NOS DANGERS
I. Connaissance insuffisante de la religion. — De tout ce qui vient d'être dit sur la foi et sur la pratique, il résulte assez clairement que le principal danger auquel, Nos Très Chers Frères, Vous seriez exposés, serait une connaissance insuffisante, Nous n'osons pas dire l'ignorance, en matière de religion.
Y& foi nous donne la vérité. Or le premier devoir qu'impose la vérité, c'est de la connaître, et conséquemment de l’étudier. Mais en dépit de toutes les instructions qui vous sont faites et des leçons de catéchisme qui vous sont offertes, malgré la multiplicité et la clarté des ouvrages qui traitent de la religion, pouvez-vous vous flatter de posséder une science chrétienne qui soit Proportionnée et à votre condition de vie sociale et à l’action que vous devez exercer autour de vous ? Il arrive trop
(1) De l'éducation des filles, ch. vit.
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souvent qu'ayant cru dans le premier âne, on ne cherche pas, l’âge viril étant venu, à se rendre raison de sa foi sl arrive que, découvrant en son âme l'édifie de la vérité construit de main divine, on ne promène pas, après coup, son regard de la base au sommet pour se convaincre, en les admirant, de la solidité de l’une et de la sublimité de l’autre : il arrive, enfin, que les idées chrétiennes que l’on a reçues, descendent dans le vague, restent en quelque sorte à l’état passif, ne deviennent jamais Personnellcs ét ne peuvent se perfectionner en convictions actives et efficaces, On oublie que la foi étant une adhésion raisonnée et raisonnable à la vérité, il est nécessaire de savoir quelle est cette vérité, quels sont ces dogmes et ces mystères, quelle est la véritable Église et à quels caractères on la reconnaît, et quelle est l’autorité dont elle jouit, en un mot, comment et Pourquoi on est catholique.
Là où cette science fait défaut, on ne peut avoir qu’un esprit flottant et indécis que la moindre objection d’une revue ou d’un journal suffira à ébranler,
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et que suffira aussi à troubler l’affirmas tion la plus gratuite, la plus dénuée de raisonnement, la plus contraire au bon sens et au bon droit. Au lieu de pouvoir résoudre cette difficulté par un principe chrétien bien compris, on se surprendra à hésiter, on aura déjà le p ed sur le seuil de la maison du doute, et pour peu qu’une ambition ou un intérêt y poussent, on frappe a à la porte et'on entrera pour s’y perdre.
Telle est l’histoire de bien des naufrages dans la foi, et c’est l’ignorance qui a rendu ces esprits mûrs pour l'erreur.
Les lectures. — Or, l'erreur a trouvé dans notre siècle un terrible moyen de propagation dans la lecture et dans tous les organes de lectures qui s’appellent livres, journaux, revues, feuilles de toute sorte et recueils de toute couleur. Soit qu’elles s’abattent ostensiblement sur nous comme des oiseaux de proie, soit qu’elles circulent sournoisement et s’infiltrent comme un venin mortel, nous savons bien que les lectures irréligieuses et immorales sont en grand nombre aujourd’hui, mais nous ne pouvons savoir ni exprimer les ravages qu’elles causent.
Les unes, peu nombreuses, espérons-le, tendent au blasphème et à l’impiété, d’autres à la corruption des mœurs, d’autres à la critique et à l’abaissement du principe d'autorité ; toutes constituent le même danger et arrivent au même résultat : la décadence de la foi et l’affaiblissement des convictions.
Le désir de l'émancipation inspire à plusieurs cette formule que l’on surprend et qui surprend sur des lèvres catholiques : «Nous avons le droit de tout connaître et de tout lire : nous ne voulons plus qu’on vienne bâillonner notre intelligence et nous déclarons qu’il est temps de la débarrasser de ces langes, dans lesquels son enfance a été retenue captive.» Eh ! quoi, Nos Très Chers Frères, qui vous parle de bâillons et de langes, d’esclavage et de captivité ?
L'Église est et sera toujours la mère de la vraie liberté; mais c’est vous qui ne comprenez pas la liberté quand vous la confondez avec la licence ; c’est vous qui ne comprenez pas vos propres intérêts, quand, l’Église vous criant casse- Cou, vous restez sourds à ses défenses.
Oui, c’est le droit et le devoir de l’Église
d'opposer son veto à la lecture des livres mauvais, Comme c’est le droit de toute société de se défendre et de vivre en protégeant ses membres, comme c'est le devoir d’une mère de défendre ses enfants contre tous les dangers de mort et de maladie, Et pour tout dire, n'est-ce pas à ces deux causes combinées de l'ignorance en matière religieuse et des lectures malsaines, que l’on doit cette multiplicité d'idées fausses, incomplètes ou inexactes qui obtiennent de notre temps une si effrayante circulation ?
La presse Catholique, — Aussi, estce pour parer à ce double danger que Nous avons résolu, voici déjà huit ans, de fonder une œuvre de Presse catholi.
même, «Une longue et sérieuse étude de notre état de société Nous a con- Vaincu que le grand moyen, après les enseignements de l’Église et de ses pasteurs, de conjurer le péril qui nous menace, consiste dans l’œuvre de la presse Câtholique.»s Ces Paroles de Notre
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Lettre Pastorale de 1907 n'étaient que l'écho du grand désir exprimé par le Pape Léon XIII, quand il écrivait :
€ Il serait convenable et salutaire que chaque contrée possédât des journaux Particuliers destinés à être les champions de l’autel et du foyer, et organisés de façon à ne s’ rter jamais du jugement de l’évêque, avec le juel ils s’appliqueraient à marcher en communauté d'idées et de sentiments : le clergé devrait les favoriser de sa bienveillance et leur apporter le secours de sa doctrine, et tous les vrais catholiques les tenir en haute estime et les aider suivant leurs moyens et leur pouvoir. » (1
Notre œuvre a reçu, ainsi que vous le savez, l’encouragenent, approbation formelle et la paternelle bénédiction de Sa Sainteté Pie X : « Nous voulons, dit le Pape, vous encourager dans cette si grave entreprise, et Nous donnons une ample et publique louange tant au projet que vous avez formé qu’à la volonté avec laquelle vous vous appliquez à le
mettre à exécution. »
(1) Encycl. In ipso, 3 mars 1891.
(2) Bref. Pontif, 27 mai 1907.
Venant de si haut, louange et béné-
diction ne pouvaient qu’apporter le succès, le seul succès que Nous ayons ambitionné, celui « de former les esprits
à la doctrine du Christ, d’orienter les
tions de l’Église ».) Sane doute, les difficultés sont venues, et si quelques-unes ont pu Nous causer de la peine, aucune ne Nous: empêchera de continuer le mouvement qui est commencé, et de travailler à le rendre plus général, plus efficace, et, s’il le faut, plus combatif.
« L'idée, même la plus noble et la plus élevée, a dit Balmès, si elle n’a pas un organe pour la faire entendre et respecter, tombe vite dans loubli.» Or, nous, catholiques, nous avons à faire en.
tendre et respecter la plus noble detoutes les idées, l’idée de Dieu, la plus élevée de toutes les doctrines, la doctrine de l'Évangile, et nous devons rester partout et toujours des ouvriers qui n’ont point à rougir du travail que leur impose leur grand et souverain Maitre.
(1) Loc. oit.
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IL. Luxe et plaisirs, — Nous n’hésitons pas à vous signaler, Nos Très Chers Frères, comme deuxième danger à éviter, le luxe et les plaisirs, et tout d’abord, comme une forme pernicieuse du luxe, la mode et les toilettes.
De tout temps, il a été reconnu que les modes et les toilettes de la femme agissent fâcheusement sur les mœurs, en ce sens qu’il y a là une dissipation pour l'esprit, une incitation à la vanité et à l’envie, une considérable perte de temps, et surtout une suggestion de mauvais aloi, quand ce n’est pas une
indéniable provocation au péché. Mais combien, en ces dernières années, le mal s’est-il aggravé ! s’est demandé, dans un récent congrès tenu en Europe, si c’est là l'aboutissement d’un mouvement prémédité, préparé, habilement conduit, ou simplement le terme d’une évolut'on dont les circonstances et le hasard sont les seuls maîtres. Nous n'avons pas à résoudre ce problème, mais à constater douloureusement que les modes actuelles sont des modes libertines, et qu'il suffit de parcourir les rues de nos grandes villes pour. y
uxe, en effet, Qui était dans les assés le privilé
Maximes de l'Évangile, il suffira, Pour s’en convain-
N'est-il Pas contraire, aussi, à la plus élémentaire Pénitence, le mouvement qui emporte, comme dans un tourbillon, OS sociétés vers Je Plaisir ? L'histoire.
(1) Luc, x, 6.
des peuples est 1à qui l’atteste : l'amour effréné du plaisir est un signe de décadence, et Rome fut assurée de sa perte le jour où elle entendit ses sujets ne P us rien demander autre chose que du pain et des amusements. Aujourd’hui, le plaisir est de tous les temps et de toutes les saisons, et Nous avons le très vif regret de constater que même la sainte quarantaine n’est plus respectée.
Îl n'y à pas encore de si nombreuses années que le Carême était à Québec le signal de l'arrêt et du repos, et qu’un bal, donné pendant cette époque, eût fait scandale, Maintenant, il semble que Notre voix s'élève en vain pour Protester et pour adjurer ; il semble surtout que la parole du Christ ne trouve plus d’écho dans les âmes et que celles-ci veulent, à tout prix, concilier le service des deux maîtres, Afigé par le spectacle de tristes choses, saint Paul s’écriait : «1 en est plusieurs qui marchent en ennemis de la Croix du Christ, j'en parle les larmes dans les Yeux.» ® Ces paroles, Nous serions
(1) Phi, m, 18,
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