‹ [Lettre] [microforme]Chapitre 4 sur 5 · MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR

Je crois que depuis le commencement de l'ère chrétienne, c'est la première fois qu'on à accordé des indulgences aux gens qui veulent bien ne pas jeuner…. et malgré tout le chagrin que j'éprouva:s ces jours-ci, je n'ai pu m'empôcher de sourire en lisant cette dernière phrase de la lettre de Votre Grandeur.

Je suis extrêmement reconnaissante, Monseigneur, de vos bontés pour moi, et en particulier de ce moyen ingénieux que votre Paternité vous a suggéré pour m'encourager dans mes sacrifices. Ce matin en entrant au réfectoire, j'ai @it à NS.: Mon bon Jésus, il me faut 40 jours d'indulgence, s'il vous plaît ; il m: les faut, n'y manquez pas !... Puis je suis allée à ma honte prendre le potage qu'on m'avait préparé (avec grande joie).

onseigneur, en ce moment je suis un peu fatiguée, c'est vrai, et il faut bien me soumettre, puisque Votre Grandeur le veut, à un soulagement que l’on croit nécessaire, Müis quand je serai mieux, j'espère bien que cette rude défenses imposée jusqu'à Pâques sera levée, et que j'aurai le bonheur de reprendre notre chère observance, n'est-ce pas, Monseigneur ? Oh! la pensée de ne plus jeûner désormais, m'a rendue si triste que je ne pouvais me surmonter, Je devrais être pour tout à la tête de mon petit troupeau, je devrais prêcher d'exemple surtout, et voilà que je ne suis plus la Règle, que je décline au devoir 1.

Oh ? c'esi un gros, gros chagrin. Quand je ne pourrai pas, w’est.ce pas, Monseigneur ? Mais quand je ourrai, On lèvera les digues ?

Aurons-nous bientôt 4 grâce de la visite, Monseigneur ?

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, De Votre Grandeur, La très humbe fille et servante

SR ManiE SÉRAPHINE DU DIVIN C. pe J, 24 Septembre 1383. R. C.

Le 28 Décembre 1884, Fètes des saints Innocents, notre bien-aimie More fit une chûte qui lui occasionna deux entorses sérieuses, L'une dans le genou gauche, l’autre dans la hanche gauche également, A partir de cette époque notre pauvre Mère fut privée de l’usage de ses jambos. Elle ne pouvait plus faire un pas sans l’appui de deux bras, On la conduisait dans une chaise roulante au chœur, au chapitre, au parloir ; en un mt dans tous les lieux d2 La maison où sa présence était nécessaire.

Comment vous peindre ma Revérende Mère, la grandeur d'âm> avec laquelle notre bien-aimée Mere supporta toutes les phases de sa longue maladie qu'aggravaientde pénibles infirmités. Quand on connaissait son activité toute de feu, la méthode régulière et invariable qui présiduit à toutes ses actions, depuis près d'un demi siècle, sa répugnance à se laisser servir, On pouvait un peu se faire une idée dos sacrifices de tous les instants que son état lui imposait, H:ureusemant, elle avait pour infirmières doux de nos jeunes proiesses canadienns aussi entendues qu'aimubles, aussi préveaantes que dévouées. On n'aurait pu désirer mieux pour la soigner, l’une d'elle ne la quittait ni jour, ni nuit.—Pauvres enfants, que je leur donne donc de peine, disait quelquefois notre bonn2 Mre....De la peine, ma

ne

Mère, répondaient les autres, elles ont bien de la chance d'avoir la permission de vous soigner, On jalouse leur bonheur, Effectivement, toutes nos jeunes. Canadiennes sans exception se seraient mises en quatre pour rendre ie plus léger service à leur vieille Mère !...

A dater de la chûte dont nous venons de parler, elle fut obliger de s'abandonner entre les mains de ses dévouées infirmières, comme ie petit enfant se livre aux soins de sa mère. Môme dépendance pour tout, Il fallait la lever, la coucher, l'habiller, l'asseoir dans sa petite voiture, c'était an point que quand elle était seule ; s’il Ini arrivait de laisser tomber par terre soit sa plume, son dé, son ouvrage, impossible de rien ramasser, il lui fallait attendre que quelqu'un vint lui rendre cette charité. Elle avait bien sa sonnette, mais par délicatesse pour les infirmières pour ne pas les déranger, elle ne s'en servait que rarement, On le savait, aussi avait-on soin, quand on passait devant son infirmerie, d'entr'ouvrir la porte pour s'assurer si Elle n'avait besoin de rien.

Notre bonne Mère était toujours souriante, gaie, même enjouée, Elle faisait le charme de nos récréations par des récits laisants, des anecdotes de son enfance, de petites aventures des premières années de sa vie religieuse, elle faisait rire les Postulantes et les Novices jusqu'aux larmes. Elle plaisantait même sur ses infirmités pour dissiper nos angoisses et calmer nos alarmes... Essayait-on de lui témoigner de la compassion...de la plaindre...Ce n'est rien...disait-elle, je n'ai pas de mal. On a trop soin d'une Vieille Carcasse comme moi. * Pendant JL ge je suis servie comme une reine, dans les hôpitaux de Paris, il y a quantité ‘de malheureux plus impotents ÿne moi, qui n'ont pour les soigner que des “ hommes abrutis par .: vice, où des mégères qui les brusquent, les rudoient, “ les maltraitent, et moi je suis entourée d'Epouses de Jésus... d'enfants affec ‘“ Lueuses, inventives à me soulager et prévenant mes moindres désirs... .Que sont ‘ nos petites croisettes (croix) de paille comparées à celles de ces pauvres gens. “ elc...etc... Mes pauvres enfants, qu'avons-nous fait au bon Dieu pour être si “ privilégiées ?...

Une des pensées qui la consolait le plus dans ses infirmités si pénibles, c'était le souvenir de la dépendance de Notre-Seigneur dans l'Encharistie. Le bon Jésus dans le Tabernacle n'a pes de jambes non plus .….1l ne peut aller que là où on le porte … Il est à la merci du prêtre, de tous les prêtres … quels qu'ils soient saints ou pécheurs .. Cest par amour que le bon Jésus n'a pas de jambes...moi...c'est par impuissance..J’ai la dévotion d'unir mon assujettissement au sien pour réparer toutes les ignominies auxquelles la dépendance de l’autel l'expose ! ...Que mon état me parait peu de chose quand je pense à la captivité de Tésus!...Que d'églises mal tenues, abandonnées, où Notre-Seigneur passe des jours, des nuits, des semaines, solitaire, sans recevoir un seul acte d’amour...autre part, C’est pire que le déiaissement c’est le sacrilége sous toutes ses formes ...Et moi, pauvre misérable on ne me laisse seule ni jour, ni nuit...Je suis constamment entourée de respect, de tendresse..de toutes les attentions de la piété filiale, Ces pensées-là font du bien, chère enfant, elles nous sortent de notre peau...Comme les vues de la foi savent transformer, adoucir, rendre aimable même, ce qui crucifie la nature !..

Les réflexions de ce genre surabondaient chez notre bien-aimée Mère. Sa grande piété, son esprit d’oraison lui faisaient trouver des parallèles qu'un cœur embrasé de l'amour du bon Dieu comme le sien pouvait seul découvrir.

C'est ainsi qu’elle s'élevait audessus d'elle-même et qu'elle était supérieure à tous les accidents de ja terre. C’est ainsi que six années consécutives de langueur, d'infirmités, de maladies ne purent lasser sa patience, ébranler son courage, altérer sa sérénité et l'amabilité de son beau caractère, Elle voyait tout en Dieu, recevait tout de Dieu. Elle était la propriété du bon Maître comme elle le disait avec une charmante simplicité : Mes Jambes, mes yeux, (Elle était menacée de cécité,) c’est tout à Lui. Elle eut cependant beaucoup de peine à faire le sacrifice de sa vue! Mais sa générosité triompha, et l’holocauste fut complet !

Notre sainte Mère Thérèse dit dans ses Constitutions : ‘‘ Elles feront voir en maladie la vertu qu’elles ont acquise en santé. ”.., Notre bien-aimée Mère l'a

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prouvé, Qui pourra dire à quel dégré dr sainteté Elle était arrivée! I! iaut avoir été témoin de ce que nous avons vr :: s'en faire une idés. Chez elle, plus de nature, elle l'avait tellement assuje. it. L'œil le plus clairvoyant ne pouvait découvrir dans le détail de sa cont ‘ite que la vertu la plus pure en tout, para uh toujours, On ser.tait le bon Dieu en alle : la voir, Si mad repusait ‘âme. C'est ce qui pal seul expliquer l'empire de grâce qu’elle exerçait nonseulement sur ses filles, mais sur tous ceux qui venaiant l’entretenir, lui confier leurs chagrins, La réputation de sa saiuteté avait franchi l'enceinte du monas-. tère, inème les limites du Canada, On faisait le voyage des Etats-Unis pour là consulter, se recommander à ses prières, etc... etc...

Que u’aurions-nous pas à dire de la vivacité de sa foi, de l'intensité de sa confiance en Dieu, de le simplicité de son abandon à la Providence, de son arû t amour pour Notre-Seigneur, de sa tendre dévotion à la Ste.-Vierge sous Les titres d'Immaculée et de Notre-Dame du Sacré-Cœur, de son culte nour saint Joseph, de sa piété filiale envers notre sainte Mère Thérèse, de ses attraits pour les saints Anges, de son esprit d'oraison, de sa vie intime avec Notre-Seigneur, de son zèle ardent pour le salut des âmes, de sa profonde humil::6, de sa mortification, de sa douceur, de son esprit de pauvreté si admirable, de son obéissance avengle à ses Supérieurs, de son amour de la Règle poussé jusqu’à l'héroïsme, de sa reconnaissance envers le bon Dieu et envers nos Bienfaiteurs, de sa bouté, de son indulgenco, mais aussi de son inflexible fermeté, etc... Ces grands et édifiants sujets seront trailés dans l’cuvragede sa vie‘

Il y a deux ans et demi, nous célébrions les Noces d’or de notre bien-aimée Mère. Les limites qui nous sont tracées ne nous permettent pas, ma Révérende Mère de vous entretenir comme ».& le désirerions de cette belle Fête qui tut sans contredit un des plus beau: j: us de la vie de notre bonne Mère, comme elle est un des Jours les plus grands vt les plus mémorables de cette chère Fondation.

Pour comble de bonheur, le 25 mai 1885, notre bien-aimé Mbre recevait une lettre timbrée de Roma. Sachant ce qu’elle contenait, avant de l'ouvrir, elle la baisa avec respect. C'était en effet un Rescrit Apostolique apportant à {4 Vénésable Jubilaire la Bénédiction Apostolique avec une /ndu gence Plénière spéciale, accordée à elle et toutes les religieuses de sa Communa:t6 pour le 13 juin,

La faveur n’avait éte sollicitée que pour notre bonne ère, mais notre Très- Saint Père Léon XIIT, dans sa Paternelle bonté, modifia de Sa Main la Supplique et étendit la grâce de l'Indulgence à nous toutes.

Notre bien-aimée Mère se prépara par une retraite de dix jours à son Jubilé. Par une heureuse coïncidence, DANS d'exposition du Très-Saint Sacrement pendant l’Octave de la Fête-Dieu, et Le jour de la Fête du Sacré-Cœur secondèrent notre dévotion. On se confessa le jour de la Fête du Sacré-Cœur, veille du 13 Juin, c'était à gai serait la plus fervente, Nos jeunes Canadiennes sollicitèrent spontanément de passer ce granû jour en retraite, pour prier pour notre Mère, ” c'était l'expression qu'employait celle qui au nom de la jeune fami!!: demandait cette faveur.

La fête extérieure des Noces d'Or se célébra le 7 Juillet, Monseigneur, notre si paternel Archevêque voulut bien officier Pontificalement dans notre charmante pe-

tite Église qui avait été soigneusement décorée par notre chère Dame Fondatrice

pour cette grande solennité. Sa Grandeur couronna notre Vénérable Jubilaire

et lui remit le Bâton traditionnel. Les prières liturgiques de ceite imposante cé-

rémonie nous avaient été envoyées par nos révérendes et si bonnes Mères de la rue d'Enfer—avec lesquelles notre bien-aimée Mère était en intime relation, en relation si intime que notre vénérée Mère disait avec contentement : “ La Mère Agnès de Jésus Maria et moï, nous sommes deux têtes dans ur bonnet.”

Le sermon fut fait par le R. P. J. A. Tortel, Oblat de Marie Immaculée, Père chéri de notre vénérée Mère. C'est par une de ses attentions pieines de délicatesse pour la Vénérable Jubilaire que notre si digne Archevêque avait choisi le Prédi-

-Cateur de ce Grand Jour.

Combien nous regrettons, ma révérende Mère d’être obligée de passer sous siience les charma ‘:détails de cette Fête unique dans les annales du Carmel canadien.

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Il nous eut été bien doux aussi de vous entretenir de tout ce que nos bienaimées Mères de Reims, de la rue d'Enfer, de l’Avenue de Missine et de l'Avenue de Saxe firent pour témoigner les unes leur reconnaissance, les autres leur touchante sympathie à notre bonne Mère, Les lettres si afiectueuses qui accompagnaient les Cadeaux que ces chères Mères lui envoyaient de France l’attendrirent jusqu'aux larmes. Notre bien-aimée Mere ne fut pas moins sensible à la générosité de son honorable famille pour elle en cette solennelle occasion.

Qu c'était donc charmant, répétait-elle, quand on lui en parlait ;—et c'était souvent, Car on sentait que ce souvenir lui épanouissait le cœur.—Pauvre Mère !.….

Les années en coulant ajoutaient à nos angoisses. On ne pouvait se le dissi: muler, l’impitoyable hypertrophie du cœur conttinuait son cours, et les soins si dévoués de notre excellent Docteur ne pouvaient que ralentir la marche de la maladie,

Depuis plusieurs années, comme nous vous le disions, ma révérende Mère, tous les hivers notre pauvre Mère était réduite à l'extrémité, Plusieurs fois, il fut question de l'administrer. Elle ne reçut cependant l'Extrême-Onction qu'une fois, en dehors de la crise finale, (le 13 Novembre 1886), nous pensions que c'en était fait alors. Contre toute attente elle se remit assez bien, mieux que nous n’aurions osé l’espérer. Pendant l'été de 1887, elle semblait plus forte que les années précédentes. Nous caressions l'espoir de la conserver encore longtemps. Mais l'automne dernier s’annonça menaçant, et notre bon Docteur dit un jour en la QAR ces terrifiantes paroles: on aura bien du mal à lui faire passer l'hiver.

À partir du mois de septembre, l’enflure de l’hydropisie augmenta considérablement. Ses pauvres jambes grossissaient démesurément, ses mains, fort enflées aussi, devinrent violacées. Quanû elle s’apercevait que nous les considérions avec anxiété... elle nous disait en plaisantant: “ Bah! ce n’est rien. c’est de la bonne graisse...” Pendiat l'Avent, elle s’affaiblit beaucoup. Comme nous lui disions filialement : “Ma Mère, vous n’auriez pas dû reprendre le maigre à la Ste-Croix...” Elle repartit: “ C’est toujours cela d'attrappé sur notre Sainte Règle.”

Depuis quelques mois, on sentait que le désir du ciel était la pensée dominante de notre bien-aimée Mère. Elle semblait appeler la mort. “Qu'est-ce que je fais ici, répétait-elle quelquefois. Je ne suis plus bonne à rien. plus bonne à rien qu’à vous embarrasser, mes pauvres enfants... Oh ! que j'ai donc hâte d’aller voir le bon l'ou.” A travers nos larmes nous lui répondions: Ma Mère, ayez donc pitié de nous .. ne nous rendez pas orphelines. ” Elle se contenait alors pour ne pas nous attrister.

Un jour, une de nos sœurs était en direction auprès d'elle. Soudain, notre Mère cesse de parler, lève les yeux au ciel avec ane indicihle expression. Après une petite pause, elle dit: “ Regardez chère enfant, regardez le ciel comme il est beau. Le beau ciel, oh ! quand donc y serons-nous...” Bientôt, ma Mère, reprend la sœur, la vie est si courie 1... “Oui, mais pour y arriver, quel terrible saut il faut faire !.. Et par ce saut, tomber dans l’Inconnu 1. Mou Dieu, quand on y pense sérieusement !...” Pour vous, ma Mère, ajoute la sœur, cet Inconnu nous semble Hien connu !... “Ah! chère enfant, c’est un Jnconnu pour moi, comme ‘ pour vous, comme pour tout le monde ! Il faui s’y précipiter cramponné à la ‘ miséri: prde de Jésus !...”

Vers la mi-décembre, elle voulut faire sa retraite de dix jours pour se préparer directement à la mort, car, disait-elle : # Je puis partir tout d'un coup, à faut que je me tienne toujours préte.” Ses Saints Exercices se terminaient la veille de Noël. Une deses infirmières en la revoyant lui demanda si elle avait fait une bonne Retraite. “ Oh! oui,” répondit-elle, “Notre-Seigneur m'a accordé de bien grandes grâces...J'ai compris les choses du bon Dieu, comme il ne m'avait pas encore été donné de jes comprendre . Il est un point que je n'ai pu méditer comme jel’aurais voulu, faute de temps: c'est l'humilité dans le divin Cœur, Mais j'y reviendrai cec jours-ci pour completér ma Retraite.”

Elle fut très gaie 1e saint jour de Noël. Pencart les licences, elle écrivit à nos Chères Mères de Reims. Elle se disposait à écrire à Madame sa bolle Sœur, le papier était sur son écritoire.. Mais hélas !...

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Les belles fêtes du Jubilé du Saint-Père l'occupaient beaucoup, c'était presque l’unique sujet de conversation pendant les récréations.

Le jour de l’an au matin, après que notre très honorée Mère Sous-Prieure lui eut souhaité la bonne année au nom de la Communauté, elle nous dit avec une effusion inaccoutumée : “ Je vous remercie, mes enfants, des sentiments que vous ‘“ m’exprimez, c'est une délicatesse de piété filiale, une affection, un dévouement ‘* dont je suis vraiment touchée” etc. Elle nous recommanda de beaucoup prier pour le Saint-Père, pour l'Eglise... On se rendit à la grand’messe.… hélas ! c'était pour la dernière fois qu’Elle y assistait…

Ce même jour de l’an, comme sa chère infirmière lui apportait son diner, elle la trouva bien affaissée, ia tête penchée jusque sur la poitrine, et triste, « Qu'avezvous donc ma Mère?” lui demanda-telle. ‘Je ne sais pas.” répondit notre Mère... “ je me sens si fatiguée” On l'engagea à diner un peu, espérant que le malaise se dissiperait, Effectivement, après son petit repas, elle se trouva mieux.

Elle vint à la récréation, y fut même très gaie. La conversation roula toute entière sur les grandes fêtes de Rome.

Dans l'après-midi, le malaise empirant, on la coucha vers cinq heures. La nuit fut agitée, l'oppression augmontait, avec une toux qui avait un son si particulier qu'il inquiéta ses chères Infirmières, Le lendemain matin, notre bienaimée Mère insistait pour ailer à la Messe, on l’engagea à se reposer pour se remettre plus vite. Le Docteur appelé nous rassura, disant que c'était une bronchite comme elle en avait souvent, et que ce serait l'affaire de quelques jours. Ce même jour, notre bien-aimée Mère s’entretenant avec sa chère infirmière, lui confia ses pressentiments, “ Hier, lui dit-elle, j'ai dit au petit Jésus: “ Petit Jésus, je vous donne mon cœur pour Etrennes, et vous, que me donnerez-vous ?...” Il

m'a répondu: ‘Sowfrance.…... rien que ce mot. mais bien clair …….... Je n'en reviendrai pas...” % Ma Mère,” repartit ia chère infirmière, “le petit Jésus ne vous à pas dit que vous mourriez. Il vous a dit: Souffrance. Si, si, vous en reviendrez...” Notre Mère bien-aimée répéta de nouveau d’un ton convaincu : # Non... je n’en reviendrai pas.”

Le mardi notre bonne Mère vint un peu à la récréation de midi, elle était bien oppressée, mais cela ne l’empêcha pas d’être gaie comme toujours. Hélas! c'était pour la dernière fois qu’elle paraissait en Communauté.

Le mercredi elle ne fut pas plus mal que la veille, seulement vers le soir elle semblait un peu plus affaissée, et l'oppression augmentait, Ce même soir on la conduisit à la crèche du Noviciat, Élle pria un peu devant le petit Jésus 1... Elle ne devait plus le revoir ce cher Noviciat qu’elle aimait tant 1...On la ramena dans son Infirmerie d’où elle n'est sortie que dans sa bière.

L: nuit du mercredi au jeudi fut très douleureuse, tellement que le matin comme une de nos sœurs lui demandait comment elle se trouvait, elle répondit : * Chère enfant je n’ai jamais eu de mal comme cette nuit..…....J’ai cru mourir Il fallait que ses souffrances fussent extrêmes pour lui arracher cet aveu, Car, lors même qu’elle était bien fatiguée, bien malade, sa réponse invariable quand on s'informait de sor état était celle-ci : ‘ Pas mal, chère Enfant.”

On s’empressa de prévenir Monsieur le Docteur qui accourut en toute hâte, Cette fois il reconnut au premier coup d'œil que le cas était des plus graves, pour ne pas dire désespéré. Notre pauvre Mère avait une complication de diverses affections mettant sa vie en danger, Il conseilla de la faire administrer le jour même par prudence,

Après la récréation de midi, notre chère Malade fit venir la communauté dans son infirmerie. Elle tenait à nous annoncer elle-même la décision du médecin, Pour caliner nos angoïises, elle nous dit : « Voyez-vous, mes enfants, c'est par précaution, notre ben Docteur espère me tirer de là, mais enfin, on ne sait ce qui peut arriver... Nous étions consternées, mais l'espérance de la conserver dominait...…., qu'on était loin de s'attendre au dénouement fatal,

Les préparatifs pour la réceptiou des derniers sacrements fatiguèrent beaucoup notre chère Malade, Chaque mouvement provoquait une petite crise de suffocation. Elle désira que ce fût Monsieur notre Chapelain qui l’administrât, Ce bon Père se rendit avec tout l’'empressement de son dévoñmant aux vœux de

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notre Révérée Mourante. Après qu'il l’eut confessée, Elle lui demanda de vouloir bien l’assister à son heure Suprême et lui accorder la grâce de mourir sous le coup de l’Absolution ; faveur qu’elle avait désirée toute sa vie. Notre bien-aimée Mère nous demanda pardon en des termes si touchants et si humbles qu'elle nous fit fondre en larmes. Notre très honorée Mère Sous-Prieure prenait la parole pour la prier d'oublier les sujets de peine que nous pouvions lui avoir donnés; Monsieur notre Chapelain s’apercevant que l'émotion suffoquait notre pauvre Mère, interrompit cette scène déchirante en disant : “ Cela suffit. cela suffit, la bonne Mère vous pardonne, Elle eit trop fatiguée... 11 se hâta de l’administrer. Notre chère Malade n’en pouvait plus.

Monseigneur avait été prévenu de l’état de notre vénérée Mère. Vers cinq heures Sa Grandeur entrait au Monastère pour recevoir, de sa bouche mourante, ses dernières volontés à l'endroit de l'avenir de son cher petit Carmel. En sortant, Monseigneur nous dit paternellement : J'espère encore... mais, en tout cas, je reviendrai samedi (on était au jeudi) revoir la Mère, et j'entendrai les Capitulantes afin de prendre des mesures pour le gouvernement futur de la Communauté, en cas d'accident,

Le vendredi, jour de l'Epiphanie, notre bonne Mère nous fit a peler pour lire les lettres qu’elle nous avait chargée d'écrire à nos Révérendes Mères de Reims et à Madame sa Belle-Sœur de Paris. Après nous avoir entendue : ‘ Pauvre chère Sœur, dit-elle, quel coup mon départ va lui porter... Vous la remercierez encore bien de ma part de sa générosité et de toutes les délicates attentions de sa charité pour sa petite Sœur Carmélite… Combien j'en suis touchée. J'aurais bien voulu le lui dire moi-même...mais... Oh 1... je ne l'oublierai pas au ciel... etc., etc. Et ces. pauvres enfants là-bas, mon Dieu, quel chagrin ils auront. (signifiant M. son Neveu de Reims et Mesdames ses Nièces) comme je prierai pour eux là-haut. si j'ai le bonheur d’y arriver. Tenant l'enveloppe pour le Carmel de Reims, nous lui disions : Et nos bonnes Mères de Reims vous y pens:7... Oh ! oui, oui. les chères Mères! Lui montrant les lettres que nous avions dans la main : Allonsnous les expédier, ma Mère ?.. Non, répondit-elle, attendez à dimanche, vous aurez peut-être autre chose à leur annoncer...

Ces dernières paroles, nous glacèrent, l'émotion nous gagnait... craignant de la fatiguer, nous nous disposions à nous retirer, elle nous fit signe de l’approcher de plus près... Ouvrant ses deux mains : “ Regardez, chère enfant, comme elles sont belles, toutes purifiées par les Saintes Onctions d'hier. baisez-les.… En \ collant nos lèvres nous les arrosions de nos larmes... Allons, ne pleurez pas comme Ça, dit-elle.....du courage... Si je pars, votre Crucifix vous reste. une Carmélite n’a pas besoin d'autre chose !.. Après nous être un peu calmée nous avons ajouté : Ma Mère, la Communauté demandera à Monseigneur la permission de vous faire dire... messes... Oh ! c’est trop... c'est trop... reprit-elle, vous êtes si gênées en ce moment .…. Qu'importe ma Mère, non, non, ce n’est pas trop. Vous en avez fait bien d’autres pour la Fondation, fut notre réponse... Vous voulez donc, repartit-elle, que votre piété filiale me suive jusqu’Outre- Tombe... Merci... Oh! merci.

Samedi matin, Monseigneur avait une dernière entrevue avec notre vénérée Mère. Selon ce que Sa Grandeur avait décidé ie jeudi précédent, notre si dévoué Prélat vit en particulier chacune des religieuses du Chapitre. Vers deux heures,pendant que Monseigneur entretenait une sœur, on court lui annoncer que notre pauvre Mère baissait beaucoup et qu’elle désirait encore une fois le saint Viatique, Sa Grandeur répondit : ‘Je m'en vais le lui donner moi-même.

Quelques instants après, notre saint Archevèque, accompagué de Monsieur notre Chapelain, apportait une dernière fois son Jésus à notre Mère Mourante, Sa Grandeur adressa quelques paroles touchantes à notre bien-aimée Mère, faisant allusion aux présents des Rois Mages qui symbolisent les trois Vœux, etc,

Nous re sauticns vous dire, ma Révérende Mère, quelle consolation ce fut pour nos cœurs affligés de voir que notre regreltée Mère recevait sa dernière Communion de la terre des mains de son Archevêque et Père qu'elle estimait tant et qu’elle vénérait avec une piété filiale si profonde,

Notre bon Docteur était arrivé pendant qu’on faisait les préparatifs pour la

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réception du saint Viatique. Obligé de suspendre sa visite, notre Mère tant aimée lui offrit d’être témoin de la Cérémonie. [l se mit à genoux dans un coin de l’infi:merie, Quand nctre Vénérée Malade eut terminé son aclion de grâce, elle dit à notre dévoué Docteur : “Combien je vous suis reconnaissante, Monsieur, “ d'avoir assisté à ma Dernière Communion.”—Montrant l’eutel : “ Voyez-vous ‘ces couronnes. ce sont celles de ma Cinquantaine… Je les reconnais ma Révé. “ rende Mère. Elle ajouta : Je vous remercie, Monsieur le Docteur des soins “ dévoués et désintéressés que vous donnez à la Communauté et à moi en parti- “ culier. Si, comme je l'espère, le bon Dieu me fait miséricorde, je ne vous ‘oublierai pas quand je serai au ciel” —Vous prierez pour moi, ma Révérende : Mère— Oh ! oui, Monsieur, certainement.— Le bon Docteur était si ému qu'il se “ détourna pour laisser couler ses larmes.—

Au moment où il se disposait à sortir, notre bonne Mère lui dit : “ Monsieur, ‘est-ce que je mourrai cette nuit” ?— ‘on, ma Révérende Mère, réponditil, mais elle sera terrible Combien de temps cela pourra-til encore durer ?— Encore quelques jours, ma Mère.— Quand il fut parti, notre pauvre Mère dit à l’une de sse infirmières : “Je n'aurais pas cru, tout de même, que cela irait si vite."—

Après le départ du Médecin, presque ioules nos sœurs revinrent auprès de notre bonne Mère Mourante, Nous entourions son lit, la contemplant en silence, les yeux voilés de larmes. Voyant sa petite famille, elle se souleva un peu, nous regarda avec une indicible tendresse et nous dit avec un sourire que nous ne pourrons jamais oublier: « Adieu, mes enfants... Adieu, mes enfants Je vous bénis toutes. Benedicat vos omnipolens Deus Pater et Filius et Spirilus Sanctus… Ce fut la dernière fois que sa main maternelle se leva sur la Communauté. (Elle nous donna cette dernière bénédiction avee un accent si solennel que nous en avons toutes été impressionnées,) puis Elle ajouta : ‘ Mes enfants, soyez bien obéissantes .. Obéissez à vos Supérieurs à tous vos Supérieurs quels qu'ils soient... mais d'une “ obéissance aveugle, simple. simple comme celle des bons petits enfants. je “vous recommande la Charité...Mes enfants, aimez-vous bien les unes, les autres.. ‘‘ ce n’est pas assez, entrechérissez-vous..., soutenez-vous ies unes les autres. Le “ Silence...mes enfants, le Silence. oh ! je vous le recommande instamment.…. ‘ faites attention au Silence….observez-le bien...le Silence de parole...le Silence “ d’action...Je vous recommande aussi la Régularité.. la Régularité dans les pe- ‘tites choses...rien, rien n’est petit quand il s’agit de la Règle...Aimez bien le “ bon Dieu mes enfants, et puis les âmes. les âmes...ah ! n'oubliez pas les âmes. “ J'aurais tant voulu vous faire encore un peu de bien...mais ! . ”

Sa chère infirmière voyant que la suffocation augmentait, que sa parule devenait entrecoupée lui dit : “ C’est assez, ma Mère, c'est assez pour le mome:t. Vous êtes trop fatiguée ce disant, elle nous fit signe de nous retirer, pour faire reposer un peu la Vénérée Malade.

Vers 6 heures du soir, Elle eut une crise, quand elle fut calmée, Elle dit : “ Je voudrais bien voir encore une fois Madame Lussier, (notre Dame Fondatrice) si on pouvait me la faire chercher... On s’empressa d'accéder à son désir. Aussitôt son regard se fixa sur la porte comme pour l’attendre...après quelques instants elle reprit : “ Madame Lussier ne vient donc pas...Si elle ne se hâte, il sera trop tard...[l lui faut le temps de se préparer, soyez tranquille, ma Mère, vous la verrez encore.

Enfin, Madame Lussier arrive... Pour le moment nous passerons sous silence cette Suprème Entrevue de notre chère Dame Fondatrice avec notre Mère Mourante, Elle sera consignée avec tous les détails désirables dans la vie projetée. Nous dirons seulement que Madame Lussier veilla notre pauvre Mère avec les deux infirmières la nuit du samedi au dimanche qui, grâce à Dieu, fut moins mauvaise que le Docteur l'avait prévu. La journée du Dimanche fut des plus pénibles—Vers la fin de la grand'messe on appela la communauté en toute hâte croyant que notre pauvre Mère allait trépasser. Monsieur notre dévoué Chapelain entra pour lui réitérer la sainte Absolution...Notre très-honorée Mère Sous- Prieure demanda à notre Mère mourante une dernière bénédiction pour nos bienaimées Mères de Reims. Elle répondit : que Monsieur l’Abbé les bénisse pour

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moi... Un peu plus tard une de nos sœurs lui dit : Mu Mère, vous pensez aussi à nos bonnes Mères de Reims... oh ! oui. reprit-elle.d’un ton affectueux.

La crise se calma, mais non les douleurs, notre pauvre Malade n'avait plus de position. La violence du mal la soulevait. Ses suffocations faisaient peine à voir. Sa dévouée infirmière la tenait presque constamment dans ses bras. En la considérant on se rappelait notre Siinte ère Thérèse mourante assistée par la Vénérable Mère Anne de St-Barthélemy.

À tout moment notre bien-aimée Mère demandait quelle heure il était, Vers une heure plusieurs de nos sœurs priaient en silence autour de son lit. Elle était absorbée, affaissée, tout à coup, Eile ouvre les eux, ei regardant les sœurs, Elle dit: “ Combien je regrette de n'avoir pas fait plus pour vous...peut-être que “si je vous avais entourées de plus de soins encore, je vous laisserais plus ver- ‘ tueuses, plus ferventes... meilleures Carmélites.”

Sa chère infirmière qui la soutenait répartit: « Non, non ma Mbre, vous “ n’auriez pu faire plus pour nous... Vous en avez trop fuit... Si nous ne sommos “ pas aussi bonnes que vous le désirez, c’est notre pure faute, c'est parce que nous “ n'avons pas assez profité de vos leçons, de vos exemples surtout... mais nous “ vous promettons, je vous le promets pour moi, je vous le promets au nom de ‘ toutes nos jeunes sœurs, quand vous ne serez plus nous mettrons toujours en “ pratique tout ce que vous nous avez recommandé, no:s tâcherons surtout de ‘ marcher sur vos traces” Cette assurance fit du bien à notre chère Miulade, Elle le témoigna par un sourire de satisfaction,

Un peu plus tard, comme elle souffrait b’aucoup, une de ses infirmières lui dit: “ Courage, ma Mère, encore un peu de patience. bientôt vous allez voir votre Jésus!” 4 Oui,” reprit notre Mère d’une voix entrecoupée, ‘ oui... je vais... tom...ber... en...tre les. mains...du...Dieu... vi..vant.. Je. vais...tom...ber... en...tre... les... mains... du... Dieu. vi...vant... !” et sa physionomie se conster. nait. ‘Non, ma Mère” (lui répondit-on,) “ ce n’est pas entre les mains du Dieu vivant que vous allez tomber, c’est entre les mains de votre Jésus, de votre Epoux... Entre les mains de ce Jésus que vous avez tant aimé... et tant fait aimer. Il vous tend les bras... ne craignez pas. Vous serez bien reçue!” Ces paroles lui firent du bien et la calmèrent… Notre très honorée Mère Sous-Prieure lui demanda si elle avait l'âme bien tranquille, “ Oh ! oui, oui,” reprit-elle avec assurance…

Pendant complies, notre bonne Mère demanda derechef quelle heure il était. Après la réponse de son infirmière elle dit: “ Oh! que c'est long. que c’est donc long ! ” +: Si c’est long pour vous, ma Mère...allez, ce n’est pas long pour nous qui n'avons plus que quelques heures à rester avec Vous ! ” repartit fa sœur. Après Combplies on fit Les prières des agonisants au chœur, pour ne pas fatiguer la Malade.

Notre bien aimée mourante fut assez calme durant Matines, L'examen terminé notre Chère Mère Sous-Prieure et deux de nos sœurs restèrent seules avec les infirmières.

Vers une heure la suffocation cesse tout à coup, sa physionomie change, elle pâlit... sa chère infirmière cherche le pouls qui fuit sous sa main. “ Vite nos sœurs... dit-elle toute émue... c'est la fin! ”.… Une de nos jeunes sœurs vint en toute hâte nous chercher disant : “ M1 sœur, venez, notre Mvre entre en agonie a elle fit ainsi le tour des cellules. IL était une heure et demie du matin, En quelques instants toute la Communauté fut réunie,

On commença les prières @ : Manuel. Mère Sous-Prieure à genoux devant le lit avait glissé sa main dans la main de notre Mère Agonisante, qui, les yeux fermés, ne donnait plus d'autre signe de vie qu’une faible respiration. Ma ore, si vous avez Connaissance, serrez-moi la main, lui dit-on. Élle serra fortem nt puis, Elle me regarda (nous dit Mère Sous-Prieure,) avec un si bon sourire que cela me fait du bien chaque fois que j'y pense... Environ un quart d'heure après voyant qu’elle baissait beaucoup, on réitéra la question. Elle serra derechef, mais moins fort que la première fois. Ce deuxième serrement de mains fut accompagné du même regard souriant à notre bonne Mère Sous-Prieure.

Pendant ce temps, nos pauvres petites Canadiennes répétaient sans interruption à haute voix et avec un accent qui traduisait à la fois et leur ferveur et leur

douleur : Miséricorde, Père éternel, par le précieux Sang de Jésus

x S … pour notre Mère... Miséricorde, etc...La Vénérée Malade baissait sensiblement

on lui LE . . . 1 dit pour la troisième fois, ma Mère, si vous avez Connaissance, serrez-nous la

main... Elle fit effort pour serrer,mais Elle n’en avait plus la force... Quelques minutes après elle poussa trois gémissements successifs accompagnés chacun d'un mouvement convulsif de la bouche...quelques secondes plus tard, ce fut un Soupir prolongé...puis un autre qui était le dernier...Notre Mère Vénérée commençait son Eternité et nous étions Orphelines...C'était le lundi, 9 Janvier, il était 2 heures 12 minutes du matin,

On se tut.. La supplique Miséricorde ô Père Eternel.…. ut sur toutes les lèvres...Après quelques instants d’un solennel silence devant les Restes inanimés de notre Mère bien-aimée, notre chère Mère Sous-Prieure commença le Sub Venite d'une voix émue et tremblante...Les prières du Manuel terminées, chacune se retira ; la plupart allèrent au chœur pour faire leur Sacrifice et l'unir à l’Holocauste Suprême de notre Mère!…

Tout le temps de l’Agonie, on n’entendit pas un sanglot, larmes coulaient silencieuse ; mais les physionomies étaient de la Révérée Mourante...tant il est vrai que les grandes doul

On l’ensevelit pieusement, mais comme on put. L’enflure était si considérable que quatre sœurs pouvaient à peine soulever un bras. On la laissa sur son lit. Dès que notre Vénérée Mère fut ensevelie, on se pressa autour de sa Dépuuille mortelle pour prier et la contempler à son aise. Son beau front élait ceint de la Couronne de ses Noces d'Or. Jamais nous n'avons vu de Défunte aussi belle. Flle paraissait plongée dans une douce contemplation et abîfmée dans un acte de

rdé l’empreinte de la regarder.

et ire un de dimen.

pas un soupir...les blêmes comme celle eurs sont muettes !!

La Levée du corps ne put donc avoir lieu qu’à 4 heures du soir avec les cérémonies d'usage ; nous avions nos grands voiles ; car les 4 hommes qui venaient de la déposer dans sa Bière la portèrent au Chœur à grand peine tant elle était pesante,

Pour donner à nos pauvres sœurs Tourières désolées la consolation de Ia voir comme ii faut, on la déposa quelques instants sur le marche-pied de la grille du Chœur, puis on la plaça sur les tréteaux disposés pour la recevoir, Selon le désir qu’elle avait exprimé, on fit brûler devant elle le Cierge bénit de ses Noces d'Or.

Notre Vénérée Défunte resta exposée jusqu'au mardi soir. Après Complies nctre chère sœur infirmière en s’approchant de Ja bière, s'aperçut que la toque (&uimpe) de notre bien-aimée Mère était toute lachée de sang, regardant de plus près, elle voit un sang clair et vermeil découler de sa bouche. Elle prévint en toute hâte notre très honorée Mère Sous-Prieure ainsi que nous. L’'enflure avait beaucoup augmenté depuis le décès et surtout depuis quelques heures, Redoutant une hémorrhagie sérieuse on se décida à fermer la bière. Notre bien chère Mère Sous-Prieure plaça la cédule de ses saints Vœux et la Croix sur son cœur, déposa des reliques et une image sur ses vêtements, baissa son voile, lui donna le baiser de paix, et nous fit signe de le lui donner aussi, On ne put lui croiser les mains sur la poitrine, elle était trop gonflée, on lui allongea les bras sous son manteau afin de pouvoir ajuster le couvercle, Puis on vissa le Cercueil, C'en était fait, notre Mère chérie disparaissait sans retour. O mon Dieu ! quel moment déchirant pour nos cœurs,

Quand elle fut administrée (le 13 novembre 1886) notre Mère bien avait fait toutes ses recommandations relativement aux depêches à France et à son Enterrement, Vous ferez, nous dit-elle, télé nos bonnes mères de Reims, et à ma chère Belle-Sœur de P au plus vite des messes et les suffrages de notre saint Ordre ; pauvreté vous formulerez la dépêche en ces deux mots

-aimée nous expédier en graphier ma mort à aris, pour m’assurer Mais, par esprit de : Mère décédée... et la J'y insiste, chère ur vos Obsèques

date, Je désire étre enterrée comme la dernière de nos Sœurs, enfant. Ma Mère, avons-nous répondu, l’idée de faire de l'Extra po

ne nous est jamais venue. Vous nous avez appris que Pauvreté et Simplicité c'est l'esprit du Carmel. Cet esprit sera la règle invariable de notre conduite après vous ; à plus forte raison pour votre Enterrement. C’est bien, dit-elle, Seulement, ma Mère, nous doutons qu’il nous soit possible de chanter votre Service ?.… Au lieu de chants il pourrait bien y avoir explosion de sanglots … Pauvres Enfants, reprit-elle émue, chanter... oh! non, je ne puis vous le demander... [l faudra inviter les chers Frères de la Doctrine chrétienne, le bon Frère Victorien… oh ! le bon Frère Victorien vous fera bien cette charité. (c'est le frère d'une de nos jeunes Carmélites canadiennes décédée il y a cinq ans). Afin de ne pas faire la moindre chose contre ses intentions, nous avons ajouté : Ma Mère, Morsigneur a toujours été si bon pour la Fondation, si Paternel pour Vous, quand vous partirez, il sera notre seul Appui sur la terre. nous pensions prier Sa Grandeur de présider vos Obsèques... Oh! ça, reprit-Elle d'un air satisfait, non-seulement je vous le permets, mais cela me fera plaisir.

Notre si digne Archevèque nous prévint. Samedi avant de quitter le Monastére, Sa Grandeur dit spontanément à notre chère Mère Sous-Prieure que, si l'accident arrivait, Sa Paternité ferait les Absoutes. Nous avons été profondément touchées de cette délicate attention de notre dévoné Prélat, nous ne pourrons jamais l'oublier... Quel baume ce fut pour nos cœurs brisés!

Pour nous conformer aux dernières volontés de notre regrettée Mère, aucune invitation n’a été faite pour son enterrement. Malgré notre réserve, dès que son Décès fut connu, on accourut de tous les quartiers de la Ville pour la contempler et pour faire toucher des objets pieux à sa précieuse Dépouille, Son cher cousin, Monsieur Léon Duchastel, Chancelier au Consulat de France à Québec, fit le Ye de Montréal pour assister à Ses Funérailles. Il représentait son honorable famille.

Ses Obsèques furent un véritable triomphe, Monseigneur notre Archevêque assista au Service qui fut chanté par M. l’abbé Valois, notre chapelain. Quoique fort souffrant notre dévoué Bienfaiteur voulut donner ce dernier témoignage de sa vénération pour notre regrettée Mère, Nous avons été vivement touchées de celte attention ; nous l'en remercions sincèrement. Sa Grandeur fit les Absoutes. L'élite du Clergé de Montréal y assistait, Notre vaste Chœur était presque trop petit pour contenir un si grand nombre de prêtres. Une belle Messe de Requiem fut exécutée

ar les Chers Frères de la Doctrine Chrétienne avec le talent qu’on leur connaît,

onsieur Thibaut, qui avait amené Notre bien-aimée Mère en Canada, revendiqua la triste consolation de la porter à sa dernière demeure, faveur que nous avons été heureuses de lui accorder, Il fut donc l’un des six Porteurs. Los quatre plus anciennes d’entre nous tenaient les coins du Drap Mortuaire.

Notre Mère chérie est inhumée dans notre Caveau de Sépulture sous l'autel de l’Oratoire; Quand le Saint Sacrement y est exposé, l’Ostensoir se trouve audessus de sa Tombe. Cette chère Tombe est adossée au mur mitoyen de notre église, conséquemment adossée au Tabernacle de la Chapelle. C’est donc au pied de Jésus-hostie, tout près..tout près de ce Dieu qu’elle aima tant que notre Mère bien-aimée attend le Grand Jour de la Résurrection.

Pour nous, ma révérende Mère, le Caveau est devenu un Sanctuaire depuis que notre Mère y repose. Chacune se fait un devoir de la visiter tous les jours. Là nous revivons avec Elle...Nous lui parlons...Elle nous répond dans l’intime du cœur...

Après le décès de notre bien-aimée Mère, on trouva dans son écritoire, avec la Cédulle de ses Saints Vœux, une pauvre enveloppe, retournée portant ces mots pour adresse : “ Ce papier ne devra être ouvert qu'après ma mort.” Nous croyons vous être agréable ma révérende Mère en vous le communiquant,

Mes chères enfants, je vous laisse entre les mains de Dieu !... Notre-Seigneur prendra soin de vous, j'en ai la ferme confiance, c'est son œuvre, ce n’est pas la mienne. [l'en fera ce qu’il voudra, tout est à Lui. Le bon Maître à mis ce seu.

2 ne tam ats mans. eee ne à ti

en TE cons

timent dans mon cœur d’une manière toute particulière, c’est ce qui m'a aidée à faire mon Sacrifice,

Si, comme je l'espère de sa bonté, le Seigneur daigne me faire miséricorde, oh ! de ce cher Paradis, toujours je veillerai sur vous toujours je prierai pour vous, toujours il me semble, mon esprit et mon cœur seront au milieu de vous hoc

Soyez fidèles à tous vos devoirs, soyez de vraies et ferventes Carmélites, atta. chées à la Règle par le fond de vos entrailles, appliquez-vous surtout à la Règle du Silence, si vous voulez devenir des âmes Intérieures et d'Oraison.

Soyez unies entre vous par les liens d’une douce et cordiale Charité, c’est le moyen d'attirer les bénédictions du ciel sur la Communauté,

Veillez soigneusement à ce que l'esprit de Pauvreté ne se diminue pas psrmi vous ; prenez garde aux petites choses sur ce point, c’est par là que commence le mal et la pente est glissante, croyez moi.

Priez beaucoup pour ma pauvre Ame, chères enfants, afin que je ne sois pas trop longtemps privée de la possession de mon Dieu, mais que par les mérites de mon Divin Sauveur, par son Sang, par ses plaies, par son Cœur, par le secours de Marie Immaculée ma bonne Mère, de St-Joseph, de notre Ste-Mère Thérèse, de tous les Anges et de tous les Saints, j'aie le bonheur de parvenir bien vite au terme de toutes mes espérances, et je m'abime pour jamais dans le sein de Dieu !

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