NOTRE ST. PERE LE PAPE PIE IX
DANS LE CONSISTOIRE SECRET pu 98 SEPTEMBRE 1860,
Vénérables Frères,
(1) De nouveaux attentats, des attentats jusqu’à ce jour inouis, du Gouvernement Piémontais contre Nous, contre ce Siége Apostolique et contre l'Eglise Catholique, sont encore venus remplir Notre âme d’une douleur inexprimable, et Nous imposer le devoir, Vénérables Frères, de les déplorer et de les flétrir. Vous le savez, ce gouvernement, abusant du triomphe que, par les secours d’ime grande et belliqueuse nation, lui a procuré la guerre la plus funeste, a étendu sa domination en Italie au mépris de tous les droits divins et humains, excité les peuples à la révolte, dépouillé de leur souveraineté, par une suprême injustice, les Princes légitimes, envahi et usurpé, par un attentat unique et sacrilége, les provinces de l’Emilie, qui font partie de Notre Domaine Pontifical. (2) Répondant à Nos justes plaintes, tout l'univers catholique s'élevait contre cette usurpation impie, et voilà que ce même Gouvernement a entrepris de s’approprier d’autres provinces du Saint-Siége, dans le Picenum, l’Ombrie et le Pairimoine. Il voyait que les populations de ces provinces, jouissant de ïa plus parfaite tranquillité, Nous demeuraient fidèlement attachées, et que, malgré tout l'argent répandu à profusion et toutes les marœuvres honteuses employées dans ce but, il ne pouvait parvenir à les ébranler et à les détacher de la souveraineté civile de ce Saint-Siége, alors il y a envoyé une troupe d'hommes perdus pour y exciter des troubles et des séditions, et puis sa nombreuse armée pour les envahir et les soumettre par la force.
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Optime nostis, Venerabiles Fratres, impudentes litteras a Subalpino Gubernio ad saum tuendum latrocinium Nostro Cardinali a publicis negotiis scriptas, quibus haud erubuit nuntiare, se suis copiis in mandatis dedisse, ut commemoratas Nostras provincias occuparent nisi dimitterentur exteri homines adecripti parvo Nostro exercitui, qui ceteroquin ad Pontificiæ ditionis, ejusque populorum tranquillitatem servandam fuerat instructus.
Nec ignoratis, a Subalpinis copiis easdem provincias ipso fere tempore fuisse occupatas, quo illæ litteræ accipiebantur. Equidem nemo non potest non magnopere commoveri, et summa affici indignatione reputans mendaces criminationes, variasque calumnias et contumelias, quibus idem Gubernium lhaud pudet hujusmodi suam hostilem impiamque contra civilem Romanæ Ecclesiæ principatum aggressionem tegere, Nostrumque Gubernium impetere. Ecquis enim non summopere miretur audiens, Nostrum reprehendi Gubernium, propterea quod Nostra exercitui externi homines fuerint adscripti, cum omnes noscant nulli legitimo Gubernio denegari unquam posse jus cooptandi in suas copias exteros homines ? Quod quidem jus potiori quadam ratione ad Nostrum et hujus Sanctæ Sedis Gubernium pertinet, cum Romanus Pontifex, veluti communis omnium catholicorum pater, non possit non libentissime eos omnes catholicos excipere, qui religionis studio impulsi velint in Pontifictis copiis militare, et ad Ecclesiæ defensionem concurrere, Atque hic animadvertendum existimamus, hujusmodi catholicoram exterorum concursum fuisse præsertim excitatum illorum intprobitate, qui civilem hujus Sanctæ Sedis principatum aggressi sunt. Nemo enim ignorat qua indignatione, et quo Juctu universus catholicus orbis fuerit commotus ubi novit tam impiam, tamque injustam civili hujus Apostolicæ Sedis dor:inio aggressionem fuisse illatam. Ex quo porro factum est, ut quamplurimi ex variis christinni orbis regionibus fideles sua sponte et saumma alacritate ad Pontificiam Nostram ditionem con-
Vous connaissez, Vénérables Frères, la lettre impudente écrite à Notre Cardinal Secrétaire d’Etat par le Gouvernement Piémontais pour justifier son brigandage. Il
.n’a pas rougi de Nous déclarer qu’il avait
donné à ses troupes l’ordre d’occuper Nos provinces, si l’on ne renvoyait les étrangers enrôlés dans la petite armée que Nous avons formée pour assurer la tranquillité du Domaine Pontifical et des peuples de ce Domaine.
Vous savez aussi que presqu’au moment même où cette lettre Nous purvenait, ces provinces étaient occupées par les troupes Piémontaises. Qui pourrait ne pas se sentir rofondément ému et pénétré d’indignation à la pensée des accusations mensongères,
des calomnies multipliées et des outrages -
par lesquels ce Gouvernement cherche à justifier son agression impie contre l'autorité civile de l’Église Romaine, et à incriminer Notre propre Gouvernement ? Qui ne trouverait étrange le reproche qu’il lui fait d’avoir enrôlé des étrangers dans Notre armée ? Tout le monde ne sait-il pas qu’on n’a jamais refusé à un Gouvernement légitime le droit d'admettre des étrangers dans ses troupes ?
Certes, ce droit appartient à plus forte raison à Notre gouvernement, au Gouvernement du Saint-Siége, le Pontife Romain, père commun de tous les fidèles, ne pouvant accueillir qu'avec un sentiment de tendre bienveillance ceux que leur zèle religieux porte à entrer dans l’armée pontificale pour concourir à la défense de l’Église. Ce concours de catholiques étrangers, nous voulons le constater ici, a été surtout excité par la perversité de ceux qui ont attaqué le pouvoir civil du Saint-Siége. Personne, en effet, n’ignore de quelle indignation et de quel deuil fut saisi le monde catholique à la nouvelle de l'agression si injuste et si impie dirigée contre le domaine +4 Siége Apostolique. Aussitôt, de diverses contrées du monde chrétien, un grand nombre de fidèles accoururent d'eux-mêmes, et avec le plus grand empressement, dans Nos Etats, et s’enrolèrent dans Notre milice pour défendre Nos droits, les
Luis HITS
volaverint, suumque nomen Nostræ militiæ dederint, quo Nostra, hujus Sanctæ Sedis, et Ecclesiæ jura strenue defenderent. Singulari autem malignitate Subalpinum Gubernium Nostris militibus mercenarii notam per summam calumniam inurere minime veretur, cum non pauci ex indigenis exterisque Nostris militibus nobili genere nati, et illustrium familiarum nomine conspicui, ac reli-
ionis amore unice excitati, sine ullo emoumento in Nostris copiis militare voluerint.
Neque latet Subalpinum Gubernium qua fide et integritate Noster exercitus præstet, cum eidem Gubernio perspectum sit, irritas fuisse omnes dolosas artes adhibitas ut Nostri milites corrumperentur. Nihil vero est cur immoremur in refellenda feritatis accusatione Nostris copiis improbe illata, cum nullum plane argumentum obtrectatores valeant adducere, quin potius hujusmodi criminatio in ipsos jure converti possit, quemadmodum vulgatæ Subalpini exercitus Ducum truculentæ proclamationes manifestissime ostendunt.
Hic autem animadvertere præstat, Nostro Gubernio minime suspicandum fuisse de hujusmodi hostili invasione, cum ipsi asseveratum esset Subalpinas copias prope territorium Nostrum sisse non quidem invadendi animo, immo vero üt inde perturbatorum turmas arcerent. Hinc sammus Nostrarum par Dux ne cogitare quidem poterat, sibi cum Subalpino exercitu esse pugnandum. Verum ubi, rebus præter omnem Ti perperam immutatis, agnovit hostilem irruptionem ab ille cxercitu factam, qui sane pugnantium numero armorumqee vi maxime prevalebat, providum suscepit consilium se Anconam utpote arce munitam recipiendi, ne Nostri milites tam facili mortis periculo exponerentur. Cum autem ingruentibus hostium copiis in itinere interciperetur, manus conserere coactus est, ut sibi militibusque suis viam aperiret.
Ceterum dum meritas debitasque laudes tribuimus commemorato Nostrarum copiarum
ut
droits du Saint-Siége et de l'Eglise. Par une perfidie odieuse, le Gouvernement Piémontais ose pousser la calomnie jusqu’à donner à Nos soldats la qualification de mercenaires, à Nos soldats, dont un grand nombre, nationaux ou étrangers, issus de noble race, et portant un nom illustre, ont voulu servir dans Nos troupes sans solde et par unique amour pour la Religion. Le Gou vernement Piémontais sait bien quelle est l’incorruptible fidélité de Notre armée ; l’inutilité de toutes les manœuvres perfides employées pour séduire Nos soldats le lui a fait assez voir. Nous n’avons pas besoin de Nous arrêter à repousser l’accusation de cruauté si mensongèrement portée contre Nos troupes ; les calomniateurs ne peuvent en produire aucune preuve, et l’accusation se retourne contre eux, pleinement justifiée par les proclamations atroces des Chefs de l’armée Piémoniaise,
Il importe de rappeler ici que Notre Gouvernement n’a pu avoir aucun soupçon de cette invasion hostile, puisqu’on lui avait donné l’assurance que si les troupes Piémontaises s’approchaient de Notre territoire, ce n’était nullement dans le dessein de l’envahir, mais au contraire pour en écarter les bandes des perturbateurs. Le Général en chef de Nos tronnes ne pouvait donc pas supposer qu’il aurait à combattre contre l’armée Piémontaise. Les choses ayant changé contre tout droit et toute attente, dès qu’il apprit l'invasion hostile d’une armée évidemment plus forte, et par le nombre et par les armes, il résolut sagement de se retirer dans la ville fortifiée d'Ancône, our ne pas exposer Nos soldats à un si grand danger de mort. Mais le chemin lui étant coupé par les troupes ennemies entrées si soudainement, il s’est vu obligé d’en venir aux mains pour se frayer une voie à lui et à son armée.
(3) En payant ce tribut de louanges si méritées au Général en chef de Nos troupes, à
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