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Je viens soumettre au jugement des médecins quelques vues pratiques sur la maladie syphilitique, résultant pour moi d’études etd’observations suivies en silence pendant quinze ans. Je serai court, néanmoins, non pas que les matériaux me manquent assurément, mais il n’y a rien de moins utile, à mon sens, que de faire parcourir au lecteur toute la série de ses travaux. Ce sont les conclusions qui lui sont nécessaires, en médecine surtout* pour servir de point de départ à sa pratique et à ses recherches; car, on a beau dire, il faut toujours commencer par agir in verba magistri ; sauf à changer, d’après sa propre expérience, ou à persévérer dans la voie qu’on a d’abord embrassée , quand on la reconnaît pour la meilleure après vérification. D’ailleurs, je n’ai pas la pensée ambitieuse d’imposer à personne ma façon de voir; je demande seulement qu’on
veuille, pour un instant, se placer au point de vue que j’indique et d’où j’ai moi-même envisagé le sujet.
Est-il un médecin qui n'ait été frappé du vague et de l’incohérence choquante des doctrines médicales sur la syphilis, si l’on peut donner le nom de doctrine à un amas informe d’assertions contradictoires et de préceptes impraticables ? Cent fois on s’est demandé pourquoi cette maladie échappait à toutes les lois du bon sens et de l’expérience, et l’on s’est fait, au milieu de ce chaos, une doctrine à soi , lorsqu’on a eu assez d’occasions d’expérimenter; ce qui, par malheur, n’est pas le cas du plus grand nombre. Mais au début, quel embarras et quelle incertitude !
C’est ce qui m’a déterminé à publier cet opuscule. Puisse-t-il avoir pour effet de simplifier et d’éclaircir la question, et de rendre le traitement de la maladie vénérienne facile et accessible à tous, comme celui de toutes les autres maladies. Ce sera le meilleur moyen de combattre efficacement, et peut-être d’éteindre une maladie trop commune encore, et qui tire sa principale force du secret dont sont obligés de s’envelopper ceux qui en sont affectés, et qu’exploitent depuis trop longtemps des intérêts bien étrangers à la science.
Les idées dont je vais exposer l’ensemble ne sont point exclusivement les miennes : elles ont été adoptées, tant en France qu’à l’étranger, par plusieurs médecins et chirurgiens qui ont été témoins de mes recherches, et qui, ayant assisté aux leçons que j’ai faites en J 830, ont été à même de reconnaître l’exac-
tilude de mes assertions. Depuis lors, elles ont un 1 peu circulé par le monde, et modifié la manière de voir de quelques praticiens ; mais cependant les ani ciennes doctrines subsistent; et si l’on en juge par le I passage suivant, d’un prospectus de cette année, l'opinion n’est rien moins que fixée à cet égard.
Voici, en effet, comment s’exprime un médecin | éclairé et compétent, en annonçant un journal consacré spécialement à l’étude des affections cutanées et syphilitiques. «La syphilis, toute vieille qu’elle est, « malgré les querelles scientifiques qu’elle a fait « naître, malgré les orages qu’elle a suscités dans « le monde médical, depuis qu’elle est venue occu- « per si bruyamment, à la fin du xve siècle, la place « qu’elle tenait depuis si longtemps inaperçue, la « syphilis, dis-je, est encore aujourd’hui, aux yeux « de tous, une maladie dont l’étude, dont l’appréeia- « tion est pleine de doutes, d’incertitudes et de court troverses. Les opinions les plus opposées sont en- « core aujourd’hui présentées , défendues avec la « même chaleur, et, il faut le croire, avec la même « conviction. »
Eh bien ! je viens protester contre cette expression, aux yeux de tous ; je viens dire que, pour moi, la maladie syphilitique ne présente pas plus de doutes ni d’incertitudes que la variole ou la vaccine, par exemple; et j’établis les propositions suivantes, qui me semblent au moins conséquentes entre elles, bien que contraires à ce qu’on lit et à ce que l’on entend enseigner.