LA FIN D'UNE LÉGENDE XXVII
)) me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé; » c'est moi qui ai vécu, et non pas un être )) factice, créé par mon orgueil et mon )) ennui*. » (12 mai i834.)
Un mois après, la lettre du i5 juin apporte au poète l'exhortation enthousiaste dont il a besoin. Quel noble essor anime ces pages, quelle foi dans l'avenir de Musset, quel encouragement à son génie I ce Tu n'es pas destiné à ramper sur la boue de la réalité. Tu es fait pour créer ta réalité toi-même dans un monde plus élevé, et pour trouver tes joies dans le plus noble exercice des facultés de ton âme. Va, espère, et que ta vie soit un poème aussi beau que ceux qu'a rêvés ton intelligence...
)) Vois combien tu te trompais quand tu te croyais usé par les plaisirs... Vois que ton corps s'est renouvelé et que ton âme sort de sa chrysalide. Si, dans son engourdissement, elle a produit de si beaux poèmes, quels sentiments, quelles idées en sortiront, maintenant qu'elle a déployé ses ailes I Aime et écris,
I. Cette dernière phrase est, comme M. le vicomte Spoelberch de Lovenjoul Ta fait remarquer le premier, celle que Musset reprit pour la placer dans la bouche de Perdican. (On ne badine pas avec l'amour, parut le i^^ juillet i834 dans la Revue des Deux-Mondes,)
IXÎIII ISTRODUCTIOX
c*69t ta Tocation, mon ami. Monte vers Dieu !rar les rayons de ton génie, et envoie ta muse fFur la terre raconter aux hommes les mystères de l'amour et de la foi*... » — Presque toute la lettre est emportée du même souffle.
Et lui^ que ditril, de son côté P
a Sois fière, mon grand et brave George ; tu as fait un homme d'un enfant. . . Qu'étais-je donc sans toi, mon amour P Regarde où tu m'a pris, et où tu m'as laissé... Suis ton passage dans ma vie... Regarde comme tout cela est palpable, évident, comme tu m'as dit clairement : Ce n'est pas là ton chemin ^, comme tu m^as pris par la main pour me remettre dans ma route... Songe à cela: je nai que toi. J'ai tant nié ^ tant blasphémé, je doute de tout, hormis de toi. y>
a Qu'ai-je fait de ma jeunesse P Qu'ai-je fait même de notre amour P Vainement j'ai pleuré une ou deux fois dans tes bras. Que sais-tu de moi, toi que j'ai possédée P C'est toi qui as parlé ; c'est toi dont la pitié céleste m'a couvert de larmes... Il y avait en moi deux hommes, tu me l'as dit souvent, Octave et Cœlio. J'ai senti, en te voyant, que le pre-