‹ Lettre pastorale de nos seigneurs les archevêques et évêques des provinces ecclésiastiques de Québec, de Montréal et d'Ottawa, sur l'éducation [microforme]Chapitre 5 sur 26 · AUTORITÉ ET OBÉISSANCE DANS LA FAMILIE · texte numérisé non relu

AUTORITÉ ET OBÉISSANCE DANS LA FAMILIE

L'éducation qu’on donne dans un grand nombre de nos familles, surtout dans les villes, est viciée par le DÉFAUT D’AUTORITÉ chezles parents, par une mollesse excessive qui accorde tout, qui cède tout aux caprices de l'enfant, qui ne s’applique qu’à lui éviter les plus légers sacrifices, les moindres contrariétés et qui en fait inévitablement l’esclave de mille prétendus besoins, Dans bien des cas, on pourrait dire en toute

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vérité que ce ne sont pas les parents qui élèvent leurs enfants, mais les enfants qui s'élèvent euxmêmes au gré de leurs inclinations. On a grandement tort : ce qui paraît être de prime abord un acte de bonté est réellement un acte de faiblesse coupable, un acte de cruauté.

Nous ne saurions trop vous recommander, Nos Très Chers Frères, de former de bonne heure vos enfants à l’OBÉISSANCE ; qu’ils respectent toujours votre volonté; qu’ils sachent que vous avez la main assez ferme pour réprimer leurs caprices. Si,tout en subvenant à leurs besoins,tout en accédant à leurs légitimes demandes, vous vous faites une règle inviolable de résister à ce qui n’est que sensualité, indolence, mollesse, désobéissance, vous aurez bientôt redzessé les premiers écarts de Ja nature, vous aurez commencé sagement leur éducation, Dès qu’ils sont capables de comprendre vos ordres, dès qu’ils sont en état de les saisir dans vos gestes, dans le ton de votre voix, commandez-leuravec gravité et faites-vous obéir. Défiez-vous de vous-mêmes, craignez par-dessus tout les faiblesses dangereuses qu’engendre une trop grande affection ; ne vous aveuglez pas sur les talents, sur les qualités extérieures, sur l’intelligence, sur le mérite de vos enfants ; cette disposition d'esprit vous les ferait conduire aux abîmes. Ne révoquez jamais un ordre que vous

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leur avez donné avec réflexion; ne revenez pas par inconstunce sur un refus que la raison vous a dicté. Que leurs prières, que leurs caresses | vous trouvent inflexibles, et ne tolérez chez eux n1 les murmures, ni la mauvaise humeur, Que votre autorité soit empreinte de fermeté et de douceur ; qu’elle s’exerce sans déviation, sans soubresauts, avec un grand esprit de justice tempéré par une affection raisonnable et bien entendue.

La mère de famille surtout doit mettre en pratique ces salutaires conseils; elle ne saurait prendre trop tôt sur l’esprit de ses enfants cet ascendant dont elle aura tant besoin plus tard pour se faire obéir. Que fera une mère sans autorité, elle, la gardienne assidue du foyer, elle, à première éducatrice de la famille, elle, presque toujours seuie au milieu de ses enfants! Si elle Ana pas le secret de s’en faire obéir, ils deviendront de plus en plus turbulents, raisonneurs, insubordonnés : ils feront son désespoir, et il ne lui restera qu’à contempler, dans une profonde affliction, l’anarchie qui règne autour d’elle,

Vos. enfants ont grandi, parents chrétiens, dans la soumission, dans la fidélité au devoir ; vous avez réprimé les mauvais penchants de eur nature ; vous avez suivi d’un regard affec-

dueux et vigilant cette première formation ; ils

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ont atteint l’âge de l’ADOLESCENCE. N’abdiquez pas encore votre autorité sur eux; conservez-la soigneusement : ils en auront un immense besoin pour se préserver des graves dangers qui les attendent dans ce second âge de la vie. Ils vous obéiront, ils vous respecteront comme auparavant, si vous vous respectez mutuellement et si vous ne cessez jamais de leur donner l’exemple de toutes les vertus.

Que le père et la mère nese contredisent jamais l’un l’autre dans l'exercice de leur autorité ; V’UNITÉ D’ACTION est absolument nécessaire à son efficacité. Vos divergences d'opinion, s’il en existe entre vous, sur la manière d'élever vos enfants, sur les corrections à leur infliger, sur les faveurs à leur accorder ou à leur refuser, ne doivent jamais se manifester en leur présence : s’abandonner, sous leurs yeux, à des reproches violents, blâmer, censurer avec amertume les punitions que le père ou la mère a cru devoir infliger, prendre ouvertement parti pour l’enfant qui à été châtié, c’est faire un acte de démence, c’est se rendre gravement coupable, c’est ruiner volontairement l’autorité dont Dieu a revêtu les parents, c’est abdiquer pratiquement la direction des enfants, c’est les encourager à l’insubordination. Si vous êtes parfaitement unis, si votre conduite est chrétienne, à l’abri de tcut reproche,

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si vous n'êtes ni faibles, ni tracassiers, ni soupçonneux, vous possèderez toute leur confiance ; votre fermeté les contiendra dans le devoir et le leur fera chérir; votre esprit de justice, joint à une bonté affectueuse, vous gagnera leur cœur.

. Aimez beaucoup vos enfants ; mais aimez-les également, aimez-les avec dignité; gardez vis-àvis d'eux unc sage et prudente réserve; ne descendez jamais avec eux jusqu’à la familiarité : elle nuiraït au respect et à la confiance dont ils doivent vous entourer.

Arrivés même à l’AGE DE LA JEUNESSE, à cette saison des tempêtes si tristement féconde en naufrages, vos enfants, ainsi élevés chrétienne-

ment, habitués à une direction ferme et suivie, ne songeront guère à s'émanciper. Ils ne fuiront pas votre compagnie; ils aimeront, au contraire à demeurer auprès de vous, parce qu’ils trouve-" ront sous le toit paternel plus de bonheur véritable que dans les réunions mondaines. D’ailleurs, vous conservez encore le droit d’être obéis ; vous ne pouvez pas même y renoncer, parce que vous ne pouvez pas vous soustraire au devoir de gouverner votre famille.

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