‹ Lettre pastorale de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette [microforme]Chapitre 28 sur 36 · A) — DES DEGRÉS DE LA CHARITÉ PARFAITE · texte numérisé non relu

A) — DES DEGRÉS DE LA CHARITÉ PARFAITE

L'amour n’est jamaïs satisfait. A mesure que l'on aime et que l’on se sent aimé, on veut aimer davantage. Un premier don de soi-même invite à se donner de nouveau et plus complètement encore. Ces axiomes trouvent surtout leur application dans les chastes relations de l'âme avec Dieu. La fuite du péché, la pratique des vertus au degré de perfection ordinaire, ne satisfont pas un coeur que consume l'amour divin. Il veut rendre plus étroits ses liens avec Dieu; il aspire à des communications plus intimes, à une possession plus entière de son

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bien-aimé. Il a la noble ambition d'avancer toujours dans les voies du détachement des choses d'ici-bas et de la mort à luimême, jusqu'à ce qu'il trouve en Dieu la plénitude de son repos et de sa paix, et qu'il se transforme parfaitement en lui par le pur amour, en attendant les joies suprèmes de la vision béatifique. Un tel état de perfection est-il possible ? En quoi consiste-t-il ? Quels en sont les différents aspects et les degrés divers ? Voilà ce que nous voudrions exposer clairement d’après le :loc-

teur angélique, et quelques-uns des écrivains ascétiques qui ont commenté son admirable doctrine (**).

Saint Thomas d'Aquin, dans son Opuscule XVIIIe, distingue trois modes de perfection de l'amour de Dieu. Le premier consiste à aimer Dieu dans la mesure même qu'il est aimable. Dieu seul est capable d'un tel amour, car seul il est infini. L’humanité sacro-sainte de Jésus-Christ est restée elle-mème étrangere à ces flanmmes dévorantes de charité dont brülent l’une pour l’autre les trois personnes de l’adorable Trinité. Le second mode est propre aux habitants de la bienheureuse éternité. Là, et là seulement, la créature raisonnable aime vraiment Dieu de tout son coeur, de tout son esprit, de toute son âme, de toutes ses forces : de tout son coeur, car son intention entière est portée vers lui par tout ce qu'elle pense, aime et fait; de tout son esprit, qui contemple Dieu, voit toutes choses en Dieu, juge de

(*) Les principaux que nous avons consultés sont, outre saint Thomas d'Aquin: saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, sainte Angèle de Foligno, le Vénérable Dupont, Nouet, Maynard, Devine, Saudreau, Mgr Gay, le Père Faber, le P. Tesnières, Mgr Beasson,

Mgr Gerbet. le Père Félix, le Père Lacordaire et le Père Monsabré,.

toutes choses suivant l'immuable vérité de Dieu; de toute son

âme, sa volonté se porte continuellement vers Dieu aimé éper-

dument et à cause de qui elle aime toutes choses; de toutes ses forces, l'amour de Dieu est la raison unique de ses moindres actes extérieurs, de la mise en activité de chacune de ses facultés, Saint Paul parlait de cette perfection de la charité lorsqu'il disait : “ Non que j'aie déjà atteint jusque-là, ou que déjà ‘je sois parfait, mais je poursuis pour atteindre de quelque ‘ manière le but auquel j'ai été destiné par le Seigneur Jésus... Oubliant ce qui en arrière, ct m'avançant vers ce qui est “ devant, je tends au terme au prix de la vocation céleste de ‘“* Dieu dans le Christ Jésus ” (2%).

Le troisième mode de perfection du divin amour, mode dont l'homme encore voyageur est capable mais qui est loin d'être commun à tous ceux qui ont la vertu de charité,—consiste non plus seulement à aimer Dieu de manière à ne rien penser, à ne rien vouloir, à ne rien faire qui soit contraire au divin amour, mais à mettre tous ses soins à servir Dieu, et à s'occuper des choses divines autant que la nécessité de la vie présente le comporte (**). Cette charité, nommée à bon droit charité parfaite à raison de l'excellence et de la sublimité de ses actes, possède elle-même plusieurs degrés qu’il est difficile de bien délimiter, mais qui tous tendent au degré le plus élevé de l'amour : la transtormation de l’âäme en Dieu.

a) La perfection d'un être se confondant avec l'obtention

de sa fin, il est évident que la perfection essenticlle de l'ame

(#}) Plélip., 117, 12, 14.

(“#) V. Somme théolog., 11, 11, q. XXIX, art, 8.

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est son union avec Dieu par la vertu de charité, — union qui exige l'observation des préceptes en matière grave. Mais cette première perfection trouve son couronnement dans l'observance des conseils dont le but est d’éloigner tout ce qui est de nature à mettre obstacle à la plénitude de l'acte de charité (*#). “La perfection de l’homme ‘“ se détermine en effet par la perfection de ses actes, et non “pas par la perfection de ses habitudes considérées comme “telles. Ainsi la charité habituelle, quel que soit le degré au- “ quel elle est portée, ne suffit pas pour donner la perfection “à une âme, si cette charité ne passe pas de l'habitude aux “actes, c'est-à-dire, si elle ne devient pas agissante ” (2%). La perfection de la charité consiste donc d’abord dans l'habitude de la charité, dans l'état de grâce; ensuite dans cette même habitude portée à un haut degré; enfin dans cette habitude mise en action avec une ardeur soutenue et un jyeux empressement (*°7).

Source de la perfection chrétienne, la charité parfaite, loin d’exclure les autres vertus, les suppose nécessairement comme des effets qu'elle commande, et aussi des moyens de rendre, par l'éloignement des obstacles, l'âme capable de se porter plus librement vers Dieu et de s'unir à lui par l'amour. Ces vertus ne constituent néanmoins la perfection que d’une manière secondaire; la charité s'en empare pour les ordonner

à leur fin suprème; elle s'en sert comme d'instruments pour

(*#) V. Somme théologique, 11, 11, q. 184, art. 3. (%) Puckler, La perfection de l'homme par la charité, chap. vu.

(#) V. Devine, Théol. ascétique.

arriver elle-même à son plein épanouissement. Appuyé sur ce principe fondamental, saint Thomas enseigne, avec tous les Pères et les docteurs de l'Eglise, qu'on peut être dans l’état de perfection, dans l'épiscopat ou dans l'état religieux, — vie supérieure où la volonté est comme liée, soit par l'office soit par la règle, à la pratique des vertus les plus élevées, vie privilégiée où les moyens de se sanctifier sont et plus nombreux et plus efficaces, — et cependant ne jamais atteindre la perfection de la charité. La pauvreté, la chasteté, l’obéissance, le zèle apostolique ne renferment cette perfection qu’au degré même où ces vertus détachent le coeur des choses de la terre, et le rendent plus apte à se donner à Dieu sans mesure. Que d'âmes, au contraire, vivant au milieu du monde, de ses richesses, de ses honneurs, de ses séductions, sont parvenues, sous l'action de la grâce, mais avec des secours moins puissants, à la plus haute perfection (2) !

La charité pour arriver à sa perfection exige sans doute notre coopération aux grâces de Dieu, mais une telle coopération n'en est que la cause secondaire et concomitante : la cause principale, la cause première de la charité parfaite, c’est Dieu, c'est son action sanctifiante dans nos âmes; ce sont les visites qu’il nous fait et que les théologiens appellent les missions divines invisibles ‘“’Jumières surnaturelles que le Verbe communique à notre

“ intelligence, et impressions croissantes d'amour divin dont le “ Saint-Esprit favorise notre volonté. Le Fils en effet et le “ Saint-Esprit sont envoyés dans nos âmes, non seulement

(“*) V. Somme théol., q. 183, art. 4.

‘ comme principes de vie surnaturelle, mais aussi comme principes d'opérations surnaturelles. Plus ces missions seront réitérées, plus nous ferons des progrès dans l'union avec Dieu et plus nous nous rapprocherons de la ressemblance ‘divine. Or toutes les fois que l’âme chrétienne par sa ferveur et sa générosité arrive à mériter un accroissement de ‘grâce sanctifiante et de charité, et qu'elle fait de nouveaux progrès dans cette grâce et dans cette charité, le Fils et le Saint-Esprit sont envoyés de nouveau, et lui appartiennent ‘avec des droits et des prérogatives d’un degré plus éminent. Ce sont d’incessantes ascensions mystérieuses que Dieu imprime dans le coeur et qui font passer l'âme juste d'un état saint à un état plus parfait encore, de la vie purgative à la vie illuminative, de la vie illuminative à la vie unitive. Les actes héroïques de vertus les grandes victoires sur le démon,

sur le monde et sur nous-mêmes, le renoncement et l'abnéga-

tion absolus sont des moyens d'y arriver. L'âme en arrive par- “ fois, si Dieu le veut, jusqu'à l'union fruitive (2).

Dès lors qu’il y a entière soumission de la volonté de l'homme à la volonté divine, et que l’âme, dépouillée des affections terrestres, n’aime d’une façon consentie et habituelle que Dieu seul, que ce que Dieu veut et conume il le veut, on a la vie unitive. Même dans son degré infime, cet état est sublime, Ceux qui y sont parvenus n'ont plus qu'un désir: s'unir à Dieu, posséder Dieu, jouir de Dieu (7), et pour cela ils voudraient voir tomber les murs de la prison de leur corps, si le zèle de la

(%*) Maynard, Vic intérieure, vol. 1.

(#°) V Somme théol., 11, 11, q. 24, art. 9.

gloire de Dieu et l'amour des âmes ne les retenaient pas sur la terre: ‘ Je me sens pressé des deux côtés ”, — écrivait saint Paul aux Philippiens ”, — désirant d'être dissous et d’être “avec Jésus-Christ... et de demeurer dans la chair, chose ‘ nécessaire pour vous ” (211).

Les épreuves, les dégoûts, les sècheresses prolongées, les tentations violentes, même celles sur lesquelles la victoire n’est pas complète, sont compatibles sans doute avec ces premiers degré de charité parfaite, mais les unes et les autres ne sont plus que des moyens de purification, des sources de mérites plus grands. L'âme parfaite est tellement vouée à la pratique des vertus, elle apporte un zèle si ardent à la mise en exercice de la charité, qu’elle en accomplit habituellement les actes les plus spontanés et les plus efficaces : désirs d'avancer toujours ; mépris des biens extérieurs ; abandon même de ces biens par amour pour Dieu; haine profonde du péché dont elle fuit jusqu'à l'ombre, et dont elle se relève promptement si, par faibesse, elle vient à le commettre ; larmes du coeur à la vue des innombrables péchés qui se commettent dans ie monde, et surtout à la pensée de tant de malheureux qui tombent chaque jour en enfer ; besoin pressant de satisfaire à la justice de Dieu par la pratique des bonnes oeuvres, patience dans les épreuves, pénitence volontaire sous ses formes multiples ; renoncement

continuel à sa volonté propre, et recherche constante des vou-

loirs de Dieu ; enfin amour de la souffrance et de la persécution, charité sans bornes envers le prochain, alors même que ce prochain est son ennemi.

(#!) Philip. 1, 23, 24,

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“ L'amour vrai ne se contente pas de ces progrès déjà im- “ menses ; il tâche de monter toujours plus haut. Ce “désir ardent de son avancement est cause qu'il “estime peu les vertus qu'il a acquises, au prix de ce qu'il “voudrait avoir” (27). ‘“ Nous vous prions et nous vous “conjurons dans le Seigneur Jésus, que, puisque vous avez “appris de nous comment il faut que vous marchiez pour “plaire à Dieu, vous marchiez en effet de telle sorte, que vous ‘“’avanciez de plus en plus ” (**#).

“ Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et ‘“donne-le aux pauvres... viens ensuite et suis-moi ” (24). “Le temps est court, il faut que... ceux qui se réjouissent, “soient comme ne se réjouissant pas; ceux qui achètent, com- “me ne possédant pas; et ceux qui usent de ce monde, comme “s'ils n'en usaïient pas; car elle passe, la figure de ce monde ” (55). “Ce qui était un gain pour moi, je l'ai jugé perte à “cause du Christ. Bien plus, j'estime que tout est perte au- “près de l’éminente connaissance de Jésus-Christ Notre-Sei- “ gneur, pour qui je me suis dépouillé de toutes choses, et “je les regarde comme du fumier afin de gagner le Christ ” (ar).

“ C’est le propre des bonnes âmes de se reconnaitre coupa- “bles en des choses où il n‘y a point de fautes, tant elles crai-

(*?) Saint Laurent Justinien, De casto connubio, cap. 2. (®) I Thess., IV, 1.

(*%) Matth., xIX, 21.

(PE Cor, 2931.

(CM) PMP ur, 7, 8:

“gnent de déplaire à Dieu... et de fuir les plus légères fau- ‘tes, comme si elles étaient les plus grandes ” (277).

“ Si le péché entre dans votre âme, qu’il n’y soit pas comme “ domestique, mais comme un étranger qui ne fair que passer ” (rs).

“ Un chrétien qui est fait pour jouir de Dieu ne doit pleu- ‘rer que le péché” (*). “ L'âme souhaite avec tant d’ar- “ deur que Dieu soit connu et aimé de tous, qu'elle ne peut, “sans en sentir une peine extrême, voir qu’on l’offense... Ce “qui l’afflige par-dessus tout, c’est la perte des chrétiens ” (2).

“ L'amour divin ne se réserve rien; il s'appauvrit et se dé- “ pouille de tout. Il n’y a rien qu’il ne quitte volontiers et dont “il ne se prive pour plaire à Dieu... et s'élever au plus haut de- “ gré de la sainteté que Dieu lui marque... Il n’est pas lui-même “à lui-mème; voilà pourquoi il n’a pas de peine à quitter toute (Er)

“ Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la jus- ‘‘tice, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux ” (ee): “Ne soyez pas surpris du feu ardent qui sert à vous éprouver, ‘comme si quelque chose d’extraordinaire vous arrivait; mais “ participant ainsi aux souffrances du Christ réjouissez-vous.

(#7) Nouet, Pratique de l'amour de Dicu.

(*) Suint Jean Chrysostôme, épitre 87, ad Eustoch.

(**) Idem., hom., 12, in epist. ad Coloss.

(**) Sainte Thérèse, Château intéricur, 5es demeures, ch. 11. (**) Père Nouet, Pratique de l'amour de Dieu.

(=) Matth., v, 10.

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“ l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son Esprit reposent L2

sur vous” (*%). “Celui qui n'est pas prêt à souffrir tout,

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comme n'ayant point de volonté que celle de son bien-aimé, “n'est pas digne d'être appelé l'amant de Dieu ” (#1. “Nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne, “mais nous avons travaillé jour et nuit avec peine et fati- “ gue ” (*). Les marques de notre apostolat ont été emprein- ‘tes sur vous par une patience à l'épreuve de tout... Je me sa- “ crifierai encore moi-mème pour vos âmes ” (2%).

Ces nombreux textes, empruntés aux divines Ecritures, aux Pères de l'Eglise et aux saints, font mieux comprendre, il

nous semble, que ne pourraient le faire de longs développe-

ments, en quoi consiste la charité parfaite, quels en sont les

principaux caractères et les actes habituels. C'est pourquoi

nous nous contenterons d'ajouter ici quelques mots sur les

effets produits dans l’âme par ce pur amour de Dieu et sur les

légères imperfections qui s'y mêlent encore.

Un des premiers effets de la charité parfaite dans l'âme est

de lui donner une sainte liberté, une force héroïque dans la

pratique des vertus, des lumières abondantes, un parfait déga-

gement intérieur, une énergie calme, une force tranquille, dans

l'action et une simplicité extraordinaire.

Affranchie, en grande partie du moins, de l'ardeur naturelle

et de l'influence de l'imagination, l'âme parfaite agit habituelle-

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CP Enit, F'HE ch 5:

CEE The, LPS:

(POHNEPEOT SIL te, 10:

ment moins par elle-même que sous l'impulsion de l'Esprit-Saint. L'amour-propre a peu de prise sur elle ; l'humilité y est plus profonde ; l'enthousiasme

a disparu pour faire place à la constance et à la fermeté que ne rebutent ni les échecs ni les humiliations. Le succès, elle le laisse à Dieu, dont la volonté est l'unique souci. “ S'étant abandonnée entièrement entre les mains de Dieu, le ” grand amour qu’elle a pour lui la rend si soumise à sa volonté “qu'elle ne désire ni ne veut autre chose, sinon qu’il dispose

d'elle comme il lui plaira ” (**),

“ La perfection de la créature consistant dans sa ressemblance avec Dieu, plus elle devient simple à sa manière, plus elle est parfaite. Tout ce que Dieu opère dans une âme pour la rendre sainte se réduit donc à la simplifier... .Il la simplifie ‘d'abord dans son fond, en y mettant un principe d'amour infus et surnaturel qui devient le mobile simple et unique de sa conduite... Dieu la simplifie dans son intelligence. La multitude des pensées qui l’obsédaient auparavant tombe... Une lumière simple, mais indistincte, l’éclaire ; elle marche à la faveur de cette lumière, sans apercevoir d'objet particulier. Son oraison... devient simple... Elle y passe des heures ‘entières sans ennui, sans dégout, vide en apparence de toute “pensée et de toute affection ; c'est que sa pensée et son affection sont simples, et se termi- “nent immédiatement à Dieu, l'être infiniment simple.

(**) Sainte Thérèse, Château intérieur, 5es demeures, ch. 11. — V. Saudreau, Degrés de la vice spirituelle. —Saint François de Sales,

Amour de Dieu, livre VII, ch. 14.—Lettre du V. Liberman, 6 mai 1839.

“L'âme est à peu près de même hors de l'oraison... Elle “ sent qu'elle est moins à ce qu'elle fait qu'à Dieu pour qui elle “le fait, et que Dieu est l'intime occupation de son ?sprit, en “sorte qu'à cet égard son oraison et son attention sont conti- “nuelles, et ne sont distraites par aucun objet extérieur... “ Dieu simplifie la z'olonté en la réduisant à un seul but, à un “ seul objet, à un seul désir, qui est l'accomplissement de la “volonté divine... Dieu la simplifie en la détachant peu à “ peu d'elle-même et de tout regard sur son propre intérêt, de “toute attention même sur sa situation actuelle... 11 lui ôte “ par degrés tout regard sur elle-mème et sur ce qui se passe en “elle... Elle n'envisage donc plus ses actions, ses bonnes “oeuvres, sa perfection, par rapport à elle, ni comme quelque “chose qui l’intéresse personnellement; mais elle voit tout “cela par rapport à Dieu, comme des choses qui viennent de “lui, qui lui appartiennent, et dont il peut disposer à son gré. “ Dieu la simplifie dans toute sa conduite extérieure. Nul dé- “tour, nulle feinte, nulle dissimulation, nulle intrigue, nulle “prétention, nulle affectation, nul respect humain, Elle va “simplement comme Dieu la pousse, elle dit, elle fait ce qu'elle “croit être de son devoir, sans se mettre en peine de ce qu'on “dira, de ce qu'on pensera... Mais elle laisse Dieu arranger “toutes choses, et elle ne voit que lui en tout ce qui lui arrive “ de la part des créatures ” (255),

Un autre effet de la charité parfaite est de mettre au coeur un ardent désir de voir Dieu. Toute âme qui aime Dieu ardemment a la nostalgie du ciel, car là rien n’arrêtera plus l'es-

(#) Père Grou, S. J., Manuel des âmes intérieures.

sor de sa charité, sa soif y sera étanchée et ses saintes aspirations y seront pleinement satisfaites : “(Comme le cerf “soupire après les sources des eaux, ainsi mon âme soupire “après vous. Mon âme a eu soif du Dieu fort, vivant ; quand “viendrai-je et paraïtrai-je devant la face de Dieu ” (ve

“ Dégoutée du monde ”, dit sainte Thérèse, “ l'âme souhaite “’ardemment d'en sortir, elle s'y trouve dépaysée, à raison du “peu de satisfactions qu'elle éprouve ici-bas, des grandes pei- “qu'elle y rencontre, de l'impuissänce où elle se trouve d'y “aimer, louer, exalter Dieu comme elle le voudrait ” (2%),

Saint Jean de la Croix a décrit admirablement ce besoin de Dieu: “ L'âme est parfois brülée d’un désir véhément de “Dieu et plus ce désir croit, plus la passion d'amour aug- “’mente dans son coeur, sans qu’elle puisse saisir ni compren- “dre d'où et comment lui viennent ces ardeurs... A la vérité ‘“ ces intensités ne sont pas continuelles, elles ne se produisent “que par intervalles ; néanmoins l'âme est toujours pressée de “quelques-unes de ces ardeurs... Au milieu de ses sécheresses

“et du vide de ses puissances, elle conserve une attention vigi- “lante et un soin habituel de plaire au Seigneur, accompagnés “ de crainte et de regret de ne pas encore le servir assez bien... “ En passant à travers tout le créé, elle se dirige au milieu de “cette nuit vers les joies éternelles ” (ÉD

Les saints désirs du ciel produisent à leur tour dans l'âme parfaite l'amour du silence et de la solitude; ils règlent et

CR) Ps rer C®) V. Château intérieur, 5es demeures, ch. 2,

(*) La nuit obscure, livre 1, ch. «1.

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