La sœur Marie-Xavier
4. C'est le mot même que Bourdaloue employait naguère dans sa lettre et <£ui précède la suspension de la phrase.
incapable d'un tel employ qui m'ayant tousiours passé au dessus de ma portée à l'égard de tout le monde, me le paroist cent fois plus à son égard. Comme il se pourra faire qu'elle en ecriue à V. A., je la supplie et la conjure par tout le zèle qu'elle a pour le bien de cette chère nièce, de me laisser la dessus à ma propre conscience, et do ne me croire pas plus digne d'un tel honneur, que ie ne le suis, et ne me le sens moy mesme.
S'il ne falloit pour cela que de l'application et du trauail, ou mesme, si je l'ose dire, de l'esprit et du bon cœur ; le peu que j'en ay ne seroit pas épargné pour vostre seruice et le sien : mais pour gouuerner les consciences il faut d'autres dispositions et d'autres talens, dont j'auoïie que la plupart me manquent : et nul n'en peut repondre mieux que moyi.
Ajouteray-ie, Monseigneur, quelque chose pour Pontoise-. Il n'a fallu que la dernière lettre de V. A. pour faire consentir les supérieurs au bâtiment d'une nouuelle chapelle ^, Le respect qu'ils ont pour elle a eu tout l'effet que ie pretendois. J'y ay ioint l'original de la lettre que N. P. General* luy auoit écrite au suiet de la uente de nostre maison s.
1. Ces sentiments du P. de La Rue, efirayé de la succession de Bourdaloue comme directeur, nous sont confirmés par le P. Léonard de Sainte-Catherine, dans son Journal inédit, à la date du 19 mai 1704. « Le P. de La Rue, écrit-il, a eu bien de la peine de consentir de demeurer à Paris et de prendre dans l'église de Saint-Louis le confessionnal du P. Bourdaloue. Il a fallu que le cardinal de Noailles l'en ait prié, à la sollicitation de plusieurs personnes de la cour et du P. de La Chaize même. On a été étonné de voir les caresses et témoignages d'estime et d'affection témoignés à ce jésuite (le P. de La Rue) par Son Eminence dans deux ou trois conférences eues avec lui, vu que jusqu'à présent, ce cardinal n'était pas trop satisfait de la Société. » (Bibl. nat., fr. 19212.) Sur les bons rapports réciproques du jésuite avec les Noailles, voir la Notice de Marie-Xavier dans VAiviée sainte de la Visitation, et l'Oraison funèbre du duc Anne-Jules de Noailles, maréchal de France, prononcée par le P. de La Rue le 27 février 1709, et d'abord son Oraison funèbre de Bossuet, p. 35.
2. La première pierre de la nouvelle résidence des jésuites à Pontoise, due au cardinal de Bouillon et au P. de La Rue, avait été posée en 1699. Voir sur cette fondation : les Jésuites à Pontoise, leur établissement , leur résidence et leur expulsion de cette ville ( 1593-1762 ), par Henri Le Charpentier. Pontoise, 1880. In-8, p. 21.
3. Cette chapelle, par un goût bien explicable chez le prédicateur de la cour qu'était le P. de La Rue, fut construite sur le plan de celle du château de Versailles. Elle était sous le vocable de la Trinité. Engagée dans le pavillon de droite de la maison d'habitation, elle n'existe plus aujourd'hui. L'espace du chœur est occupé par un escalier. Les autres bâtiments, que je me souviens avoir visités il y a quelques années, sont bien conservés et s'élèvent devant un jardin en terrasse sur les bords de l'Oise.
•1. Le général de la Compagnie était encore le P, Thyrse Gonzalez, mort le 27 oct. 1705.
5. C'est-à-dire de l'ancienne résidence fondée en 1614 par le cardinal de
Par cette lettre que uoiis m'auiés mise entre les mains, vous étiés, Monseigneur, etably maitre absolu de toutes les affaires de la résidence, tara in mutando situ, quàm in delineando nouo templo nouaque domo constituenda, cseterisque eà pertinentibus exeqiiendis ac perficiendis, in quitus Nostros omnes tuse jubeo parère voluntali.
Cela est trop exprès et trop précisément au fait pour souffrir aucune interprétation ny aucun delay. Ainsy sans aucun recours a Rome, on s'en est tenu a sa première décision, suivant laquelle ie démolis, et rebastis une asses jolie chapelle, dont V. A. aura le plan à la première commodité.
Au milieu des démolitions je trauaille a l'oraison funèbre de M. l'E. de Meaux^j dont j'ay été chargé par sa famille 2. J'auray le plaisir d'y rendre mon tribut a la mémoire du grand Turenne, dont jamais on ne s'ennuira d'entendre parler, et touiours on en dira choses nouuelles 3.
Joyeuse. Saint-Simon qui ne peut guère rapporter un fait sans l'envenimer contre quelqu'un, dénature ainsi l'histoire de cette reconstruction : « Il ( le P. de La Rue) avoit trouvé le moyen de se faire une maison de campagne à Pontoise sous le nom des jésuites, dont la manière d'acquérir et de s'agrandir eût perdu un homme d'une autre robe, et dont il jouissoit avec ses amis, fort souvent ». Mémoires, édit. Boislisle, XIII, 10-11. La vérité est qu'il y avait sacrifié sa fortune personnelle, le cardinal n'ayant donné que le fonds de terrain. Cf. Le Charpentier, op. cit., p. 18 sqq.
1. Elle a été imprimée sous ce titre : Oraison funèbre de Messire Jacques- Bénigne Bossuet, evesque de Meaiix, précepteur de Monseigneur le Dauphin, Premier Aumônier de feue Madame la Dauphine et de Madame la Duchesse de Bourgogne, etc. Prononcée dans l'Eglise Cathédrale de Meaux, le 23 Juillet 1704, par le P. Delarue de la Compagnie de Jésus. Paris, Benard, 1704. In-4. Le grand évoque de Meaux était mort à Paris, le 12 avril 1704, 'précédant d'un mois le P. Bourdaloue dans la tombe.
L'abbé Hurel {Orateurs à la cour de Louis XIV, II, 184) apprécie ainsi cette oraison funèbre : « Malgré quelques concessions à de hautes influences, elle reste un des titres les plus vrais de cet orateur. » Un bon juge en matière d'éloquence, Fléchier écrivait de Nîmes au P. de La Rue : « Je l'ai relûë avec mon admiration d'autrefois, mais ce me semble, avec une affection nouvelle, comme l'éloge d'un illustre ami. » Compliment au P. de La Rue, sur Voraison funèbre de M. de Meaux, 12 juin 1705, dans les Lettres ctioisies de Fléchier, 1725, II, 27.
2. On trouve un des nombreux témoignages de l'estime que Bossuet professait pour le P. de La Rue, dans C. Henry, wn Erudit, homme du monde, homme d'Eglise et homme de cour. Correspondance de Huet. Paris, 1879, In-8, p. 65-66. — Voir aussi le Journal du P. Léonard de Sainte-Catherine. — Sur l'admiration du P. de La Rue pour les sermons de Bossuet, Ch. Floquet, III, 328.
3. Il s'agit de la conversion de Turenne. Le passage enthousiaste consacré par l'orateur à cet heureux événement occupe les pages 27-29 : << Un homme.
Permettes moy d'aiouter encore une ligne pour uous témoigner l'epanchement de reconnoissance et de respect ou je uois Mons. de Monthiers * sur les bontés dont uous le comblés ; par la confiance que uous prenes
dit-il, alors au dessus de la fortune, et toute sa vie au dessus de l'intérêt; attaché par le sang et par l'alliance à ce qu'il y avoit de plus grand dans le parti protestant : un sage respecté pour là, solidité de son génie et la probité de son cœur : un guerrier renommé par tant de glorieux travaux ; qui ne pouvoit monter plus haut, ni dans la confiance de son Roy, ni dans l'affection de sa patrie, ni dans l'estime des nations étrangères et même ennemies : trouve un interest plus touchant, une gloire encore plus sublime, à chercher son salut par le changement de religion.
« Sur les pas d'un tel guide on n'eut plus de honte à changer. Tous les cœurs furent ébranlez. Il ne fut plus question que de convaincre les esprits : et ce fut l'ouvrage de l'Evêque. »
Mais ici revenait nécessairement la question de la part respective du cardinal de Bouillon et de Bossuet dans cette conversion fameuse. Floquet a pris violemment à partie le P. de La Rue pour avoir donné ici à entendre que Turenne, « après son abjuration seulement, ayant vu V Exposition catholique, s'était réjoui d'y retrouver les raisons qui avaient fait impression sur lui avant qu'il eût pu la connaître ». {Études, III, 252.) Et longuement il disserte sur une lettre que le cardinal de Bouillon, alors à Rome, aurait écrite au P. de La Rue ( celui-ci la mit , d'après Le Dieu , sous les yeux de la famille Bossuet), demandant « avec instance, que, du moins, on parlât de l'abjuration de son oncle comme ayant eu lieu avant que le grand homme eût oui parler de ce livre y>. (III, 251.)
Le mieux, pour terminer cette controverse, serait de retrouver cette lettre du cardinal de Bouillon et d'en publier le texte. En attendant, voici un document contemporain ignoré de Floquet, et qui indique une tout autre attitude de la part du cardinal de Bouillon. Le P. Léonard de Sainte-Catherine s'exprime ainsi dans son Journal inédit, à la date du 12 juillet : « Le P. de La Rue, ayant écrit au cardinal de Bouillon qu'il se proposait, dans l'oraison funèbre de Bossuet, de parler des conférences que Turenne avait eues avec le cardinal, celui-ci répondit que ce qui avait le plus contribué à la conversion de M. le prince de Turenne était la lecture qu'il avait faite de la Perpétuité de la foi. »
C'était déjà l'idée du ministre Hugues de Lionne, lequel avait écrit au pape « que cette conversion s'étoit faite par la lecture du livre de M. Arnault contre le ministre Claude ; ce qui ne plût pas au roy, ajoute le P. Rapin, et ce que le maréchal desavoua, ayant pris la résolution de se convertir avant que le livre fût commencé ». (Rapin, Mémoires, III, 480.)
La conclusion est que chaque système ayant eu à l'époque ses partisans, il est difficile aujourd'hui de se prononcer. Nous gardons l'opinion adoptée par nous plus haut, que Bossuet surtout contribua à la conversion de Turenne.
1. Sur la famille de Monthiers qui fournit huit lieutenants généraux au bailliage de Pontoise, voir l'ouvrage déjà cité de Le Charpentier. Elle donna aussi à la Compagnie de Jésus un religieux qui fut particulièrement lié avec le cardinal de Bouillon. ( Arch. nat. R^ 65.)
en luy, et les termes dont nous nous serves a son égard dans nos lettres. Je nous assure qu'il n'en est pas indigne.
J'ay l'honneur d'estre, auec un profond respect et un parfait déuoûment,
Monseigneur,
de V. A.
le très humble et très obéissant seruiteur.