‹ Lettre pastorale de Son Éminence le cardinal Bégin, archevêque de Québec [microforme]Chapitre 6 sur 10 · NOTRE VOCATION · texte numérisé non relu

NOTRE VOCATION

Vocation personnelle. — « C’est par grâce, dit saint Paul, que vous avez été sauvés par la foi.» () Voilà, Nos Très Chers Frères, la sublime vocation que vous a faite la miséricorde toute gratuite de Dieu et par laquelle la foi a été infusée en vos âmes pour être votre partage, votre trésor, votre honneur, la condition indispensable de vos mérites sur la terre et de votre bonheur sans fin dans le ciel. 4«O chrétien, s’écriait le Pape saint Léon, r.connais ta d gnité, et devenu part cipant de la nature d vine, p-ends garde de ne plus retourner, par une conduite indigne, vers ta primitive bassesse. Souvienstoi que tu n’as été arraché au pouvoir des ténèbres que pour être transféré dans la lumière et le royaume! de

(1) Epk., n, 8.

Dieu.» ® Des ténèbres à la lumière, du péché à la grâce, du diable à Dieu, telle est la merveilleuse translation opérée par la foi, et il ne dépend que de vous, le secours surnaturel ne manquant jamais, de vous maintenir sur les sommets de la certitude et de la vérité.

C’est, d’ailleurs, votre impérieux devoir ; et ne serait-ce que par reconnaissance pour l’inappréciable bienfait reçu, il vous est interdit de vous risquer à le méconnaître, en ouvrant si peu que ce soit la porte de votre intelligence au doute, à l’opinion, à l’erreur en matière de dogme catholique. « Bénissez Dieu, plutôt, vous tous qui ayant. abordé au port de la vérité, échappez aux tempêtes et aux naufrages de l'esprit, et quand de la terre ferme où vous avez touché, vous regardez a mer et que vous la voyez furieuse, menaçant d’engloutir les vaisseaux qui la couvrent, les vaisseaux imprudents et atta dés,— les vaisseaux des prodigues, des curieux ou des lâches — sachez, en voyant la misère de vos frères et la grandeur du

(1) Serm. I de Nativ. Domini.

— Si —

péril où ils sont, apprécier la sécurité où Dieu vous a placés, et employez tout votre cœur à remercier Celui qui vous a fait si heureusement aborder.» (1) Quelle folie ne serait-ce pas de vous ex- | poser à cette profonde misère du doute, en vous laissant entraîner par ces doctrines, que l’Apôtre appelle variées »1 étrangères ©); et si Nous insistons sur ce | point, Nos Très Chers Frères, c’est que Vous avez aujourd’hui à vous prémunir contre la curiosité intellectuelle malsaine qui hante tant d’esprits, et aussi contie l'intolérable manie de mettre en question et en discussion les vérités les mieux établies, et enfin contre la lutte ouverte ou sournoise qui s’attaque aux plus chères traditions. Laissez donc la critique discuter, et la vaine philosophie disserter, et l’histoire prendre un masque, et la fausse science s’essayer à la guerre, et l’impiété donner l’assaut : pour vous, demeurez fermes :

dans la foi G), et inébranlables dans vos séculaires convictions.

(2) Hébr., zini, 9.

(3) Z Cor., xvr. 13.

Vocation nationale. — La Providence de Dieu ne s’en est pas tenue au bienfait de votre vocation individuelle à la foi, mais elle a voulu étendre ce bienfait à la collectivité, et appeler, le même jour, la nat on canadienne-française à la vie sociale et à la vie chrétienne. C’est là, Nos Très Chers Frères, notre gloire immortelle, la gloire de nos origines que la foi a purifiées et vivifiées, la gloire de nos destinées auxquelles nous ne pouvons atteindre que sous l’action de la foi, la gloire de notre histoire dont les pages racontent la sainteté des pontifes et la vertu des vierges le zèle des apôtres et l’héroïsme des martyrs, la fécondité des œuvres et l’extension du règne divin. Ils sont peu nombreux, les peuples qui peuvent revendiquer le privilège d’avoir reçu dès leur naissance la lumière de la foi et d’avoir trouvé dans leur berceau le don du joyeux avènement de Dieu.

La France, notre ancienne mère-patrie, fut honorée de ce privilège, et Dieu voulut qu’elle le communiquât au nouveau peuple qu’elle venait ici engendrer.

Bien significative est, à cet égard, la

Protestation que faisait l’illustre fondateur de notre vieille cité : « Quant à moi, écrit-il dans la préface de son troisième livre, j’ai fait élection du plus fâcheux et pénible chemin qui est la périlleuse navigation des mers, à dessein toutefois non d'y acquérir tant de biens que d’honneur et gloire de Dieu au service de mon Roy et de ma Patrie.»

Monseigneur de Laval. — Or, voici qu’apparaît dans une resplendissante lumière la noble et incomparable figure de notre véritable Père dans la foi, Monseigneur François de Montmorency- Laval ; et comment pourrions-Nous, en ces jours où Nous repassons devant Dieu les années de Notre sacerdoce et de Notre épiscopat, ne point accorder un souvenir ému et filial au grand Évêque, dont Nous sommes, quoique indigne d’un tel honneur et effrayé d’une telle charge, le seizième successeur ? Aussi comptons-Nous parmi nos meilleures joies, celle d’avoir vu célébrer le deuxième centenaire de sa mort par l'inauguration d’un monument qui rappellera à toutes les générations futures le zèle et la vertu du vénérable

Pontife. « Du haut de ce monument, disions-Nous dans Notre mandement du 6 mai 1908, comme du haut d’une tribune publique, Monseigneur de Laval parlera de nouveau à son peuple ; il le félicitera d’être resté fidèle à Dieu dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; il lui remettra sous les yeux les gloires religieuses de son passé ; il lui

Marquera du doigt les devoirs et les

responsabilités de l’avenir ; il lui prêchera l’union dans l’amour et dans la défense de l’Église, l'esprit d’obéissance : ses pasteurs, le zèle pour les nobles causes, la fuite des plaisirs coupables, la piété, la sobriété, une fidélité inviolable à toutes les traditions catholiques.»

Les ancêtres dans la foi.- Comment ne pas joindre, à cette mémoire vénérée, la mémoire des âmes d'élite qui ont brillé, comme des astres d’un éclat différent mais toujours pur, au firmament de notre nationalité ? Fils de saint François et apôtres de la première heure, disciples de saint Ignace et martyrs du premier sang versé, filles de sainte Angèle et de la Vénérable Mère Bourgeois, premières éducatrices du

pays, déyouées Hospitalières venues de Dieppe, et vous qui portez les noms glorieux de Champlain, de Tracy et de Maisonneuve, nous vous bénissons comme les instruments dont Dieu s’est servi Pour nous communiquer le don de sa grâce, et nous nous réclamons de votre puissante intercession, afin qu’ «enracinés dans le Christ et affermis dans la foi, nous abondions toujours en actions de grâces ».

Le troisième centenaire de l'établissement de la foi. — Trois siècles, exactement, ont passé, depuis que la foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ a été établie dans nos vastes régions et que sa Croix y a étéimplantée. Ilétait juste qu’un si glorieux centenaire fût célébré dans la joie et dans la reconnaissance, et bientôt vous prendrez part aux fêtes qui doivent le commémorer.

Souvenez-vous, toutefois, que si grandioses que soient ces démonstrations et si magnifique que soit le monument qui les couronnera, vous devez être, en vous-mêmes et par votre vie, la plus

(1) Coloss., 11, 9

convaincante démonstration de la foi canadienne, comme aussi le monument vivant dont les pierres, c’est-à-dire vos âmes, se laissent tailler et polir par la main du divin Architecte pour trouver place un jour au temple de l'éternité. (”

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