‹ Lettre pastorale de son eminence Le Cardinal Begin, archeveque de Quebec a l'occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotaleChapitre 6 sur 11 · NOS CONQUÊTES · texte numérisé non relu

NOS CONQUÊTES

(( La foi sans les œuvres, a écrit saint Jacques, est une foi morte.)) ^^^ Grâce au Ciel, la foi canadienne n'a cessé de prouver sa vitalité par les œuvres les plus remarquables d'évangélisation, d'enseignement et de charité, et on peut l'appeler, sans exagération, une foi conquérante. Ses conquêtes, qui de l'Orient à l'Occident, n'ont été arrêtées que par les barrières des deux océans, n'ont pas davantage reculé devant les glaces du Nord que devant les sauvages qui habitaient les vallées du Sud. Ce fut, pendant de longues et héroïques années, une lutte acharnée de la vérité contre l'erreur, de la civilisation contre la bar-

Ci) Offic. Dedicat.

(2) Jac, II, 17.

barie, de Dieu contre Satan, et ce fut au milieu des souffrances de tout genre que peu à peu, et pour ainsi dire pied à pied, la lutte se transforma en victoire.

L* organisation. — A l'époque de Tévangélisation — sans que celle-ci pourtant se ralentît jamais — succéda l'époque de l'organisation, et les admirables organisations de la hiérarchie, des institutions et des œuvres sont autant de conquêtes que nous devons inscrire au tableau d'honneur de la foi. Nous ne pouvons ni ne voulons faire ici l'histoire de ces pacifiques conquêtes, mais puisque nous célébrons un cinquantenaire, n'y a-t-il pas lieu de jeter au moins un regard sur les merveilleux développements de la hiérarchie catholique, non moins que sur les progrès de l'enseignement et de la charité, pendant ce demi-siècle.

La hiérarchie. — En 1865, le Canada religieux était compris dans les deux seules Provinces de Québec et de Halifax ; actuellement, neuf Provinces ecclésiastiques sont formées, neuf métropoles sont érigées. Les sièges épis-

copaux étaient alors au nombre de quinze, avec deux Vicariats apostoliques ; leur nombre a aujourd'hui plus que doublé, l'épiscopat du pays est représenté par trente-deux Prélats résidentiels, et, si nous y ajoutons les Évêques auxiliaires et les nouveaux Vicaires apostoliques, c'est une couronne de quarante-cinq Pontifes qui orne le front de l'Église canadienne, et c'est un état-major de quarante-cinq généraux qui conduisent une armée de plus de trois millions de catholiques, dont deux millions sont de langue française.

L'enseignement. — Quant à l'enseignement, il est notoire que depuis cinquante ans l'instruction a fait, proportion gardée, plus de progrès dans notre pays qu'en aucun autre. Grâce à l'esprit religieux de nos institutions et de ceux qui les dirigent, l'instruction publique n'a pas, comme en certains pays, vicié l'éducation et déformé la conscience des jeunes générations. Ici encore l'esprit religieux de notre peuple et l'influence légitime et nécessaire qu'il accorde à l'Église ont singulière-

ment aidé tous les progrès. Sans parler du zèle des prêtres à stimuler partout les parents et les municipalités à fonder des écoles, à les bien tenir et à en assurer la fréquentation, nous avons toute une armée d'instituteurs religieux qui font avec un succès égal à leur dévouement et à leur désintéressement ce ministère de l'enseignement si nécessaire à la patrie et à l'Église. C'est la ressource providentielle sans laquelle il serait impossible de suffire aux besoins croissants de la population avec le seul personnel formé aux frais des particuliers et des trésors publics. ^^^

La charité. — Que dire, enfin, de nos maisons de charité, de nos hôpitaux et de nos asiles, de nos orphelinats et de nos hospices ? Depuis le petit enfant abandonné, que reçoit la Crèche, jusqu'au vieillard qui termine doucement ses jours dans une paisible retraite, depuis rinfirme et le blessé jusqu'au contaminé et au pestiféré, depuis l'âme tristement tombée qui garde un suprême espoir en

(1) Cf. Mandements des Évêques de Québec^ Tome X, page 227.

la miséricorde du Bon Pasteur, jusqu'à l'âme pure et idéale qui veut s'unir à Dieu dans l'amour contemplatif, nous voyons, en ces demeures bénies, toutes les souffrances consolées et toutes les aspirations réalisées. C'est là, il faut en convenir, l'œuvre chrétienne à laquelle notre siècle s'est spécialement attaché et qu'il a généreusement aidée et développée. Si par ailleurs il a été coupable, nous pouvons espérer qu'il méritera d'entendre la parole du pardon : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'il a beaucoup aimé Dieu dans les pauvres et dans les malheureux.

Les conquêtes de T avenir. — Que conclure de cette étude, sinon que le Seigneur n'a cessé de bénir son peuple et de répandre sur lui les grâces nécessaires à l'accomplissement de sa vocation. Or, cette vocation elle-même doit-elle, dans l'avenir, se resserrer dans les frontières de notre pays, ou rayonner au loin par l'influence de l'apostolat et par l'exemple de la fidélité ? Certes, îl nous est bien permis de penser que Dieu n'a pas comblé notre race de tant de

grâces, pour elle seulement, pour récompenser dans les fils les vertus de leurs pères et se choisir en elle ceux qu'il a prédestinés au salut. Des esprits attentifs à méditer les voies de la Providence et son intervention visible dans les événements de l'histoire, ont cru que, s'il l'a pétrie de foi et de sens chrétien et jetée sur le sol de l'Amérique du Nord, c'est pour en faire un levain qui travaillera toute cette masse de peuples et pour y propager le ferment divin de la foi et de la vie chrétienne. ^^^

S'il en devait être ainsi, si de nouvelles conquêtes nous étaient réservées, s'il plaisait à Dieu d'accomplir par nos mains quelques-uns de ses gestes, sachons que pour être dignes d'un si glorieux appel, nous devons rester, avant tout, de vrais fidèles, fidèles aux grâces reçues et fidèles à la parole donnée, fidèles à nos traditions et à nos obligations, fidèles à notre langue qui gardera notre foi, et fidèles à notre foi qui gardera notre pays.

(1) Loc. cit.

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