POLICES D'’ASSURANCE
Pour rien au monde ils n’accepteront les services et le travail d'un homme qui ne sait pas s'abstenir, qui ne donne pas les garanties qu’il sera maître de lui-même, pour être maîtres des choses et de l'ouvrage qui lui seront confiés.
N'est-il pas là pour nous un indice et comme une révélation qu’au fond de votre pensée et de votre coeur vous n’estimez, vous ne recherchez,
vous n'employez que les abstinenls, que vous ne vous conflez qu'à eux, qu'eux ‘euls sont des hommes de vraie valeur, des hommes comme il en faut pour faire prospérer vos conditions de vie?
Mais alors, ne devez-vous pas avouer à vous-mêmes, et, por loyauté, l'avouer devant les autres que vous êtes pour les abstinents et que vous êtes abstinent vous-même?
C'est ce que vous allez faire toute à l'heure en donnant votre vote.
Mais, je ne voudrais pas vous laisser sous l'impression de ces considérations qui, quelques pratiques qu'elles soient, pourraient paraître à beaucoup d'entre vous un peu terre à terre.
Vous êtes capables et désireux de vous élever plus haut, de vous élever très haut, jusqu'aux lois de perfection, jusqu'à la conception d’une conduite inspirée par des idées et des motifs supérieurs puisés uniquement dans les modes d'agir de Dieu lui-même. Car, enfin, vous êtes des Chrétiens, vous êtes des Catholiques pratiquants, c'est-à-dire qui font pénétrer la doctrine intégrale de leur Maître dans tout l’ensemble de leur vie.
Or, il est, vous le savez, une loi à laquelle nul chrétien ne doit se soustraire, loi qui a racheté le monde et qui continue à le maintenir dans le bien malgré ses funestes tendances vers le mal. C'est la loi du sacrifice.
Son nom austère blesse un peu nos oreilles trop délicates et froisse nos coeurs trop pleins de sang. Mais combien il est doux à l’âme vraiment catholique qui veut vivre sa religion, se mouvoir dans une atmosphère purement surnaturelle et suivre les traces du Christ, son Dieu.
L'homme de bien est l’homme qui vit de sacrifices. Il n’est pas une seule bonne action qui ne soit achetée par lui au prix d’un sacrifice. Et
voilà pourquoi le grand Joseph de Maistre a pu dire : “Du berceau à la tombe la vie de l’homme est une lutte continuelle, Quand l'homme cesse de lutter, c'est la mort; il va au cimetière.” Vous comprenez cela; il suffit d'avoir vécu très peu d'années pour comprendre cela et pour l'avoir ressenti dans sa chair.
Mais le sacrifice ne doit pas être seulement individuel, 11 doit être social. Vous vivez en famille, vous vivez en nations et vous devez vou:
sauver avec et dans ces collectivit s.
Jamais le sacrifice social n’a paru plus nécessaire qu'en ces temps de guerre universelle. Nous sommes engagés dans une lutte sans pareille dans l’histoire du monde et l’on peut dire qu’elle a déjà fait périr plus d'hommes que le déluge. Dieu semble nous demander un immense sacrifice social pour le rachat des fautes du monde et aussi sans doute pour pouvoir nous donner une paix durable.
Je viens vous demander aujourd'hui de participer très efficacement à cet immense sacrifice rédempteur.
Signez tous le règlement de prohibition.
Sacrifiez tous les petits intérêts, sacrifiez vos conceptions propres sur la matière, sacrifiez ovs passions, sacrifier vos habitudes si elles existent, sacrifiez tout ce qui pourrait vous empêcher de prendre une grande mesure de salut public.
Pour apaiser la colère de Dieu qui s’appesantit sur les nations il
faut couper le mal dans sa rarine, il faut faire disparaître la c« du mal et puisque l'abus de bu.ssons enivrantes est une des causes principales du mal, que chacun en fasse le sacrifice réfléchi et volontaire.
Et si malgré tout ce sacrifice parait un peu lourd à quelques-uns, qu'ils regardent bien là-bas, au-delà des monts, au-delà de l'océan, qu'ils suivent la jeunesse canadienne jusqu'aux froides tranchées, jusqu'aux mers de feu où la mort la guette à chaque instant, où unie à la fleur de la jeunesse du monde elle se sacrifie, le sourire sur les lèvres, l'honneur sur le front, le ciel dans le coeur.
Et si après cela, ils ne sont pas émus jusqu'aux larmes, s'ils ne deviennent pas eux-mêmes des héros, s'ils renoncent à prendre leur part de croix, on pourra dire qu’ils ne sont ni patriotes, ni catholiques, qu’ils ne sont plus des hommes.
Ce s’est pourtant pas votre vie que l’on vous demande d’immoler, mais uniquement certaines habitudes de vie qui, loin de fortifier et d'ennoblir cette vie, tendent à la dégrader et à vous avilir.
Après ce superbe discours, sir Charles ne put s'empêcher d’ajouter quelques mots émus en reconnaissance des bravos qui saluaient son départ. Son cri final fut : “Ce que je zuis, je le dois au clergé de Québec.”