Sommervogel, V, 919, n<" 66 et
2. Nous eussions préféré un témoignage plus indépendant; mais nous n'avons rien rencontré dans les correspondances de Chantilly. Le P. Bergier était alors à Dijon avec le duc d'Enghien, Henri-Jules de Bourbon. Quant à Louis de Bourbon, le petit-fils de Condé, comme il n'avait aucun prix à espérer, il quittait Paris avant la tragédie de Crjrus par le P. de La Rue qui fut représentée le 17 août, et peut-être même avant les thèses du prince de Turenne (13 août). La parenté des Bouillon et des Condé était d'ailleurs fort éloignée, leur ancêtre commun étant le connétable Anne de Montmorency (1493-1567). — Voir notre ouvrage Trois Éducations princières au XVII' siècle, 1896. In-8, p. 251. — Reyssié, Tableau généalogique I. — Rien dans la Gazette.
3. Il est avec Mascaron, La Rue et Bourdaloue l'un des quatre orateurs le plus souvent rappelés dans la chaire royale ( Hurel, I, lvi ); mais eut-il une véritable vogue? La question a été controversée. L'abbé Hurel révoque en doute l'opinion de Vuillart qui a prétendu que le P. Gaillard^, à Saint-Jacquesla-Boucherie, eut grand'peine à recruter un auditoire. 11 est certain qu'il y
renne, dans cette abbaye de Cluny que le cardinal de Bouillon transformait en un monument à la gloire des La Tour d'Auvergne.
Il existe toute une littérature de ces hommages rendus par les maîtres à leurs élèves, prématurément emportés, au petit Foucquet, à Alphonse Mancini, au prince de Conti. En est-il un plus touchant que ce discours où l'ancien professeur se fait l'écho des cris de douleur de saint Ambroise pleurant sur le trépas de l'empereur Valentinien ?
Je pleure comme luy un jeune Prince, qui sans pouvoir estre comparé du costé de la naissance et de la dignité à celuy dont saint Ambroise faisoit l'éloge, auroit de quoy soutenir la comparaison que je ferois de leurs qualitez personnelles. Comme luy je regrette un Prince que j'avois eu l'honneur d'élever dés son enfance, et dont la perte m'a causé d'autant plus de tristesse, que son éducation m'avoit donné plus de joye. Ego te suscepi parvulum * .
Commentant un texte des psaumes sur le néant de la vie humaine, il montre tour à tour les triomphes et les défaites de son héros, vaincu finalement par le trépas. Mais il aime à s'échapper de ces considérations banales pour revenir aux
avait une sensible difiérence entre le nombre de ses auditeurs et la presse à étouffer des sermons de Bourdaloue. En voici un témoignage inédit. Le 6 février 1685, le jésuite Alleaume, précepteur du duc de Bourbon, écrit à Condé : « Je lui ai demandé tantôt (à Mgr le Duc) comment il avait trouvé vendredi le sermon du P. Gaillard. Il m'a répondu que M. de Chapuiseau, l'exempt, aimait beaucoup mieux qu'il prêchât que le P. Bourdaloue, et comme il m'a vu surpris de cette proposition, il m'a dit qu'il avoit beaucoup moins d'embarras et de peine à placer les gens. » Alleaume à Condé, Versailles, 6 février [1685] ; Papiers de Condé, série P, t. IC, fol. 288. — Il est vrai qu'on se fait diflicilement idée de la foule qui assiégeait la chaire de Bourdaloue. Dans une lettre inédite de Madeleine de Lamoignon que nous devons à l'obligeance de M. Omont, l'infortunée demoiselle renonce à assister davantage aux prédications du jésuite à Saint-Paul. «Je voy bien que ma santé ne peut soustenir la presse et le grand nombre. Mecredy(s«c) dernier, je m'y suis trouvé si mal que je n'ause plus m'y engager. » Lamoignon à X*", 5 mars 1683. Bibl. nat., f. fr. Collection Dupuy, t. DCCCCXLV, fol. 101-102.
1. Oraison funèbre de très-haut et tres-puissant prince Louys de la Tour d' Auvergne, prince de Turenne. Prononcée le douzième jour d'octobre 1693, en l'église de l'abbaye de Cluny, oii est la sépulture de sa Maison, par le P. Gaillard de la Compagnie de Jésus, en présence de Mgr le cardinal de Bovillon. Paris, Muguet, 1001. ln-1.
souvenirs plus doux et — il l'avoue aussi, plus purs — de son enfance.
Avec le goût de l'époque pour les portraits en chaire, Gaillard ne peut moins faire que de retracer en deux ou trois longues pages le caractère d'esprit de l'enfant et du jeune homme ; seul il croit pouvoir dépeindre son naturel et le montrer tout entier, tel que l'ont connu « ceux qui dans une liaison plus étroite et dans un commerce plus intime en ont pénétré toute l'excellence ». Enfin il arrive aux fameuses thèses :
C'estoit un esprit élevé, perçant, subtil, dans les sciences, qui clai)S la plus grande jeunesse où les autres ne brillent que par la facilité d'une heureuse mémoire, pénétra si avant dans les plus grandes difficultez de la Philosophie et des Mathématiques, et les sceût expliquer avec tant de lumière et de netteté dans une auguste assemblée, qu'il s'y fit admirer des plus sçavans, entre lesquels l'un des plus doctes Prélats du Royaume ', s'écria : qu'il ne pouvait s'empêcher de regreter qu'un si rare génie pour les sciences ne fût pas consacré à l'Eglise, où il aurait paru avec beaucoup d'éclat, tant il liiy voyait de disposition pour les études les plus profondes.
Après ces citations, Saint-Simon est-il croyable quand il prétend que le cardinal de Bouillon «força le P. Gaillard, jésuite, fort attaché à eux tous, de faire l'oraison funèbre ^ » ? Ignorait-il donc que les jésuites de la Maison professe, dont le P. Gaillard était l'un des membres les plus en vue, avaient solennellement témoigné leur pieuse sympathie à la famille, en recevant dans leur église de la rue Saint- Antoine le cœur du prince deTurenne? Sur l'urne de marbre blanc une inscription superbe fut gravée, rappelant, en style lapidaire, la glorieuse carrière du héros de Grau, de Neuhausel, de Lépante, de Steinkerque; du nouveau Turenne, alter Turenniits, qui avait refusé de la seigneurie de Venise le titre de lieutenant général, « pour ne point renoncer à servir la France », comme le disait le P. Gaillard. Le latin est plus expressif