XII INTRODUCTION
rielle, ni traîtrise morale. Us se trompèrent l'un et l'autre sur la profondeur de cet amour, enfoncé beaucoup plus avant dans leur cœur qu'ils ne le pensaient. Ils se croyaient guéris et détachés. La convalescence de Musset, puis la renaissance de son amour, ravivèrent tout. 11 était trop tard. Il ne leur restait plus qu'à souflrir.
Les souffrances de Musset sont connues.
De bonne heure, dès l'année même de la rupture il les a rendues publiques. Il a ainsi contribué, sans le vouloir, à fortifier une légende dont la mémoire de Georges Sand a longtemps souffert. Le monde, n'entendant qu'une plainte, crut qu'il n'y avait qu'une victime. Il y en avait deux. Les lettres de George Sand et surtout son journal mettent les douleurs égales des deux côtés. Non seulement l'amour a été chez George Sand aussi fort, aussi violent même que chez Musset, mais on ne peut douter un instant, quand on lit attentivement ces lettres, de l'influence bienfaisante qu'eut l'amour de George Sand sur Musset. Toujours, avant comme après
LA FIN D'UNE LÉGENDE Xni
la crise, elle n'a voulu que son bien, et elle a fait au poète tout ce qu'il était en son pouvoir de lui faire. En d'autres termes, après les courtes ivresses du début, de très bonne heure elle l'a aimé pour lui. C'est par ce côté fraternel ou (( maternel », pour trancher le mot délicat, que sa passion composite devient intéressante, puisque l'objet de cette passion est un être frêle, un poète de génie dans un très jeune homme, une de ces âmes trop précoces qui font craindre pour leur maturité.
Et d'abord, ses soins lui ont sauvé la vie.
Certes, le dévouement lui fut facile, car cette femme avait appétit de dévouement. Mais, si nulle part elle ne prend avantage du service rendu, ce n'est pas une raison pour l'oublier, La mère du poète ne s'y trompa point : « J'ai une bien grande reconnaissance pour madame Sand et pour les soins qu'elle t'a donnés. Que serais-tu devenu sans elle? C'est affreux à penser*. »
Ce que furent ces nuits de délire fiévreux, on le sait par les lettres à Boucoiran, inédites en partie : (( Je suis toujours bien à plaindre... Les médecins médisent: ce Poco