‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 30 sur 80 · A FÉLIX NADAR · texte numérisé non relu

A FÉLIX NADAR

Honfleur, iG iViai 1869.

Mon cher ami.

Puisque tu n'es pas de ceux qui se moquent des longues lettres, tu en auras pour ton argent, car j'ai deux heures de loisir devant moi. Avant tout, je te remercie pour une phrase excellente et charmante de ta lettre. Voilà une brave et solide déclaration d'amitié. Je suis peu accoutumé aux tendresses.

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Quant aux compliments que tu me fais, ma vanité en profite pour te faire lire quelques morceaux que sans doute, tu n'as pas lus, et qui, avec quelques autres inédits, ont rajeuni, je Tespère, mon livre flétri. Tu pourras constater que j'écoute peu la critique et que je m'enfonce opiniâtrement dans mon indécrottabilité.

Maintenant, je reprends ta lettre.

Oui, je désire pour moi que tu réussisses dans l'affaire Moreau, mais je suis convaincu aussi qu'il te sera également agréable d'avoir de bonnes épreuves, d'après ces peintures singulières.

Tu ne connais donc pas ces gravures sur bois, d'après Réthel ? La Danse des morts en i8/i8 se vend maintenant i fr. (six planches). La Bonne mort et L' Invasion du choléra se vendent, je crois, 7 fr. Tout cela, chez un libraire allemand, qui vend aussi des gravures allemandes, rue de Rivoli, près du Palais-Royal.

Quelques personnes m'ont dit que Réthel avait décoré une église (à Cologne peut-être) ; d'autres m'ont dit qu'il était mort; d'autres, qu'il était enfermé dans une maison de fous. J'ai les œuvres citées ci-dessus, et je voudrais savoir, outre les renseignements biographiques, s'il y a d'autres œuvres gravées^

L'artiste allemand, dont je ne sais pas le nom, m'a été indiqué par Ricard, qui prétend qu'il a un talent tout à fait propre aux illustrations et aux frontispices. Il faudrait voir cette Chasse. Certainement oui, j'avais pensé à Doré, et je ne me rap-

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pelle pas si c'est moi qui, toutes réflexions faites, Tai rejeté, à cause de l'enfantillage qui se fait jour si souvent à travers son génie, ou à cause de l'antipathie qu'il inspire à Malassis. Encore je ne suis pas sûr de cette dernière affirmation.

Les différents livres ou brochures que j'aurai prochainement à publier sont : Tensemble des articles critiques sur Poe (ici, un portrait). Je me charge de fournir les éléments nécessaires pour ce portrait, encadré dans des figures allégoriques, représentant ses principales conceptions, à peu près comme la tête de Jésus-Christ au centre des instruments de la Passion, le tout d'un romantique forcené, s'il est possible.

Opium et Haschisch. Frontispice allégorique, exprimant les principales jouissances et souffrances que j'ai racontées.

L'ensemble demes articles critiques sur lesbeauxarts et la littérature. Je crois que Malassis ne veut pas de frontispice.

La deuxième édition des Fleurs. Ici, un squelette arborescent, les jambes et les côtes formant le tronc, les bras étendus en croix s'épanouissant en feuilles et bourgeons, et protégeant plusieurs rangées de plantes vénéneuses dans de petits pots échelonnés, comme dans une serre de jardinier. — Cette idée m'est venue en feuilletant V Histoire des Danses macabres, d'Hyacinthe Langlois.

Je reviens à Doré. 11 a un talent extraordinaire pour donner aux nuages, aux paysages et aux maisons un caractère positivement surnaturel : ceci

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ferait bien mon affaire. Mais les figures! Il y a toujours quelque chose de puéril, même dans ses meilleurs dessins. Quant k La Divine Comédie, iu m'étonnes fortement. Comment a-t-il pu choisir le poète le plus sérieux et le plus triste? D'ailleurs, tu vois que je veux en revenir au système du frontispice antique, mais traité d'une manière ultraromantique.

Enfin, pour tout dire, parmi les noms que j'avais passés en revue, je m'étais surtout arrêté sur ceux de Penguilly et de Nanteuil, mais j'ignore si Penguilly consentirait, et, quant à Nanteuil, je crains qu'il n'ait mis beaucoup d'eau dans son vin, et qu'il ne sache pas retrouver le caractère qu'il

avait mis autrefois au service de Victor Hugo. Cependant, ces deux noms avaient pour moi le grand avantage d'offrir une signification romantique en parfait accord avec mes goûts, et répondant par une certaine forfanterie à l'ingratitude et à la négligence de ce siècle.

Mais, par-dessus toutes choses, il ne me convient pas de faire une visite à un artiste distingué et de l'engager dans un petit travail, pour lequel je serai difficile, avant d'avoir la certitude qu'il sera honorablement payé.

Ces réserves faites, si tu peux me renseigner sans m'engager, je t'exprime d'avance ma gratitude.

Quant au Salon, hélas ! je t'ai un peu menti, mais si peu! J'ai fait une visite, une seule, consacrée à chercher les nouveautés, mais j'en ai trouvé bien peu, et pour tous les vieax noms, ou les noms sim-

plement connus, je me confie à ma vieille mémoire, excitée par le livret. Cette méthode, je le répète, n'est pas mauvaise, à la condition qu'on possède bien son personnel.

Entre autres choses vraiment distinguées qu'on ne remarquera pas, remarque, dans une grande salle carrée, au fond, à gauche, où l'on a entassé des paquets de choses religieuses impayables, deux petits tableaux, l'un {n° 121b), Les Sœurs de charité, par Armand Gautier l'autre (n° 1894), U Angélus, par Alphonse Legros. Ce n'est pas d'un style extrêmement élevé, mais c'est très pénétrant.

Dans la sculpture,j'ai trouvé aussi (dans une des allées du jardin, pas très loin d'une issue) quelque chose que l'on pourrait appeler de la sculpture vignette-romantique, et qui est fort joli : une jeune fille et un squelette s'enlevant comme une Assomption. Le squelette embrasse la fille. Il est vrai que le squelette est esquivé en partie, et comme enveloppé d'un suaire sous lequel il se fait sentir. Croirais-tu que, trois fois déjà, j'ai lu, ligne par ligne, tout le catalogue de la sculpture, et qu'il m'est impossible de trouver quoi que ce soit qui ait rapport à cela ? Il faut vraiment que l'animal qui a fait ce joli morceau l'ait intitulé : Amour et Gibelotte, ou tout autre titre à la Compte-Calix, pour qu'ilrae soit impossible de le trouver dans le livret. Tâche, je t'en prie, de savoir cela : le sujet et le nom de l'auteur.

Pour La Duchesse d'Albe, je te répéterais, si tu n'étais pns dans de grandes gênes, qu'il serait bon de les arracher, à un prix modéré.

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Puisque tu as jugé à propos de jeter, à la fin de ta lettre, un peu de politique, j'en ferai autant. Je me suis vingt fois persuadé que je ne m'intéresserais plus à la politique, et, à chaque question grave, je me suis repris de curiosité et de passion. Il y a bien longtemps que je la surveillais et que je l'attendais, cette question italienne, bien longtemps avant l'aventure d'Orsini. Et, à ce sujet, il serait injuste de dire que Napoléon exécute le testament d'Orsini. Celui-ci était un honnête homme, trop pressé. Mais l'Empereur pensait à la chose depuis longtemps, et il avait fait nombre de promesses à tous les Italiens qui venaient à Paris. J'admire avec quelle docilité il obéit à la fatalité, mais cette fatalité le sauve. Qui, aujourd'hui, pense à Mornj, au Grand-Central, au Beaumont-Vassy etauxquarante mille saletés qui nous occupaient, il y a peu de temps? Voilà l'Empereur lavé. Tu verras, mon cher, qu'on oubliera les horreurs commises en Décembre. En somme, il vole à la République l'honneur d'une grande guerre. — As-tu lu l'admirable discours de Jules Favre, au Corps législatif, dans les derniers jours du mois dernier, ou dans les premiers jours de Mai? Il a posé, nettement, la nécessité, la fatalité révolutionnaires. Le Président et les Ministres ne l'ont pas interrompu. Il avait l'air de parler au nom de l'Empereur. Et quand, à propos de Garibaldi, un vicomte de La Tour, Breton bigot et niais, a dit que la France espérait bien ne pas se souiller par de pareilles alliances ^ le président (Schneider) l'a arrêté, lui disant qu'un député n'avait pas le droit

de diffamer les alliés de la France, d'où qu'ils lui vinssent.

La politique, mon cher ami, est une science sans cœur. C'est ce que tu ne veux pas reconnaître. Si tu étais jésuite et révolutionnaire, comme tout vrai politique doit l'être, ou l'est fatalement, tu n'aurais pas tant de regrets pour les amis jetés de côté. Je sais que je te fais horreur; mais, dis-moi, as-tu seulement remarqué avec quel à propos sont venues les Lettres diplomatiques de Joseph de Maistre, publiées par M. de Cavour, lettres oii,pour le dire en passant, le Pape est traité de polichinelle? Quel réquisitoire contre l'Autriche! Le Piémont avait gardé ces lettres en réserve, et les a publiées au bon moment.

Je crois seulement qu'en mettant les choses au mieux l'Empereur, couvert de gloire et béni de tout le monde, l'embarras sera dans l'usage de la victoire.

Pour tous tes chagrins personnels, mon ami, résignation, résignation.

Quand j'irai chez toi, je te parlerai des miens qui s'accumulent, et je te ferai pitié. Je crois sincèrement qu'excepté pour un petit nombre de jeunes gens intelligents (riches, et sans famille !), qui ne savent pas user de leur bonheur, la vie doit être une perpétuelle douleur.

Tout à toi.

Maintenant, si tu veux rire, lis, comme moi, Limayrac et Granier de Cassagnac. Il paraît que

LETTRES lo^O

nous allons en Italie pour étouffer l'hydre révolutionnaire. Voilà, pour parler sérieusement, de l'hypocrisie inutile.

A POULET-MALASSIS

i3 Juin iSSg.

Vous avez bien tort de ne jamais m'écrire, car, ici, je n'entends pas une parole humaine.

Et le livre autrichien?

Vous me direz ce que vous pensez de mon Salon. Et mon Gautier ?

Dans peu de temps, je vais pouvoir vous livrer votre Opium et Haschisch, et, peu de temps après, les Curiosités complètes, qui seront suivies des A'bttvelles Fleurs.

Enfin, j'ai fait une nouvelle, basée sur l'hypothèse : découverte d'une conspiration par un oisif, qui la suit jusqu'à la veille de l'explosion, et qui, alors, tire à pile ou face, pour savoir s'il la déclarera à la police.

Mon drame va bien, et il faut même, à cause de cela, que j'aille à Paris.

Je pense sans cesse à vos 3.ooo fr. Je crois pouvoir espérer (et je vous expliquerai cela, quand je vous verrai) que je vous les remettrai en Septembre.

Puis je aller à Paris, sans crainte? Sans inquiétude? Je fais allusion au billet de 43o (43o?), pour le 19, et à la promesse de renouvellement

2l/} CHARLES BAUDELAIRE

que vous m'avez faite, à Paris. Si j'avais du papier timbré, je vous l'enverrais, mais je présume que vous préférerez la sig-nature d'un de nos amis communs. Le plus raisonnable serait que vous fissiez simplement une traite sur moi, pour la somme que vous voudrez, et puis vous expédieriez à ma mère la somme, mais la somme juste, cette fois. Cette niaiserie est importante.

Pour moi, je n'aurai d'argent qu'à la fin du mois, juste pour le billet de i6o. C'est bien i6o, n'est-ce pas, et c'est bien fin Juin? — Je me recommande bien à vous. Vous vous brouilleriez avec de Broise, si vous aviez un protêt, et, si j'en avais un ici, ma mère me flanquerait à la porte. Or, je veux utiliser, jusqu'à la fin de l'année, la bonne disposition de travail où je suis.

Mille amitiés chez vous. Je ne quitte pas Honfleur avant votre réponse.

Quelle belle époque que celle où il n'y aura plus de navette!

Croiriez-vous que, malgré votre promesse, je suis un peu inquiet? Car mon impuissance à payer serait absolue.

Tout à vous. Longue réponse.

A POULET-MAI.ASSIS

7 Août 1859.

Je ne garderai l'épreuve qu'un jour. Les deux épigraphes !

LETTRES iSSg 2l5

II s'agit, maintenant, de retrouver une lettre de Victor Hug-o, adressée par moi aux bureaux de IJ Artiste, Qi que ces voleurs-là n'ont pas enuoijée k Honfleur. Voire lettre est aussi injuste que malhonnête. Je pense sans cesse à uous,el vos 3.ooo fr. m'empêchent de dormir. Vos 4oo fr. arriveront à temps. — Je vous écrirai plus longuement, quand j'aurai des certitudes certaines.

Delacroix n'est pas à Paris. Il m'avait donné rendez-vous pour un dimanche ; je n'ai pas pu y aller, et il est reparti le lundi. Vous aurez votre dessin, et un beau.

A POULET-MALASSIS

... Pendant queje me félicitais de voir lentement progresser les quatre volumes que je veux vous livrer, j'apprends votre nouveau malheur. Quand, et comment cela fmira-t-il ?

Tout à vous. Ecrivez-moi vite.

Querelle avec Michel Lévy, à propos à*Eurêka, que je traduis en entier, et que je voulais vous donner. Je vous supplie de faire du Gautier quelque chose de propre.

19 Septembre iSSg.

,. Pas encore de conclusion de la part d'Hos-

ClIAniES IJALDELAIRE

lein. Cela va venir. Je suis sûr également que la lettre d'Hugo va arriver.

Quant à Eugène Delacroix, je l'ai vu hier et avant-hier. Il ne vous donnera pas de dessin. Il veut vous donner une /3(?//2/,7r^, et, cette peinture, il la fera exprès pour vous. Il m'a dit : Puisque vous voulez être arjrèahle àun de vos amis, à votre éditeur j je dois faire pour le mieux. Je n'ai, dans mon atelier, r/ue des choses qui me servent de notes pour des travaux en train. Je n'oublierai pas cela, et Je vous le livrerai le plus tôt possible, quand l'inspiration me viendra. Je vous avouerai que j'étais presque honteux ; cependant, très discrètement, je tâcherai de le lui prendre avant mon départ de Paris (lo Octobre).

Tout à vous.

A P0ULET-3IALASSIS

Ouf! voilà vos vers terminés (?).

Pvenvovez-moi, ou plutôt rapportez-moi ^«re/ra.

// n'est pas urgent d'escompter ce billet ; je ne l'ai fait faire que par précaution, pour parer à l'imprévu qui se met en toutes choses. Le copiste est en train de recopier un grand morceau de quatre feuilles pour Galonné. Demain, je lui livrerai; j'en ai déjà une partie.

J'ai la parole formelle de Galonné.

Mais, puisque vous devez rester à Paris, du 3 au 10, venez me voir, le 5 ou le 6 ; Je serai con-

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tent d'être appuyé par voire présence, pour nous faire donner le plus possible. Vous pouvez toujours escompter du 10 au i5.

S'il y a lieu d'escompter le Duranfij, que ce soit seulement pour nos affaires communes.

Le 8 (il sera temps), j'écrirai à de Rode (qui m'a offert 200 fr., dont je n'ai pas voulu) que je demande tout le salaire d' Eurêka; qu'il m'envoie, en argent, tout ce qu'il pourra, avec une lettre qui autorise M. Malassis à tirer sur lui à Genève, pour le reste. — Je viens d'écrire à Delacroix, pour savoir si votre tableau était prêt. Pas de réponse. Il est toujours par monts et par vaux.

Gautier et du Camp réclament toujours leur exemplaire de la brochure.

Rien de neuf pour Galonné, relativement à la subvention à reconquérir. Il paraît qu'il fait des abonnés. La Revue européenne passe chez Dentu, avec l'approbation du Ministre, qui ne donne plus que 60.000, au lieu de 120.000 fr.

Quant au moral, triste, triste ! je m'ennuie, et je me dégoûte de tout, et de tout lé monde, avec une rapidité étonnante. Je pensais dernièrement que je n'ai plus d'amis que ma mère et vous.

A propos du mot pontife, vous me ferez penser à vous raconter une histoire qui a failli me brouiller avec Galonné, et conséquemment anéantir votre nantissement.

Tout à vous.

2l8 CHARLES BAUDKLAIRE

icr Octobre 1869.

Voilà tout ce que je puis vous dire : Victor Hug-o, je le sais, fait sa correspondance le dimanche. Ce que je lui ai demandé est un vrai travail. Il ne peut pas, je crois, me le refuser. Je lui dédie les deux Fantômes parisiens, et la vérité est que, dans le deuxième morceau, j'ai essayé d'imiter sa manière.

De plus, je lui ai écrit une long-ue lettre, minutieusement explicative, en lui avouant que sa première lettre était perdue. Or, j'ignore comment et quels jours se fait le service de la voie par Londres pour Guernesey ; mais, en mettant les choses au pire, et en supposant qu'il n'ait eu mon paquet que lundi, il va me répondre demain. Vous comprenez que cette lettre, si elle est importante, peut faciliter la vente de la brochure. — Maintenant, pensez à ces deux choses : interlig-nez d'un point et préparez le portrait. — Je crois me rappeler que vous avez laissé la phrase qui avait trait au portrait de Bracquemond et qui désormais doit s'appliquer à un autre portrait.

Je ne connais pas ces messieurs, excepté Ph. de Chennevières, et, très vaguement, M. Lacombe. Je ne crois pas que Chennevières puisse remplacer, dans toute sa grâce romanesque et conjugale,

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Madame d'Holbach, non plus que M. Lacombe puisse représenter l'étonnant père Hoop. Gomme je sais que vous aspirez à être Galiani, je suis inquiet de savoir qui a pu jouer le rôle de Diderot.

— Je crois avoir vu encore quelques fautes dans l'épreuve Gautier que vous m'avez transmise, et qui est maintenant à Guernesey. Puisque nous avons quelques moments de calme, j'en profite pour vous faire remarquer que votre système de fautes d'impression continue d'une manière déplorable. Le Balzac, de Gautier, en est criblé, et je regardais hier une affiche imprimée chez vous, où j'ai trouvé, en belles capitales, lemot iagctuelles.

... Pour Delacroix, nous irons ensemble chez lui, un dimanche, à 2 h.; nous tâcherons de lui faire dire quand l'inspiration lui viendra pour votre tableau et de le faire causer littérature... La Légende des siècles a décidément un meilleur air de livre que Les Contemplations ^sdMÎ encore quelques petites folies modernes.

Tout à vous.

A POULET MALASSIS

I" Novembre 1869.

... Toutes les fois que j'ai eu quelques torts vis à vis de vous, soit inexactitude, soit retard, dans des affaires d'arçent ou de littérature, vous m'avez traité Dieu sait comment, et, comme je ne suis pas aussi gros que l'homme de Cyrano, il ne voas a

pas fallu un jour entier pour me battre, mais une minute.

Et vous, maintenant, trouvez-vous qu'il soit bien raisonnable de prendre huit jours pour mettre en pages une petite feuille composée depuis longtemps ? Je suis intéressé, pour plusieurs raisons, à publier ceci le plus vite possible.

La fin de l'année, la fin de ce mois peut-être, amènera pour moi la possibilité de vous livrer quatre volumes : Fleurs, Curiosités^ Excitants, Notices littéraires, sans compter une brochure {Corbeau et Genèse d'un poème). Or, si vous allez de ce train, il vous faudra quatre ans pour publier mes quatre volumes, au lieu qu'avec un bon texte il doit suffire de quatre mois (une feuille tous les trois jours, en supposant les volumes composés de dix feuilles)... Un mot, s'il vous plaît.

A POULET-MALASSIS

i5 Novembre iSSg.

Mon cher ami.

Votre dernière lettre est très raisonnable, et j'accepte tout, sauf une clause bizarre : c'est la réimpression dans deux ans. Mais si chaque livre est épuisé avant deux ans? Donc, 3oo fr. ; tirage, i.ioo; traité renouvelable. Les quatre manuscrits, livrés à la fin de l'année. Or, comme de Broise paie moitié avant l'impression, c'est donc une

somme de 600 fr. qui rentrera dans votre poche, pour diminuer ma dette.. .

Excepté Espagnols^ Allemands et Guy s, Curiosités est fait.

Opium et Haschisch est fait.

Excepté quatre ou cinq pièces, Les Fleurs sont complètes.

Les iVo^/ces sont toutes faites et même remaniées.

Elles sont là, sur ma table, mais ce sera peutêtre votre quatrième volume, dans l'ordre, parce qu'il faut les laisser paraître ailleurs.

Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

i5 Décembre iSôg,

Vous ne vous donnez même pas la satisfaction banale des reproches. Vous êtes un ami parfaitement généreux, et, d'une manière absolue, en toute circonstance, si désagréable qu'elle soit, vous pouvez compter sur mon dévouement.

Dans tout le paquet de vers que je lui ai donnés. Galonné a repoussé le galant Ex-Voto, comme pouvant scandaliser ses lecteurs. Je lui ai adressé Le Cygne, et je lui envoie ces nouveaux vers,i.<? SquC' lette /aèoMreMr. Quand j'aurai fait Dorothée (souvenir de l'Ile Bovivhon)J^a Femme sauvage (sermon à une petite-maîtresse), et le Rêve, enfin la lettrepréface à Veuillot que nous aurons à discuter ensemble. Les Fleurs du Mal seront prêtes.

CHARLES BAUDELAIHK

Je vais voas adresser la presque totalité des Notices littéraires que nous ne pouvons pas imprimer tout de suite, à cause de la maison Gide qui doit en publier une partie dans son anthologie moderne.

Ce livre est composé ainsi qu'il suit : I. — Edgar Poe, sa vie et ses œuvres.

n. — Nouvelles notes sur Edgard Poe.

III. — Dernières notes sur Edgar Poe (manuscrit resté à Honfleur).

(Ces trois morceaux font l'objet d'une discussion avec Michel. Cependant, mes traités ne parlent que d'une quantité déterminée de matière originale, et nullement d'aperçus critiques sur l'auteur. D'ailleurs, le bon sens indique que je puis réimprimer dans mes œuvres personnelles la partie critique et biographique.)

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