Paris, Hachette, 1899. Ia
Voilà pour la lettre au cardinal de Bouillon. Passons aux suivantes.
La pénurie de communications relatives à Bourdaloue, malgré nos prières réitérées, a eu cependant un résultat inespéré. Elle nous a forcé à nous replier sur l'œuvre môme de Bourdaloue.
Trente et une lettres avec texte plus ou moins complet ; cinquante au plus en y ajoutant celles qui sont mentionnées çâ et là, il nous semblait impossible qu'un si petit nombre eût échappé à la destruction ou à l'oubli.
D'autre part, certains avertissements du P. Bretonneau, premier éditeur de Bourdaloue, nous avaient frappé. En tète àes Exhortations et Instructions chrestiennes (Paris, Bigaud, 1721 . In-8), il s'exprime ainsi : Les « instructions chrestiennes qui suivent les exhortations » « sont des avis spirituels et des règles de conduite qu'a donné [sic) le P. Bourdaloue à différentes personnes, qui le consultoient et dont il gouvernoit la conscience. J.'en ay supprimé plusieurs que j'avois pris soin de ramasser, et qu'on avoit bien voulu me confier. »
Donc Bretonneau avait fait un premier appel aux correspondants de Bourdaloue, et plusieurs de ceux-ci lui avaient répondu en lui communiquant de préférence les lettres d'une portée plus générale et d'un enseignement plus complet. Les noms des destinataires, qui seraient aujourd'hui si précieux pour nous, l'intéressaient sans doute assez peu. Il forme un recueil d'oeuvres oratoires, et, comme plusieurs de ces lettres de direction ne lui paraissent que « de simples abrégez des sermons... sur les mesmes matières », il n'en a cure. Cependant un remords tardif l'a pris :
Apres les quatorze volumes de la première édition des ouvrages du Père Bourdaloue, ou les quinze de la seconde, je ne crois pas qu'on attende quelque chose au delà, ni qu'on m'accuse de ne luy avoir pas rendu tout ce qui luy appartenoit. Si je puis néanmoins encore prendre le temps de parcourir ses papiers, et qu'il s'y rencontre des pensées détachées et des remarques qu'il n'ait mises nulle part en œuvre, je n'en pri-
veray pas le public. Il n'y a rien à perdre d'un homme si juste dans ses réflexions et si chrestien dans toute sa morale.
Deux conclusions : la première , accidentelle , c'est que les papiers de Bourdaloue existaient encore en 1721, et que Bretonneau ne paraît pas avoir jamais songé à les détruire ; la seconde, relative à la correspondance qui nous occupe, c'est que les douze Instructions chrestiennes sur divers sujets ne sont en définitive que des lettres. Elles le sont du moins tout autant et au même titre que la première à Mme de Maintenon publiée, c'est-à-dire altérée par La Beaumelle, et donnée sur l'autographe par Chateaugironen 1819, sous le titre à'[nst?niction générale^ ; autant que la seconde intitulée encore Instruction ; autant enfin que la consultation sur les Maximes des Saints et que les Instructions en soixante-douze articles parues en 1886 par les soins de Mgr Blampignon^. Quelques-unes ne portent aucune indication de destinataire et offrent un caractère plus impersonnel; ce sont les Instructions pour l'Avent, la seconde fête de Pâques, les octaves du Saint-Sacrement et de 1 Assomption, la Communion.
D'autres, au contraire, sont rangées sous une destination anonyme mais spécifiée. Celles du Caresme et de la Mort sont adressées à des dames de qualité ; celle de la Paix avec le prochain, à des communautés religieuses; celle de VHumilité de la Foi/, à « une personne peu soumise aux décisions de l'Eglise w ; celle de la Prudence du salut, à « un homme du monde employé dans un ministère important » ; enfin le Choix d'un Estât de vie est écrit pour « une jeune personne de qualité » .
Nous n'hésiterons pas à faire rentrer plus tard ces six Instructions dans l'édition complète dq la correspondance.
1. Y oïv Bourdaloue, sa correspondance et ses correspondants, p. 76.
2. Ces considérations ont été bien mises en lumiôre par an fervent de Bossuet et même de Bourdaloue, le P. Eugène Griselle, dans son article sur la Correspondance de Bourdaloue public par la Revue de Lille, janv. 1899, p. 205 s^q.
Et comment n 'aurions-nous pas ce droit, alors que nous y sommes autorisé par l'exemple ?
Plusieurs des Lettres choisies de Fléchier, éditées pour la première fois vers la même époque ' sont-elles classées sous des rubriques plus précises ? On y lit des titres de ce genre : A des religieuses sur la mort de leur Supérieure. Lettre dogmatique sur le mariage d'un Protestant avec une Catholique. Lettre de civilité chrétienne à une religieuse... De piété à un curé pour l'encourager contre les frayeurs causées par les Fanatiques. Relation des mouvemens et des cruautez des Fanatiques... Sur les moyens de prévenir ces maux ou d'y remédier... Sur un commencement de tranquillité de la part des Fanatiques. Voilà des missives de toute sorte qui, sans être des lettres proprement dites, font partie de la correspondance si variée du grand évêque de Nîmes? Pourquoi ne pas pratiquer la même largeur de procédé avec celle de Bourdaloue ?
Cependant Bretonneau, qui ne se pressait pas plus d'éditer les papiers de son célèbre confrère que de les détruire, ne mit pas moins de treize ans, « quelques années », dit-il bonnement, à faire, suivant sa parole donnée, « une nouvelle révision des manuscrits du Père Bourdalouë- «. En 1724 il avait fait paraître les deux volumes si mêlés des Exhortations, et celui de la Retraite ; en 4734, il couronne la publication générale par deux volumes encore plus disparates : Pensées du père Rourdalouë, de la Compagnie de Jésus, sur divers sujets de religion et de morale. Le titre est assez loin de répondre à la chose. C'est un recueil plus que factice de « Pensées détachées, de Reflexions, de Fragments », demeurés imparfaits et qui n'avaient pas été employés dans les Sermons. Telle est du moins l'énumération de l'éditeur. Celle de l'approbateur du livre, l'abbé Le Rouge, docteur de Navarre, est plus étendue :