‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 1 sur 39 · LANGUE COPTE · texte numérisé non relu

LANGUE COPTE

D'après mes nouvelles investigations sur la langue hébraïque, exposées dans la huitième partie de mon second ouvrage biblique intitulé les Paralipomènes (1), il est évident que cette langue avait, au commencement, un type monosyllabique dont la conformation nous révèle tout le secret du rapprochement intime existant entre elle et les anciens idiomes japhétiques et chamiques. Or, s'il est vrai d'une part que la condition du sol et du peuple qui s'y était établi ait emprunté à la langue égyptienne un cachet individuel, cette langue, d'autre part, a dû, en tant que monosyllabique, s'assimiler nécessairement aux dialectes de la même nature que la sienne. Cette vérité m'a vivement éclairé dans la recherche des noms les plus obscurs que portaient les dieux de l'Egypte ; aussi ne doit-on pas s'étonner si, à défaut des racines égyptiennes, les interprètes des inscriptions hiéroglyphiques cherchent dans le phénicien, dans l'hébreu et dans l'arabe, des significations satisfaisantes, et un sens exact là où le copte est insuffisant. En effet, chaque fois que la langue copte ne me fournissait aucun moyen de connaître la valeur des mots égyptiens, je la recherchais au fond des langues sémitiques, et le résultat de mes investigations était toujours heureux. Dès lors, je fus convaincu que le copte, tel qu'on nous l'a transmis en caractères grecs, joints à des éléments empruntés aux idiomes orientaux,

(1) Paralipomeni alla illuslrazione délia sagra Scrittura per rnonumenti fenico-assirii ed egiziani. Parigi, presso Dondey-Dupré, 1845, part. VIII, cap. vi.

n'est autre chose qu'un mélange opéré dans l'antiquité par des peuplades sémitiques qui empiétèrent sur les régions de l'Egypte.

Les quelques remarques que je vais soumettre, Monsieur, à votre examen pour éclairer l'obscurité de plusieurs signes hiéroglyphiques, vous engageront, du moins je l'espère, à marcher aussi vers le but auquel mes études tendent depuis vingt ans.

ASPERSOIR DOSIRIS, DU CHACAL ET DE LEPERVIER. — NOMS ÉGYPTIENS DE l' ASPERSOIR. — HYKCHOS.

A l'occasion de la légende phénicienne que j'ai rectifiée sur la pierre funéraire de Carpentras (1), au-dessous d'un bas-relief égyptien, je lus nettement, dans la prière adressée par la prêtresse Tebbà à Osiris assis sur son trône, qu'elle demandait au dieu de daigner la bénir et l'arroser gracieusement avec la liqueur de l'expiation divine.

Il me vint alors à l'idée que l'un des deux emblèmes tenus par Osiris devait être l'instrument nécessaire à l'acte de bénédiction expiatoire implorée par Tebbà suppliante. Je fus en même temps persuadé que si Osiris, dans la scène représentée sur le monument, tenait à la main gauche un sceptre en forme de petite crosse pastorale, il tenait certainement dans la droite un aspersoir. En cherchant de tous côtés les documents monumentaux et philologiques propres à raffermir cette opinion, j'eus le bonheur de rencontrer

(1) Osservazioni sul bassorilievo fenico-egizio in Carpentrasso. Roma, presso Bourlié, 1825.

sur une pierre antique du musée de M. Palin, à Rome, la figure d'un Amon générateur qui, au dessous de l'instrument en question, portait, soigneusement gravé el parfaitement facile à lire, le mot phénicien chofékh ipw, c'est-àdire, celui qui arrose (1).

Cela aurait pu suffire en quelque sorte à mes recherches , mais je voulus pénétrer encore plus avant, et trouver dans la Bible une démonstration complète de ce fait, afin de détruire à jamais cette vieille et fausse opinion des archéologues, qu'Osiris, Amon et plusieurs autres divinités bienfaisantes portent à la main le fouet du châtiment et de la terreur.

La première autorité sur laquelle je trouvai moyen d'appuyer ma découverte, fut celle du prophète Zacharie, qui, rappelant ces deux mêmes emblèmes osiridiens, les nomme noâm et hobelim, c'est-à-dire, force et amour (2). En effet, le

(1) Lettera sopra uno scarabeo fenico-egizio e più monurnenti eyiziani. Napoli, presso Fernandes, 1826. La dimension de la cornaline qui représente cet Amon n'a que le tiers du dessin reproduit ici.

(2) Paralipomeni, ecc, part. III, cap. vi.

premier signifie houlette, ou crosse pastorale ; et le second, qui est hobèl au singulier, ou bien hob-el, btf"Dn, signifie précisément amour divin. Celui-là représentait la royauté, et celui-ci le sacerdoce. Pourrait-on jamais penser que les prêtres égyptiens eussent choisi un fouet comme symbole d'amour et de bienveillance divine ?

Isaïe vint à son tour confirmer mon observation hiéroglyphique. Au milieu de ses prophéties, dans lesquelles il y a des traces éclatantes du mysticisme égyptien, ce prophète nous parle allégoriquement des mêmes emblèmes d'Osiris, et nomme l'un le sceptre du pain, l'autre, le sceptre de l'eau (1) . Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que ce sceptre du pain était le symbole du régime civil, et celui de l'eau le symbole du sacerdoce. Le premier se rapporte à la crosse osiridienne, le deuxième à l'aspersoir; la crosse représentait la rigueur; l'aspersoir, au contraire, symbolisait la clémence divine.

Dans les Psaumes, l'aspersoir est appelé tantôt michênet rùy&tà (ps. xxm), tantôt ezob D1W hyssope (ps. l). Le mot michênet se décompose en copte de manière à nous rendre la juste expression de miséricorde du resplendissant ^ty*- «et ; et le mot ezob, qu'on reconnaît dans le verbe soph cu\q des Coptes, couler, nous indique par sa forme grammaticale Yustensile pour arroser.

Il faut ajouter encore, quant à ce dernier, qu'on s'est servi en Egypte du même mot pour désigner, sous la dénomination de seb CE& ONT), le chacal, qui, dans les monuments égyptiens, porte souvent sur son clos le goupillon, parce que cet animal était aussi le symbole du prêtre, ou de celui qui

(1) Isaïe, chap. ni.

a le droit de bénir. En effet, si l'on prononce sveb le nom égyptien du chacal que l'on a donné en deux signes

U phonétiques c&, on s'aperçoit sans peine comment les mêmes hiéroglyphes ont pu exprimer tout à la fois, en Egypte, le prêtre et h chacal. Car, veb oth & étant le prêtre, et sveb, s-veb c-oyh6, ce qui appartient au prêtre, par exemple, Yaspersoir et la bénédiction, on parvenait, au moyen de ce nom imposé au chacal, à comprendre l'expression mystérieuse cachée par les prêtres dans cet objet.

Le livre de Job appelle ce même emblème de bienveillance divine tav ^D, parce que tav, selon mes observations, signifie tout simplement asperger et bénir. J'ai montré aussi dans mon premier ouvrage biblique comment, en effet, la lettre tav du caractère phénicien primitif nous rendait la forme matérielle de l'aspersoir d'Osiris, et comment ce même tav fut, au temps de Moïse, le signe du salut sur les portes des enfants d'Israël (1).

Parmi les pierres précieuses des Urim, celle appelée tarsis t£Win occupe la place symbolique du Capricorne, place de Y effusion divine, de Yépanchement de ses grâces; par l'unique raison que la racine du mot tarsis venant, d'après mes investigations, des langues sémitiques, donne le sens d'asperger (2).

Après tout ce que je viens d'exposer, à l'égard de cet emblème osiridien, sur sa valeur réelle et symbolique, pourrait-on dorénavant l'appeler un fouet, un instrument

(1) La sagra Scrittura illustrata con monumenh fenico-asïirii ed egi~ ziani. Roma, 1827, part. IV, cap. h e m.

(2) Paralipomeni, ecc, part, II, cap. ix,

de punition divine? Ainsi donc, où les savants archéologues expliquaient naguère le disque solaire et le bras tenant l'aspersoir, qui existent dans certains cartouches royaux, le soleil qui punit, il serait bien plus sage de traduire aujourd'hui le soleil bienfaisant.

Il s'agit maintenant de savoir quel était en Egypte son véritable nom. A mon avis, cet emblème, parmi les Egyptiens de la haute antiquité, était rendu de différentes manières, toujours d'accord néanmoins avec l'emploi de l'objet qu'on voulait nommer. J'en citerai deux exemples, dont l'un est hak z&k, et l'autre nodjekh TO^<b.

Quant au premier, on a supposé jusqu'à présent que les

M deux phonétiques suivis de la figure tenant à la main un goupillon, répondaient au mot hik, et signifiaient le roi. Cela est vrai jusqu'à un certain point; mais j'avoue que cela ne suffît pas à la complète expression du sujet. Il faut, selon moi, y ajouter le mot sacré, contenu dans la nature du goupillon; c'est-à-dire, roi constitué dans son royaume par le grand prêtre; roi et prêtre en même temps.

J'ai démontré qu'un nom semblable à celui-ci existe dans la Bible, sous sa forme radicale hak pn, avec l'expression identique à'aspersoir pour indiquer le sacerdoce. La prophétie de Jacob et le psaume lxxxi nous en fournissent des exemples. Nous y reviendrons plus bas (XVIII).

Cela nous porte à rejeter l'opinion de ceux qui ont prétendu tirer du mot hak hiéroglyphique le hik des Hykchos, des rois pasteurs. Ils auraient dû plutôt interpréter ce nom barbare par îk-sos EfltSTpJj f>sfc>ojoc) , rois ou pasteurs tyrans; de même que cette espèce de dominateurs est mentionnée dans la Bible par le mot âkrabim (îk-rabbim)

D^DTpJ?, qui, d'après l'analyse que j'en ai faite, tout en signifiant les forts seigneurs, les seigneurs de la force, détermine les maîtres tyrans, les seigneurs de l'oppression (1).

La seconde dénomination égyptienne de cet emblème de grâce et de miséricorde divine est marquée en signes phonétiques-hiératiques, au-dessus de son image, dans une caisse de momie que M. Papandriopulo transporta, il y a quelque temps, du Nil au Tibre, et qu'il vendit à un Anglais après avoir donné au public un petit nombre d'exemplaires de la gravure qu'il en avait fait exécuter. Malheureusement, les lettres hiératiques sont si mal rendues par le dessinateur inexpert, qu'on a bien de la peine à les déchiffrer. Je tâcherai pourtant d'expliquer quelques-uns des emblèmes qui s'y trouvent, et dont les noms sont encore ignorés.

Je commence par l'aspersoir, qui m'intéresse d'autant plus que sa dénomination est écrite au-dessus ; dénomination qui constate la vérité des remarques que j'avais faites précédemment.

Ces signes hiératiques répondent aux lettres coptes nedjoh tf*><;tt\ £, nom qui s'assimile parfaitement au nodjekh, connu d'abord par sa valeur grammaticale à'aspersoir, d'as-

(1) Paralipwmeni, ecc, vol. I, part. IV, cap. vi ; vol. II, dichiarazione délia tavola lxii.

perger, et qui rend identiquement la signification du mot chofekhj que les Phéniciens adoptèrent pour indiquer ce même symbole d'arrosement mystique, de bénédiction et d'aulorité sacerdotale en Egypte.

Il est presque inutile de prévenir ici les érudits que le hori s se présente à la fin du mot en qualité de protogrammate du vautour, appelé en copte hachit £?cy vr, ou bien hiboui sa^oys puisque personne ne peut lui refuser cette valeur. Pourtant j'y reviendrai plus loin, afin que la chose soit mieux confirmée par de nouvelles preuves (V).

AMON HAT-EN-NOUF, SON ASPERSOIR*, TITRE d'aNTONIN LE PIEUX ET DES AUTRES EMPEREURS ROMAINS.

Le nom de l'aspersoir sacré des prêtres égyptiens, nedjoh, que nous venons de découvrir dans la caisse funéraire de la momie en question, nous force à ajouter son protogrammate aux phonétiques coordonnés par Champollion le jeune sous le ni K copte, avec le son d'une n. L'évidence de la chose n'admet pas de contestation. Cependant on m'objectera ceci : faut-il accepter cette n programmatique, lorsque le goupillon fait partie intégrale d'un objet lisible, qui nous donne aussi une n pour valeur alphabétique? Par exemple, dans les phonétiques de VAmon générateur, on trouve le vautour avec Yaspersoir sur son dos. Or, le vautour donnant par ses noms coptes nocher ftoojBp et nouri NOYps une n programmatique, et l'aspersoir nous fournissant, par conséquent, une seconde n, Tune ou l'autre ne sera-t-elle pas inutile dans la légende hiéroglyphique? Non, Monsieur, rien n'est superflu dans la représentation des signes égyp-

tiens; il faut tout y lire, il faut y rendre raison de tout. Si Yn se révèle doublement dans une image hiéroglyphique, nous devons l'accepter en double, et je vais vous en donner la preuve.

Les hiéroglyphes de Y Amon générateur (PI. I, a) ont été lus par les savants : Amon-khem z> w e .ïï-ÎDe u , et expliqués : Amon de la chaleur. Cette interprétation, si elle était exacte, serait toujours incomplète pour nous désigner ce dieu, et, en outre, ne rendrait pas raison de tous les phonétiques qui s'y trouvent. Or, si, à la place à' Amon-khem, nous lisons, conformément aux observations précédentes, et sans soustraire ni l'une ni l'autre des deux n fournies par le vautour et par Yaspersoir placé sur son dos, Amon hat-en-nouf mjïk ^^T-^orq, la dénomination de cette divinité génératrice répondrait tout juste au nom phénicien chofekh, ci-dessus expliqué, et nous donnerait en copte : Amon qui jette la semence. Il faut donc rayer de la liste des dieux égyptiens cet Amon-khe7n, et le remplacer par celui à' Amon hat-en-nouf, ainsi que les caractères hiéroglyphiques le désignent lorsqu'il se montre comme générateur. Nous reviendrons plusieurs fois sur ce même sujet pour expliquer les différents noms que les prêtres égyptiens lui ont donnés (XXIII; LX).

Pour avoir négligé ma découverte sur l'instrument en question, les archéologues ont méconnu dans le cartouche phonétique d'Antonin le Pieux les signes qui révèlent le surnom impérial de Pieux. Maintenant chacun aperçoit que le titre de pieux se trouve signale par le mot A hiéroglyphique net «t, miséricordieux, pieux, qui précède l'image de l'aspersoir dans le cartouche qui renferme le nom de cet empereur.

Plusieurs cartouches de l'époque romaine nous offrent un bras tenant un aspersoir, qui est accompagné de ces j§ ^k jm quatre phonétiques. La valeur du groupe n"a // ®£ pas été saisie encore par les archéologues. Pour ' ^**^ atteindre son véritable sens, écrivons d'abord

en copte les phonétiques bien connus par les savants, et nous verrons aussitôt que de ces quatre lettres nt^O il résulte le mot natikh ïï&t^ÎD, qui vient de la racine nodjkh iïo^fc) , asperger, et qui nous rend précisément la forme grammaticale, répétée dans la Bible, de nasikh "PDJ, synonyme parfait de natikh "(VU , qui signifie prince sacré. Le mot donc et le bras sacerdotal avec le goupillon nous prouvent que l'empereur nommé dans le cartouche était revêtu de la double puissance spirituelle et temporelle en Egypte.

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