JOAN., VI
sciemment les principes anti-chrétiens.
Mais n'est-il pas à craindre qu'ils soient moins rares, ceux qui apostasient sans s'en rendre compte et ne peuvent faire un discours sans le tisser d'inexactitudes doctrinales et même d'erreurs formelles ?
Pour prendre un exemple ou deux, le temps n'est plus où ceux que la Providence appelait à gouverner, recevaient une formation chrétienne. Sans doute, cette formation ne prévenait pas toujours les fautes de gouvernement ni même les mauvaises lois, mais elle assurait du moins dans les gouvernements le sens du droit et des principes Ils pouvaient trop souvent faire taire leur conscience de catholiques et lui désobéir : ils ne pouvaient pas n'en pas avoir.
Aujourd'hui il semble que nulle préparation, surtout chrétienne, n'est nécessaire pour aspirer à l'importante mission de faire les lois, lesquelles devront avec le temps conserver, modifier ou refaire les mœurs sociales et les institutions natonales. La conséquence, c'est qu'on peut mettre en péril l'esprit
chrétien qui jusqu'ici a été l'âme de nos lois et de nos institutions, et installer dans notre pays des mœurs publiques et des usages nullement dignes d'un peuple qui se dit fier d'appartenir à Dieu.
C'est encore l'Église qui apprendra à ceux dont la mission est de gouverner, que l'autorité n'est jamais entre leurs mains pour servir leurs intérêts personnels, mais d'abord pour la gloire et le service de Dieu, et ensuite pour le bien moral et la prospérité temporelle de tous. Quel que soit le régime politique établi dans un pays, l'autorité n'est, nulle part, mandataire du grand nombre, mais mandataire de la Providence et responsable à Dieu, seule source de toute autorité, de tout droit et de toute justice. Elle n'est jamais confiée par Dieu pour violer des droits certains, ni pour être, comme on l'imagine, l'expression juste ou injuste de la volonté du grand nombre ni même de la volonté de tous. Toute autorité civile, ou domestique, ou politique, doit se considérer, ainsi qu'autrefois le roi très chrétien, comme le lieutenant de Dieu pour gouverner les intérêts de son
peuple. Ceux qui en ont reçu le dépôt peuvent bien être désignés par le suffrage du grand nombre, et le grand nombre peut en certains cas le leur retirer, mais il ne peut en aucun cas les excuser de faire une autre volonté que celle de Dieu manifestée par la loi naturelle ou les lois positives et traditions sociales conformes à celles-ci.
C'est l'Église qui enseigne, enfin, que ce qui est vrai des gouvernants, l'est aussi, proportion gardée, de ceux qui les choisissent, les élèvent aux plus importantes fonctions de la cité et de l'État, et les y maintiennent. Il ne faut pas regarder comme un privilège dont on peut user sans autre règle que sa volonté propre, le droit de concourir par son vote à désigner ceux qui devront faire des lois et gouverner une part quelconque des affaires d'une ville, d'une province ou d'un pays. Ce droit est surtout un devoir envers la société et aussi envers Dieu qui en demandera compte.
II. La pratique religieuse. — Si à la soumission de l'esprit, vous savez, Nos Très Chers Frères, joindre la sou-
mission de la volonté, vous aimerez, par là même, à observer les commandements de l'Eglise, lesquels peuvent trouver place sous la dénomination générale de Pratique religieuse. Ainsi trouverezvous, dans l'accomplissement de la pratique, une seconde et sûre protection contre les dangers qui menacent les principes. Certes, elles demeurent, grâce à Dieu, régu ièrement suivies dans Notre diocèse, ces pratiques de la prière, de la messe et des sacrements.
Néanmoins, Nous constatons avec peine qu'il y a de ci, de là, des négligences et des défections, qui, si elles venaient à se multiplier, conduiraient à une certaine neutralité et à une indifférence certaine. De plus, il y a lieu de faire remarquer que si la pratique aide aux principes, comme Nous venons de le dire, les principes doivent, à leur tour, animer la pratique pour la soustraire aux conséquences de la déprimante routine, de l'habitude inconsciente et de la vitesse acquise. S'il n'en était pas ainsi, il se produirait ce phénomène singulier et fâcheux, qu'il y aurait, chez nous, une pratique religieuse qui s'ac-
commoderait de préjugés et d'erreurs, et que dès lors on ne pourrait point se fier à l'intensité de la pratique pour se rendre compte de la valeur des principes.
a) Le dimanche, — Or, parmi ces pratiques de la religion, il en est une qui semble dépasser en importance toutes les autres, parce qu'elle s'impose à un double titre, qui est le salut de l'individu et le bonheur de la société : c'est la sanctification du dimanche. Telle est, en effet, son importance que TertuUien allait jusqu'à penser que toute la religion est en quelque sorte réfugiée et condensée dans l'observation de ce précepte : (( Pas de dimanche, écrivaitil, pas de christianisme.)) Et continuant l'argumentation du célèbre apologiste, ne peut-on pas ajouter : Pas de christianisme, pas de morale, et là où il n'y a plus de morale, il n'y a plus ni foi, ni loi, ni autorité, ni obéissance, ni progrès, ni bonheur.
Il est donc vrai de considérer la sanctification du dimanche comme l'une des assises de la société ; et nous avons le droit de penser que si notre Canada est
demeuré, en dépit de ses revers et de ses difficultés, un peuple heureux et prospère, il le doit, pour une large part, au respect de ses traditions dominicales. Fasse le Ciel que ce respect ne baisse jamais parmi vous et que ces traditions soient toujours aimées et suivies. Si nous avons une tradition religieuse nationale, c'est bien celle de notre beau dimanche avec son recueillement et son silence (pourquoi faut-il que, dans nos grandes villes, ce silence soit parfois déchiré par les bruits du trafic?), avec ses prières et ses chants, avec ses réunions et ses assemblées, avec sa grand'messe paroissiale, malheureusement un peu abandonnée dans certains centres, et qui pourtant restera toujours la vraie prière de la famille et de la société.
b) La communion, — Nous avons éprouvé, Nos Très Chers Frères, un tel bonheur à vous communiquer, il y a neuf ans, le décret de la Sacrée Congrégation du Concile sur la Communion fréquente et quotidienne, que vous parlant, en ce moment, de vos moyens de protection. Nous ne saurions passer sous silence ce grand et inappréciable
moyen, sur lequel Sa Sainteté Pie X a spécialement compté pour (( restaurer toutes choses dans le Christ )). Nous avons appris avec une douce consolation que le désir du Saint-Père a été entendu et son vœu réalisé dans chacune de Nos communautés et même dans chacune de Nos paroisses, surtout dans les paroisses des villes où l'accès de l'église est plus facile qu'à la campagne. Nous désirons et Nous demandons instamment que ce mouvement sauveur, qui porte les âmes vers l'Eucharistie se développe et s'accentue par le zèle des pasteurs et des missionnaires, ainsi que par la piété des fidèles. Nous voulons aussi, que mettant de côté tout préjugé et toute ancienne routine, on observe à la lettre le Décret Quam singulari sur la communion des enfants. L'Eglise a parlé : quoi de plus ? Et la belle parole de Fénelon trouve ici son application : Quoiqu'il faille préparer beaucoup l'enfant à la communion, je crois que quand il est préparé, on ne saurait le prévenir trop tôt d une si précieuse grâce, avant que son innocence soit exposée aux
occasions dangereuses où elle commence à se flétrir ^^\