OBJECTIONS DE M. COUSIN
Cependant, il s’est trouvé un homme d’un grand nom, d’une grande autorité dans les choses d’intelligence et d’enseignement , savant dans les lettres et la philosophie, orateur éminent de la Chambre des Pairs, ancien-ministre de l’Instruction publique, l’illustre M. Cousin, qui considère le Concours comme un moyen incapable de distinguer le fort du faible, et de donner l’honneur dé là vie»
bH M. COUSI».
toîre à celui qui en serait véritablement le plus digne. Et, chose merveilleuse ! le Concours a, selon M. Co.usin, des propriétés toutes contraires, pour nommer des suppléants aux professeurs ! Il est vrai qu’on les appelle des agrégés. Voyez l’influence d’un mot !
Quelque fortes que paraissent les raisons de l’éloquent orateur, nous avons une conviction contraire si profonde, que nous ne pouvons résister au besoin de les combattre. Il nous a fallu de grands motifs de confiance pour nous inspirer une résolution aussi téméraire. Il nous a fallu être bien sûr que M. Cousin manquait des lumières de l’expérience, des lumières pratiques que nous avons acquises directement nous-même , comme candidat et comme juge dans les concours et les élections.
On nous dira que l’illustre philosophe a été souvent juge dans les concours de l’agrégation, dans les élections académiques : oui, mais U n^a jamais été candidat dans des concours importants, peut-être jamais dans des élections scientifiques, et assurément jamais il n’a fait partie des concours de médecine, ni comme juge^ ni comme concurrent. M. Cousin n’est point devenu professeur de la Faculté desLettrespar le concours, quoiqu’il fût si capable d’y parvenir par cette voie.
Depuis son élévation au professorat, M. Cousin est arrivé à d’autres dignités dansl’üniversité, mais jamais par concours. Ainsi, il ne doit au concours aucune des grandes distinctions dont il jouit.
Sous ce rapport, nous sommes, nous en particulier, dans des circonstances moins défavorables, quoique dans une sphère bien moins élevée, en fait et en droit, que celle de M. Cousin. En effet, nous avons parcouru toute la hiérarchie des distinctions médicales par le concours et par l’élection ; nous nous sommes présenté dans sept concours importants de la pratique publique et de l’enseignement, pour ne parler que des plus difficiles par le nombre et la variété des épreuves. D’ailleurs, nous nous sommes présenté sept fois aussi à l’élection. D’une autre part , nous avons été juge plus de douze fois dans les concours où nous avions paru autrefois comme compétiteur. Enfin
OBJECTIONS DU M. COOSIN.
nous avons pris part au moins quinze fois à des ëlectioni académiques, et deux ou trois fois à des élections de présentation pour des professeurs des écoles préparatoires. Nous avons donc, ainsi que nous le disions en commençant, pratiqué le concours et l’élection un grand nombre de fois, comme candidat et comme juge; nous avons donc une longue expérience de ces choses ; et si l’expérience est le guide le plus sûr dans la pratique de la vie, nous devons être dans des conditions plus favorables que ne l’est M. Cousin, pour apprécier la valeur relative de l’élection, de la présentation et du Concours.
Nous regrettons d’être obligé d’entrer dans de tels détails, mais notre position est si humble vis-à-vis de notre honorable adversaire , que nous en avions besoin pour donner quelque autorité à nos paroles. Nous nous croyons même forcé d’ajouter que nous ne parlerons jamais que d’après ce que nous avons vu par nous-même, et que nos paroles devront avoir l’autorité d’un témoin oculaire et d’un acteur, dans les faits que nous raconterons. Nous en parlerons d’ailleurs, avec d’autant plus d’indépendance, que nous n’avons plus rien à acquérir par le concours, en faveur duquel nous nous prononçons , et que nous pouvons encore aspirer à quelque honneur dans la carrière scientifique par l’élection. En nous prononçant contre ce mode de nomination, loin de servir nos intérêts, nous les sacrifions directement à nos convictions.
Ces observations préliminaires posées, nous abordons de suite les objections de l’illustre M. Cousin, telles qu’on les trouve exposées au Moniteur de 1847, pages 1428 et suivantes. Pour n’omettre aucune de ses objections, et n’en pas affaiblir la force, nous suivrons généralement l’ordre de leur exposition, nous en citerons textuellement les paroles, nous les apprécierons, nous ferons voir que ces objections, quand elles ont une apparence de valeur, peuvent toujours être tournées avec plus d’avantage contre les autres modes de nomination que contre le Concours.
RÉPONSE A J-A r« OBJECTION.