‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 8 sur 80 · Paie des Marais-da-Temple · texte numérisé non relu

Paie des Marais-da-Temple

En sortant de chez moi, vous pourrez voir Champjleury.

A MONSIEUIl GOOEFROY

Lundi, le 23 Février i852.

J'ai des reproches à me faire, vis à vis de vous. J'espère que cela ne m'arrivera plus. Si le Comité agrée à ma demande, je réparerai cela tout de suite. Si votre voix compte pour quelque chose, servez-moi. Ma situation est bonne. Je dois 42 fr., et j'envoie une très curieuse nouvelle.

Veuillez ag^réer toutes mes amitiés.

30 CilAni.ES BAUDELAIRE

A LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES

Lundi, 23 Février iS52.

Monsieur le Président,

J'ai l'iionneur d'adresser au Comité la demande d'une avance deôofr. Il m'est pénible d'être obligé de dire que c'est un chiffre vi^ai. Je ne crois pas que ma situation soit mauvaise. Je dois 42 fr. qui seront acquittés par la nouvelle que je vous adresse avec pleine confiance. Et quant aux 60 fr. que je vous prie de me faire accorder, ils seront soldés dans les mois suivants par la reproduction probable des feuilletons qui doivent paraître au Pays, — ou tout autrement.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments respectueux.

Votre dévoué confrère.

A MONSIEUR ANGELLS

Vendredi, 5 Mars 1802.

Ma tête devient littéralement un volcan malade. De grands orages et de grandes aurores. Avez-vous lu mon article? Je suis obligé de vous prendre demain (soit de grand matin, soit à l'heure du déjeûner, ou du dîner) l'argent que je devais ne prendre que le 10, dans neuf jours(200 fr.)- Je vivrai jusqu'au i5 du mois prochain avec l'argent de ce morceau en

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publication. J'ai votre Saint-Priest, mais je l'ai depuis (\\idL\.Teionvs,Qi l'imprimeur de la Revue des Deux Mondes ne me l'a prêté que pour huit, et il n'y avait pas moyen de l'acheter, le numéro étant épuisé.

Vous ne m'avez pas vu au vote; c'est un parti pris chez moi. Le 2 Décembre ni' a phijsiquement dépolitiqué. Il n'y a plus d'idées générales. Que tout Paris soit orléaniste, c'est un fait, mais cela ne me regarde pas. Si j'avais voté, je n'aurais pu voter que pour moi. Peut-être l'avenir appartientil aux hommes déclassés ?

Ne vous étonnez pas du fouillis de ma lettre; je suis chargé d'idées troublantes. L'affaire T me tourmente horriblement. De plus, vous savez que ce mois est, pour moi, le grand mois, la séparation; il faut beaucoup d'argent; je n'ai que ma plume et ma mère. Car vous, je ne vous compte pas. — Il m'arrive les aventures les plus singulières. Voici qu'un homme m'offre de m'avancer 23,000 fr., à des conditions bizarres. D'un autre côté, il me propose que, dans un mois, je sois à la tête d'une honorable entreprise qui a été le rêve de ma vie. Toutes mes notes antécédentes serviront. Et cette fois, on ne marcherait qu'appuyé sur de vastes capitaux.

Toutes ces choses ont l'air de rêves, et cependant il y a un fondement.

Je relis ma lettre, et il me semble qu'elle doit avoir, pour vous^ un air fou. Il en sera toujours ainsi.

32 CHAULES DA'JDELA.mE

A THEOPHILE GAUTIER

L'incorrigible Gérard prétend, au contraire, que c'est pour avoir abandonné le bon culte que Cythère est réduite en cet état.

Voilà donc, cher ami, ce second petit paquet. J'espère que tu trouveras de quoi choisir. Je désire vivement que ton goût s'accorde avec le mien. Pour mon compte, voilà ce que je préfère :

Les Deux crépuscules. La Caravane. Le Reniement de saint Pierre., L'Artiste inconnu. L'Antre de la volupté. La Fontaine de sang. Le Voyage à Cythére.

Protège-moi ferme. Si on ne grogne pas trop contre cette poésie, j'en donnerai de plus voyante encore.

Adieu.

A POULET-MALASSIS

Samedi, 20 Mars i852.

Mon cher Malassis,

Il y a déjà plusieurs jours que l'on m'a remis votre lettre, au café Tabourey, mais la succession de travaux inévitables et mille sottes courses m'ont empêché de vous répondre.

Ghampfleury, Christophe et Montégut se portent très bien. — Ghampfleury écrit maintenant à la Revue de Paris.

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Parmi toutes les personnes que je connais, il n'y a que sottise et passion individuelles. Personne ne consent à se mettre au point de vue providentiel.

Vous devinez de quoi je veux parler. Le Président a fait une espèce de caresse aux gens de lettres, en abolissant l'impôt du timbre sur les romans.

Le socialisme napoléonien s'est manifesté par la conversion de la Rente, et l'on craint chaque jour un décret qui impose d'un quart les héritag-es de collatéraux. Enfin, le Président a compris qu'en donnant toute liberté de discussion sur la saisie des biens des princes d'Orléans il se donnait le beau rôle. Aussi, toutes les pièces s'impriment, et les brochures se répondent.

Il est aussi question de rendre au Ministère de l'Intérieur le département des affaires littéraires, qui récemment avait été confondu avec l" Instruction publique. Quelques membres de la Société des Gens de Lettres se sont plaints de cette promiscuité avec les professeurs qui, d'ailleurs, sont des jésuites déguisés et qui mangent tout, quand il y a quelque chose à manger.

D'ailleurs, je suis persuadé que toutes les notes et idées haineuses pour l'Université flatteront le Président. Aussi bien, j'aimerais assez ne voir que deux partis en présence, et je hais ce milieu pédant et hypocrite qui m'a mis au pain sec et au cachot. Tout cela me divertit beaucoup. Mais je suis décidé à rester désormais étranger à toute la polémique humaine, et plus décidé que jamais à poursuivre le rêve supérieur de l'application de la méta-

physique au roman. — La Semaine théâtrale est morte sous nous. Le dernier numéro contenait un très bon article de Ghampfleury, de critique littéraire, et deux pièces de vers de moi, qui ne sont pas mauvaises. — J'ai fait imprimer, à la Revue de Paris, un gros article sur un çrand écrivain américain. Mais je crains bien que la première fois ne soit la dernière. Mon article fait tâche.

La première partie a paru le 29 Février, et la seconde paraît dans dix jours. Il y aura aussi une nouvelle de Ghampfleury.

Cependant, j'avais fait un beau rêve. Amie m'avait déclaré que, décidément, il voulait fonder une GRANDE revue, et que j'en serais directeur. — Je lui ai communiqué mes idées, mais il paraît que nos plans (je voulais que Ghampfleury m'aidât) étaient trop beaux. Il est très refroidi, et je crois que rafi"aire est manquée.

Vous aviez donc perdu mon adresse : ao, rue des Marais'du-Temple. Mais je n'y serai que jusqu'à la fin du mois, et je vous enverrai ma nouvelle adresse. — Adieu, et persuadez-vous bien comme moi, de plus en plus, que la Philosophie est tout.

A ANTONIO WATRIPON

[Mai i852.]

Vous me causez, mon cher Watripon, le plus grand embarras. Gomment voulez-vous qu'on donne des notes biographiques? Voulez-vous met-

trequeje suis né à Paris, en 1821, que j'ai fait, étant fort jeune, plusieurs voyages dans les mers de l'Inde ? Je ne crois pas qu'on doive mettre ces choses-là.

Quant aux ouvrages! — il n'y a guère que des articles.

Baudelaire (Charles Pierre) a signé aussi : Baudelaire Dufa'ys, Pierre Dufajjs, et Charles de Fayis. — A écrit des articles de critique artistique et littéraire, et des nouvelles, dans Le Corsaire-Satan, L Esprit public, L'Artiste, La Liberté de penser, Le Messager de l'Assemblée, Le Magasin des familles, la Revue de Paris, U Illustration.

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