un nom masculin parce que la concordance du démonstratif TONAE qui le suit, ne permet à cet égard aucun doute ; 4°, enfin, il est nécessaire que ce nom commence par une voyelle pour pouvoir élider la brève de la particule 1E, et qu'il ait la première syllabe longue. Peu de mots grecs remplissent toutes ces conditions.

Si ce monument avoit été placé dans l'endroit même du combat, j'aurois proposé le mot OIKON (oUov rovSe)" leurs corps ont obtenu cette demeure sous les murs

de Potidée ;" et ce sens formeroit une opposition parfaite avec les âmes qui se sont réunies à Tair le plus pur, àFéther, suivant la philosophie du siècle.* Mais Tépitaphe et le monument étoient placés à Athènes, suivant les usages de cette république ; c'est là où le marbre a été retrouvé : et faute de cette circonstance, le 9e. vers, où nous lisons IlOUI HEAE, cetteville, qui est Athènes et non Potidée, le prouverait seul sans réplique. J'ai donc pensé que le mot 'Tnvov rempli ssoit mieux que tout autre les conditions requises : " et leurs corps ont aux portes de Potidée trouvé ce sommeil (ce sommeil éternel. )"-f

J'avois pensé aussi au mot opmon, car la

* Notamment suivant la doctrine cTAnaximandre et d'Anaxagore. Voyez Plutarque, de placitis philosoph. L. i. c. 3. et L. iv. c. 3.

■f" Plusieurs épigrammes sépulcrales désignent la mort par les phrases de Upog vttvqç, ùwvoç TrsTrpœy.svoç, è$si\opsvoç, Wfyfsroç, &c; sacré sommeil, fatal sommeil, sommeil qui est dû à tout mortel, sommeil sans réveil. V. les épigrammes 44, 49, et 5 G de Callimaque, et la 666e. des Adespota dans les Analecta de Brunck.

mort n'est pas seulement comparée par les anciens au sommeil, mais elle est encore regardée comme le port où les humains se mettent enfin à l'abri des orages et des dangers de la vie;* mais il m'a paru que ce mot, portant avec lui une idée de localité, présentoit un sens embarassé, et s'accordoit mal avec la mention de Potidée. Le port qui a reçu ces guerriers sous les murs de Potidée ne sembleroit pas être celui où leurs corps reposent dans les faubourgs d'Athènes. Je préfère donc

'Yttvov.

Le sens du distique entier sera :

" L'éther a reçu leurs âmes, et leurs

corps ont aux portes de Potidée trouvé ce

sommeil éternel."

Ce même distique donne lieu à quelques

remarques paléographiques ; mem est écrit

pour men, à cause de la muette suivante

psi(®z) qui appartient à l'organe des lèvres;

cette substitution est très fréquente dans

* Virgile A en. L. vu. v. 598, Longin. § ix. No. 7-

les monumens, et presque toujours observée dans les inscriptions de ces tems reculés. C'est aussi à l'ortographe du même tems où les caractères exprimant les lettres doubles n'étoient pas encore généralement adoptés, que Ton doit attribuer l'emploi des deux lettres phi et sigma pour exprimer le \J/ (psi), et celui des chi et sigma pour le X (chi).

Ce qui est plus digne d'être remarqué, c'est l'orthographe du mot ïloTstSaix, que nous trouvons partout ailleurs écrit sans la diphtongue de la 2e. syllabe, UoTtSoux, à la manière Ionique et d'après Hérodote.

Cependant l'orthographe Uorei^xiu est plus étymologique, et sans doute elle a été la primitive; car on y reconnoit le nom de Neptune, ïloa-etèuv, qui dans la prononciation Dorique des Potidéates* devenoit TloTÊiSccuv, dieu protecteur de leur ville, dont le nom dans un autre dialecte auroit été Uoc-èi^etu. Cette relation de Potidée avec

* Thucydide, L. i. § 12-1.

Neptune n'est pas une assertion gratuite ou purement conjecturale; elle est attestée par les historiens. Hérodote raconte que les Perses en attaquant Potidée furent noyés sur ses rivages par un reflux extraordinaire de la mer, événement que les Grecs attribuèrent à la colère de Neptune. Le dieu se vengeoit, disoit-on, de la destruction de son temple, qui étoit situé hors des murs de cette ville.*

Le 4e. distique offre une restitution plus facile, on y lit,

EX0PONAOIMENEXOIITA$OMEPOS.

après ce mot il ne reste qu'une aspiration H, elle appartient à l'article HOI (<?l &), qui doit répondre à Yoi fisv du commencement du vers. Le suivant est presqu'entier, le voici :

TEIXOSniITOTATENHE^IAEQENTO . .

" Une partie des ennemis a obtenu

* Hérodote, L. vin. C. 129. C'est le même endroit qui est désigné par Thucydide sous le nom de Yloo-eiïwvtov, Neptunium (L. iv. § 129.)

l'honneur de la sépulture, une autre partie mise en fuite a confié aux remparts de la ville la plus sûre espérance de son salut f d'après cette interprétation, qui ne peut paroître douteuse, on pourrait suppléer ainsi les mots effacés :

EX0PONAOIMENEXOXITA<ï>OMEPO2He>j es (pvyovTsg TEIXO2ni2TOTATENHEUniAE0ENTO|3i6u

'E^ôjowv cToj (xiv Èp£8<n roiïpx [Xipoç, ol Si <pvyovTtç

Tet^OÇ 7TKTT0TOlTriV £À7n<T IQsVTO (3l8.

Les faits indiqués par ces deux vers sont parfaitement d'accord avec la narration de Thucydide. Aristeùs, qui avoit remporté un avantage remarquable de son côté, lorsqu'il vit la défaite du corps principal de l'armée, tâcha de gagner les murs de la ville où les troupes fugitives se retiraient en désordre, tlç ro t£ix°ç xxrecpvyov, dit l'historien.* Il ne néglige pas non plus de faire mention de la trêve accordée par les Athéniens à l'ennemi pour la sépulture de ses morts qu'ils lui rendirent, mg vexpag

uTTotrirovàisç cx7ï£ào(rctv roiç ïloTtouioiTotiç. 1/à, phrase g%«v rccça pspcg de Fépigramme ne signifie pas que les morts des Potidéates eurent part à la sépulture des Athéniens, comme on pourroit le supposer, sur une interprétation trop litérale du mot pepoç. Ce mot n'est ici qu'un équivalent de sort, apanage,et signifie que le sort des ennemis, morts dans le combat, fut celui de n'être point privés des honneurs funèbres. Voici un exemple de la même phrase, tirée de YAgamemnon d'Eschyle, où elle n'a pas d'autre sens : Ou yuç, dit le hérault Talthybius,"f*

Ou yxç ttût rtv^xv ty) ê' îv 'Apyetot, ttoXh Qtxvuv, pin^eiv çiXrûiTH r<x.(pH /aspoç.

" Je n'aurois pas seulement osé espérer d'obtenir l'honneur tant chéri d'une sépulture, dans la terre d'Argos ma patrie."

Les aspirations de quelques mots méritent d'être relevées dans ce distique. L'H

* Loco cïtato. f Aeschyle, Agamemnon, v. 518.

est un caractère qui dans ces inscriptions d'une haute antiquité sert à indiquer les aspirations des voyelles initiales: cependant dans le 7e. vers 01 men est sans aspiration quoique I'hoi ae correspondant commence par un H.

J'ai vu sur d'autres monumens du même genre que Ton a quelque fois négligé ce signe d'aspiration. Ainsi l'H a été omise dans le mot AUETLI du titre dans la première des inscriptions de Nointel, dans une autre inscription de la Collection de Mylord Elgin gravée au tems de la guerre du Péloponnèse l'aspiration est omise au commencement du nom propre AANO- AEMOS ÇAyvoiïvifjLoç).

Dans notre inscription même on a négligé l'aspiration au commencement du verbe 'TfVg&Jaroj ainsi qu'elle a été omise dans l'inscription sigéenne, au mot ^ntox^T^a.. Cependant on la trouve devant l'r initiale du mot hto>20Z (tyoç), dans l'inscription d'Athènes, qui appartenait à la Société des

Dilettanti de Londres (Chandler, p. 11, No. I.)

Par une singularité opposée le nom HEH7IE (èx7nç) qui n'est jamais aspiré dans les manuscrits des auteurs anciens, Test ici : et cette particularité n'est point FefFet d'une addition erronée ; elle semble au contraire avoir rapport à une ancienne prononciation dont les vestiges restent encore dans les inscriptions latines, où ce mot et ses dérivés devenus des noms propres, Helpis, Helpidius, Helpidianus, sont toujours précédés d'une H.

Le oe. distique présente moins de difficultés que les autres ; et la mutilation des deux vers n'en obscurcit pas le sens :

ANAPA2MEMnoU2HEAEnO0EIKAIA

nPOSQEnOTEIAAIASHOIQANONEMITI - -

" Notre pays regrette ces guerriers qui sont morts devant Potidée."

Le a qui reste à la fin du 9e. vers m'a suggéré le supplément aakpïsi TIMAI

(èoaqwi r^a)* sans que je prétende avoir deviné les expressions de l'ancien poëte.

A la fin du 10e. vers, je conjecture que le mot qui manque est itpomaxois.

Le trait perpendiculaire qui suit le n (pi) ne permet pas de penser au mot TToXEfjtu ; et l'expression en devient plus vive ; quiconque se rappellera les Elégies de Tyrtée adoptera sans doute ce supplément. Ainsi la traduction du 5e. distique seroit :

" Cette ville honore de ses regrets et de ses larmes les guerriers qui sont morts devant Potidée, en s'exposant dans les premiers rangs."

Le dernier distique a plus souffert que le précédent. Voici ce qu'il en reste :

* Ennius, grand imitateur des Grecs, a employé la même phrase dans son épitaphe in vers élégiaques :

Nemo me LACRVMIS DECORET.

La phrase homérique haxpvu As»/3e» remplirait également la lacune, mais elle ne se lieroit pas aussi bien avec les phrases du vers suivant.

IIAIAESAGENAIONfcSYXASAA

AXIANTAPETENKAinAT - - - HTKU - - -

Le MEN du 9e. vers me fait croire que le A qui suit le mot $2TXAZ doit être marqué d'une apostrophe, et quête mot qui le suit commence par A. Je regarde cette conjecture comme certaine.

Le commencement du dernier vers a été emporté par la cassure du marbre. Tout bien considéré, j'ai conjecturé que les lettres qui manquent sont haiitp (xl 7rpx%xv)

La mutilation de l'autre bout du vers me semble également facile à remplir : les vestiges des quatre lettres ETKA me suggèrent l'aoriste evxXeïo-uv, que j'ai déjà trouvé dans l'épitaphe en vers d'un guerrier de Mégare.*

Les trois lettres nAT sont probablement les premières du mot riATPiA pour tto.tci.Ix.

Ainsi le vers entier devroit être lu :

* Celui de Python de Mégare. I/extrait d'un mémoire où j'explique cette inscription en vers, est imprimé dans le 1er. vol. de V Histoire de la classe d'histoire et littérature ancienne de l Institut de France. On y lit : irarep' sûxÀêïfruv, et eûxÀrïcr' 'Av§ox»§«v.

HAinPAXSANTAPETENKAinATPIAETKUW

A* ttpoi^xv t' ccpstw >ta» ttx-rp\V suxAfiVai/.

" Ces âmes qui en exerçant leur vertu ont propagé la gloire de la patrie. "

La phrase it^oc*xi tzpeTyv, quoique je n'en aye pas sous la main des exemples, n est guère différent de la phrase connue vpufcxi dyctôov, ni de cette autre qu'on remarque dans un discours d'Eschine, * tt^xttuv l7Tirv}Sev^xToc, ni enfin d'une troisième, itonpou ùperciç, qu'on lit dans Aristophane (Grenouilles, v. 1040) :

'OÔev !)' //,ri <ppnv otTro[AX^a[ji.tur), 7roXXxç ccpstxç i7roiri<riv TixrpouXuv , Tzvxouv QvfAoXtovruv.

3 'aime à citer ce passage, parce qu'il me fournit un supplément assez heureux du lie. vers de l'épitaphe, ce seroit:

Ucaiïsç A0*]i>a»«i>, ^v^xç â' xtto^x^xt' xpetzg A» ttpx^xv t' dptTnv xxl irxr^' tvx.Xi'î<rxv.

" Et vous, jeunes Athéniens, imitez (faites revivre en vous) ces âmes courageuses

* Contra Timarclmm^ p. 6, de l 'éd. de Taylor, et p. 64, de celle de Reiske.

qui en exerçant leur vertu ont propage la gloire de la patrie/'

Avant de terminer ces remarques, il est à propos de relever la mauvaise foi de Democharès qui, pour dénigrer les philosophes^ notamment Socrate, avoit soutenu dans un écrit dont Athénée nous a transmis quelques extraits, qu'aucune bataille n'avoit eu lieu entre les Athéniens et lesPotidéates ; et cela pour ôter à ce philosophe la gloire d'y avoir combattu.*

Le monument contemporain que nous examinons, ajoute encore à tant d'autres preuves que les critiques modernes ont déjà opposées aux assertions calomnieuses de ce rhéteur ennemi de la philosophie.

Ainsi, d'après les restitutions que je viens de proposer, le sens de la partie qui nous reste de l'épi gramme devroit être celui-ci :

* Athénée, L. v. p. 215, etTom. ni. des Animadverxîones de M. Schweighâuser à ce même endroit, L. v. cap. 55.

" Le ciel a reçu les âmes de ces guerriers, et leurs corps ont aux portes de Potidée trouvé ce sommeil éternel.

" Une partie des ennemis a reçu les honneurs de la sépulture, une autre partie a mis la plus sûre espérance de son salut dans les remparts où elle s'est réfugiée.

" Cette ville honore de ses regrets et de ses larmes les braves qui sont morts devant Potidée en s'exposant les premiers.

" Et vous, jeunes Athéniens, faites revivre en vous ces âmes courageuses, qui en exerçant leur vertu, ont propagé la gloire de la patrie/'

Londres : imprimé par Bulmer et Co.

Cleveland-Row, St. James's,

Albetnarle Street, May, 1816.

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