‹ [Lettre] [microforme]Chapitre 5 sur 5 · AINSI SOIT-IL · texte numérisé non relu

AINSI SOIT-IL

En faisant son Sacrifice Suprême, notre Mère Vénérée nous laissait entre les mains de Dieu. Voilà, nous le pensons, l'explication et le secret de ce qui se passa dans le Monastère sitôt son Décès. Cette atmosphère de paix, de recueille. ment qui nous enveloppa toutes, n'était-ce pas en effet l’action directe du bon Dieu et le premier gage de la protection de notre regrettée Mère sur son pauvre petit Carmel qu’elle venait de laisser Orphelin,

Sa Tendresse Maternelle devenue toute puissante, s’'épanche sur nous en torrents de grâces, toutes nous en faisons l'expérience. L’attitude de la Communauté depuis son départ en est l’incontestable preuve. Nous avons vu se réaliser à la lettre ce qu’une voix éloquente (Monsieur Colin Supérieur de St-Sulpice} disait à Notre vénérée Mère à l’occasion des Noces d'Or de sa Profession :

“ Il fallait un Carmel au Canada Que de bonheur, ma Mère, dans la pensée ‘qu’au terme de votre vie, vous avez pu faire un semblable Don à Jésus que vous ‘aimez tant! Oui, me direz-vous peut-être, ma vénérable Mère, oui, mais que ‘‘ de tribulations, que d'épreuves, que de croix pour l’engendrer 1... et après ‘ moi... après vous, ma Mère, votre Carml vivra...

‘* Presque toujours, dans les desseins de son amour, Dieu se plaît à couron- “ ner le Sacrifice Suprême, souvent il attend la Consommation de l’Holocauste dernier, pour imprimer le sceau de sa bénédiction à une Ouvre. Vous êtes aux “ portes de l'éternité... Ne craignez rien pour votre Carmel !... Quand vous ne ‘ serez plus, Jésus prendra sa cause en Main. Pendant que vos Filles prieront ‘ Jésus Eucharistie, agenouillées sur votre Tombeau, vous prierez, vous adorerez ‘ dans la claire-vue... Oui, oui ma Mère, votre Carmel subsistera…. votre Carmel ‘“ sera béni,” etc, etc,

L’Avenir de la Fondation que la prévision seule de la mort de notre Mère chérie rendait si sombre, cet Avenir, elle l’éclaireit en nous quittant. On redoutait un choc, peut-étre un soubre-saut pour le moment où la Communauté se mettrait en marche sous un gouvernement nouveau. Il n’en a rien été. Huit jours après le trépas de notre bonne Mère, les élections se faisaient avec un Calme, une entente dont Monseigneur fut aussi surpris que satisfait, Une de nos jeunes Canadiennes devenait notre Mère, de sa main mourante notre vénérée Mère nous l'avait désignée !.… notre chère infirmière était élue Sous-Prieure et une autre de nos jeunes Canadiennes troisième Dépositaire,

La pauvre petite Mère, un instant terrassée par la pesanteur du Fardeau fut bientôt soulevée par la puissante grâce qu’apporte l'Election. Elle se releva avec

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le sentiment de la grande mission que le bon Dieu lui confait et avec l’invincibie volonté de poursuivre l'OEuvre de la Fondation dans l'esprit de notre regrettée Mère. Cet esprit notre chère Défunte le lui a légué avec le manteau de sa sagesse et de sa prudence.

Tout s'annonce on ne peut mieux. La jeune Mère fait le bonheur de la Communauté, Chacune de ses filles n'a qu'une ambition alléger le poids de sa Charge et être sa consolation. La protection de notre bonne Mère qui est au ciel est manifeste dans tout ce qui se passe dans notre petit Carmel. Son trépas n'a pas seulement resserré les liens de la charité entre nous, il a fait plus, il a opéré une fusion des cœurs et imprimé un nouvel élan pour la pratique des vertus Nistenses surtout pour celles qu'Elle recommande dans son Testament Spirituel.

Comme vous le voyez, ma révérende Mère, le petit Carmel canadien poursuit son cours pan et prospère sous l'égide de sa Jeune Révérende Mére, écho et porte-voix fidèle de sa Mère qui est au ciel.

Nous terminons, ma Révérende Mère en vous répétant ce qu’on nous disait le jour des funérailles : “Je vous engage, mes sœurs, à prendre das précautions en ‘fermant cette tombe. Je ne serais pas étonné qu’un jour il se passât là quelque ‘ chose d’extraordinaire, et que la sainteté de cette Femme admirable éclatät par des “miracles” Moins que personne, nous en serions surprises. Qu'aurait-on dit si, comme nous, on avait respiré le parfum de sainteté que notre Mère Vénérée a laissé après elle en s'envolant au ciel... et ce parfum ne s’'évapore pas, il persiste. Il n’est pas un lieu du Monastère qui ne porte le vestige de ses éminentes vertus, qui ne transpire ses vertus, passez-moi l'expression, ma Révérende Mère. Le Chœur garde l’arôme de sa ferveur au saint Office, de ses oraisons prolongées où son âme brûlante s’écoulait en Jésus. Le Chapitre nous répète ses enseignements si pleins d”. nction et l’aménité de son zèle en reprenant les fautes... Les Cloîtres nous la montrent dans la dignité de son maintien, murmurant incessamment en les parcourant le Gloria Patri qui fut son Fiat. Le Réfectoire redit son austérité et sa mortification. La Salle de Récréation conserve l'empreinte de sa bonté, de son enjouement qui nous égayait si souvent, de cette délicatesse de charité qu'elle tenait tant à nous inculquer et qu'elle pratiquait si bien. Enfin, son Infirmerie, sa pauvre petite Infirmerie, où pendant près de six ans, elle nous donna l'exemple du plus parfait Abandon, de l'héroïsme dans l'infirmité, de la joie dans la douleur. C’est là surtout qu’Elle nous apprit comment on se prépare, pour mourir en vraie Carmélite. Voilà, ma révérende Mère, l'atmosphère dans laquelle nous vivons. Vous en concluez avec nous que nous avons eu le bonheur de voir une Grande et Vraie Fille de sainte Thérèse de Jésus. Oui, nous l'avons eu ce bonheur. Nous avons vécu des années à ses côtés, dans son intimité, toutes nos petites Canadiennes ont eu le privilège d’être formées par ses Mains habiles ; c’est entre ses Mains aussi que toutes ont prononcé leurs Sacrés Engagements, Vous ne sauriez croire, ma Révérende Mère, combien ces chères enfants apprécient cette faveur !...Avec quels accents émus, notre jeune révérende Mère nous le répète. D'ici, ma Révérende Mère, nous vous entendons appliquer au Carmel du Canada ce vieux Proverbe d'honneur de la France chrétienne : ‘* Noblesse oblige ”.… Nous comprenons toute la portée de ces deux mots... Aussi notre unique ambition est de ne jamais dégénérer de la sainteté de notre Origine. Veuillez, ma Révérende Mère, demander pour nous cette grâce au Bon Dieu.

Par délicatesse notre jeune Révérende Mère a voulu laisser à une française la consolation de vous entretenir des vertus de notre regrettée Mère. Cette attention nous à émue jusqu'aux larmes. Le sentiment de notre incapacité pour une si grande tâche ajoutant encore à notre émotion. Il aurais fallu une main pius habile que la nôtre pour esquisser cette belle Existence.

Aidez-nous, je vous prie, ma Révérende Mère à acquitter notre dette de gratitude envers le digne Curé de notre paroisse d'Hochelaga. La sollicitude paternelle dont ce saint Prêtre nous entoure, le dévouement qu’il témoigne à notre humble Carmel lui ont acquis des titres à notre éternelle reconnaissance. Veuillez aussi recommander au bon Dieu, Madame sa mère bien affligée par la perte récente d’un de ses fils.

Nous sollicitons encore un pieux souvenir pour notre dévoué Docteur et sa

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famille. C'est une vraie consolation pour nous de vous le dire, ma Révérende Mère, après Notre-Dime du St. Rosaire, c'est certainement aux soins aussi intelli.

ents qu’assidus et désintéressés de notre excellent Médecin que nous devons le Louhour d’avoir conservé si longtemps notre bien-aimée Mère, Aussi quelle gratitude notre petit Carmel lui a vouée,

Nous permettez-vous, ma Révérende Mère de vous supplier de joindre aux suffrages déjà demandés un Mignificat en reconnaissance des grâces insignes accordées à notre bien-aimée Mère, l'induigence des six Pater, du Via Crucis, une invocation au Sacré-Cœur, à Marie-Îmmaculée, à notre Père saint Joseph, à notre sainte Mère Thérèse et aux saints Anges, objets de sa tendre dévotion. Nous trouverez-vous indiscrète si nous sollicitons en plus un Laudate d'actions de grâce et un Veni Sancte pour notre jeune Révérende Mère, Notie vénérée Défunte et notre Révérende Mère Canadienne vous en seront très reconnaissantes, ainsi que nous toutes,

Notre chère Révérende Mère nous charge, ma Révérende Mère, de vous offrir ses respectueux hommages auxquels nous nous permettons humb'ement de joindre les nôtres.

Nous avons l'honneur d'être en Jésus-Hostie, Ma Révérende et très Honorée Mére, Votre pauvre petite Servante

SR AIMÉE DU SAINT SACREMENT, Rel. Carm. in. Dépositaire.

De notre monastère de Notre-Dame du Sacré-Cœur, sous le patronage de

saint Joseph, de sainte Thérèse et des saints Anges, des Cairmélites de Montréal, Canada, le 15 mai 1888.

PERMI5 D'IMPRIMER. + Edouard Charles Arch. de Montréal.

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