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Lettre inédite de Bourdaloue au cardinal

Dans une intéressante étude parue récemment sur la correspondance de Bourdaloue, un critique observait qu'on ne possédait encore aucune lettre de lui « adressée à quelque homme d'Eglise considérable » , et il ajoutait que « le dernier mot n'est pas encore dit sur Bourdaloue * ». La présente publication confirmera la justesse de ces deux remarques. Elle nous révélera un chapitre de l'histoire si peu connue des rapports du grand prédicateur avec les principaux personnages de son époque.

Unique témoignage de relations épistolaires plus ou moins suivies entre le jésuite de la Maison professe et le grand aumônier du roi, cette pièce jette d'abord un jour plus complet sur les sentiments de Bourdaloue dans l'affaire du Quiétisme. Elle nous fait aussi pénétrer le fond de sa pensée sur l'un des événements les plus étranges et les plus obscurs de son temps : la disgrâce du cardinal de Bouillon. Elle nous le montre enfin dans son rôle de directeur vis-à-vis d'une religieuse de la Visitation, distinguée par ses vertus autant que par sa naissance.

Il n'y a pas jusqu'à certaines particularités matérielles offertes par la lettre autographe, qui ne fournissent de curieux indices, soit au point de vue de l'écriture si rare de Bourdaloue, soit au point de vue d'un secret que le destinataire semble avoir voulu ravir à la postérité. C'est pourquoi nous avons jugé utile de joindre le fac-similé au texte.

Le public accueillera, nous l'espérons, cette lettre avec d'autant plus de satisfaction qu'elle paraît avoir été ignorée

1. Les Lettres de Bourdaloue, par M. l'abbé FoUioley. (Extrait de la ()m/hcaine, l"janv. 1899), p. 12 et 2.

entièrement de Fauteur qui semblait appelé à la lui faire connaître. Dans une toute récente étude intitulée le Cardinal de Bouillon (1643-1715*), qui nous surprit agréablement au cours de ce travail, M. Félix Reyssié ne cite, sur les sentiments du jésuite à l'égard du cardinal son ami, qu'un fragment de lettre de la duchesse de Montbazon. Ces quelques lignes isolées présentent moins d'importance et nous les avions déjà rencontrées ailleurs. Notre intention est de montrer combien elles sont complétées heureusement aujourd'hui par la lettre de Bourdaloue lui-même.

Mais nous n'avons pas été présentement au delà. Nous souhaitons seulement, après avoir esquissé , grâce à ces deux jalons, le tableau des rapports du cardinal de Bouillon avec ce religieux dévoué à sa bonne et à sa mauvaise fortune, de poursuivre un jour l'histoire des efforts tentés jusqu'au bout en faveur du prélat par d'autres membres de la Compagnie de Jésus. Diverses lettres émanées du cardinal de Bouillon, des PP. Oliva, de La Rue, de Monthiers, Gaillard ; la relation sur les démarches faites auprès du roi par le P. Le Tellier, seront autant de pages qui combleront une des principales lacunes de la nouvelle biographie du cardinal.

Ces pièces nous demeuraient, c'est une douce obligation pour nous de le reconnaître, aussi inconnues qu'à M. Félix Reyssié, si elles ne nous avaient été signalées par M, de Boislisle. Le savant éditeur de Saint-Simon auxquels les lecteurs des Mémoires doivent déjà tant et de si excellentes pages sur le problème jusqu'ici non résolu, ou, ce qui est plus regrettable encore, faussement résolu de la fameuse disgrâce, a bien voulu nous donner cette marque, entre plusieurs autres, de l'intérêt qu'il porte à nos recherches sur Bourdaloue. Nous nous faisons un devoir d'ajouter que notre travail aux Archives nationales nous a été singulièrement facilité par la complaisance parfaite de M. Léon Le Grand.

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