Aujourd'hui passage de la Visitation, rue Saint-Simon
de Lorraine, une des veuves du siècle les plus adonnées aux œuvres de charité et de piété *.
A sa prise d'habit, la reine Marie-Thérèse lui donna le voile en présence de toute la cour, et, ce qui nous importe davantage, ce fut Bourdaloue qui prêcha.
Ce sermon de vêture, encore inédit, n'a été signalé qu'en 1886 par Mgr Blampignon^. Depuis il continue de dormir dans le recueil Phélipeaux, sans que personne ait songé à l'éditer ou môme à en faire l'historique. Il présente cependant un vif intérêt. C'est du meilleur Bourdaloue, moins certains défauts. Texte tiré des Proverbes (ch. m) dans l'éloge de la femme forte : Fortitiido et décor indumentum ejus. D'où cette division simple et naturelle : l'habit que vous allez recevoir est : 1" un habit de force ; 2" un habit de gloire.
1. Sur cette vertueuse princesse, voir la notice de M. l'abbé J. Rombault, Elisabeth d'Orléans, duchesse de Guise et d'Alençon (1646-1696). Alençon, 1893. In-8; — Picot, Essai historique sur l'influence de la religion en France pendant le XVII' siècle. Paris, 1824. In-8, 11, 175 et 255. — Le P. Lauras qui la mentionne simplement (11, 242) parmi les dames de charité les plus illustres, donne ailleurs (1,237) ce détail plus précis mais unique : « La duchesse de Guise était une femme d'une grande piété, et très dévouée aux œuvres des PP. Jésuites de la rue Saint-Antoine.» 11 en aurait certainement dit davantage et le nom de Bourdaloue serait venu ici sous sa plume, s'il avait soupçonné les rapports séculaires de la famille du prédicateur avec la maison de Guise. Cette question intéressante et encore peu connue, vient d'être soulevée par M. E. Tausserat, dans sa monographie si sévèrement documentée : Vierzoïi et ses environs. Récits historiques et anecdotiques, d'après des pièces originales. Bourges, 1897. In-8, p. 407-408, On sait que les Bourdaloue sont une famille d'origine vierzonnaise. Les Guise, étant seigneurs de la ville, les prirent à leur service. M. Tausserat prépare actuellement une notice spéciale dont nous sommes heureux d'annoncer la prochaine publication. En même temps nous espérons faire paraître la correspondance de Pierre de Bourdaloue, arrièregrand-oncle du jésuite, avec Charles de Lorraine, duc de Guise, amiral du Levant (1571-1640) dont il était secrétaire. Cette correspondance est conservée à la Bibliothèque nationale (f. fr. 20559). 11 existe également à la Bibliothèque de l'Institut (fonds Godefroy,t. CCLXIX, fol. 150-151), une lettre du même personnage, datée de Césy, 6 août 1623, à l'amiral de Guise. Nous la signalons pour détruire une fausse attribution ; on l'a supposée à tort écrite par le père du prédicateur. — La duchesse de Guise appela le P. de La Rue à Alençon, pour ramener les protestants par des controverses. Cf. Rombault, p. 18.
2. Étude, p. 37 et 39. La référence exacte est celle-ci : Bibl. nat., f. fr., ms. Phélipeaux, t. III. Le sermon de la « prise d'habit de Mlle d'Elbeuf » occupe les folios 638-656.
J'aurois pu louer cette généreuse fille, dit-il de l'illustre novice, par la ferveur de la piété, par le mépris qu'elle fait de toutes les grandeurs du monde, par la constance qu'elle témoigne en renonçant à tous les avantages que sa haute naissance lui promettoit, par son zèle et par mil autre choses qui sont autant de preuves de sa coopération fidelle aux mouvemens de la grâce ; mais puisque ce jour est consacré à la solennité de son habit, je m'arreste à ses qualités, vous faisant voir que c'est un habit de gloire et d'honneur pour la vierge qui le porte *.
Puis se tournant vers le cardinal :
11 n'appartient qu'cà vous. Monseigneur, de faire aujourd'hui l'office de grand prestre, puisque à l'exemple du grand prestre J.-C, vous entrés dans le sanctuaire, non pas pour sacrifier un sang étranger, mais pour y oftVir un sang propre, c'est à dire celui de vostre illustre et auguste maison. Voilà ce qui a fait dans la personne du Sauveur le caractère de son sacerdoce, voilà ce qui fait en vous le mérite de vostre piété, et dans cette fille celuy de son courage.
L'épreuve la plus sensible de Marie-Françoise — en religion sœur Marie-Xavier, et c'est ainsi que nous la nommerons désormais — fut la prolongation de son noviciat au delà des limites ordinaires. En principe, il doit s'écouler pour les visitandines un an et un jour entre la prise d'habit et les vœux. La supérieure, mère Marie-Thérèse Foucquet, afin de mieux affermir la novice dans sa vocation, ajouta quelques mois aux délais réglementaires. Mais la persévérance de sœur Marie- Xavier fut couronnée.
Le 20 janvier 1680, on lisait dans la Gazette :
Le treizième de ce mois-, Marie- Françoise de Lorraine, fille de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, Chef de la Maison de Lorraine en France, fit profession dans le couvent des Filles de Sainte-Marie du Fauxbourg S. Germain. La Reine lui donna le Voile noir. Le Cardinal de Buillon (sic) son Oncle fit la cérémonie, et l'abbé des AUeurs prescha ^.
1. Dans les Pensées de Bourdaloue, t. II, p. 168, parmi les considérations intitulées Habil Religieux, ce qu'il signifie, et à quoi il engage, on trouve un développement similaire sur l'habit religieux regardé comme un habit d'honneur.
2. L'Année sainte dit : la veille des Rois; or cette fête devait tomber plus tôt, le samedi 6 janvier et non le samedi 13. En toute hypothèse, la prise d'habit avait dû avoir eu lieu à l'automne de 1678.
3. Sur l'abbé des AUeurs, prédicateur à la cour (avent de 1680), et aumônier de la Dauphine, voir Hurel, II, 77 sqq.
La « très honorée sœur Marie-Xavier», comme l'appelle Bourdaloue dans sa lettre, est professe. A partir de ce moment, elle s'adresse au jésuite pour la conduite de son âme. Est-ce par voie de correspondance ? Nous l'ignorons. Mais les occasions ne lui manquèrent pas de revoir et d'entendre le prédicateur de sa prise d'habit. L'on ne sait pas encore assez combien souvent Bourdaloue prêcha en ce troisième monastère de la Visitation. Le P. Lauras n'a consacré que quelques lignes à Marie-Xavier, qu'il fait entrer au couvent en 1676 (?), et c'est tout^ Rien sur ces rénovations de vœux, ces vètures et ces professions, qui ramenaient périodiquement dans le couvent tantôt Bourdaloue, tantôt le P. Gaillard. Nous laissons à notre tour au futur historien de cette prédication le soin de nous en établir le détail ^.
Le cardinal de Bouillon ne s'intéressait pas moins à sa « chère nièce ». Il lui envoya de Rome « une belle châsse de 1300 livres, renfermant le corps de saint Fortunat ». Une autre fois, il sollicitait à sa considération et obtenait pour tout l'Ordre une indulgence le jour de la Visitation. En sou-