‹ Lettre pastorale de son eminence Le Cardinal Begin, archeveque de Quebec a l'occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotaleChapitre 7 sur 11 · NOS PROTECTIONS · texte numérisé non relu

NOS PROTECTIONS

Vous savez, Nos Très Chers Frères, que par lui-même l'homme est incapable de tout acte surnaturel et méritoire, incapable même de conserver la grâce reçue, incapable de se diriger sûrement dans les voies du salut. Dieu a bien voulu pourvoir à cette faiblesse de notre esprit, en établissant sur la terre une société qui serait fondée sur le principe d'autorité et aurait pour mandat d'orienter les intelligences humaines vers la vérité et de les y fixer. Cette société s'appelle l'Eglise catholique ; et sans Nous attarder à la démonstration de sa divinité à laquelle vous croyez tous, disons et affirmons bien haut que votre première protection est dans votre obéissance aux enseignements et aux directions de l'Église.

I. L'obéissance à FÉglise. — Si l'obéissance est due à toute autorité légitimement constituée et à toute loi justement établie, à plus forte raison s'impose-t-elle à tout catholique envers l'autorité qui représente ici-bas celle de Dieu lui-même et envers toute loi qui

émane de son pouvoir. Le pouvoir de r Église est affirmé dans l'Évangile en termes trop explicites, les paroles qui le créent sont trop claires pour laisser le moindre doute dans une âme chrétienne.

Sans doute, Nos Très Chers Frères, vous vous faites un devoir et un bonheur de croire aux dogmes que l'Église vous propose et de professer les vérités qu'elle vous enseigne. N'oubliez pas, cependant, que la docilité d'un catholique sincère va plus loin : non seulement il se courbe sous le dogme défini mais il accepte avec humilité et reconnaissance ce que l'on appelle les directions de rÉglise, directions qui ne sont pas des vérités constituant l'objet de la foi, mais qui s'imposent à tout chrétien comme règle de conduite pratique. Que ce soit en matière d'éducation et d'enseignement, qu'il soit question des devoirs de l'ouvrier et du patron, qu'il s'agisse de cette puissance incontestable qui a pour nom la presse, vous avez reçu de l'Église sur tous ces points des directions trop sages et trop salutaires pour que vous ayez le droit de les négliger.

Il en est, en effet, parmi vous, qui donneront aux vérités chrétiennes un plein acquiescement, mais qui s'estimeront parfaitement libres de se prononcer contre les conseils et les avertissements que l'Eglise, par la voix de ses Papes et de ses Êvêques, croit utile de donner au monde catholique. Ici encore, ici surtout, c'est le divorce qui s'accentue entre l'esprit religieux et l'esprit laïque. On insinue et même on déclare ouvertement que l'Église est en retard sur le mouvement et sur le progrès de l'humanité, qu'elle devrait modifier telle partie de ses décrets, abandonner tel point de sa législation, se réconcilier enfin, ainsi que l'on dit, avec la civili ation, comme si le saint et pacifique envahissement de l'Église n'avait point tour à tour chassé la barbarie de tous les pays du monde.

a) Le travail, — Ouvriers, hommes de travail, quand vous aurez échappé à la tutelle de l'Église, et que, ambitionnant, selon votre expression, de traiter vousmêmes vos affaires, vous aurez placé dans vos syndicats neutres une confiance ^sans bornes, en serez-vous plus

heureux? Ignorez- vous que l'Église, fondée par un Dieu fait homme et fait ouvrier, a reçu de Lui les instructions qui dirigent et les lumières qui sauvent ?

b) La science, — Quant à vous, hommes de science, pourquoi vous obstiner à établir votre divorce avec l'Eglise sur une niaiserie qui a fini son temps, à savoir que l'inflexibilité du dogme empêche le développement de la science ?

Jamais un génie chrétien ne s'est plaint d'avoir été retardé dans son essor par l'intransigeance de la doctrine religieuse, mais plutôt combien de ces grands esprits ont redit humblement après saint Pierre : (( Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle )) ^^K

c) Les devoirs sociaux, — N'est-ce pas, enfin, pour acquérir la vraie notion des devoirs sociaux et les remplir parfaitement, que l'obéissance aux directions de l'Église devient nécessaire ? Assurément, ils sont encore rares parmi nous, ceux qui, à ce point de vue, oseraient professer publiquement et con-

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