JOAN., XV
(2) DoM Chaxjtard, loc. cit.
qui vit en moi )) ^^\ Alors, mais alors seulement, les œuvres extérieures d'apostolat, d'enseignement et de charité, venant s'abreuver à cette source toujours renouvelée, seront des œuvres de sanctification et de salut. Aussi, quand le Père Lacordaire s'écriait dans la chaire de Notre-Dame, à Paris : (( Seigneur, donnez-nous des saints,)) il exprimait la demande la plus nécessaire qui fût jamais ; et quand cette demande a été exaucée, comme elle le fut dans le Bienheureux Curé d'Ars, notre saint Patron et protecteur, qui a pu connaître, sinon Dieu, l'influence considérable qu'il a exercée sur les âmes ?
La prière. — Or, il est des moyens, bien chers Collaborateurs, qui entretiennent, développent, perfectionnent la vie intérieure, et sans lesquels l'action du ministère ne sera jamais que de parade et de façade. Nous les résumons tous dans l'esprit de prière, et ce disant. Nous ne vous apprenons rien que vous ne sachiez. Marient tria hœc : verburriy exemplum et oratio : major autem
(1) QaL, II. 20.
his, est oratio, s'écrie saint Bernard ; et appuyé sur cette autorité, saint Bonaventure aflSrme, à son tour, que (( les secrets d'un apostolat fécond se puisent bien plus au pied du crucifix que dans le déploiement de brillantes qualités.)) (( Les mains levées, a écrit Bossuet, enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent )) ; et n'est-ce pas le grand homme d'État, Donoso Cortès, qui disait : (( Ceux qui prient font plus pour le monde que ceux qui combattent : si le monde va de mal en pis, c'est qu'il y a plus de batailles que de prières.)) Ecoutons enfin la voix de Pie X qui nous dit dans sa belle Encyclique aux Êvêques d'Italie : (( Tous ceux qui participent à l'apostolat doivent avoir une piété véritable ^^^ Quand donc nous serons pratiquement convaincus que c'est Dieu seul qui donne V accroissement ^2), l'esprit de prière s'imposera à nous, et loin de compter sur notre activité qui serait misérable sans lui, nous saurons juger indispensable de dérober
(1) Encycl. Il ferma proposito, 11 juin 1905.
(2) I Cor., m. 7.
— léquelques instants aux occupations les plus utiles pour aller purifier et réchauffer notre zèle auprès du tabernacle, et obtenir de l'Ami divin de meilleurs résultats pour nos travaux.))
Formes de la prière. — Si la prière est une dans sa nature, elle est variée dans ses formes, et les formes de la prière sacerdotale ne sont-elles pas les plus hautes et les plus saintes ? Prière vocale du bréviaire et prière mentale de Toraison ; prières liturgiques dans l'administration des sacrements et prière sacrificatoire de la messe ; prière dans l'étude des Livres Saints et prière intime dans la visite au Saint-Sacrement ; prière dans la composition d'un sermon et prière avant et après une classe ; prière dans la visite aux malades, et prière dans la récitation du chapelet ; louanges publiques du chant et oraisons jaculatoires du cœur : que de lumières s'échappent de tous ces foyers, que de forces découlent de toutes ces sources, quelle vie intérieure que celle qui est tout à la fois manifestée par de tels signes et accrue par de tels secours .
L'Oraison etfla Vie liturgique. —
De teutes ces formes, il en est trois auxqueUes Nous voulons vous demander, bien chers Collaborateurs, d'être plus fidèlement attachés que jamais : V Oraison du matin, qui est regardée, à juste titre, comme la base de la vie spirituelle et son élément le plus indispensable, au point que Pie X n'a pas craint d'affirmer qu' (( aucun prêtre ne peut se dispenser de la méditation sans encourir un grave reproche de négligence et un dommage pour son âme )) ^^^ ; le Bréviaire, qui constitue une obligation positive et que, non satisfaits de le subir comme Vonus diei, vous devez aimer comme le socius vitœ sacerdotalis ^^\ et même selon le mot de sainte Catherine de Sienne, comme une inséparable épouse ^^^ ; la Messe, enfin, pendant laquelle le prêtre, sacrificateur ave*c Jésus-Christ et en Jésus-Christ, doit être, comme Lui, tout absorbé dans un sentiment de respect
(1) Exhortatio ad clerum,
(2) Saint Jérôme.
(3) Che debba vivere umilmente con la sposa del Bretdario^ (Lettres).
envers la Majesté de Dieu et demeurer dans le plus profond recueillement.
Ainsi, dirons-Nous pour résumer tous ces enseignements, la piété sacerdotale gravite autour de deux pôles : l'Oraison et la Vie liturgique.
Le chapitre. — Cette vie liturgique, Nous sommes heureux de la rendre solennelle et officielle dans Notre diocèse par l'institution du chapitre de Notre insigne Cathédrale et Basilique. Désormais, la prière chorale et les chants canoniques retentiront sous les voûtes de notre antique église de Notre-Dame de Québec, et nulle autre église, Nous semble-t-il, n'était mieux désignée pour inaugurer ou ressusciter, dans notre pays, ce mouvement de retour vers l'une des plus vénérables traditions du culte chrétien. Il appartenait, en effet, à cette Église, mère des Églises du Canada, de chanter publiquement les louanges de Celui qui a fondé notre nationalité dans la foi et qui veut bien la conserver dans son amour. Ce faisant, elle revient elle-même à la piété de ses origines, alors que le Vénérable Monseigneur de Laval établissait, en 1684,
le chapitre de sa Cathédrale et inaugurait les fonctions chorales que rien ne viendrait interrompre pendant tout le temps de la domination française. Aujourd'hui, la chaîne sacrée de la prière canoniale est reliée à son principe, et la grâce de Dieu aidant, elle ne se brisera plus, un ssant les esprits et les cœurs dans l'accomplissement généreux de ce grand ministère qui s'appelle VOffice "publie.
Les communautés religieuses. — Nous Nous reprocherions de passer sous silence, dans cette exhortation au clergé, les précieux auxiliaires que sont pour Nous les religieux et les religieuses de Nos différentes communautés. Nous Nous plaisons à rendre hommage à leur esprit de déférence et d'obéissance envers l'autorité diocésaine, non moins qu'à leur zèle et au succès de leurs travaux. Prédicateurs et missionnaires, Frères et Sœurs consacrés à l'enseignement, religieuses adonnées à la contemplation ou vouées aux soins des malades, Nous les entourons tous de Notre paternelle sollicitude et Nous les conjurons de se montrer de plus en plus dignes de
leur sainte vocation. L'Eglise, par 'enseignement de ses théologiens, appelle leur état un état de ^perfection, voulant signifier par là que l'état religieux se propose pour but distinctif de viser à la perfection, que la perfection est sa fin immédiate vers laquelle il tend naturellement, et que c'est à cause de cette tendance continuelle qu'il porte le nom à' état parfait ^^\ D'où il suit que l'âme religieuse est tout à la fois une âme séparée et consacrée, séparée du monde, du péché et d'elle-même, consacrée à Dieu par les trois vœux qui font d'elle une immolation vivante et un complet holocauste.
Telle est l'essence de la vie religieuse, et comme l'essentiel l'emporte sur l'accidentel, ceux qui habitent le cloître doivent se souvenir qu'ils sont religieux avant tout, religieux avant d'être prédicateurs, religieux avant d'être éducateurs, religieux avant d'être hospitaliers ou hospitalières. Qu'ils entendent ce grave avertissement que Pie X donnait à un grand Institut exclusivement
(1) D. Th. 2a 286 q. 186, a. 1, ad 3um.
enseignant : (( Nous apprenons qu'une opinion tend à se répandre, d'après laquelle vous devriez mettre au premier rang l'éducation des enfants, et la profession religieuse seulement au second :
ainsi l'exigeraient l'esprit et les besoins du temps. Nous ne voulons absolument pas que cette opinion trouve tant soit peu de crédit auprès de vous et des autres Instituts religieux qui, comme le vôtre, ont pour but l'éducation. Qu'il soit donc bien établi que la vie religieuse l'emporte de beaucoup sur la vie commune, et que si vous êtes gravement obligés à l'égard du prochain par le devoir d'enseigner, bien plus graves encore sont les obligations qui vous lient envers Dieu.))
Ces obligations seront pleinement suivies, si l'on s'efforce, dans chaque communauté, à bien saisir les traits et l'esprit propre du Fondateur, si l'on élève les novices dans une totale soumission de volonté, si l'obéissance est toujours considérée comme la loi qui s'impose et comme le sacrifice qui sauve, si en un mot, et c'est le mot de saint Ignace, (( révérant la divine Majesté en
ceux qui commandent, on leur rend l'obéissance avec une religion parfaite ». (1)