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Cette Encyclique était attendue depuis longtemps. Avec l’enseignement de l'infaillible docteur, la décision du plus auguste tribunal qui soit sur la terre, il nous apporte un nouveau témoignage de la sollicitude et de l'affection paternelle du Chef de l'Eglise envers notre pays:
Voilà vingt ans que Léon XIII gouverne le monde, vingt ans consacrés sans relâche à la sanctification des âmes, à la prédication de la vérité, à la luite pacifique pour le bien, à l’union des esprits et des cœurs. Ses lettres resteront, sans contredit, l’un des plus glorieux monuments de la papauté. Elles ont conquis l'admiration de l'univers, elles sont esprit ei vie. Toutes les questions qui intéressent davantage l'individu, la famille et la société, la science et la foi, Léon XIII les a successivement traitées ; les stand problêmes qui agitaient les peuples, ilen a donné la solution ; il est vraiment le maître de son siècle.
Mais s'il a enseigné l'Eglise universelle, il n'a pas négligé les Eglises particulières, et il n’en est presque point aujourd’hui, en Orient comme en Occident, auxquelles sa voix ne se soit fait entendre, et qui n'aient reçu de sa bouche auguste des conseils et une direction. Son grand cœur embrasse toutes les nations, les plus humbles ‘comme les plus puissantes, celles qui ont des siècles derrière elles et celles qui commencent, celles qui sont restées dans la voie droite et celles qui s’en sont détournées. Pour toutes et pour chacune, son admirable intelligence, enrichie des plus beaux dons de la nature et de la grâce, a élé une lumière comme le Verbe, son divin exemplaire, dont elle continue l’œuvre et le bienfait,
Naguère, parlant aux Evêques d’Auiriche, d'Allemagne et de Suisse, au sujet de la question de l'éducation, — question qui, plus que toutes les autres peut-être, est l’objet de ses préoccupations et de son zèle, — il résumait, dans une page magnifique, les principes
que les catholiques ne doivent jamais perdre de vue.
Nous avons été frappé de cet enseignement si clair, si ferme, et qui. répondait si parfaitement aux besoins de notre époque agitée. Léon XIII exhortait les Evêques à ne rien négliger pour maintenir la foi pleine et entière dans toutes les écoles, celles des jeunes enfants et celles qu'on appelle secondaires ou académiques. Il mettait en garde contre l’école mixte ou neutre, celle où la religion est altéréé et celle d’où elle est bannie. L'indifférentisme ou la neutralité dans Pécole lui apparaissait comme ün sacrilège . et il ne craignait pas &
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dire que “organiser l’enseignement de manière à lui enlever tout point de contact avec la religion, c’est corrompre dans l'âme les germes. mêmes du beau et de l'honnête, c’est préparer non point des défenseurs de la patrie, mais une peste et un fléau pour le genre humain,” Puis désireux de faire bien comprendre aux chefs de famille et à tout ceux qui doivent s'occuper d'éducation, que ce que l'enfant réclame, comme baptisé et catholique, ce n’est pas seulement un peu d’instruction religieuse reléguée au second rang, mais un enseignement pénétré tout entier de l'esprit chrétien, il écrivait ces belles paroles que nous aimons à reproduire ici: “ Il faut non seulement que la religion soit enseignée au: enfants à certaines heures, mais que tout le reste de l’enseignement exhale comme une odeur de piété chrétienne. Sans cela, si cet arôme sacré ne pénètre pas et ne ranime pas l'esprit des maîtres et des élèves, l'instruction, quel'e qu’elle soit, ne produira que peu de fruits, et aura souvent, au contraire, des inconvé nients fort graves. ”
Ces importantes leçons, Nos ‘Très Chers Frères, Léon XIII les. répète aujourd’hui en s'adressant à nous dans la lettre magistrale que nous avons mission de promulguer, Les catholiques du monde entieren tireront profit, mais c’est à vous surtout qu’incombe le devoir de les écouter avec le plus profond respect et de les mettre fidèlement en pratique.
Que l'immortel Pontife daigne ainsi particulièrement s'occuper de nous, étudier nos multiples besoins, se rendre un compte exact de notre état social, de nos forces et de nos faiblesses, chercher la cause des maux dont nous suuffrons et des luttes qui nous divisent, pour nous indiquer la voie qu’il faut suivre et les remèdes que nous devons employer, c’est assurément pour le Canada tout entier un honneur insigne et un inappréciable avantage. Celui à qui il a été dit par Jésus-Christ lui-même : ‘“ Pais mes agneaux et mes brebis ; — Confirme tes frères, ”? oui, c'est celui-là qui parle de la sainte colline. du Vatican, et les pages pleines de tendresse et de forte doctrine que sa main a tracées formeront l’un des plus beaux chapitres de notre histoire nationale.
Mais pourquoi le Pape a:t-il parlé à vos Evêques et par eux à tout le peuple canadien ? Pourquoi vient-il vous rappeler, avec plus de force peut-être qu’il ne l’a encore fait dans aucun des documents émanés de son autorité, les règles immuables dont les enfants de l'Eglise ne sauraient jamais se départir en matière d'instruction et
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d'éducation ? Ilest bon que vous le sachiez, et nous allons vous le dire brièvement.
Depuis leur entrée dans la Confédération canadienne, les cathodiques du Manitoba avaient leurs écoles où leurs enfants étaient instruits conformément à leurs principes religieux et à la direction -de l'Eglise. Ils possédaient ces écoles, non pas en vertu d’une concession ou d’une tolérance quelconque, mais en vertu d’un pacte solennel que l'honneur et la justice défentaient de briser et dans lequel ils mettaient leur absolue confiance. Respectueux eux-mêmes pour les convictions et les libertés de ceux qui ne partagezient pas leurs croyances, ils demandaient, non une faveur, mais simplement lexercice du droit qu'ils avaient d'élever leurs enfants suivant les ‘dictées de leur conscience. Pendant vingt ans, ces droits furent reæonnus, et la paix et l'harmonie régnèrent dans toute la province du Manitoba. Tout à coup, pour des raisons que nous n'avons pas à xechercher ici, en 1890, une loi malheureuse vint jeter la consternation au milieu de nos frères et leur enlever à eux, les plus faibles, les moins nombreux, les plus pauvres de cette contrée, une liberté que leur assuraient des engagements sacrés et à laquelle ils tenaient pius
qu’à leur propre vie. Leurs écoles disparaisseient pour. faire place à des écoles publiques, à l'érection et à l’entrétien desquelles ils étaient forcés de contribuer de leur argent, et que leur conscience de catho- Aiques leur faisait cependant un devoir d'interdire à leurs enfants à «ause des règlements qui y étaient suivis, des livres qu’on y adoptait, de la neutralité religieuse qu’on y introduisait. Ils se sentirent blessés ; ils comprirent d’autant plus l'injustice dont ils étaient victimes que, dans une autre province où les protestants sont le petit nombre, les frères de ceux qui leur ravissaient leurs droits étaient traités par les catholiques avec ane équité et une cordialité hautement reconnues de tous. Ce fut une ère de deuil et de sacrifices qui commença pour æux. Ils protestèrent noblement, énergiquement, et dans tout le pays, -on peut le dire, tous ceux qui ont le sens de la justice, et pour qui les stipulations d’un contrat ne sont pas chose vaine, qu'ils appartinssent ou non à la même foi, protestèrent avec eux. Après des revendications restées malheureusement sans effet, la lutte légale s'engagea. I] s’agis- ‘sait d’une question qui intéressait au plus haut point la conscience catholique ; les Evêques ne pouvaient donc pas rester neutres et inuCtifs ; ils furent fidèles au devoir ; unis ensemble, ils firent appel aux æatholiques et à tous les citoyens sincères et loyaux. 11 leur semblait
qu'une cause si juste et si sainte devait triompher bientôt. Leurs enseignements et leurs conseils sont encore présents à votre mémoire ; la postérité, nous en sommes certains, leur sera reconnaissante de ce qu'ils ont fait pendant ces douloureuses années, en faveur d’une minorité opprimée.
Hélas ! une question que l’on aurait pu si facilement et si promptement résoudre d’après les seuls principes d'équité naturelle, rencontra des complications nombreuses et inattendues. Portée de tribunal en tribunal, elle tomba dans l’arène politique. Là encore, comme c'était Jeur droit et leur devoir, les Evêques, se plaçant au-dessus de tous les intérêts de partis et de toutes les spéculations de la politique, essayèrent de la faire triompher, parce que, alors comme avant, elle restait toujours une question de conscience, et ils ne pouvaient pas l’abandonner, La loi fédérale proposée pour la résoudre échoua, et, depuis -<e moment, notre pays continua à être le théâtre de luttes pénibles. Un nouveau gouvernement remplaça l’ancien, et nous apprimes un
jour qu'entre lui et le gouvernement du Manitoba une entente était
survenue, un compromis avait été arrêté.
Ce compromis n’était pas la restitution des droits violés, il n’était pas même une amélioration qui pouvait se concilier avec les prescriptions si formelles de l'Eglise. Comment l’épiscopat aurait-il pu Papprouver ? Il le déclara donc inacceptable, et les catholiques du Manitoba continuèrent à soutenir leurs propres écoles au prix des plus grands sacrifices.
La situation devenait de plus en plus tendue. La question fut déférée au Pape, à ce chef vénéré de l'Eglise, que les catholiques reconnaissent comme leur pasteur suprême, à ce grand diplomate, à <e maître prudent et sage que ceux mêmes qui ne sont pas ses fils ont plusieurs fois choisi pour arbitre dans leurs difficultés. Comme 1] l'avait fait, en des circonstances analogues, pour d’autres peuples, Léon XIII voulut bien se faire notre docteur et notre guide. Mais avant de se prononcer sur une question aussi grave, et afin de donner satisfaction à tous, le Souverain Pontife nomma un Délégué Apostolique, et le chargea de lui faire rapport après avoir entendu Îles parties intéressées.
Léon XIII nous perle donc aujourd’hui, Nos ‘Très Chers Frères, non seulement avec un cœur rempli de la plus vive affection, mais après avoir tout étudié, tout pesé mûrement, confiant que sa parole sera accueillie comme une parole d'équité et de paix
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Son admirable Encyclique pourrait fournir le sujet de nombreuses et salutaires instructions, mais ce n'est pas notre intention de la eommenter aujourd’hui. Nous voulons simplement la promulguer en en donnant le sens et la portée. Ce sens, du reste, est bien clair et ne saurait fournir matière à discussion.
Après avoir payé un juste tribut d'hommages aux gloires religieuses qui ont marqué les origines et les progrès de l’Eglise du Canada, après avoir rappelé ce que l'Eglise a fait au milieu de nous pour l'instruction de l'enfance et de la jeunesse, et après avoir mis le peuple canadien “au niveau des peuples les plus policés et les plus glorieux, ” et en avoir fait “leur émule, ” Léon XIII se hâte d'aborder, pour la résoudre, la grande controverse scolaire dont nous avons parlé plus haut. On peut, dans sa Lettre, distinguer trois parties principales :
1° — Principes de l'Eglise catholique en matière d'éducation ;
2° — Appréciation de tous les événements qui se rapportent à la question scolaire du Manitoba depuis la loi de 1890 jusqu’à ce jour ;
3° — Devoir des catholiques et de tous les citoyens, relativement à cette question, pour lavenir.
PREMIÈRE PARTIE PRINCIPES DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN MATIÈRE D'ÉDUCATION.
Dans cette première partie Léon XIII enseigne : 1 — Qu'il appartient pardessus tout aux parents, sous la conduite et avec le roncours de l'Eglise, de pourvoir à l'éducation des enfants et à leur assurer un genre d'enseignement qui convienne et s'adapte à leurs croyances
‘religieuses. “ De voir, dit-il, dans quelles institutions seront élevés les
enfants, quels maîtres seront appelés à leur donner des préceptes de
: morale, c’est un droit inhérent à la puissance paternelle. ” Voilà-pour- : quoi on peut voir dans les lois de 1890 qui ont frappé nos coreligion-
naires du Manitoba, non ‘seulement une violation du pacte fédéral, mais encore une atteinte déplorable portée aux droits imprescriptibles de l'Eglise et des parents.
2 — Léon XIII condamne énergiquement, comIine il l’a fait souvent déjà, les écoles mixtes et neutres. “ I] faut fuir à tout prix comme très funeste, dit-il, en parlant de ces dernières, les écoles où toutes les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair, comme si, pour ce qui regarde Dieu et les choses divines, il importait peu d’avoir ou non de saines doctrines et d'adopter la vérité ou l'erreur.”
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3— Léon XIII définit l'école catholique celle, qui est tenue par “ des maîtres catholiques, dont les livres de lecture et d'enseigne nent sont approuvés par les évêques, ” et dont le système s’harmonise avec les besoins et les devoirs religieux des jeunes élèves, En dehors de ces conditions, l’école offre aux enfants catholiques les dangers les plus graves, et c’est une suprême injustice (le mot est de Léon XITI) de forcer les pères de ‘amille à y exposer ceux dont l’Auteur de la nature leur a confié le soin. Quand les catholiques demandent — et c’est leur ‘devoir de le demander et de le revendiquer — que l'enseignement des maîtres concorde avec la religion de leurs enfants, ils usent de leur droit. Et il ne se pourrait rien faire de plus injuste que de les mettre dans l’alternative ou de laisser leurs enfants croître dans l'ignorance, ou de les jeter dans un milieu qui constitue un danger suprême pour leurs âmes. ”