CS I ACTA SAR PAT
‘seul corps, nous qui participons à un seul pain (**). “* Mon * corps est uni au corps de mes frères ; donc mon corps et ceux ‘de mes frères sont réellement unis dans le sacrement de ‘l'amour ” (#7),
L'Eucharistie ne nous livre-t-elle pas le même Maître qui nous ordonne de nous aimer les uns les autres, de nous pardonner mutuellement nos torts et nos offenses, dc prier pour ceux qui nous calomnient et nous persécuteni {"*) ? Ne mctelle pas constamment sous nos yeux les exemples de la charité enflammée du Christ pour nous dans l'oeuvre de son Incarnation et dans celle de notre rachat au prix de sa passion douloureuse et de sa mort pleine d'ignominies ? “ Faites ceci en mé- “ moire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain “et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jus- “qu'à ce qu'il vienne” (*#). L'Eucharistie autant que la croix, invite au pardon, à l'oubli des noires ingratitudes : * Cette “ douce puissance du mystère d'amour se fait sentir surtout * dans le pardon des injures. Lorsque le feu du ressentiment, + bouillonnant dans la région infime de l'âme, menace d’embra- ‘ser la volonté même, quelques gouttes de sang théandrique “ éteignent l'incendie naissant. Je ne crois pas qu'aucun hom-
* me qui communie avec les dispositions requises s'il vient à dé-
* couvrir, en cet instant divin, quelqu'ombre de haine cachée
* jusque là dans les replis de son coeur, puisse en supporter la “vue, Outre l'autorité du devoir, si puissante en un pareil
(#3) S. Thomas, com. sur $S. Jean.
(4) V, Marc, v, 29, 49: — Matth,, v, 22,
(#YCE Cor ST 28,26
“ moment, outre la voix de ce sang qui crie grâce, l'état de l'âme “ est alors essentiellement antipathique à toute aigreur: il y a “en elle une paix trop suave ” (°°°).
L'Eucharistie est enfin le foyer de la charité sociale, la source bénie de tous les dévouements, l'inspiratrice divine de toutes les oeuvres catholiques de charité et d'éducation, le soutien le plus fort de l'apostolat héroïque de nos religieuses et de nos missionnaires: “ L'humanité, illuminée de foi, tressaille “ d'amour... pleine du désir de se donner elle-même à toute “* misère qui l'appelle, à tout malheur qui l'attend... Au con- “tact de cet amour qui lui communique sa propre expansion, “ son cocur se dilate, son âme s'ouvre de toute sa largeur, et “ appelant à elle tout ce qui a besoin de recevoir pour soulager “ Je besoin qu'elle éprouve de se donner, elle dit: ” Qui a faim? “ me voici? Qui a soif? me voici? Qui a froid? me voici? Qui “est nu? me voici?... Ah! mon coeur s'est agrandi, il s'est “ dilaté dans un moment d'amour de Dieu... Venez, pauvres ; “ venez souffrants:; venez, petits; venez, déshérités de tous les “ biens : mon Dieu s'est posé sur mon coeur, et mon coeur sent “en ce moment la pression de son amour: charitas Christi “urget nos ! Comme lui, il a besoin de se répandre, de se com- “ muniquer, de se donner ” (°°°).
Personne, croyons-nous n'a exposé avec plus d'ampleur et
d'élévation l'influence eucharistique sur la société et sur V'E-
glise que Notre Très Saint-Père le Pape Léon XIII, de glorieu-
se mémoire, dans son encyclique Mirac charitatis. Nous voulons
(*) Père Félix, Conf. de N.-D.
ç*) Mgr Gerbet, Le dogme régénérateur de la piété chrétienne.
avant de terminer cette partie de notre synthèse relative à l'ac-
tion de l'Eucharistie sur le progrès des vertus, citer en entier
son enseignement plein de lumière et de force.
* Ni nous recherchons sérieusement les causes des maux préprésents, nous verrons qu'ils découlent de ce que la charité des hommes entre eux s'est ralentie en même temps que se
refroidissait leur amour pour Dieu. Ils ont oublié qu'ils sont
‘fils de Dieu et frères en Jésus-Christ; ils ne se soucient que
* de leurs intérêts personnels ; quant aux affaires d'autrui, non
* seulement ils les négligent, mais souvent ils les attaquent et
s'en emparent. De là, entre les diverses classes de citoy=ns,
des troubles et de fréquents conflits: l'arrogance, la dureté
‘et les fraudes, chez les puissants; chez les petits, la misère,
‘l'envie et les divisions.
“En vain cherche-t-on à remédier à ces maux par des lois
* prévovantes, par la crainte du châtiment et par les conseils de
‘la prudence humaine. I faut, comme Nous vous l'avons rap-
* pelé plus d'une fois et plus au long. se préoccuper et s'effor-
‘cer d'obtenir que les diverses classes de citoyens, par un
mutuel échange de bons offices, contractent entre elies une
‘union dont Dieu soit le principe et qui produise des oeuvres
conformes à l'esprit fraternel et à la charité de Jésus-Christ.
Le Christ l'a apportée à la terre. et Il a voulu que tous les
* coeurs soient embrasés de cette vertu, la seule qui puisse pro-
curer, mème pour la vie présente, un peu de bonheur et à l'âme et au corps: par elle, en effet, l'amour immodéré de soi
est réfrené chez l'homme; par elle est réprimé le désir ardent
‘des richesses, qui est la racine de tous les maux (2).
“ Bien qu'en vérité on doive faire observer toutes les prescriptions de la justice dans les rapports des diverses classes de citoyens, toutefois, c'est surtout avec le secours et les tempéraments de la charité que l'on pourra enfin obtenir la réalisation et le maintien dans la société humaine de cette égalité conseillée par saint Paul (#°).
* Le Christ a voulu, en instituant cet auguste sacrement, exciter l'amour envers Dieu, et par le fait même réchauffer l'affection mutuelle entre les hommes. IT est évident en effet que celle-ci dérive naturellement de celle-là et qu'elle en découle comme spontanément. [1 est impossible qu'elle vienne * à manquer en quoi que ce soit; bien plus, elle sera nécessairement ardente et vigoureuse, si les hommes considèrent sérieusement dans ce sacrement l'amour du Christ à leur égard : là, Sa puissance et sa sagesse se manifestent avec éclat, et les “richesses de son divin amour ent'ers les hommes \ sont comme répandues (2). À la vue de l'exemple insigne du Christ nous prodiguant tous ses biens, combien ne devons-nous pas nous aimer et nous aider mutuellement, nous qui sommes unis par des liens fraternels chaque jour plus étroits ! Ajoutons que les signes constitutifs de ce sacrement sont eux-mêmes des encouragements très appropriés à cette union. A ce sujet saint Cyprien écrit: Enfin les sacrifices du Sei- “qneur eux-mêmes affirment l'universelle union des chrétiens
“entre eux par une charité ferme ct indissoluble. En effet.
‘quand le Seigneur appelle son corps le pain formé par un as-
®semblage de grains, il indique l'union de notre peuple : ct
#1. TECor., VIII: 14,
TE
“quand il appelle son sang le vin exprimé de ces milliers de ‘grappes ou grains de raisin et formant une seule quantité li- ‘quide, il désigne aussi notre troupeau formé par le mélange ‘d'une multitude d'hommes réunis ensemble (2%). De mème, ‘le Docteur angélique reproduit la pensée d’Augustin (*) en ‘ces termes: Notre-Scigneur a confié son corps ct son sang à ‘ces substances qui sont formées de multiples éléments ramenés ‘a un seul corps; c'est d'abord le pain, composé de nombreux “grains réunis; c'est ensuite le vin, provenant de grains innom- ‘brables: ct c'est pourquoi -lugustin dit ailleurs : O sacrement
de piété, à signe d'unité, 6 Dieu de charité (7)!
* Cette doctrine est confirmée par le Concile de Trente qui "enseigne que le Christ a laissé à l'Eglise l'Eucharistie comme ‘le symbole de son unité et de la charité par laquelle Il a voulu ‘que tous les chrétiens fussent unis et liés entre eux...: le * symbole de ce seul corps dont Il est la tête, et auquel il a
* voulu que nous soyons intimement attachés comme membres
“ par les liens très étroits de la foi, de l'espérance et la cha-
rité (%55), C'est aussi ce qu'avait enseigné saint Paul : Car nous sommes un seul pain, un seul corps, malgré le nombre, nous tous qui participons à un seul pain (*’). Et certes, c'est
‘là un très beau et très doux exemple de fraternité chrétienne
(*) Conc. Trid., sess. X117, De Euch., cap. 11. (%) Ep. 69, ad Magnum, n. 5.
(#*) Tract. XxXVI, in Joan., n. 13, 17.
C5) Somna théol., II@ p. q. LXNIN, à. I.
(‘“) Sess. x117, De Euch., ©. 11.
() I Cor., X, 17.
“ et d'égalité sociale, que de voir se presser indistinctement au- “ tour des autels le patricien et l'homme du peuple, le riche et
“Je pauvre, le savant et l'ignorant, participant tous également
‘au même banquet céleste.
** Que si à bon droit, dans les annales de ses débuts, il revient “à l'Eglise une gloire spéciale de ce que la multitude des “ croyants n'avait qu'un cocur et qu'une âme (**), nul doute, * assurément, que ce résultat si précieux était dû à la fréquenta- “ tation de la table divine. Nous lisons en effet au sujet des “ premiers chrétiens : [ls percéréraient dans la doctrine des apô- “tres et dans le partage de la fraction du pain (*).
* De plus, le bienfait de la charité mutuelle entre les vivants, “ à laquelle le sacrement eucharistique apporte tant de force et “ d'accroissement, se répand principalement par la vertu du “ sacrifice sur tous ceux que comprend la Communion des “ Saints. Celle-ci, personne ne l’ignore, n’est autre chose qu’une “ communication mutuelle de secours, d’expiations, de prières, ‘ de bienfaits entre les fidèles soit ceux qui déjà sont en posses- “ sion de la patrie céleste, soit ceux qui sont encore condamnés “ aux flammes expiatrices, soit enfin ceux qui sont encore voya- “ geurs sur cette terre, mais qui ne forment tous qu'une seule “ cité ayant pour chef le Christ et pour forme la charité.
“Or. la foi ratifie ce dogme: bien qu'il ne soit permis d'of- “ frir qu'à Dieu seul l’auguste sacrifice, on peut cependant le * célébrer en l'honneur des saints régnant dans les cieux avec “ Dieu qui les a couronnés, dans le but de nous concilier leur
(PyrAct., I, 32.
(**) Act, IH, 42,
no EE PÉAE ermpmene f beotr moment annee EM PS ARS tite menerinn eee er ana
‘patronage et aussi, comme les apôtres l'ont enseigné, afin d'ef- " facer les fautes de nos frères qui, moits dans le Seigneur, ‘n'ont pas encore complètement expié.
Ainsi done, la charité sincère, accoutumée à tout faire et à “tout souffrir pour le salut et le bien de tous, jaillit abondante, ‘ardente et pleine d'activité de la Très Sainte Eucharistie :; ‘li, le Christ réside lui-mème vivant: là, il se livre surtout à son amour envers nous; là, enfin, entrainé par l'élan de sa # divine charité, il renouvelle sans cesse son sacrifice. Ainsi il ‘est facile de voir à quelle source les hommes apostoliques ont puisé leur force pour leurs durs labeurs, et d'où les institu- “tons catholiques, si nombreuses et si diverses qui ont bien mérité de la famille humaine, tirent leur inspiration, leur puis-
* sance, leur perpétuité et leurs heureux résultats. ”