‹ Lettre sur les prodiges de la nature et de l'artChapitre 13 sur 15 · CHAPITRE X Même sujet traité autrement · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Même sujet traité autrement

Or en l’an 602 de i’hégyre, tu m’as demandé plusieurs secrets. Prends donc la pierre (1), calcine-la légèrement, ouvre-la avec des eaux fortes. A la fin mêle avec un peu d’eau douce; compose une médecine laxative avec sept choses, ou six, ou cinq ou de tel nombre que tu voudras. Mais mon esprit s’arrête sur dèux choses, dont la meilleure proportion est une partie et demie de l’une ou environ, comme l’expérience te l’enseignera. Fonds ton or au feu et coule. Mais, si tu veux me croire, tu prendras une chose qui est le secret des secrets de nature et qui peut faire des miracles; fais donc un mélange de deux choses ou de

(1) Ceci n’est que la suite du chapitre précédent; ce que dit Bacon au commencement n’est que pour détourner les profanes. Ce chapitre contient la description des opérations ou aspects que prend la matière dans l’Œuf philosophique, depuis la blancheur jusqu’à la fin de la rougeur.

plusieurs avec le phénix, qui est un animal rare, mélange le tout et mets-le sur le feu. Si alors tu ajoutes quatre ou cinq parties d’un certain liquide chaud, tu auras le composé voulu. Remarque (1) que sa vertu céleste est affaiblie* si tu ajoutes de l’eau chaude trois ou quatre parties. Sépare donc le fort du faible dans différents vaisseaux, si tu veux me croire. Recueille ce qui est bon. Ajoute de nouveau de la poudre et exprime rapidement le liquide qui est resté. Car ce liquide contient' encore des particules non incorporées; c’est pourquoi il te faut recueillir avec soin cette eau. La poudre desséchée a une vertu médicinale laxative. Fais donc comme il a été dit, tant que tu sépares le fort du faible ; ajoute trois, quatre, cinq parties ou plus de poudre et continue ainsi. Si tu ne peux réussir avec de l’eau chaude, prends une eau alcaline, aiguë, violente. Si, à cause de la violence de l’eau et

(1) A partir d’ici, Bacon cesse la description tronquée du Grand Œuvre pour parler de la préparation de la poudre à canon; tout ce qu’il dit dans ce paragraphe a trait à la préparation du salpêtre cristallisé, par lavage des terres nitreuses et cristallisation du sel en évaporant les eaux mères. La préparation de la poudre à canon et la description du Grand Œuvre se trouvent ainsi mêlées à dessein. Nous ne savons si le saint Père fut satisfait de cette façon de révéler des secrets ; il est probable qu’il n’y comprit goutte»

de la faiblesse de la médecine, celle-ci se dissout, tu ajouteras de la poudre, puis soigneusement plus de fort que de faible. Mais, si la poudre l’emporte en quantité, ajoute de la médecine. Si c’est le liquide qui est trop aigu, on rassemble la matière avec un pilon et on sépare le liquide de façon à dessécher complètement, car ce liquide contient la poudre et l’eau de la médecine qu’il faut mêler avec la t poudre principale. Il ne faut pas dormir ici, car ce chapitre contient un secret utile et remarquable. Ce secret, c’est de savoir bien ordonner l’arbrisseau nommé bruyère ou le saule avec plusieurs autres choses pouvant rester unies (1). Retiens bien ceci, c’est un grand secret.

Or le jaune ayant paru, tu mêleras (2), il se forme une pierre semblable, je crois, à la pierre d’Ibérie ; il est hors de doute qu’elle mortifie ce qui a été mortifié par la vapeur du

(1) . Il indique ici le second ingrédient nécessaire pour la fabrication de la poudre à canon, c’est-à-dire le charbon de bruyère ou de saule.

(2) Il reprend la description du grand Œuvre, c’est la partie comprise entre la fin de la blancheur et le milieu du troisième degré. Commenter complètement tout ce qui a trait au grand Œuvre serait trop long; pour le lecteur que cett.e question intéressé, se reporter à notre ouvrage : Théories et Symboles des alchimistes.

Le Grand Œuvre.

plomb. En séparant le vivant du mort, tu trouveras le plomb. Ensevelis le mort dans l’encens et lesarcoeolle (1). Garde bien ce secret, car il a quelque utilité. Tu feras la même chose avec la vapeur de la pierre précieuse ou la pierre Tagus. Ensevelis le mort comme j’ai dit.

(1) On augmente le degré du feu, une partie de la matière (le vivant) se sublime, le reste (le mort, caput mortuum,) reste au fond du vaisseau. Le caput mortuum disparaît quand apparaissent de nouvelles couleurs semblables à la résine d’encens, etc.

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