‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 27 sur 80 · o d'où il faut défalquer le billet à compte 5oo · texte numérisé non relu

o d'où il faut défalquer le billet à compte 5oo

Restent : 2 .900

Raisonnablement, je ne peux pas faire plus de quatre feuilles par mois, surtout avec mes habitudes de concoction spirituelle. — Galonné n'en publiera jamais moins de deux (4oo ou 5oo fr.).

Serai-je obligé de faire en outre une lettre ainsi conçue : Je prie Madame Aupick,ma mère^ et mon héritière naturelle, au cas que je meure, de rembourser la somme de , prêtée par , sur tel traité?

Bonne précaution, mais humiliante.

Je n'ai pas \'u votre Figaro. Je m'en fous, comme du Gaulois, et de tous ces petits torche-culs qui me sont d'autant plus odieux que je suis occupé de choses plus tristes ou plus sérieuses.

Il est présumable que je vais faire une petite feuille sur les emplettes espagnoles.

Mon cher Malassis, faisons de notre mieux. Je ferai tout pour donner des sécurités suffisantes.

Tout à vous, et pardonnez-moi mon impatience d'hier.

C'est demain le ii. Ma conférence avec Caionne aura lieu le 12. Le 12, vous aurez le traité ; le i3, vous aurez le compte.

A POULET-MALASSIS

1 1 Décembre i858.

Mon cher,

Je ne saurais trop vous supplier de tout mettre en œuvre pour me trouver le moyen de quitter Paris, où je dépense trop, et où je perds les neuf dixièmes de mon temps.

Ce soir, je vous ai expédié le traité. L'avez-vous reçu ? Les explications minutieuses et exactes que je vous ai envoyées hier complètent la somme de renseignements nécessaires. Il ne vous manque plus qu'un mot de Galonné, qui confirme mes dires, relativement à notre compte. Je ferai en sorte de le mettre à la poste^ demain soir.

Gomme le temps fuit ! Eu supposant que vous ayez cela, le i3 au matin, que peu de temps me restera.

Vous ne m'avez pas encore dit de quel procédé vous vouliez user pour accomplir mon désir. Ne craig^nez pas de m'accabler de lettres.

Je ne vous parle pas de reconnaissance. Geux qui sont de l'école de Rivarol et de Ghamfort ne doivent pas aimer cela !

LETTRES l858 175

Il y a, dans le traité, une foule de clauses littéraires (par exemple, l'interdiction de certains journaux) qui peuvent être violées; c'est entendu entre lui et moi.

Demain, je profiterai de ma visite pour l'avertir que nous avons l'intention de lui reprendre tou^ ce qui sera articles Variétés et Poésie.

Je pense que si nous (vous ou moi) réglons la question par billets, nous pourrons toujours, pour créer la concordance, demander à Galonné des billets que vous escompterez, il suffirait qu'il vît de l'exactitude dans le travail, mais je ne lui parlerai pas de cela demain.

A POULET-MALASSIS

3o Décembre i858.

Mon cher Malassis,

Tout est pour le mieux. Faites faire, pour diminuer toutdélai (mes bibelots personnels seront vendus, le 4)? les deux délégations à C , l'une portant sur la Revue contemporaine, l'autre sur Les Fleurs et Edgar Poe (3 vol.).

Je ne vous écris pas de détails. Vous lirez la lettre de T . Elle a quatre lignes.

Je pars ce soir ou demain. Ne m'en veuillez pas, si je n'apporte pas le bouquet de votre sœur cette fois ; ce sera pour dans deux ou trois jours.

Galonné vient de payer r 0.000 tr. le roman nouveau de Feydeau, quinze feuilles. J'ai fait une explosion, mais il paraît que c'est une spéculation!

Tout à vous. — Aucun renouvellement ne sera nécessaire.

Pas de Caisse d'éparg-ne. C'est votre Lauzun qui est cause, ou plutôt votre Lacour, que T ne fait pas tout d'un seul coup {neuf mois).

Vous me ferez penser à vous raconter l'entrevue Sasonofï.

A ARMAND FRAISSE

... Je puis vous marquer quelque chose de plus singulier et de presque incroyable. En 1846 ou 18^7, j'eus connaissance de quelques fragments d'Edgar Poe : j'éprouvai une commotion singulière. Ses œuvres complètes n'ayant été rassemblées qu'après sa mort en une édition unique, j'eus la patience de me lier avec des Américains vivant à Paris, pour leur emprunter des collections de journaux qui avaient été dirigés par Edgar Poe. Et alors je trouvai, croyez-moi si vous voulez, des poèmes et des nouvelles dont j'avais eu la pensée, mais vague et confuse, mal ordonnée, et que Poe avait su combiner et mener à la perfection...

A POULET-MALASSIS

i3 Février iSSg.

Mon cher ami,

Je vous répète ce que je vous ai dit pour répondre aux explications répétées que vous me donnez sur votre situation : Je saurai substituer à temps d'autres valeurs littéraires à celles dont vous pouvez être privé par une déconfiture possible. De plus, je laisserai dormir de l'argent quelque part. Je vous écrirai un petit mot, relativement aux Sofr. de la fin du mois.

Jusqu'à présent, tout le monde m'oublie ; 3oo fr. d'un côté, ioofr.de l'autre, i5o fr. d'un autre, i5o fr. d'un autre^ tout cela m'étant dû, rien n'arrive. Les gens en prennent à leur aise avec les absents.

Avez-vous pris à la poste d'Alençon ma lettre pour Dumesnil? — Grave.

L'article sur Poe, le vôtre? Vous me ravissez avec les modes de l'an 7. Merci.

J'ai enfinreçu \^ Danse macabre. Selon Galonné, tout va bien.

Sitôt que j'aurai /?ai/ les Curiosités, je vous avertirai, et je décamperai pour Alençon, où je ne veux plus accepter votre trop belle hospitalité. — J'ai fini l'étude sur Gautier. Je crois qu'il sera content, ainsi que vous et tous nos amis.

Tout à vous.

Mes amitiés respectueuses à votre sœur et à votre mère. Quant à de Broise (entre les mains de qui vous ne vous mettrez jamais par ma faute), chargez vos deux poings de fluide magnétique (poétique), et frappez-le alternativement de toute votre force dans le dos et dans le plexus solaire. Gela pourra être considéré comme une espèce d'envoûtement, et, selon le rituel de la haute magie, tous les envoûtements secondés par une puissante volonté doivent réussir. Mais que cette opération douloureuse et bienfaisante ne vous empêche pas de lui présenter mes amitiés.

A PÛULET-MALASSIS

i6 Février iSSg.

Gomme je suis dans une pauvreté absolue, craignant quelque imprudence de ma part, je viens de remettre vos i.o35 fr. à ma mère, en lui disant que c'était un dépôt.

Permettez-moi un reproche. Gomment pouvez-

LETTRES iSSq 179

VOUS faire une traite sans inscrire la date ? C'est vraiment fou.

Si, au commencement de Mars, je n'ai pas entre les mains une somme assez forte pour vous expédier vos 80 fr., je vous enverrai un petit billet, payable ici, que vous escompterez très facilement.

Tout le monde m'oublie, mon cher. Les impertinences me poussent à la fureur, et je crois vraiment que je serai obligé d'aller à Paris arracher en personne 3oo fr. ici, là 260, là i5o, etc.. Il n'y a rien de plus irritant que le silence des gens dont le devoir est de répondre.

Votre article sur Poe?

Le troisième La Mésaiigère? Vous ne sauriez croire de quelle utilité pourront m'èlre les choses légères, non seulement par les images^ mais aussi par le texte.

Les jugements dont vous me parlez sont bien étranges. Ici serait nécessaire Voltaire le maudit. Il me semble que, quand le mari ne se plaint pas, le cocuage est une institution, à la manière du duel.

J'ai reçu une épreuve de Danse macabre, soit quinze strophes à 3 fr., pour le sieur Malassis.

Mais vous savez que Galonné n'a pas encore son Opium remanié, qui représente 4 -500 fr. que je lui dois. Ne s'était-il pas avisé d'affaiblir l'horreur de deux vers ?

Baijadèrc sans nez, irrésistible gouge.

l80 CHARLES BAUDELAIRE

(mot essentiellement macabre, la mort étant une courtisane irrésistible qmsuit l'armée universelle),

Dis donc à ces danseurs, qui font les offusqués : « Fiers mignons, malgré l'art des poudres et du roug-e. Vous sentez tous la mort ! O squelettes musqués,

il avait substitué

aux yeux pleins d'épouvantes, des pommades savantes,

Je ne sais pas comment la chose a paru, si elle a paru. Ne lui réclamez pas d'arg-ent, avant qu'il ait son Opium :{\\ y a de plus un petit reliquat de 60 fr. sur Le Haschisch), (vingt-cinq colonnes de L'Artiste, à peu près).

Si vous êtes satisfait de la notice sur Théophile, ne pourrions-nous pas en faire une jolie brochure ? Il est évident que le Gautier et le Poe ne peuvent pas entrer dans les Curiosités. Cela d'ailleurs (ne fût-ce que de 100 fr., ou même de 5o fr.) pourrait diminuer un peu mon effroyable dette vis à vis de vous. D'un autre côté, l'influence de Gautier et de Pelletier pourrait conseiller à Turgan de la reproduire dans Le Moniteur. Houssaye pourrait vous prêter le portrait.

Je suis bien noir, mon cher, et je n'ai pas apporté d'opium, et je n'ai pas d'argent pour payer mon pharmacien à Paris .

A CHARLES ASSELINEAU

Honfleur, le 20 Février iSSg.

Mon cher,

Je vous serai bien obligé de me dire si ma Danse macabre a paru, avec la dédicace à Christophe? Cela aurait dû paraître dans le numéro du i5. Je n'ai pas reçu un mot de Galonné, à qui j'ai retourné les épreuves.

Pouvez-vous passer à l'imprimerie Ducessois, et dire qu'il ne faut pas trop tarder pour les épreuves du Gautier ? Comxtye, cela a été écrit avec une rapidité de démon, il est bon que je les revoie à loisir. Or, un petit retard de ma part dans le renvoi de répreuve ajournerait encore l'apparition. Ils ont eu très largement le temps de composer. Rappelezleur qu'il faut m'envoyer le tout (placards et manuscrit) sous bandes croisées, avec la rubrique : Papiers d'affaires, à M. de la part de M., et affranchir. Insinuez, en même temps, qu'il serait très important pour le lecteur, le journal et moi, que tout parût d'un seul coup, quelle que soit la longueur. Gela est fait pour être lu en une seule séance. Bonjour à Gardet, à Wallon, à Sasonoff, à Babou, à Boyer. Dites à La Madelène que je viens d'écrire quelques impiétés voltairiennes. J'en rougis peut-être. Par bonheur, c'est en style lyrique. Si j'avais eu le Gautier complet, hier soir, il

iSa CHARLES BAUDELAIRE

est évident que j'aurais pu tout renvoyer aprèsdemain, et cela aurait pu partir dimanche.

Autre histoire : tâchez donc de carotter pour mol à Edouard Houssaye toutes les images de Méryon(vues de Paris), bonnes épreuves sur Chine. Pour parer notre chambre, comme dit Dorine. Il est évident qu'il ne faut pas les portera mon compte, car je pourrais aussi bien les acheter. Maintenant qu'on m'a pardonné toutes mes lenteurs, je présume que ce n'est pas une entreprise très difficile.

Dans les premiers jours de Mars, je vais aller à Paris, avec un paquet monstrueux pour Morel : Le Corbeau, avec le fameux commentaire^ la Méthode de composition, qui vous fait tant horreur; un article sur la peinture espagnole (les dernières emplettes; mais,quoiqu'il ait déjà imprimé quelque quelque chose là dessus, c'est acceptable), et quelques Poèmes nocturnes. Je vous demande mille pardons de tant vous parler de moi. Il est naturel que j'aie besoin de bavarder. D'ailleurs, c'est rare, et ici je désapprends à parler. Je suis en forte correspondance avec Malassis qui, à son dire, a été reçu triomphalement à sa rentrée. C'est la famille romaine, me dit-il.

Pour vous qui me l'avez peint rêvant de nouveaux scandales, pendant qu'on préparait les verg^es, vous m'avez fait bien rire.

Et vous, que faites-vous? Comment vous portezvous? 11 fait bien froid, on me dit qu'il fait chaud. Il fait positivement moins froid qu'à Paris,

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mais c'est un autre genre. Chaud ou froid, c'est humide ; jamais sec, aussi cela me semble plus froid.

Et ce monstre parfait, le vieux mauvais sujets que devient-il? Cet homme vicieux qui sait se faire aimer ?

Chronique locale. J'ai appris par des ouvriers, qui travaillaient au jardin, qu'on avait surpris, il y a déjà longtemps, la femme du ,se faisant

f dans un confessionnal. Cela m'a été révélé,

parce que je demandais pourquoi l'église Sainte- Catherine était fermée aux heures où il n'y a pas d'offices. Il paraît que le curé a pris depuis lors ses précautions contre le sacrilège. C'est une femme insupportable, qui me disait dernièrement qu'elle avait connu le peintre qui a peint le fronton du Panthéon, mais qui doit avoir un c superbe (elle). Cette histoire de f provinciale, dans un

lieu sacré, n'a-t-elle pas tout le sel classique des vieilles saletés françaises ? Gardez-vous bien de raconter cette histoire à des gens qui pourraient dire à Honfleur que vous la tenez de moi, alors il me faudrait fuir mon lieu de repos .

C'est depuis ce temps que est obligé

d'effacer des cornes que l'on dessine sur sa porte.

Pour le curé, que tout le monde appelle ici un brave homme, c'est presque un homme remarquable, et même érudit.

J'ai fait un long poème dédié à Maxime du Camp, qui est à faire frémir la nature, et surtout les amateurs du progrès.

l84 CHARLES BAUDELAIRE

Veuillez présenter mes respects à votre famille, et écrivez-moi.

Votre bien dévoué.

A SAINTE-BEUVE

21 Février iSSg.

Mon cher ami,

J'ignore si vous recewezla Revue française. Ma\s, dans la crainte que vous ne la lisiez, je proteste contre une certaine lig'ne (à propos des Fleurs du Mal),pa.ge i8i, où l'auteur, qui cependant a beaucoup d'esprit, commet quelques injustices à votre égard.

Une fois, dans un journal, j'ai été accusé d'ingratitude envers les chefs de l'ancien romantisme, à qui Je dois tout, disait, d'ailleurs judicieusement, cet infâme torche-cul.

Cette fois, en lisant cette malheureuse ligne, je me suis dit : Mon Dieu! Sainle-Beuue, qui connaît ma fidélité, mais qui sait que je suis lié avec l'auteur, va peut-être croire que f ai été capable de souffer ce passage. C'est juste le contraire ; je me suis maintes fois querellé avec Babou pour lui persuader que vous faisiez toujours tout ce que vous deviez et pouviez faire.

Il y a peu de temps, je parlais à Malassis de celte grande amitié qui me fait honneur, et à laquelle je dois tant de bons conseils. Le monstre ne m'a pas laissé tranquille que je ne lui aie fait cadeau de la

LETTRES — 1869 l85

longue lettre que vous m'adressiez lors de mon procès, et qui servira peut-être de plan pour la confection d'une préface.

Nouvelles Fleurs faites, et passablement singulières. Ici, dans le repos, la faconde m'est revenue. Il y en a une {Danse macabre) qui a dû paraître le i5, k\di Revue contemporaine...

Je n'ai pas oublié votre Coleridffe, mais je suis resté un mois sans recevoir mes livres, et parcourir les 2.400 pages de Poe est un petit travail.

Bien à vous, et écrivez-moi, si vous en avez le temps.

Honfleur, Calvados (cette adresse suffit).

Qu'est-ce que devient le vieux mauvais sujet (d'Aurevilly)?

A CHARLES ASSELINEAU

24 Février i85g.

Mon cher.

Les exilés aiment qu'on s'occupe d'eux. Je vous envoie donc une élucubration que je suis obligé (j'ensuis désolé) de donner à de Galonné. Je désire, de tout mon cœur, qu'il la refuse. Si vous voyez du Camp, ne lui dites pas que je vous ai communiqué son affaire.

Babou m'a joué un cruel tour. Il croit donc que la plume est faite pour faire des niches. Je viens de recevoir une longue lettre de Sainte-Beuve. Même quand on croit posséder la vérité, il faut la cacher.

l86 CHARLES BAUDEI-AIRE

si l'on prévoit qu'elle peut faire de la peine à un camarade. Babou sait bien que je suis très lié avec l'oncle Beuve, que je tiens vivement à son amitié, et que je me donne, moi, la peine de cacher mon opinion, quand elle contrarie la sienne. — Voilà des pensées qui sont faites pour être approuvées par vous.

Pas un mot de tout cela à Babou. Il rirait trop. Sa niche a réussi.

Pas encore un mot de Ducessois. C'est bien fantastique.

Tout à vous, toto corde, comme dit Chasles.

Vous savez, sans doute, que Silvestre a fait un furt beau discours à la Royal Society of Arts.

J'ai lu, ici, un charmant article du mauvais sujet, sur Chateaubriand et le commentaire de M. de Marcellus. Il n'a pas raté la pointe : Tu Marcellus eris.

A POULET-MALASSIS

2^ Février.

{Date à jamais mémorable,et qui doit être chère à un vieux faubourien comme vous.)

... Voici un poème dont vous ne parlerez pas à du Camp. Je vais le lui expédier...

Vous voyez que l'air de la mer me profite. Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

... Ah! VOUS aviez deviné l'affaire Sainte-Beuve- Babou. J'ai reçu, il y a quelques jours, une lettre épouvantable de Sainte-Beuve. Il paraît que le coup l'avait frappé vivement. Je dois lui rendre cette justice qu'il n'a pas cru que j'eusse jamais insinué une pareille chose à Babou. Je lui ai dit que les compliments et les conseils qu'il m'avait adressés, lors de mon procès, étaient chez vous, et que nous avions eu l'idée d'en faire la matière (à développer) d'une préface pour la seconde édition.

Ou Babou a voulu m'être utile (ce qui implique un certain degré de stupidité) , ou il a voulu me faire une niche, ou il a voulu, sans s'inquiéter de mes intérêts, poursuivre une rancune mystérieuse. J'ai fait part de mon mécontentement à Asselineau, qui m'a répondu que je n'avais pas à ma plaindre, puisque cela m'avait valu une longue lettre de l'oncle Beuve.

Je n'ai pas encore eu de nouvelles de vos i .o35 fr. Je voudrais bien ne pas aller à Paris, avant d'avoir payé cela moi-même.

Voyez donc comme cette affaire Babou peut m'être désagréable, surtout si on la rapproche de cet ignoble article du Figaro, où il était dit : Que je passais ma vie à me moquer des chefs du romantisme, à qui je devais tant d'ailleurs.

. . . Vous ne pouvez pas vous faire une idée de

l88 CHAULES BVUDEI.ATRE

ce que c'est que la lettre Sainte-Beuve. 11 paraît que, depuis douze ans, il notait tous les signes de malveillance de Babou. Décidément , voilà un vieillard passionné avec qui il ne fait pas bon se brouiller.

Ce qu'il y avait de dangereux pour moi, làdedans, c'est que Babou avait l'air de me défendre contre quelqu'un qui m'a rendu une foule de services. Quel rôle il me faisait, puisqu'on sait que je suis bien avec la Revue française t.. .

N'y a-t-il pas deux planches de Debucourt, se faisant pendant réciproquement ? Quel en est généralement le prix?

V a donc déménagé? Ce n'était pas rue

de la Monnaie que nous étions allés ensemble.

Et L Artiste i Plus d'Edouard Houssaye, maintenant ; c'est Arsène. Et les uns veulent communiquer les épreuves à Gautier, et les autres veulent attendre son retour fin Avril. Lui, avant de partir, m'a dit qu'il se reposait de tout sur moi. Et enfin personne n'a songé à m'en voyer le prix de mon article : 100 fr., pour vingt-cinq colonnes à peu près! Le monde est bien méchant.

Tout à vous.

Et votre gorge!

Cela est d'autant plus ennuyeux que M"" Ernesta m'a dit que Gautier, pour maintes raisons, serait bien aise de recevoir l'article à Pétersbourg.

LETTRES l85g 189

A THÉOPHILE GAUTIER FILS

27 Février 1869.

Mon cher ami,

Rendez-moi un service. L'étude sur votre père est faite depuis trois semaines, et j'attends encore les épreuves, ce matin.

J'apprends qu'on attend le retour de votre père, pour le consulter. Ces gens-là sont fous.

Théophile m'a dit, avant de partir : J'ai en toi une absolue confiance. Tout ce que tu diras sera bien. Situ as besoin de quelques détails, tu consulteras mon fils.

D'une autre part, M^^^ Grisi m'a dit que Théophile eût été heureux de recevoir cela à Saint-Pétersbourg.

C'est donc justement parce que je me suis fait trop attendre qu'il faut maintenant profiter du séjour prolongé de Théophile, pour lui envoyer la chose là-bas. Il me semble que j'ai bien assez d'esprit et d'amitié pour votre père pour me bien conduire.

Tout cela a été écrit très ardemment et très vite. Encore une raison pour que je revoie tout {et tout à la fois) avec beaucoup de minutie. Voyez donc Ducessois et Arsène, puisque (je l'apprends ce matin même) le soleil Artiste est rentré dans le signe du zodiaque Arsène. En vérité, il ne manquerait plus qu'une chose : c'est que la nouvelle direction me suscitât des embarras, après tout le

igo

mal que je me suis donné. J'ajoute : il est indispensable que tout paraisse d'un seul coup, quel que soit le nombre de colonnes. L'article a été conçu et écrit dans ce but.

Si vous voyez M'^e Grisi, montrez-lui ma lettre.

Tout à vous.

Honfleur. Calvados. (Cela suffit.)

Tout cela est très ennuyeux. D'abord.je me suis mis dans un courant d'idées où probablement je ne serai plus, quand viendront les épreuves. De plus, si je me suis appliqué, c'est non seulement pour être agréable à Théo, mais aussi pour la satisfaction de ma vanité. Enfin, je ne sais trop pourquoi il me semble qu'Arsène n'a pas une très forte amitié pour votre père, ni pour moi. Inde, pas de désir de m'être agréable.

Autre histoire : vérifiez vous même si tous les feuillets se suivent.

J'extrais de la lettre d'Asselineau :

... Il m'a été répondu que vous teniez à ce que vos épreuves fussent communiquées à Théophile, qui ne reviendra pas, dit-on, avant Avril. . . J'ai écrit cela à Ducessois, dans un moment où je croyais Théo revenu.

... Ces messieurs sont d'avis de passer ci l'or^ dre du jour, sauf à communiquer les épreuves an fils de Gautier... C'est ce que je compte faire.

. . . D'autre part, f entends dire qu'Arsène est d'avis de faire coïncider l'apparition de votre article avec le retour de Théophile... Absurde!

A SAINTE-BEUVE

28 Février iSSg.

Mon cher ami,

J'apprends que vous avez demandé à Malassis de vous communiquer ce que vous m'écriviez à propos des Fleurs. Malassis est un peu étourdi; de plus, il est malade. Il y avait deux lettres : l'une, une lettre d'amitié et de compliments; l'autre, un plan de la plaidoirie que vous m'avez fait communiquer la veille de mon procès. Comme, un jour, je classais des papiers avec Malassis, il me supplia de lui donner cela, et, quand je lui dis que j'avais l'intention de m'en servir (non pas en copiant, mais en paraphrasant et en développant), il me dit : Raison de plus. Vous retrouverez toujours cela chez moi. Chez votre imprimeur, cela ne peut pas se perdre.

Je crois me rappeler de même avoir dit à Malassis : Si j'avais plaidé moi-même ma cause, et si j'avais su développer cette thèse qu*un avocat ne pouvait pas comprendre, j'eusse été sans doute acquitté.

Je ne comprends absolument rien à cette sottise de la Revue française. Le directeur a cependant l'air d'un jeune homme fort bien élevé. Tout le monde sait que vous avez rendu de nombreux services à des gens plus jeunes que vous. Comment M. Morel a-t-il imprimé cela, sans faire des représen-

iga CHARLKS BAUDELAIRE

talions à Babou, et sans deviner quel préjudice il me portait ?

Mal assis, à qui je n'avais rien conté, a parfaitement vu le passage, et sa lettre est encore plus sévère que la vôtre.

Je vais à Paris, le 4? ou le 5. Vous seriez bien aimable d'écrire un mot à Madame Duval, 22, rue Benutreillis, pour me faire dire si et quand vous désirez me voir. Je descendrai chez elle.

Bien à vous.

A SAINTE-BEUVE

Mille remerciements de votre excellente lettre. Elle m'a rassuré, mais je vous trouve trop sensible. Si jamais je parviens à une situation aussi belle que la vôtre, je serai un homme de pierre. Je viens de lire un article fort drôle du mauvais sujet sur Chateaubriand et M. de Marcellus, son éplucheur. Il n'a pas raté la pointe trop facile : Tu Marcellus eris t

En repensant à Babou (l'important, pour moi, était de m'assurer que vous ne me croyiez pas capable d'une petitesse),je trouve quevous lui attribuez trop d'importance. Il méfait l'effet de ces hommes qui croient que la plume est faite pour faire des niches. Gamineries, polissonneries de collège.

Bien à vous.

LETTHES 1859 193

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