‹ Lettre sur la colonie IcarienneChapitre 5 sur 5 · IGARIENS DE TOUTES LES NATIONS · texte numérisé non relu

IGARIENS DE TOUTES LES NATIONS

Frères,

» Enfin, nous pouvons vous apprendre que la Révolulion Icarienne entre dans une phase nouvelle, qui, si elle ne met pas fin à toutes les difficultés de la situation, permet du moins d'entrevoir quand, et comment elles auront un terme.

» Divers écrits, et en particulier nos deux dernières adresses, vous ont fait savoir toute l'infamie de l'Opposition. Aujourd'hui, après les graves événements qui se sont accomplis parmi nous depuis Télection du 4 août, les tendances de nos adversaires sont plus manifestes. Nul doute qu'ils ne veuillent isoler, dénaturer, corrompre la Communauté. ^11 faut vivre avant » tout, disent-ils, la fraternité et les principes sont bons, » ajoufent-ils, en souriant, maïs lorsqu'on a bien mangé. » Quant à leurs actes récents, que les bulletins d'août et de septembre, ont dû vous faire connaître, rien n'est plus inconvenant, plus exclusif, plus lyrannique, plus sauvage, plus détestable. Aussi, la vie commune, avec eux, est plus impossible que jamais; aussi, plus que jamais, la séparation est nécessaire, est indispensable.

» Au reste, chers Icariens, vous vous êtes presque unanimement exprimés d'une manière positive à ce sujet, comme sur le compte du Fondateur et des^ deux partis qui divisent la Colonie. Les correspondances et publications diverses qui vous

sont parvenues de Nauvoo, ont constitué une sorte d*appel au peuple Icarien. Votre réponse est arrivée; elle est pour nous, sinon pour nos adversaires communs, une raison de plus d'adopter le parti de la séparation, que les circonstances rendent d'ailleurs inévitable.

» Leur égoïsme, aussi inintelligent que pervers, s'étant refusé à une séparation amiable, nous avons été forcés d'avoir recours aux tribunaux pour demander la dissolution, la liquidation, et, par la, la séparation. Le procès est engagé. Nous sommes conTaincus que, soit par les tribunaux, soit, s'il le faut, par la législature de rillinois, la Colonie sera dissoute et liquidée.

» A la nouvelle de cet événement, les créanciers, vivement inquiétés déjà par nos discussions devenues publiques, ont demandé en foule le paiement de leurs créances. La caisse vidée et le crédit tué par les imprudences et les folies de la nouvelle Gérance, n'ont pas permis de leur répondre d'une manière satisfaisante. Alors plusieurs d'entre eux viennent de s'adresser à la cour du Comté pour obtenir un jugement, et, si c'est nécessaire, faire saisir et exproprier les biens de la Communauté.

» Les rigoureuses éventualités de ce procès et de ces poursuites, que d'autres poursuites suivront probablement, font ressembler, à cette heure, la Colonie à une place minée, et qui peut sauter d'un moment à l'autre. Nos ennemis, qu'égarent des chefs entraînés eux-mêmes par leurs passions, et dont quelques-uns nous semblent être des traîtres, sont libres de ne pas croire à l'imminence du danger. Pour nous, qui croyons à ce danger imminent et certain, nous devons agir en conséquence, quitter le plus promptement possible ces lieux menacés, et nous retirer dans une position qui nous promette un refuge contre cette affreuse situation, et contre l'hiver, qui, dans ces climats, est à la fois long et rigoureux.

» Poussés par celte considération, nous quittons Nauvoo, nous fuyons cette terre compromise à jamais pour de

vrais Icariens, nous renonçons momentanément à Tlowa, nous nous proposons de nous fixer dans un nouvel établissement plus favorable à des colons et à des réformateurs ; et, en attendant que ce lieu soit choisi et préparé, nous nous retirons à Saint-Louis ou dans son voisinage, d'où nous ferons valoir les droits que nous laissons dans la Communauté aciuelle, ou nous nous organiserons sur des bases solides, et d'où, pionniers de la nouvelle Icarie, nous partirons pour fonder définitivement la patrie de la Fraternité.

» D*aufres motifs suffiraient encore pour nous faire prendre, dès aujourd'hui, cette importante détermination. En voici quelques-uns en peu de mots : D'abord nous sommes désireux, avides, impatients, comme vous, de recommencer la Communauté. Ensuite, notre position àNauvoo est critique, précaire, inquiétante, intolérable. Saint-Louis nous offrira des ressources de toute espèce, que nous ne trouverions pas facilement en restant ici, ou en nous retirant ailleurs. Enfin, la tyrannie et tous les actes de nos adversaires sont si odieux, excitent en nous tant de dégoût et d'aversion, que nous ne pouvons plus regarder en face de tels renégats, ni vivre avec eux ni près d'eux, ni les savoir près de nous. Plus d'une fois leur oppression a fait bouillir notre sang dans nos veines; et^ si jusqu'ici, nous nous sommes contenus dans riniérét de notre cause sainte, il est temps de ne pas mettre notre patience à une plus longue épreuve. D'ailleurs vous savez que nous ne faisons plus le travail ni les repas avec eux, nous en sommes donc séparés, il n'y a plus qu'à nous en éloigner.

» Ce départ n'est pas une retraite, puisque nous ne demandons ni n'acceptons aucun règlement, et que nous nous réservons tous nos droits ; il n'est pas non plus une fuite ; car des hommes dignes de ce nom, de vrais démocrates, de sincères Icariens, des Icariens qui entendent les principes, la liberté et la dignité, accepteraient tout, la lutte, la misère, les chances les plus affreuses avant de consentir à une fuite véritable. C'est la reprise ou la continuation de la grande émigration

Icarienne, commencée en 1848 ; c'est le premier pas vers notre nouvel établissement. Nous allons publier un manifeste solennel pour expliquer notre conduite devant l'opinion publique et la postérité ; elles auront à nous juger, et leurs décisions doivent être pour des soldats de l'Humanité, sinon la seule, du moins la principale des préoccupations.

9 Ainsi, chers Icariens, vous comprenez toute l'importance du parti auquel nous nous arrêtons. Vous en devinez aussi toutes les difficultés, et vous vous demandez si nous ne céderons pas devant les obstacles nombreux et incéssants qui viendront nous assaillir de l'intérieur et du dehors, ou si ce qui vient de se passer à Nauvoo ne se renouvellera pas dans la nouvelle Icarie. La ferme volonté que nous avons de recommencer ou de continuer notre entreprise, notre fidélité aux principes, notre courage, notre persévérance et notre expérience de huit ans, la résistance et la résignation dont nous avons fait preuve dans ces tristes jours qui viennent de passer, tout cela nous autorise, telle est du moins notre pensée, à croire que nous ne sommes pas de l'espèce des hommes faibles ou des apostats. Oui, nous espérons dans l'avenir. Pourquoi, en effet, généreux amis, la réussite nous paraîtrait-elle douteuse? Ne serons-nous pas unis, solidaires, fraternels ? Ne saurons-nous pas mieux supporter, et surtout mieux prévoir et éviter les gênes et les privations ? Avec de la prudence dans les admissions et la stricte observation du système, nous aurons des Icariens qui se conserveront Icariens. Nous admettrons le principe de la restitution complète des apports. La nouvelle organisation, qui sera entièrement refondue, offrira en même temps beaucoup plus de garanties aux individus et à la société en général.

» Une autre fois, nous vous ferons connaître plus en détail nos nouvelles institutions, et tout ce qui peut concerner la détermination que nous avons prise. D'après le peu que nous vous disons aujourd'hui, vous pouvez déjà penser, comme

nous, que nous ne poursuivrons pas toujours vainement le succès. A l'avenir nous nous attacherons surtout à la juste exécution des lois et des principes. Nous nous rappellerons sans cesse que leur inobservation a amené la crise actuelle, et a fait, de nos adversaires, de bien tristes Icariens. Ce que nous détestons en eux, ce ne sontpas les individus; non, ce sont les vices de la vieille organisation dont ils ne s'étaient point dépouillés ou qu'ils ont repris. Hommes conséquents, nous les détesterons aussi en nous, d'où nous les ferons disparaître complètement et sans pitié.

» Le cit. Cabet n'a jamais témoigné plus de confiance dans la possibilité de fonder Icarie que depuis qu'il va être délivré de tous ces éléments, totalement étrangers à sa doctrine de Paix, d'Ordre, de Morale, de Vertu, de Fraternité. Ghers frères» nous vous exprimerons toute notre pensée au sujet de notre digne Président, en vous disant qu'il est toujours le même homme, et que chaque jour ajoute un nouveau titre à la reconnaissance, à l'amour, au respect, à l'admiration que nous avons pour lui, que ces sentiments redoublent sans cesse à soa égard et s'augmentent en nous de tout ce que des ingrats et des perfides lui ont retiré. Ah! qui d'entre nous se fût jamais imaginé que l'entreprise Icarienne serait pour le chef du Communisme une sorte de chemin du Calvaire ? Mais, c'est assez» c'est trop d'ingratitude, c'est trop d'attaques, d'outrages, de calomnies, que dorénavant il n'ait qu'à se louer du grand nombre de ceux qui, tant au dedans qu'à l'extérieur, restent attachés à ses principes.

» Icariens, nos frères, la nouvelle Communauté compte sur tous ses enfanis; elle compte sur vous comme sur nous. Vous avez répondu, vous répondrez encore à son attente. Vos protestations, vos adresses, vos lettres, vos innombrables témoignages de sympathie ont soutenu notre courage, et ranimé notre ardeur et notre foi. Pendant que nous allons refonder notre chère Icarie, et en attendant le jour peu éloigné, nous

l'espérons, où vous viendrez nous rejoindre, vous ferez, de votre côté, tous les efforts que vous commandent vos convictions. Ne n(?gligcz pas la Souscription, c'est en même temps votre devoir e t votre intérêt. Complète, ou à peu près, elle sauvera tout; trop insulDsanie, elle ne sauverait peui-êJre rien, pourrait tout perdre et nous laisserait des regrets éternels. Mais nous ne devons pas avoir des craintes sérieuses à cet égard ; vous l'avez commencée, vous la continuerez, vous la finirez.

» Il est vrai que la Majorité, à ce qu'elle dit dans une de ses séances, veut empêcher la souscription par tous les moyens possibles. En ayant eu connaissance par une des circulaires du cit. Beluze, elle s'adressera probablement à vous au moyen d'une circulaire. Si c'était ici le lieu, nous pourrions nousmêmes, nous mettant à la place de nos adversaires, rédiger cet . écrit qui ne sera qu'un tissu des mêmes erreurs et calomnies qu'ils prodiguent partout et à toute occasion. Vous le verrez, ils vous parleront d'abord et surtout du cit. Cabet qu'ils traitaient de despote, de canaille, vieille crapule, ile brigand, de forçat y d'escroc, etc., et qu'ils appellent en outre aujourd'hui incapable, traître^ déserteur, voleur, un ogre^ un homme d'exécrable mémoire, ils vous diront qu'il veut se retirer après avoir créé une dette énorme à la Communauté et en tuant le crédit; selon eux, il ne vous demande une souscription que parce qu'il veut vaincre ou périr, et que pour faire de vous de nouvelles victimes de son ambition. Ensuite^ passant légèrement sur nous, qu'ils considèrent comme des fanatiques, ils vous assureront de leurs sentiments Icariens et de leurs bonnes intentions : ils veulent, disent-ils hautement partout, faire prospérer Icarie, payer toutes les dettes, travailler sans relâche, ne jamais vous demander l'aumône d'ua seul sou. Le tout se terminera par l'augmentation du nombre des membres de l'Opposant et par la diminution de celui des membres fidèles. Le moyen quelconque qu'ils mettront en

usage contre la souscription, aura pour but principal de jeter rincertitude dans vos esprits, le découragement dans vos cœurs et de refroidir ainsi votre admirable enthousiasme. Mais leurs procédés, aussi faibles que honteux, ne réussiront pas. Nous avons vu le cas que vous avez fait de ce qu'ils vous ont écrit. Vous connaissez leurs actes, leurs antécédents, leurs tendances, leur délicatesse, au besoin, vous leur répondrez selon ce qu'ils méritent. D'ailleurs, ils vous écriront peut-être parle Cour rier-des- États-Unis ; dans ce cas, leur prétendu avertissement fraternel vous parviendra dans les plis d'un drapeau ennemi, et il vous sera facile de leur répondre, de les pulvériser, de les flétrir.

» La misère générale constitue un obsiable plus sérieux, nous le savons; nous savons, en outre, que la situation est critique, et que mille difficultés nous assiègent de toutes parts. M ais, nous le savons aussi, si dans notre esprit il y a assez de clairvoyance pour mesurer toute l'étendue du danger, il y aura dans nos âmes assez d'intrépidité pour le surmonter. Courage donc, Icariens, mettons-nous à l'œuvre mieux que jamais. Rangés sous le drapeau que porte noire chef héroïque et vénérable, poursuivons, poursuivons sans relâche la mission sublime à laquelle l'Humaniié nous a appelés.

» Nauvoo, ce 22 septembre 1856.

» Suivent toutes les signatures de la Minorité. » Savoir ;

70 admis définitivement; 11 admis provisoirement ; Z|6 femmes ;

3 jeunes gens;

3 jeunes filles.

Total. 133

Au moment de mettre sous presse, on m'apporte le journal la Patrie du 23 août, qui contient une lettre de Prudent, dans le même sens que la circulaire de Mourot. Décidément la souscription est le cauchemar qui empêche l'opposition de dormir, el cela se conçoit fort bien, elle doit sauver Icarie qu'ils veulent tuer ; nous devons nous attendre qu'ils feront tous leurs efforts pour l'arrêter. Le seul moyen qu'ils ont trouvé jusqu'à présent, c'est de dire que le citoyen Cabet veut voler Targent de la souscription. Cela est trop bête pour faire quelque impression sur l'opinion publique.

Après avoir dit que : « après huit années de la vie la plus misérable, les victimes de M. Cabet se sont enfin révoltées, et qu'il ne lui reste plus que des satellites qui l'abandonneront quand il n'aura plus d'argent, le sieur Prudent ajoute : « La Colonie est divisée en deux partis. Les blancs qui sont avec M. Cabet, et les rouges qui sont contre lui. «

Cette classification de rouges et de blancs dans la Colonie Icarienne, serait à elle seule la condamnation de l'opposition qui l'a inventée. Mais si par hasard, ceux qui se vantent d'être rouges étaient noirs^ est ce que cela ne pourrait pas être, pour fjuelques-un s au moins ?

ftf. Prudent, d'après la Patrie, termine sa lettre en disant que : « Lui et ses cmis voudraient déjà être loin de cet enfer ; mais qu'avant tout ils ont voulu donner l'éveil aux souscripteurs qui croient en France, les soutenir de leur argent et qui pourraient être tentés par les promesses mensongères de M, Cabet. »

C'est tout clair, toutes les lettres des membres de l'Opposition doivent nécessairement finir de la même manière : c'est le mot d'ordre. Seulement, M. Prudent me paraît bien indiscret de dire ainsi tout crûment, que lui et ses amis voudraient déjà être sortis de cet enfer, c'est-à-dire de la colonie; mais qu'ils veulent avant tout empêcher la souscription. C'est dire, trop ouvertement, qu'ils veulent tuer la Çommunauté et

s*en aller après : je doute que les collègues de M. Prudent soieni très contents de sa franchise qui les démasque.

C*est le même Prudent qui m'écrivait le 9 août 1849, alors qu'il était encore l'un des satellites de M. Cabet :

« Nous sommes bien heureux d'avoir à notre tête un

homme aussi juste, aussi dévoué que le Cir. Cabet; son AMOUR pour l'Humanité n'a pas de bornes, lui qu'on a tant calomnié, tant outragé! Il nous montre en toute chose l'exemple de l'ordre, du travail, de l'économie et de l'égalité. Ils sont bien méchants, bien infâmes, ceux qui, après avoir trahi et abandonné ceux qu'ils appelaient leurs Frères, ont poussé la scÉLÉRATESSîî ju^qu'à oser porter une accusation odieuse contre le Gérant d'Icarie ; triste nécessité pour pouvoir expliquer leur conduite, que celle de devenir calomniateurs, peut-être à gages. A mes yeux, D est le plus coupable de tous, d'après ce que j'ai vu de lui à la Nouvelle- Orléans. Cet homme est capable de tout faire pour de l'argent. Jugez un peu si l'on a pu se tromper dans les admissions pour Icarie, vous qui avez entendu ses protestations de dévoûmeat à notre cause »

Le lijuillet 1851, il m'écrivait de Nauvoo : • » Dans plusieurs de vos lettres, vous nous répétez qu'il peut y avoir de la faute de ceux qui sont restés fidèles, s'il y a eu tant de désertions parmi nous, que la cause était peut-être due au manque de Fraternité, etc.

» Notre histoire de la Communauté n'olFre rien de particulier à ce qui se passe journellement dans le monde, les éléments étant les mêmes, les mêmes faits se reproduisent; seulement, étant sérieusement aux prises avec les difficultés de la pratique, il faut couper au vif toutes les habitudes, tous les défauts, en un mo!^ ce qui est incompatible à la vie Communautaire.

» Dans la vie Communautaire, la réciprocité est aussi indispensable pour la vie sociale, que le pain et l'eau pour Texistence du corps.

» Nous avons un plan, une théorie, des lois, des principes, un ordre social, dont le sens, le but, l'utiliié, vous frappent à chaque instant.

)) Eh bien ! malgré toutes les vertus, toute la sagesse, tout le dévoûment, je dirai même Tamour du cit. Cabet, il y a des natures, tellement rebelles qu'il n'y a pins de remèdes,

» Que faire de ces membres qui ne sont propres qu'à porter le désordre par un contact continuel?

» N'ayant aucun moyen de les guérir, il faut s'en séparer.

» Que ceux qui ne sont Communistes que pour jouir

tout de suite des bénéfices de l'Association restent, ils traînent avec eux trop de besoins, pour être satisfaits de la vie Commune, il leur faut Icarie toute faite, et c'est à peine si nous commençons.

».... La lâche que nous avons entreprise est immense! La plaie que nous voulons guérir est plus invétérée que vous ne pouvez vous l'imaginer.

» Nous avons sondé le mal, nous l'avons vu s'étaler librement à nos yeux.

» Il fallait le courage et la volonté d'un homme comme le cit. Cabet pour ne pas reculer devant un travail si ingrat.

» Mon cher Beluze, il est heureux pour moi que f aie eu sous les yeux une abnégation aussi complète^ j'aurais peut-être maintenant la mort dans l'âme.

« J'ajoute que ceux qui nous ont quittés ont commis à

notre (^gard tout ce qu'il y a de plus lâche, de plus immoral par ses conséquences, et de plus honteux.

» Je tiens compte de quelques exceptions, une peut-être, D...., qui s'est conduit comme il le devait, comme il l'avait promis. »

On voit avec quelle vigueur M. Prudent jugeait à cette époque les dissidents et les accusateurs de M. Cabet.

Le 20 avril 1852, après avoir passé quatre années à la gérance de la Colonie, dont un an à la place du Président, pendant que le cit. Cabet était venu se défendre devant la

Cour d'appel, le même Prudent qui pouvait connaître alors tous les rnérails du Fondateur d'Icarie, m'écrivait cependant encore :

» Je dis au Cit. Cabet, dans ma lettre du 17, que sa présence ici est absolument nécessaire.

» En plus, nous ne ferons rien, nous ne commencerons rien, nons ne nous informerons de rien tant qu'il ne tera pas présent. Et, pour résultat, nous nous chicanerons, en nous paralysant. Au lie» de ti ouver Tordre et l'harmonie, la concorde et la foi dans l'avenir, ce sera la défiance et le découragement que le Cit. Cabct trouvera s'il di/fére trop longtemps son départ.

>> Je considère la prolongation de son absence comme le plus grand malheur qui puisse nous arriver, capable de tout perdre en nous faisant tout manquer,

» S'il vient sans moyens, il peut faire beaucoup encore par sa présence. Je répète encore : Il faut qu'il vienne. Si j'étais à Londres, je me jetterais à ses GENOUX pour qu'il partît sans perdre UN INSTANT, ce que je n'ai jamais fait dans ma vie. Rien ne me coûterait pour sauver la Communauté. »

Voilà ce que Prudent écrivait en 18/!i9 et en 1852, Il est vrai qu'il était alors gérant, et qu'il ne l'a plus été depuis, parce que les électeurs ont trouvé qu'il jouait trop au maître.

Quoi qu'il en soit, que M. Prudent et ses amis soient rouges ou noirs^ ils n'atteindront pas leur but. La souscription ou plutôt l'emprunt que fait en ce moment le citoyen Cabet, au nom et pour le compte de la Nouvelle-Icarie, se continuera avec l'activité et le dévouement particulier aux Icariens. Je continuerai à centraliser à Paris, rue Baillet, n* 3^ le résultat de toutes les souscriptions pour les faire parvenir à destination.

Paris, le 26 octobre 1856.

V Beluze.

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