LA FIN D'UNE LEGENDE XIX
devrait le faire taire, et vous dire : « Aime cette pauvre femme ; tu es bien sûr de ne pas trop l'aimer, à présent. Que crains-tu ? Elle ne sera pas exigeante, l'infortunée! Celui des deux qui aime le moins est celui qui souflTre le moins. C'est le moment de l'aimer ou jamais. »
Suite inédite ; « Ah! il a tort, rC est-ce pas, mon Dieu, il a tort de me quitter à présent que mon âme est purifiée, et que, pour la première fois, une volonté sévère s'est arrêtée en moi. Est-ce une volonté? Je ne sais pas. C'est mieux; car que sais-je de tous leurs raisonnements humains et de leurs principes sociaux ? Je sens, voilà tout. Je Vaime. Cet amour pourrait me conduire au bout du monde. Mais personne nen veut, et ma flamme s'éteindra comme un holocauste inutile !, . . »
Un peu plus loin, elle s'adresse au poète :
c< Et toi. Poète, belle fleur, j'ai voulu boire ta rosée. Elle m'a enivrée, elle m'a empoisonnée, et, dans un jour de colère, j'ai cherché un contrepoison qui m'a achevée. Tu étais trop suave et trop subtil, mon cher parfum, pour ne pas t'évaporer chaque fois que mes lèvres t'aspiraient. Les beaux arbrisseaux de tinde et de la Chine, pliant sur une faible tige
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et se courbant au moindre vent, ce nest pas deux quon tirera des poutres pour bâtir des maisons ! On s'abreuve de leur nectar, on s'entête de leur odeur, on s^ endort et on en meurt. »
Vendredi,
... « Il n'y a que Saînte-Beuve qui ne m'ait pas fait de mal et qui ne m'ait pas dit de sottise. Je lui ai demandé ce que c'était que l'amour, et il m'a répondu : « Ce sont les » larmes I Vous pleurez, vous aimez... »
Minuit .
« Je ne peux pas travailler. l'isolement I l'isolement I Je ne peux ni écrire, ni prier. Sainte-Beuve dit quil faut me distraire. Avec qui? Quest'Ce que me font tous ces gens-là ?
Quand ils ont parlé une heure de choses qui me sont à peu près indifférentes, ils s'en vont. Ce ne sont que des figures qui changent de place. Et moi, seule, seule pour toujours. Je veux me tuer*. Qui donc a le droit de m'en em-
I. Cotte idde de suicide la hanta en décembre i834» et après la rupture définitive, en mars-avril i835. La correspondance en fournit des preuves multiples et d'une singulière précision.