LÉON XIII, PAPE
Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.
Œuvre immortells du Dieu de miséricorde, l'Eglise, bien qu’en soi et de sa nature elle ait pour but le salut des âmes et la félicité éternelle, est cependant, dans la sphère même des ehoses humaines, la source de tant et de tels avantages, qu’elle n’en pourrait procurer de plus nombreux et de plus grands, lors même qu'elle ent été fondée surtout et directement en vue d’assurer la félicité de cette vie.—Partout, en effet, où l'Eglise a pénétré, elle a immédiatement changé la face des choses et imprégné les mœurs publiques non-seulement de vertus inconnues jusqu'alors, mais encore d’une £ivilisation toute nouvelle.
Tous les peuples, qui l'ont accueillie, se
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sont distingués par la douceur, l'équité et Ja gloire des entreprises.—Et toutefois c'est une accusation déjà bien ancienne que l'Eglise, dit-on, est contraire aux intérêts de la société civile, et incapable d'assurer les conditions de bien-être et de gloire, que réclame à bon droit et par une aspira:
tion naturelle toute société bien constituée. Dès les premiers jours de l'Eglise, nous le savons, les Chrétiens ont êlé inquiétés par suite d'injustes préjugés de cette sorte, et mis en butte à la haine et au ressentiment, sous prétexte qu'ils étaient les ennemis de l'empire. A cette époque, l'opinion pus blique mettait volontiers à la charge du nom chrétien les maux qui assaillaient la " société, tandis que c'était Dieu, le vengeur des crimes, qui infligeait de justes peines aux coupables. Cette odieuse calomnie indigna à bon droit le génie de saint Augustin et aiguisa son style. C’est surtout dans son livre de la Cilé de Dieu qu'il mit en lumière la vertu de la sagesse chré« tienne dars ses rapports avec la chose publique, si bien qu’il semble moins avoir plaidé ia cause des chrétiens de son temps, que remporté un triomphe perpétuel sur de si fausses accusations.—Toutefois, le. penchant funeste à ces plaintes et à ces griefs, ne cessa pas et beaucoup 56 sont plus à
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chercher la règle de la vie sociale en dehors des doctrines de l'Eglise catholique.
Et même, désormais, Je droit nouveau, comme on l'appelle, et qu’on prétend être le fruit d’un âge adulte et le produit d’une liberté progressive, commence à prévaloir et dominer partout.--Mais, en dépit de tant d'essais, il est de fait qu’on n’a jamais trouvé, pour constituer et régir l'Etat, de système préférable à celui qui est l'épanouissement spontané de la doctrine évangélique. — Nous croyons donc qu'il est d’une importance souveraine, et conforme à Notre Charge Apostolique, de confronter les nouvelles théories sociales avec la doc.
trine chrétienne. De cette sorte, Nous avons la confiance que la vérité dissipera, par son seul éclat, toute cause d’erreur et de doute, si bien que chacun pourra facilement voir ces règles suprêmes de conduite qu'il doit suivre'et observer.
Il n’est pas bien difficile d'établir quel aspect et quelle forme aura Ja société, si la philosophie chrétienne gouverne la chose publique.-L’homme st né pour vivre en société, car ne pouvant dans l'isolement ni 86 procurer ce qui est nécessaire et utile à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du cœur, la Providence l’a fait pour s'unir à ses semblables en une société tant
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domestique que civile, seule capable de fournir ce qu'il faut à ka perfection: de l'existence. Mais, comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprème et qu’elle imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu’une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir ; autorité qui, aussi bien que la société, procède de la nature, et par suite a Dieu pour auteur.— Il en résulte encore que le
ouvoir public ne peut venir que de Dieu.
jeu seul, en effet, est le vrai et souverain Maître des choses : toutes, quelles qu’elles soient, doivent nécessairement lui être soumises et lui obéir ; de telle sorte que quiconque a le droit de commander, ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême detous. Toul pouvoir vient de Dieu (1).
—Du reste, la souveraineté n'est en soi nécessairement liée à aucune forme politique ; elle peui fort bien s'adapter à celleci ou à celle-là, pourvu qu’elle soit de fait apte à l’utilité etau bien commun. Mais quelle que soit la forme de gouvernement, tous les Chefs d'Etat doivent absolumens avoir le regard fixé sur Dieu, souverain modérateur du monde, et, dans l’accom-
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(1) Rom. XIEX, 1.
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plissement de leur mandat, le prendre pour , modèle et règle. De même, en effet, que, dans l’ordre des choses visibles, Disu a créé des causes secondes, en qui se réflètent en quelque façon la nature et l’action divines, et qui concourent à mener au but où tend cet univers, ainsi a-t-il voulu que, dans la société civile, il y'eût une autorité dont les dépositaires fussent comme une image de la puissance que Dieu a sur le genre humain en même temps que de sa Provi'ence. Le cemmandement doit donc être juste, c'est moins le gouvernement d'un maitre que d’un père, car l'autorité de Dieu sur les hommes est très juste et se trouve unie à une paternelle bonté. Il doit, d’ailleurs, s'exercer pour l'avantage des citoyens, parce que ceux qui ont autorité sur les autres en sont exclusivement investis pour assurer le bien public. L’avutorité civile ne doit servir, sous aucun prétexte, à l'avantage d’un seul ou de quelques-uns, puisqu'elle a été constituée pour le bien commun. Si les Chefs d’Etat se laissaient entrainer à une domination injuste, s’ils péchaient par ubus du pouvoir ou par orgueil, s’ils ne pourvoyaient pas au bien du peuple, qu’ils le sachent, ils auront un.jour à rendre compte à Dieu, et ce compte sera d'autant plus sévère que
plus sainte est la fonction qu’ils exercent et plus élevé le degré de le dignité dont ils sont revêtus. Les piuistants sont puissamment punis (1).-—-De cette manière la suprématie du commandement entrainera l'hommage volontaire du respect des sujets. Én effet, si ceux-ci sont une fois bien convaincus que l'autorité des Souverains vient de Dieu, ilsse sentiront obligés en justice à accueillir docilement les ordres des princes et à leur prêter obéissance et fidélité par un sentiment sembiable à la piété qu'ont les enfants envers les parents.
Que toute âme soil soumise aux puissances plus élevées (2).—Car il n’est pas p'us permis de mépriser le pouvoir légitime, quelle que soit la personne en qui il réside, que de résister à la volonté de Dieu ; or, ceux qui lui résistent courent d'eux-mêmes à Jeur perte. Qui résisle au pouvoir, résisle à l'ordre élabli par Dieu ; el ceux qui lui résistent s’aliirent à eux-mémes la damnalion (3). Ainsi donc secouer l’obéissance et révolutionner la société par le moyen de la sédition, c’est un crime de lèse-majesté non-seulement humaine, mais divine.
(1) Sap. vi, 7.
(2) Rom. xt, L.
{(3» Ibid. v. 2.
ji La société politique étant fondée sur ces | principes, il est évident qu’elle doit sans | failliraccomplir par un culte public les nombreux et importants devoirs qui l'unis- :
gent à Dieu.—Si ia nature et la raison imposent à chacun l'obligation d'honorer Dieu d’un culte saint et sacré, parce que nous dépendons de sa puissance, el que | issus de Lui, nous devons retourner à Lui, \. elies astreignent à la même loi la société ‘1 civile.
Les hommes, en effet, unis par Îles liens |.
d'une société commune, ne dépendent pas | moins de Dieu, que pris isolément ; autant au moins que Pindividu, la société doit \ | ‘rencre grâce à Dieu dont elle tient l’exis- tènce, la conservation et la multitude innombranle äe ses biens, C’est pourquoi, de même qu’il n’est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que Île plus grand de tous les devoirs est d’embrasser d'espnit et de cœur la religion, non pas celle que csacun préfère 1nais celle que Dieu a prescrite, et que des preuves ceriaines et indubitables étabiissent come me la seule vraie entre toutes : ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime ge conduire comme £i Dieu n'existait en © aucune manière ou se passer de ja religion comme étrangère et inutile où en admettre
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une indifféremment, selon leur bon plaisir.
En honorant la divinité.elles doivent suivre strictement les règles et le mode suivant lesquels Dieu lui-même a déciaré vouloir être honoré. — Les Chefs 4’Etat doivent donc tenir pour saint le nom de Dieu et mettre au nombre de leurs principaux devoirs, Celui de favoriser la religion, de la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l’autorité tutélaire des lois, et ne rien statuer ou décider, qui soit contraire à son intégrité, Et cela ils le doivent aux citoyens dont ils sont les che's. Tous, tant que nous sommes, en effet, nous sommes nés et élévés en vue d'un bien suprême et final, auquel il faut tout rapporter, placé qu'il est aux cieux, au-delà de cette fragile et courte existence. Puisque c’est de cela que dépend. la complète et parfaite félicité des hommes, il est de l'intérêt ‘suprême de chacun d’atteinire cette fin.
Comme donc la société civile a été étublie pour l'utilité de tous, elle doit, en’ fa. vorisant la prospérite publique, pourvoir au bien des citoyens de façon non seulement à 1e mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent eux-mêmes. PS
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La première de toutes consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance
sk de la religion, dont les devoirs unissent e l’homme à Dieu. ji h Quant à décider quelle religion est la td vraie, ceia n’est pas diflicile à quiconque Fi voudra en juger avec prudence et sincérité. É En effet, des preuves très nombreuses et Le éclatantes, la vérité des prophéLies, la mul- ‘à titude des miracles, la prodigieuse célérité ds de la propagation de la foi, même parmi ses ennemis, et, en dépit des plus grands fi obstacles, le témoignage des martyrs, et LS: d'autres arguments semblables prouvent de clairement que la seule vraie religion est 6 celle que Jésus-Christ a instituée Ini-même ai et qu’il a donné mission à son Eglise de je garier et de propager.
te. Car le Fils unique de Dieu a établi sur êt la terre une société q ‘on appelle l'Eglise, à et il l'a chargée de continuer à travers lous ’ les âges la mission sublime et divine que d lui-même avait reçue de son Père. Comme Fe mon Père m'a envoyé, moi je vous envoie (1). si Voici que je suis avec vous jusqu à la à consommalton des siècles (2), De même ja donc que Jésus-Christ est venu sur la terre « (1) Jean xx, 21. â
(2) Matth. xxvrir, 20.
afin que les hommes eussent la vie el l'eussent plus abmndamment (|), ainsi l'Eglise se propose comme fin le salut éternel des âmes ; et, dans ce but; telle est sa constitution qu’elle embrasse dans son exten<ion l'humanité tout entière, et n’est circonscrite par aucune limite ni de temps, ni de lieu. Préchez l'Evangile à loute créalure (2j.-—A cette immense multi ude d'hommes, Dieu lui-même a donné des chefs avec le pouvoir de les gouverner. A leur tête, il en a préposé un seul, dont il a voulu faire le plus grand et le plus sûr maitre de vérité, et à qui il a contié les clefs du royaume des cieux. J»{e donnerai le: clefs du royaume des cieux (3j: —Pais mes agneaux …...pais nes brebis (4)— J'ai prié pour toi, afin que la foi ne défaille pas (5).— Bien que composée d'hommes, comme la société civile, cette société de l'Eglise, soit pour la fin qui lui ést assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l’atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se disue donc et diffère de la société civile.
(1) Jean, x, 10.
(2) Marc. xvr, 15.
(3) Matth. xvi, 19.
(4) Jean, xxi, 16-17.
(5) Luc, xxnt, 82.
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En outre, et ceci est de la plus grarde importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l’expresse volonté et par la grâce de son fondateur, elle possède en soi el par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action.
Comme la fin à laquelle tend l'Eglise est de beaucoup la plus noble de toutes,
‘ de même son pouvoir l'emporte sur tous
les autres, et ne peut en aucune façon être inférieur, ni assujetti au pouvoir civil.—En effet, Jésus-Christ a donn plein pouvoir à ses Apôtres dans la sphère des choses sacrées, en y joignant tant la fa- .
culté de faire de véritables lois, que le don. ble pouvoir qui en découle de juger et de punir. « Toute puissance m'a élé d'nnie au ciel el sur la terre, allez donc, enseignez toutes Les nalions.…apprenez leur à observer loul ce quege vous ai prescril.s (1}— Et ailleurs ; « S'il ne les écoule pas diles-'e à l'Egtisa (2). Et encore: « Ayez soin de punir loule désobéissance (3) » De plus:
« Je serai ptus sévère en veriu du pouvoir
(1) Matth, xxvru, 18, 19, 20.
(2) Matth. xvunt, 17.
(3) 1x Cor. X, 6,