AA
Tous ces excès que nous venons de mentionner seront votre partage, tous ces précipices s'ouvrent là béants devant vous. Il n'y a pas un ivrogne qui puisse promettre fidèlement nqu'il n'ira que là et pas plus loin“, à moins qu'un accident ou la mort ne vienne interrompre son entraînement vers l’abîme.
Pour nous, il nous suffit de jeter un coup d'œil sur ce qui nous entoure pour constater que le funeste poison de l'alcool se répand de tous côtés. Chaque jour, sur la rue. nous voyons les titubations, nous entendons les discours profanes de quelque nouvelle recrue du vil démon des boissons alcooliques. A ce sujet, les rapports des prisons et des pénitenciers de la Puissance du Canada sont encore une preuve inéluctable que l'alcool détruit l’ordre moral et social de notre pays. Le bien des individus, de la famille et de la société entière est en danger. C’est le devoir de tout citoyen de s’intéresser sérieusement à cette question.
Chez nous, le fléau de l'alcool, bien qu'il se soit déjà donné libre carrière de toutes parts, au milieu de nous, ce mal, disons-nous, peut encore être enrayé, arrêté dans sa course néfaste et vertigineuse. Mais pour cela il faut le concours des énergies et des volontés, il faut l’active coopération de tous ceux qui ne gémissent pas encore dans les chaînes de ce tyran.
C'est à ces fins que nous faisons aujourd’hui uà appel aux armes, tout comme nous nous hâterions de donner l’alarme si une dangereuse épidémie allait se répandant de tous côtés dans nos régions. De fait, une épidémie passagère serait loin d'accumuler autant de victimes que ne le peuvent faire l'alcool et le cabaret. Un nomme d'Etat éminent n’a pas craint d'affirmer que l'exploitation de l'alcool est un mal plus funeste à la société que les trois grands fléaux de l’humanité—la guerre, la famine et la peste.
Ajoutons que tous ceux qui vivent au plein soleil de la foi ne sont pas tous, malheureusemant, à l'abri de cette terrible contagion. Voilà bien ce qui scandalise nos frèrrs séparés et ce qui afflige encre plus douloureusement le cœur de notre mère, la Sainte Eglise. Il y en a qui se disent catholiques—car ils ne le sont que de nom—et qui traînent ce nom vénérable dans les bouges infects pour aller, à la suite de leurs excès d’intempérance, remplir les prisons de l'Etat. Leurs familles en souffrent, leurs amis en gémissent, l'Eglise en rougit ; la malédiction de Dieu est suspendue au-dessus de leurs têtes.
Ce n’est plus l’heure, ce n’est plus le moment de pallier la vérité jusqu’à la changer en mensonge. Il faut avoir le courage d'examiner cette plaie sur le vif.
Qu'est-ce qui remplit tant de foyers de misères et de larmes ? Qu'est-ce qui laisse les enfants sans vêtement et Sans pain, qui fait vomir, sur les rues, tant de blasphèmes et de discours obscènes, qui nous fait lancer à la figure, par les railleurs ou par ceux qui sont prévenus contre nous, toutes ces tristes statistiques des prisons ? Surtout—et cette seule pensée nous fait frissonner d’épouvante—qu'est-ce qui ravage les âmes immortelles pour le salut desquelles notre Sauveur a donné sa vie ? Qu'est-ce qui précipite ces âmes devant leur Juge avec le signe de la réprobatien sur leur front ? C'est la passion effrénée de l'alcool.
Et maintenant qu'allons-nous faire? Comment dissiper ce nuage qui répand les ténèbres dans tant d’Âmes rachetées par le Précieux Sang? Il y en a plusieurs—et Dieu en soit loué—qui ne sont pas encore les esclaves de cette passion ; mais cette considération ne diminue point nos inquiétudes pour ceux de nos frères que le fléau a frappés. Nous ne devons pas dire à Dieu, comme fit le misérable Caïn : “Suis-je le gardien de mon frère Pu Au contraire, disons avec saint
6 zx