‹ Lettre sur les prodiges de la nature et de l'artChapitre 14 sur 15 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Même sujet truité autrement.

An 605 de l’hégyre. Je réponds à ta demande en ces termes. Il faut te procurer la médecine qui se dissout dans le liquide et la plonger dans celui-ci, qu’elle le pénètre et se mêle à lui, que ce ne soit point une esclave fugitive et qu’elle le transmue. L’esprit étant mêlé, il se fixe sur la chaux du métal. On estime que la fixation avance quand le corps et l’esprit changent de place et se subliment. Il faut que le corps devienne esprit et que l’esprit devienne corps. Prenez donc les ossements d’Adam et le même poids de chaux, six pour la pierre Tagus, cinq pour la pierre d’union. Broyez ensemble avec de l’eau vitale, dont la propriété principale est de tout dissoudre, en sorte que tout se dissolve. Recommencez plusieurs fois la solution et la coagulation

Jusqu’à ce que la matière s’incère, c’est-à-dire

que ses parties s’unissent et deviennent comme de la cire. Le signe de l’incération est que la médecine coule sur une lame de fer chaude. Ensuite on la mettra dans la même eau en un lieu chaud et humide, ou bien on la suspendra dans de la vapeur d’eau très chaude, on dissoudra et on coagulera au soleil. Tu prendras du salpêtre et tu convertiras l’argent vif en plomb, puis tu laveras le plomb et tu le purifieras en sorte qu’il devienne semblable à l’argent. Opère comme ci-dessus. Le poids total est trente (1).

Cependant en prenant du salpêtre, LURU VAPO CON UTRIET- et du soufre (2), si tu connais le secret, tu obtiendras une grande flamme et un bruit comparable à celui du

(1) Ici s’arrête la description du grand Œuvre. Bacon l’a embrouillée à dessein, tant il est jaloux de ses secrets et surtout de celui-là; au reste, il ne fait que suivre l’exemple de tous ceux qui l’ont précédé.

(2) C’est la recette tant de fois citée ; il n’y manque que le charbon, mais nous Taxons vu énigmatiquement désigné plus haut (voyez la note l,page 61). Bacon connaissait donc la poudre. Mais il ne s’en donne pas comme l’inventeur; Marcus Græcus, bien avant lui, en avait donné la composition et décrit ses effets dans son célèbre livre des feux. Remarquons en passant que ce passage avec quelques fragments du chapitre IV constitue tout ce que les vulgarisateurs comme Figuier et consorts connaissaient de la Lettre sur la nullité de la magie «

tonnerre. C’est à toi de discerner si je te parle énigmatiquement ou selon la vérité. Quelquesuns ont pensé autrement, car il m’a été dit que tu devrais tout résoudre en la matière première de laquelle Aristote parle en des passages connus et célèbres ; c’est pourquoi je les passe sous silence. Lorsque tu auras ces choses, alors tu auras des éléments purs et simples. Tu y parviendras par le principe des contraires et par les opérations diverses que j’ai nommées plus haut : clefs de l’Art. Aristote dit que l’égalité des forces exclue l’Action, la Passion et la Corruption. Averroës, réfutant Galien, dit la même chose.

Ils l’ont regardée comme étant la plus simple des médecines et la plus pure qui existât. Elle est bonne contre les fièvres, les souffrances de l’âme et du corps (1). Adieu.

(1) Aussitôt après sa recette de la poudre à canon, Bacon reprend son discours sur la pierre philosophale sous forme d’aphorismes généraux.

Nous voici arrivés à la fin de ce remarquable ouvrage ; un simple résumé en dira plus long que plusieurs pages de louanges : Bacon nous a exposés quel e est la raison de la puissance de la parole en magie, il laisse entendre que la plupart des phénomènes dits magiques sont dus soit à l’extériorisation de certaines forces (sortie du corps astral), ou à la puissance de la volonté (suggestion mentale), il explique comment on devient mage, mais toujours à mots couverts, car il est moine, et ses supérieurs recherchent l’occasion de

Quiconque m’aura compris aura la clef qui ouvre et personne ne ferme, celle qui ferme et personne ne peut ouvrir.

le prendre en faute ; biologiquement, il expose le dogme de l’atavisme ou de l’hérédité ; dans le monde physique, sa connaissance des propriétés des lentilles et des miroirs, son idée d’une machine à voler, sont réellement surprenantes pour son époque ; chimiquement il donne la composition de la poudre à canon, alchimiquement il traite du Grand Œuvre! Et encore ceci nous le montre uniquement physicien et mage : il était encore philosophe et mathématicien avec autant de succès ! Avoir ravivé la glorieuse mémoire du malheureux alchimislé, tel a été notre but ; puissionsnous avoir réussi.

A. Poisson.

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