‹ Lettre inédite de Bourdaloue au cardinalChapitre 25 sur 50 · DE LA RUE, S. J · texte numérisé non relu

DE LA RUE, S. J

Le P. de La Rue accepta finalement de remplacer Boitrdaloue auprès de sœur Marie-Xavier.

On lit dans Y Année sainte :

Le R. P. Bourdaloue l'ayant dirigée plus de vingt-cinq ans et le R. P. de La Rue plus de douze, c'est-à-dire jusqu'à la cessation du pouvoir des Jésuites dans Paris 2, la Reine d'Angleterre ayant appris la persécution qui s'élevait contre eux, et comprenant la peine qu'en éprouverait notre Sœur, lui écrivit ainsi pour la consoler : « Vous ne pouvez douter, ma « chère Sœur, que je ne prenne beaucoup de part à votre affliction; « mais, en même temps, je suis bien édifiée, et je remercie Dieu de la « grâce qu'il vous fait de la supporter avec tant de vertu et de courage, « ce qui ne peut venir que de Lui. La nature agirait bien autrement si « vous l'écoutiez ; mais Dieu vous donne la force de vous mettre au- « dessus de ses sentiments, et vous soutient d'une manière admirable. « Je sais combien les efforts que vous avez faits et qu'on a faits pour « vous ont été inutiles. Si j'avais autant de pouvoir et de crédit que j'ai (c de bonne volonté et de désir de vous rendre service, vous seriez bientôt « contente; mais cela me ferait trop de plaisir, aussi bien qu'à vous, et « Dieu nous veut, à ce qu'il parait, l'une et l'autre dans la souffrance. (( Tâchons de bien profiter de celle qu'il nous envoie; lui seul peut nous « en faire la grâce. Demandez-la pour moi, ma chère Sœur, et je la dece manderai pour vous, pour qui j'aurai toute ma vie une tendre et pure «c amitié.

« Marie Reine. »

1. En haut, d'une autre écriture : Lettre du P. de la Rue du 16'^ may 170^ à Mgr. le Cardinal. (Arch. nat., Papiers des princes, R^ôS.)

2. Il y a ici une erreur qui porte soit sur la durée de la direction du P. de La Rue, soit sur le synchronisme établi par l'auteur de la Notice. Les pouvoirs furent retirés aux pères de la Maison professe en août 1711, c'est-à-dire sept ans (et non pas douze) après la mort de Bourdaloue ; puis aux autres maisons de Paris, en juin 1712. Mais il est possible que le P. de La Rue ait joui de pouvoirs exceptionnels jusqu'en 1716.

La reine détrônée d'Angleterre disait vrai.

Dieu voulait la sœur Marie-Xavier « dans la souffrance » . Outre la disgrâce du cardinal de Bouillon, elle eut à pleurer de nombreux malheurs domestiques. Un deuil l'éprouva particulièrement ; ce fut la mort de son neveu Théodose de Lorraine, prince d'Elbeuf, pendant la campagne d'Italie, en juin 1705^ Bourdaloue venait de disparaître; ce fut Fléchier qui la consola.

Sensible comme je vous connois, Madame, lui écrivait l'évêque de Nimes, je ne doute pas que vous n'aïez pleuré la mort du jeune Prince, vôtre neveu, à qui le ciel avoit donné toutes les qualitez aimables et nobles, et sur qui le monde avoit le droit de fonder de grandes espérances -. Mais vertueuse comme vous êtes, vous avez rappelle vôtre cœur à Dieu en adorant ses volontez et ses jugemens dans cette triste conjoncture, et lui faisant un sacrifice volontaire de vôtre douleur et de vôtre perte. Vous avez appris en mourant au monde religieusement à supporter les afflictions que vous causent ceux qui y meurent malheureusement. Je scai que le Seigneur a jette plusieurs pareilles amertumes sur vôtre vie au sujet de vôtre famille ou de vos amis, dont les morts ou les disgrâces vous ont sensiblement touchée. Personne ne vous a plaint plus que moi •'

Marie-Xavier aimait à lire, dans sa vieillesse, les sermons de Bourdaloue et ceux du P. de La Rue. Elle mourut, le 2 mai 1723, assistée parle P. Judde. Le cardinal l'avait précédée dans la tombe le 2 mars 171.3, et cette tombe s'était ouverte pour lui à Rome, le refuge de tous les grands exilés. Il avait abrité ses derniers jours au noviciat de Saint-André des Jésuites *.

1. Voir Saint-Simon. Mémoires, édit. Boislisle, XIII p. 'JO-91.

2. « Ce fut un grand dommage, dit Saint-Simon de sa mort, par toute l'espérance qu'il donnoit à son âge. » Le jeune prince était né en 1685.

3. Consolation chrêlienne à Madame de l'islebonne, sur la mort de M. le prince d'Elbeuf son neveu. Nimes, 14 juillet, 1705. Fléchier, Lettres choisies, 1715, II, 32.

4. Cretineau-Joly, IV, 406. — Voir aussi Le Roy, France et Rome, 621.

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