CRISE FINANCIÈRE
« Le 30 juin, la prétendue Assemblée générale, à laquelle la Minorité n'assistait plus, parce que celte Assemblée était devenue inconstitutionnelle et illégale , oppressive et tyrannique, décida: 1° que le Président de la Communauté était BLÂMÉ avec toute la Minorité ( Ik contre 91 ) ; 2"» qu'il n'avait PLUS LA CONFIANCE de la Majorité , ni les trois Gérants Heggi, Mesmer et Vogel; 3" qu'aucune traite ne serait valable si la signature du caissier Schroeder n'était jointe à celle de M. Cabet ; que Gustave Pierrot serait envoyé à Saint-Louis pour communiquer ces décisions à M. Taylor, notre commissionnaire; 6* Que Mourot était chargé de donner à ces décisions toute la publicité possible.
» Ces décisions étaient la plus grosse faute financière qu'il fût possible de commettre , capable de tuer le CRÉDIT de la Société.
» Aussi, MM. Taylor laissèrent PROTESTER presque toutes les traites, une de M, Parson, banquier à Keokuk, de 600 dollars, — une de M. Anderson^ à Keokuk, de 500 dollars, — une de M. Hamlety négociant à Monlrose, de 1,000 dollars,
indépendamment de beaucoup de sommes dues à Saint-Louis, à Keokuk, à Nauvoo et ailleurs, réclamées et non payées.
» J'ai averti le Public que le caissier Schroëder venait d'enlever, et en quelque sorte, de voler le SCEAU de la Communauté, sans vouloir le rétablir, et que je ne paierais aucune dette conlraclée sans mon autorisation. Mais je déclarai que je veillerais à ce que les engagements approuvés par moi fussent rigoureusement acquittés, et que je ne doutais pas que VactîfM suffisant pour payer le passif,
» J'écrivis souvent à Schroëder pour lui demander l'état de la caisse, de l'actif et du passif ; mais le caissier, se révoltant contre le Président de la Gérance et de la Communauté, ne daigna pas même avoir la politesse de lui répondre.
» Néanmoins, il vendait sans mon autorisation et sans me prévenir, presque clandestinement, du whiskey , des porcs, des pOmaies de terre, un flatboat , deux chevaux , un wagon , des veaux, etc., etc., et tuait, pour la satisfaction delà Majorité, des animaux qui étaient le gage des créanciers , en se laissant poursuivre, devant le juge de paix , par plusieurs membres de la Société admis provisoirement, qui se retirent par dégoût, et qui ne peuvent obtenir la restitution des quelques dollars que chacun d'eux a versés dans la caisse sociale. Beaucoup d'autres poursuivent devant la Cour de Carihage, notamment M. Ritter, de Nauvoo, pour 1,500 dollars dus depuis plusieurs mois, et MM. Taylor , de Saint- Louis , 5,300 dollars, »
Telle était la situation de la Colonie à la fin de septembre dernier. La Minorité, c'est-à-dire les Icariens fidèles aux principes, ou tout simplement les Icariens (ce litre ne peut plus être donné aux membres de la Majorité, car ils n'ont ni les idées, ni la conduite, ni les mœurs Icariennes), s'organisaient en dehors de la Colonie et préparaient leur départ pour Saint-Louis, où ils vont créer un établissement provisoire, en attendant le résultat du procès en dissolution.
Ce que j'ai extrait des bulletins journaliers peut suffire à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas Icaiiens, pour juger entre les deux partis, c'est-à-dire, d'une part, entre le Fondateur d'Icarie et les Ik membres qui s'appuient d'autre part, et M. Mourot avec les 90 membres qui se sont placés sous son patronage. Rien qu'à la différence des procédés, on peut juger de quel côté se trouvent la justice, la raison, la loyauté. Pour ceux qui veulent raisonner et peser les probabilités, qu'ils examinent quel est celui des deux chefs qui mérite la confiance des Icariens, et qu'ils choisissent entre Cabet et Mourot. Mais je rougis de mettre en parallèle le Philosophe qui a consacré 50 ans de sa vie à l'étude des questions sociales ; qui y a sacrifié sa fortune, son repos et celui de sa famille, avec un lutteur de carrefour retroussant les manches de sa chemise pour montrer son bras nerveux ! Nos adversaires sentent bien leur faiblesse sous ce rapport ; aussi ils s'efforcent par tous les moyens possibles, non pas de s'élever à la hauteur du cit. Cabet, mais de le rabaisser à leur taille ; dans ce but, ils viennent de faire une circulaire en date du 22 septembre, qu'ils ont envoyée en France en grand nombre.
Dans cette circulaire, dont le but est d'empêcher la souscription demandée par la Minorité pour créer et sauver Icarie, l'opposition, ou plutôt Mourot qui est son chef, prodigue au cit. Cabet les qualifications de voleur et d'escroc. Je me proposais de mettre cette pièce sous les yeux du lecteur pour son édification; mais le cit. Cabet écrit qu'il va l'envoyer avec sa réponse , je m'abstiens par ce motif. D'ailleurs, la quatrième Adresse des Icariens fidèles, qu'on va lire, en donne une idée complète en même temps qu'elle résume la situation présente de nos amis , leurs espérances et leurs projets pour l'avenir.