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DES DIVERS MODES DE NOMINATION AUX EMPLOIS SCIENTIFIQUES

Il y en a plusieurs, ce sont : i® Là nomination directe par le Ministre; 2 “ La nomination par élection directe; 3° La nomination par élection indirecte ou présentation; 4° La nomination directe par concours.

Dans le premier, Vau^rité ^mme, éclairée tant bien que mal par des lumMr^j^^iul^resj^^j^si , souvent elle est fort mal renseignée sur la Aleur ^s Vp™mes qu’elle choisit. Or, comme il importe beaucoup de faire de bons choix, surtout lorsqu’ils sont et doivent être à vie, livrer ces choix à l’action d’une autorité aveugle, incapable de juger par elle-même, ferait de ce mode de nomination le pire de tous. Mais comme il n’en est pas question dans le projet ministériel, je n’insisterai pas davantage.

La nbmintition par élection directe se fait habituellement à la majorité des suffrages par le corps qui se recrute. Ce mode à l’inconvénient de favoriser l’esprit de corps, il a d’ailleurs la plupart des défauts que je vais exposer à l’occasion de l’élection indirecte ou par présentation. Mais fl n’eD est pas non plus question dans le projet de M.le comte de Salvandy; passons donc.

Ln^nomination par présentation consiste dans la présentation à l’autorité, par le corps seul qui se recrute, ou en même tettips par d’àutres corps savants, de plusieurs candidats , parmi lesquels l’autorité choisit le professeur. 1 ®'Dans ce mode de nomination, l’élection, telle qu’elle a toujours été, telle qu’elle est encore et qu’elle a été proposée tout récemment à la Chambre des Pairs, se fait mystérieusement, sans rapport, sans discussion publics, sans la moindre garantie d’équité ét de moralité; la camaraderie s’agite et fait jouer tous ses ressorts : le père y vote pour son fils, le frère pour le frère, l’adversaire contre son adversaire Oü son ennemi. On ne leur en demande aucun compte. Ce serait soupçonner leur vertu, fi donc !... è’^st hou quand il s’agit du Concours , institution essentiellement publique, aux formes morales, sévères et honnêtes.

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5 » D’ailleurs les corps savants qui font la présentation, éta nt composés de savants de diverses natures, d’anatomi.stes, de physiologistes, de pathologistes, de physiciens, de chimistes, de Botanistes, etc., il en résulte que les jugesélecteurs ne connaissent jamais tous , par eux-mêmes, les travaux des candidats , parce qu’ils ne peuvent pas tous les comprendre. Ceux même qui peuvent les entendre, ne les connaissent ordinairement pas non plus, soit parce que ces travaux sont dispersés dans une foule de recueils qu’on ne peut pas réunir, soit par d’autres raisons. —Enfin, les rapporteurs eux-mêmes, qui'sont chargés de les faire connaître aux autres juges, les connaissent à peine, toujours par le motif qu’il est ordinairement impossible de les rassembler. Les juges-électeurs sont donc très-incompétents. On se récriera contre ces assertions et leurs conséquences, mais ce n’en est pas moins la vérité. — On répondra que les juges-électeurs discutent ensemble, à huis-clos, pour s’éclairer. —- Mais, pour s’éclairer ainsi, ne faut-il pas pouvoir se comprendre ? Et comment veut-on que des savants très-divers puissent se comprendre et apprécier les motifs que font valoir les savants spéciaux ! Cela n’est pas possible. Et comme d’ailleurs les plus éclairés qui devraient diriger les autres, sont trop souvent égarés par leurs passions, et même par des passions opposées trèsvives, il en résulte que l’ensemble de ces juges-électeurs devient tout-à-fait incapable de consommer équitablement et raisonnablement la nomination. Il en est, j’en conviens, qui jugent les candidats par la renommée; mais cette autorité est plus aveugle, et plus trompeuse encore. Quand il s’agit de choisir entre quelques hommes trèséminents , il faut des lumières spéciales pour distinguer le plus capable. Si ce principe n’était évident, pourquoi composerait-on les tribunaux de jurisconsultes exclusivement ? pourquoi n’y mêlerait-on pas des astronomes, des mécaniciens, des géomètres? Et si l’on ne veut pas de ces juges hétérogènes en jurisprudence, pourquoi en vouloir en médecine ?

3° Comme d’ailleurs le public ne connaît pas non plus tous les titres des çandidats ; comme il n’y a pas d’épreuves

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publiques qui puissent gêner les électeurs clans leurs pas* sions, les intrigants dans leurs démarches, ils peuvent s’abandonner tous avec plus de liberté, je dirai même avec moins de culpabilité, aux sollicitations les plus condamnables, que s’ils étaient retenus par des épreuves solennelles d’une évidente supériorité.

L’élection est donc aussi favorable à la corruption par ses mystères, que le Concours lui est contraire par sa publicité. L’élection , d’ailleurs, augmente considérablement l’influence des gens qui, occupant de hautes positions, s’emparent alors du pouvoir électoral et en trafiquent de la manière la plus scandaleuse. Or, nous sommes à une époque où il n’est pas urgent, je crois, d’augmenter la corruption !

4 .° Par l’élection, enfin, les Intérêts de fortune les plus considérables, les intérêts d’honneur, d’estime et de gloire les plus nobles, sont jugés sans appel, et avec moins de gai’antie que ne l’ést un intérêt de cent sous par un juge de paix. Ce mode d’élection est donc une institution aussi barbare par son aveuglement que les jugements du mo^'enâge. Et pourtant c’est tout à la fois l’intérêt social et l’intérêt particulier sur lesquels on prononce avec cet aveuglement. Cependant n’importe-t-il pas autant à la société qu’aux hommes instruits de voir le haut enseignement placé dans les mains des hommes supérieurs ?

5° Enfin l’expérience prouve, quelques assertions que l’on ose avancer à cet égard, que l’élection et la présentation fournissent, en général, des professeurs inférieurs à ceiix qui sont nommés par le Concours, quoiqu’elles donnent parfois d’excellents résultats.

Mainteiaant, je me demande si le droit ne consiste pas à devoir obtenir pour soi ce que l’on mérite mieux qu’aucun autrej si le devoir ne doit pas être l’obligation de faire tout ce qui est avantageux et utile à la société ; si, quand une nation reconnaît ces principes, et quand elle rend hommage au droit devant les tribunaux pour les sommes les plus minimes, elle ne doit pas se montrer conséquente et lui rendre le même hommage, quand il est beaucoup plus important et plus estimable encore, quand il est le

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droit de l’intelligence, le droit du travail et du mérite personnels? je me demande enfin, si cette haute question de jurisprudence ne mériterait pas l’examen et l’appui du corps médical et des jurisconsultes, et si la Chambre des Députés se refusera à proclamer un droit aussi manifeste et aussi éclatant que le droit de Concours public avec toutes les garanties qu’il réclame pour la nomination aux chaires des Facultés, surtout quand la Charte autorise et légitime ces vœux? Ne déclare-t-elle pas, en effet, que les Français sont égaux devant la loi ( art. i®’’ ); gu ils sont également admissibles aux emplois civils etrnililaires (art. 3),gtéils ne pourront être distraits de leurs juges naturels ( art. 53 )?

On pressent par la critique de l’élection comparée immédiatement avec le Concours, pour mieux faire appi’écier la supériorité de celui-ci, qu’il me restera peu de choses à dire de cette dernière institution.

La nomination directe par Concours est faite par un jury compétent, après que chaque candidat a été soumis à des épreuves publiques, semblables par leurs conditions, où chaque candidat devient son propre défenseur. Les épreuves sont multipliées et modifiées pour mieux apprécier les diverses qualités des compétiteurs, et par suite le professeur le plus capable.

Comme le Concours est surtout destiné à éclairer sur les qualités nécessaires, indispensables au professeur, il doit être approprié à son but, c’est-à-dire faire connaître les qualités professorales. Comme tous les travaux, tous les écrits, toute la vie scientifique d’un homme, concourent à faire apprécier ses connaissances et sa capacité, ce sont des éléments dont il faut toujours tenir un compte très-exact, et c’est ce que Fon fait aujourd’hui.

Pour reconnaître les qualités du professeur dans un homme, et distinguer le plus capable dans plusieurs candidats, les savants ne sauraient repousser le Concours, sans manquer à un des premiers principes de leur vie scientifique, car c’est l’application de la méthode expérimentale à la recherche d’un professeur. Qu’est-ce, en effet, que le Concours? N’est-ce pas expérimenter direc-

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