‹ Lettre pastorale de Monseigneur Jacques Rogers, évêque de Chatham [microforme]Chapitre 14 sur 17 · JUBILÉ · texte numérisé non relu

JUBILÉ

D. Qu’entendez-vous par un jubilé ?

R. Jubilé veut dire un temps de joie et de -éjouissance, à cause de quelque grande bénédiction publique.

D. Combien y at-il de sortes de jubilé ?

R. Deux sortes : 1° Le jubilé proclamé par Moïse à la nation des Hébreux. 2° Le jubilé que le pape, le chef visible de l'église et le vicaire de Jésus-Christ, accorde de temps en temps au monde catholique.

D. En quoi consistait le jubilé mosaïque ?

R. Pendant l’année du jubilé. 1° Tous les Hébreux qui avaient été vendus comme esciaves à leurs frères, recouvraient leur liberté. 2° Tous ceux qui, forcés pur la pauvreté, avaient aliéné les terres hérités de leurs pères, en rentraient en possession. 3° Tous ceux qui étaient impliqués dans quelque dette étaient protégés contre la poursuite de leurs créanciers.

D. Pourquoi Dieu a-t-il établi la loi du jubilé ?

R. Dieu tout-puissant, ayant délivré les Hébreux de la servitude d'Egypte, et les ayant introduits dans

la torre promise, ne voulut pas souffrir qu'aucun fût à jamais privé de ces bénédictions. C’est pourquoi il rendit une loi par laquelle ils devaient, tous les cinquante ans, jouir des priviléges du jubilé que nous venons d'énumérer.

D. Qu'entendez-vous par le jubilé accordé par le chef de Péglise ?

R. J'entends certains avantages spirituels considérables conférés à tous les fidèles du monde catholique.

D. Quel est le principal de ces avantages ?

R. Le principal avantage consiste en une indulgence plénière.

D. Qu’entendez-vous par une indulgence plénière ?

R. Par une indulgence plénière j'entends la rémnis- *ion entière de la peine temporelle qu'ont à subir les pécheurs, même après avoir obtenu le pardon de leurs péchés.

D. Le péché n'est-il pas aussi remis par lindulgence du jubilé ?

R, Non. Le seul moyen institué par Jésus-Christ dans la loi de grâce, pour obteni, le pardon de nos péchés est le sacrement de pénitence.

D. Comment prouvez-vous que le pécheur, après avoir obtenu le pardon de ses péchés, doit encore subir une peine temporelle ?

R. D'abord par l’Ecriture, qui contient plusieurs endroits où le pardon du péché n’était pas suivie de la rémission de la peine temporelle. Moïse offensa Dieu par sa défiance à l’eau de contradiction, (Nombres XX. 13.) et quoique son péché lui fut sans doute remis, cependant le Seigneur lui déclara que, en puni-

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promise. David pécha: un prophète lui annonça que

le Seigneur avait effacé ses pechés. (2 Rois XII. 13.) Mais qu'il serait néanmoins visité par de nombreuses et sévères afflictions. 2° Par la doctrine et la pratique constantes de l’église; du temps des apôtres ‘jusqu’à présent, elle à toujours enseigné, comme article de foi, que la satisfaction est une partie intégrale du sacrement de pénitence. Elle a toujours exigé que ses ministres impossassent des œuvres de pénitence aux pécheurs qui ont recours au tribunal sacré. Elle les exhorte de plus à faire connaître du haut de la chaire l'indispensable nécessité, obligatoire pour tous, de satisfaire à la justice divine, et à otirir chaque jour le saint sacrifice des autels, pour alléger les souffrances de ceux de ses enfants, qui sont sortis de cotte vie sans avoir pleinement subi la peine temporelle due à leurs péchés. à

D. Pourquoi Dieu tout-puissant inflige-til une peine temporelle aux pécheuürs repentants à qui il a pardonnés et qu’il a reçus dans son amitié ?

R. Pour les empécher de retomber dans le péché, Dieu ne déploie toute l'étendue de son infinie miséricorde envers les pécheurs qu’une seule fois, et cela dans le sacrement de baptèéme. Car, chaque adulte qui reçoit dignement ce sacrement n'est pas seulement purifié du péché originel et actuel, mais aussi exempt de la peine éternelle et temporelle qu'ils

méritent. Dieu agit avec beaucoup plus de sévérite

envers Ceux qui transgressent sa loi divine, après

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enfants adoptifs, de frères de son divin Fils, et cohéritiers de son royaume. Ils peuvent, il est vrai, obtenir dans le sacrement de pénitence la rémission de la coulpe et de la peine éternelle de leurs péches ; mais ils sont obligés de satisfaire à la justice divine, soit en ce monde, par les œuvres laborieuses de pénitence, ou en l'autre, pa: les souffrances du purgatoire.

D. Pouvons-nous connaître l'étendue de ia peine temporelle qu'un pécheur doit subir, apres avoir obtenu le pardon de ses péchés dans le sacrement du penitence ?

R. L'étendue de la peine temporelle intligée at péché dépend du degré de malice avec laquelle il a été commis, et de lu sévérité de la justice divine. Et comme nul homme ne peut prétendre déterminer le premier ou limiter la dernière, il est évident que cette science dépasse la portée dé l'esprit humain.

D. La pénitence imposée par le confesseur n'estelle pas la seule peine temporelle que doit subir un pecheur ?

R. Si la pénitence enjointe par le confesseur etait considérable, comme il arrivait généralement aux siècles primitifs de la chrétienté, elle pourrait, en certain cas, être égale à l'entière peine temporelle requise par la justice divine. Mais les pénitences imposées par les confesseurs selon la discipine actuelle de l’église ne peuvent pas, en général, être considérées comme une expiation suffisante Car elles n’ont évidemment aucune proportion avec celles imposées, par la sévérité de l’ancienne discipline, pour des péchés non plus griéfs que ceux commis de nos jours.

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Onnepeu on plusdire, sansimpiété, que l’église, dans les siècles les plus éclairés de son existence, ait exercé une injuste et oppressive autorité sur ses enfants, en leur imposant des fardeaux inutiles et non mérités.

D. Comment prouvez-vous que l’église a le pouvoir de remettre la peine temporelle due au péché ?

R. Ceci se prouve par la Sainte Ecriture. 1 © Jésus- Christ s'adressant à Saint Pierre personnellement, lui dit: Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lie aussi dans les cieux : et tout ce que vous délierez sur la terre sera delié aussi dans les cieux. (Saint Matt. XVI.19.) 2° Dans une autre occasion, il parla à ses apôtres: En verité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lie dans le ciel: et tout ce que vous délierez sur la. terre, sera délié aussi dans le ciel. , (Saint Matt. XVIII. 18.) Maintenant les paroles dont se servit Jésus- Christ en ces deux occasions sont sans limites, et indiquent clairement un ample pouvoir accordé par lui à ses Apôtres, et particulièrement à Saint Pierre et à ses successeurs, en éloignant tout obstacle à notre réception dans le royaume des cieux, à savoir, le péché, et la peine éternelle et temporelle qui lui est due. C’est pourquoi l’église a le pouvoir non seulement de délier les pécheurs repentants de leurs péchés et de la peine éternelle qui leur ost due, mais encore de remettre la peire temporelle, que même après leur justification, ils doivent subir, soit dans ce monde ou dans l’autre. On appelle cette rémission de la peine temporelle une Indulgence.

D. Comment l’église remet-elle la peine temporelle due au péché ?

R. Par la vertu des mérites surabondants et de la #atisfaction que Jésus-Christ a offerte à son Père céleste, et de ceux des saints.

D. N’est-il pas injurieux d'ajouter aux mérites infinis de Jésus-Christ, ceux des saints.

R. Non. Car tous les mérites des saints sont euxmêmes le fruit de la grâce que Jésus-Christ leur a conférée. Et c’est pourquoi, loin de diminuer l’excellence infinie des mérites du Sauveur, ils ne font au contraire que prouver leur efficacité et admirable fecondite.

D. D'apres quel principe peut-on dire que la satisfaction des saints nous est utile, et que nous participons à leurs mérites.

R. C'est un prinçipe de la foi catholique exposé dans le symbole des Apôtres, qu’il existe une com. munion entre les membres de l'église de Jésus-Christ : laquelle communion suppose, non seulement une par. ticipation aux mêmes sacrements, la profession d’une mème doctrine etc, mais aussi, que les fidèles n'as sistent mutuellement par leurs prières et bonnes œuvres.

Maintenant, combien de saints n’y a-t-il paseu dans l'église de Jésus-Christ, dont les œuvres de pénitence ontdépassé de beaucoup la peine temporelle due à leurs offenses ! Combien, qui, quoique jamais souillés par la culpabilité du péché mortel, ont vécu dans la pratique constante de la mortification et de la plus austère pénitence ! Quel riche trésor de satisfaction surabondante ne trouverons-nous pas dans les vies des saints, quanG nous y aurons ajouté Îles souffrances de

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