Gazette, 1680. Ordinaire du 26 octobre
3. Et non le 20, date de La Cliesnaye-Desbois (XII, 423), si l'on s'en rapporte du moins au contrat de mariage inséré par Baluze parmi les preuves de sa grande Histoire généalogique de la Maison d'Auvergne, justifiée par Cfiartes, Titres, Histoires anciennes et autres preuves authentiques. F3Lvis,'Deza.\l\ev, 1708, t. II, p. 825-826. Loret, dans sa Gazette rimée du samedi 20 mai, rapporte également au lundi 15 la lecture du contrat ainsi que les fiançailles (?) célébrées par le cardinal Antoine Barberini, grand aumônier de France : « Vers le soir de ce mesme jour, — Monseigneur le Prince d'Harcourt, — Prince du beau sang d'Austrazie, — Qui, jadis, régna dans l'Azie, — Dans le Louvre Palais du Roy, — Engageant son cœur et sa foy, — Fiança l'illustre pucelle, — Que vulgairement l'on appelle — Mademoiselle de Bouillon. » Muze historique, édit. Livet, II, 194, vers 75-114.
4. Joseph-Gaspar Charonnier (et non Charronnier), né le 20 mars 1641, à Sisteron, entré dans la Compagnie, le 28 septembre 1656, de la province de Lyon, fut envoyé à Paris, comme les PP. Bertet et Gaillard. Il y était le 15 août 1674, date de sa profession, et il séjourna tantôt dans cette ville, tantôt à Rome, à la suite du clievalier de Lorraine. Il fut huit années recteur, à Lyon, du petit collège de Marie- Auxiliatrice et de la maison de Saint-Joseph, et il y mourut le 19 mai 1719. Voir la bibliographie de ses œuvres, parues la plupart à Rome ou à Lyon, dans Sommervogel II, 1083-1085. — Sur son rôle dans l'affaire du Quiétisme, v. notamment l'abbé Verlaque IV, 734-735 eipassim.
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Il est deux fois question, du chevalier de Lorraine, dans les lettres des PP. Alleaume et du Rosel au grand Condé', mais seulement pour la période de la dernière éducation du duc de Bourbon en Versailles. C'est en 1685. Le chevalier fait des visites au prince qu'il a connu au collège de Clermont. Bourdaloue, qui paraissait parfois dans ce collège, avait pu y voir le chevalier, comme il aimait à y rencontrer Mgr le duc; pourtant ce n'était pas sa résidence et ce ne fut pas non plus au neveu du cardinal qu'il eut affaire, là oii ailleurs.
Mais durant vingt-cinq années consécutives (1679-1704), il fut le directeur d'une des nièces , Marie-Xavier de Lorraine, fille de la Visitation Sainte-Marie.
Cette religieuse visitandine étant le seul personnage nommé dans la lettre de Bourdaloue au cardinal que nous commentons, il est nécessaire d'entrer sur sa vie dans quelques détails. Plusieurs, inconnus jusqu'ici ou peu connus, offriront en outre l'avantage de mieux éclairer la figure de son éminent directeur.
Une justice à rendre à la maison de Bouillon, c'est que les vocations de femme, aux deux générations qui nous occupent, furent exemplaires et sérieuses. Deux sœurs du cardinal, Emilie-Léonor et Louise-Charlotte ^, étaient entrées au grand Carmel de Paris. Léonor, on le sait par Bossuet, l'orateur de sa vêture (8 sept. 1660^), se vouait à cette vie de pénitence qui, suivant le mot de Mme de Longueville, allait être la pénitence « d'une sainte et non pas d'une pécheresse », pour obtenir la conversion au catholicisme de son oncle le maréchal de Turenne ; comme au siècle suivant. Madame Louise de
1. Du Rosel à Condé. [Versailles, 16 janv. 1(585.] Alleaume au même, 19 janv. Papiers de Condé, série P, t. IC, fol. 80 et 107.
2. Nous adoptons de confiance les noms de M. Reyssié. Mais Baluze et Floquet appellent la seconde Hippolyte-Françoise-Romaine ou Marie-Louise- Charlotte-Hippolyte. Lire la touchante histoire de cette vocation dans Floquet, Études sur Bossuet, II, 87 sqg.
3. Lebarq, Histoire criti(fue de la prédication de Bossuet. p. 172 et 183.
France, afin de réparer devant Dieu les scandales de Louis XV. Louise-Charlotte fut une des grandes bienfaitrices de l'reuvre des Missions étrangères.
Deux nièces du cardinal, Marie-Eléonore et Marie-Françoise (la future Marie-Xavier) suivirent la même voie que leurs saintes tantes, mais par des sentiers moins rudes. La première fit profession à la Visitation du faubourg Saint- Jacques, le 16 mai 1676; le môme jour, la seconde, frappée au spectacle de son aînée se donnant toute à Dieu, faisait vœu d'être religieuse K
Tout, il est vrai, la prédestinait depuis longtemps à ce sacrifice. Dès l'âge de trois ans, les deux sœurs avaient été confiées aux soins de Mme de Lannoy, parente de la première femme du duc d'Elbeuf et supérieure de l'Abbaye-au-Bois. Marie-Eléonore, née le 24 février 1658, s'appelait alors Mlle d'Elbeuf; la deuxième, née le 5 mai 1659,Mlle de Lillebonne; mais, par la suite, toutes deux furent souvent désignées sous le même nom d'Elbeuf.
Mlle de Lillebonne n'avait qu'une dizaine d'années quand les grandes pensionnaires s'avisèrent de lui faire subir une brimade assez innocente qui mit en relief son courage enfan- . tin. Abusant de la crédulité des « petites», elles leur persuadèrent, dit une vieille relation, « que les Mahométans étaient entrés dans Paris, et qu'il ne s'agissait de rien moins que de donner son sang ou de renoncer à Jésus-Christ. Les voyant tout effrayées, elles les conduisirent dans une salle basse et fort obscure où l'une d'elles, habillée en Turc, parut, un sabre à la main, et, s'adressant à Mlle de Lillebonne (c'était le nom de notre petite martyre), lui cria d'une voix menaçante qu'il fallait, sur l'heure, ou renoncer à sa foi, ou donner sa tête à couper. La jeune princesse ayant répondu qu'elle aimait mieux mourir, on lui banda les yeux, et, comme elle n'imaginait pas que ce pût être une feinte, elle s'offrit à Dieu et
1. Année sainte des religieuses de la Visitation Sainte-Marie. Annecy, Burdet, 1868, t. V, mai.
se mit sans s'émouvoir en posture de recevoir le coup, qui ne lui fut point donné, quelqu'un ayant fait cesser le jeu, ainsi qu'il avait été sans doute convenu '. »
Désormais, elle s'exerce encore au martyre, mais ce n'est qu'au martyre à coups d'épingle de la vie religieuse. De l'Abbaye-au-Bois, les demoiselles d'Elbeuf avaient passé au deuxième monastère de la Visitation à Paris. Là, Marie- Françoise essaie « de détruire sa beauté naturelle ». Il y avait dans ce couvent une institution assez originale et qui sent bien son époque, appelée les Petites sœurs. Les Petites sœurs ou Sœurs du petit habit étaient, disent les documents, des enfants qui « portées à la vie religieuse, ou leurs parents en ayant le désir », étaient admises à la Visitation dès l'âge de dix à douze ans. Dans le Coutwnier et Directoire Aq l'Ordre, rédigé en 1624, par sainte Jeanne de Chantai, d'après les instructions laissées par saint François de Sales lui-môme, se trouve un article intitulé Règles de nos chères Petites sœurs. Ces enfants, y lit-on, doivent « être conduites et stylées es choses spirituelles fort suavement, selon leur petite portée, par une sœur bien douce et discrète ». Elles doivent aussi porter un costume mi-religieux : « robe noire sans plis, et les manches un peu larges, un voile blanc fort court et une bandelette leur serrant les cheveux ».
Ce voile surtout tentait Marie-Françoise ; mais le duc d'Elbeuf, son père, lui refusa la permission de le porter. Elle se rabattit sur les « vêtements sombres et fort simples » qui constituaient le reste du costume. Encore sa sœur aînée s'était-elle mise contre elle et traitait-elle ses manières de singularités. Bravant ces plaisanteries fraternelles, la petite sœur se levait chaque matin avant l'heure, et, tandis que Marie-Eléonore était encore « plongée dans un profond sommeil », elle se retirait au-dessus de leur chambre, dans une sorte de grenier, pour y faire oraison. Ne croirait-on pas lire
1. Année sainte des religieuses de la Visitation Sainte-Marie. Annecy, Buidet, 1868, t. V, mai.
une page de la vie de saint Pierre Fourier, écolier à Pont-à- Mousson, ou de saint Louis de Gonzague à Madrid,, ou plutôt de saint Stanislas Kotska, à Vienne, priant pour son frère qui dansait? Réconfortée par les consolations célestes, instruite par les instructions familières de la maîtresse des Petites sœurs, la jeune princesse sortait de ces conférences « avec plus de zèle de souffrir pour Dieu et se priver de tout, que les jeunes personnes de son âge n'en ont d'ordinaire pour se procurer du plaisir ».
Une maladie, un séjour à la Visitation de Ghaillot ne furent que des incidents sans conséquence. L'événement capital de sa jeunesse avait été l'impression produite sur elle par l'entrée de son aînée en religion et aussi la guerre déclarée par la famille, pour que la petite sœur n'imitât point la grande. Toutes les ambitions de sa parenté, et dans la maison de Bouillon on se piquait de viser très haut, s'étaient tournées vers elle. Les Bouillon se vantaient d'être alliés aux Bourbon-Condé , aux La Trémoïlle, aux Foix- Gandale , aux Ventadour , aux Duras , au prince d'Orange Guillaume de Nassau , aux comtes palatins du Rhin , au roi de Bohême. Une sœur du cardinal, Mauricette-Fébronie, avait épousé Maximilien, frère de l'électeur de Bavière, oncle de la Dauphine. Un de ses frères, Frédéric-Maurice, s'était marié avec une Hohenzollern. Enfin les princes lorrains étaient alliés à plusieurs familles souveraines. Il ne fut question pour Marie -Françoise de rien moins que du duc d'York, frère du roi d'Angleterre Gharles II et roi d'Angleterre après lui en 1683, sous le nom de Jacques IL
Devant la résistance de sa nièce, le cardinal de Bouillon songea, faute d'un trône, à lui procurer une abbaye. Luimôme en possédait toute une liste et des plus riches. Dès 1661 ,1e maréchal de Turenne sollicitait pour lui Saint-Amand, et Louis XIV répondait qu'en cas de vacance de l'abbaye « il la lui donneroit de bon cœur, et qu'il seroit fort aise qu'il
puisse s'en accommoder'». Le cardinal ne s'accommodait point pour si peu : il eut bientôt Saint-Martin de Pontoise, Saint-Ouen de Rouen-, Saint-Waast d'Arras, Vigogne, Saint- Pierre de Beaujeu, Tournus et enfin Cluny^ Ce qui ne le fit point d'ailleurs renoncer à l'espoir de Saint-Amand. Il ne l'obtint qu'en 1710*! Ces biens d'Église lui rapportaient d'après ses propres calculs, Saint-Ouen, Saint-Waast et Cluny, chaque abbaye: cent vingt mille livres; Tournus, Vigogne et Saint-Martin, les trois réunies : cent vingt mille. Total : quatre cent quatre- vingt mille livres de revenu annuel ^. Et il se plaignait d'avoir des dettes. Il est vrai, qu'en trois mois il dépensa à Rome, pour cent mille écus de frais de représentation et qu'auprès de ses abbayes il élevait des hôpitaux.
Qu'on juge si les refus de sa nièce l'étonnaient. Il la força à se présenter, puisqu'elle « ne voulait pas entendre parler d'abbayes », au couvent de l'Assomption dont il était supérieur en sa qualité de Grand aumônier de France. Ici encore Marie-Françoise entrevit des grandeurs terrestres. Elle déclara à la supérieure qu'elle ne se fixerait jamais dans sa communauté, et elle fit si bien qu'on la laissa libre enfin d'entrer au troisième monastère de la Visitation à Paris, celui du faubourg Saint-Germain, rue du Bac ^.
Elle y fut conduite par S. A. R. Mme de Guise, née Elisabeth d'Orléans, fille de Gaston d'Orléans et de Marguerite
L Turenne à Bouillon [1661]. Catalogue d'autoffrap/ies. (Charavay, b'"' déc. 1877.)
2. Cette abbaye avait mis dôs 1668, lo futur cardinal en rapport avec les jésuites, à l'occasion du prieuré de Gasny et de leur collège de Rouen. Voir aux Archives de la Seine-Inférieure (D 210) la pièce suivante : Transaction entre Mgr Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, abbé de S. Philbert de Tournus et de Sainl-Ouen de Rouen, et Pierre Boyer S. J., procureur de la province de Lyon, fondé de procuration du recteur Adrien Jourdan. (Communication du P. Gi-iselle. )