I. — AU CLERGÉ
Il n'est personne qui ne comprendra pour quelle raison Nous Nous tournons en premier lieu vers Notre clergé, comme un Père se tourne vers son enfant de prédilection, pour l'encourager et l'exciter à l'accomplissement de ses graves et saints devoirs. Certes, Nous Nous réjouissons de voir le bien que son zèle incessant opère dans Notre diocèse, soit dans l'apostolat surchargé des villes, soit dans le ministère plus calme des paroisses rurales, et une fois de plus Nous remercions bien sincèrement tous Nos prêtres séculiers et réguliers pour la collaboration intelligente et dévouée
(1) Dan, m, 39.
(2) Coloss, I, 10.
qu'ils apportent à Notre œuvre d'évangélisation et d'administration, non moins qu'à Nos œuvres de charité.
Grandeur du sacerdoce. — Cependant, il importe souverainement qu'ils ne perdent jamais de vue la grandeur de leur vocation ni la sainteté de vie que requiert leur dignité. C'est vers cette double considération qu'ils doivent sans cesse porter les regards de leur cœur, illuminatos oculos cor dis vestri ^'^\ et les efforts de leur bonne volonté.
Sans vouloir instituer sur ce sujet un traité didactique et formel. Nous Nous arrêterons à cette seule réflexion que si le prêtre n'avait d'autre raison de se sanctifier que celle de sanctifier les autres, cette raison devrait l'ob ger à travai 1er sans relâche à sa perfection. (( Si les nuées sont bien pleines, dit saint Jérôme, d'après un texte de l'Écriture ^^\ elles répandent la pluie sur la terre en abondance. C'est-à-dire, si les hommes apostoliques sont eux-mêmes remplis de doctrine et de vertu, ils les verseront
(1) Ephes., I, 18.
(2)l^cc/., XIV.
avec plénitude dans le cœur de leurs disciples ; mais si ces nuées n'ont point d'eau, si ces hommes n'ont point en eux-mêmes l'esprit d'humilité et de mortification, ils seront infailliblement emportés par le vent de la vaine gloire et ne produiront guère de fruit dans les âmes.)) (( Il faut, dit à son tour saint Bernard, que l'infusion des grâces divines précède leur effusion, qu'on s'en remplisse abondamment avant de vouloir en remplir les autres. Il faut que l'homme apostolique soit réservoir et non canal, qu'il ne serve que de son trop plein comme le réservoir, au lieu de répandre toute l'eau qu'il a reçue sans en rien retenir, comme le canal.)) Mais, hélas ! ajoutait tristement l'abbé de Clairvaux, parlant sans doute de son époque et en prévoyant peut-être d'autres, (( il y a aujourd'hui beaucoup de canaux et peu de réservoirs,)) beaucoup de gens qui servent d'instrument à la grâce divine pour arroser le cœur des fidèles, mais qui restent eux-mêmes à sec. Ils ont tant de charité qu'ils donnent tout aux autres et ne gardent rien pour eux, oubliant qu'avant toutâHaut
songer à ses propres intérêts spirituels : Miserere animœ tuœ, placens Deo ^^K
Dangers de la vie extérieure. — Qu'est-ce à dire, bien chers Collaborateurs, sinon qu'avant toutes choses, le prêtre doit vivre de l'esprit intérieur, et se garder de cette dangereuse illusion par laquelle il croirait avoir atteint au sommet, s'il se contentait de joindre à une régularité réelle une certaine activité extérieure. La perfection de son état exige davantage, et elle n'est autre, à la vérité, que l'exercice et le développement toujours croissant de la vie intérieure, laquelle entraîne avec soi la pratique des vertus passives de pénitence et de renoncement.
Vous savez qu'une erreur, à ce sujet, a tenté de pénétrer dans l'Église, il y a moins de v ngt ans, erreur contre laquelle s'est élevé fortement le Souverain Pontife Léon XIII dans sa Lettre Testera Benevolentiœ, erreur par laquelle ses adeptes pensent et professent que le mérite du prêtre consiste uniquement à se dépenser sans réserve au service du
(1) EccL, XXX.
prochain : ce qui fait qu'ils n'accordent guère d'attention aux vertus qui contribuent à la perfection personnelle (et qu'ils appellent pour cela vertus passives), et estiment que la culture des vertus actives doit absorber toutes les forces et tout le zèle de l'âme ^^K Sans doute, personne n'a chez nous, grâce à Dieu, partagé cette erreur. Il n'en reste pas moins que le grand danger, auquel est exposé l'apôtre de notre temps, serait de délaisser le Dieu des œuvres pour les œuvres de Dieu. ^^^ Notre temps, en effet, est un temps d'activité extrême, fébrile, inquiète, et sans qu'on le veuille, le ministère peut se ressentir de cette agitation qui est, à coup sûr, à l'antipode de l'esprit évangélîque. Combien plus sereine et plus efficace est l'influence du prêtre qui a choisi pour maxime de vie le conseil que donne l'Imitation : Habe primo zelum super teipsum, et tune juste zelare poteris etiam proximum tuum ^^^
(1) Cf. Exhortatio ad clerum, 4 août 1908.
(2) Cf. Vâme de tout apostolat, par Dom Chautard. Ouvrage très recommandable.
(3) Imit,, XX, 3.
Il comprend, ce prêtre, que ce ne sont point les talents naturels ou acquis, l'esprit, la science, la force de la parole qui par eux-mêmes peuvent faire du fruit dans les âmes, mais seule l'union de l'instrument avec le principe de la grâce. (( Je suis la vigne et vous êtes les branches, a dit Notre-Seigneur . . . sans moi vous ne pouvez rien faire.)) ^^^ La vie intérieure. — Nous sommes ainsi conduits à la conclusion qu'il vous faut, à tout prix, bien chers Collaborateurs, entretenir dans vos âmes la vie intérieure, laquelle n'est pas autre chose que Jésus-Christ vivant en nous par la foi, l'espérance et la charité, Jésus- Christ nous communiquant son Esprit, et devenant ainsi un principe d'activité surnaturelle et intime, qui nous porte à penser, à aimer, à vouloir, à travailler, à souffrir avec Lui, en Lui, par Lui, comme Lui ^^\ Alors, mais alors seulement, se réalise en nous l'idéal de vie intérieure formulé par saint Paul : (( Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ