XVIII INTRODUCTION
puisque tu me trouves encore jolie malgré mes cheveux coupés*, malgré les deux grandes rides qui se sont formées l'autre jour sur mes joues. Eh bien, quand tu sentiras ta sensibilité se lasser, et ton irritation revenir, renvoiemoi, maltraite-moi, mais que ce ne soit jamais avec cet affreux mot : dernière fois ! Je souffrirai tant que tu voudras, mais laisse-moi quelquefois, ne fût-ce qu'une fois par semaine, venir chercher une larme, un baiser, qui me fasse vivre et me donne du courage. Mais tu ne peux pas. Ah I que tu es las de moi, et que tu t'es vite guéri aussi, toi ! HélasI mon Dieu, j'ai de plus grands torts certainement que tu n'en as eu à Venise, quand je me consolai.
Mais tu ne m'aimais pas, et la raison, égoïste et méchante, me disait : dc Tu fais bien I )) A présent, je suis bien coupable à tes yeux; mais je le suis dans le passé; le présent est beau et bon encore. Je t^aime, je me soumettrais à tous les suppUces pour être aimée de toi, et tu me quittes! Ahl pauvre homme, vous êtes foui C'est votre orgueil qui vous conseille; vous devez en avoir. Le vôtre est beau parce que votre âme est belle. Mais votre raison
I . Elle avait coupé sa magnifique chevelure crespelée, pour la lui envoyer.